Le comité " écologie et gestion du patrimoine
naturel"
Le programme de recherche 1985-1989: "Connaître pour
mieux gérer"
Les objectifs finalisés du programme de
recherche
Les domaines-clés des interventions
Les modalités de fonctionnement du comité
EGPN
[R] Le programme de recherche 1985-1989: "Connaître pour mieux gérer"
L'ensemble du programme fait référence à l'article premier
de la loi du 10 juillet 1976, relative à la protection de la nature
: "La protection des espaces naturels et des paysages, la préservation
des espèces animales ou végétales, le maintien des
équilibres biologiques auxquels ils participent et la protection des
ressources naturelles contre toutes les causes de dégradation qui
les menacent, sont d'intérêt général"... "Il est
du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde du patrimoine naturel
dans lequel il vit" ; le programme EGPN vise à contribuer à
cette sauvegarde en développant la connaissance du patrimoine naturel
et des modalités de sa gestion.
Il a l'ambition de concourir à l'émergence d'une politique
de gestion plus globale qui prendrait en compte l'homme - son savoir-faire,
ses traditions, ses pratiques sociales, ses capacités d'innovation
technologique - et le milieu rural dans son ensemble ; une politique de gestion
qui viserait la réalisation d'un équilibre harmonieux entre
le culturel, le social, l'économique et l'écologique ; entre
le milieu urbain et la campagne ; une politique de gestion qui deviendrait
le fait non plus seulement de quelques experts hautement spécialisés
ou de fonctionnaires, mais qui serait l'élément moteur d'un
mode de relation de l'homme avec la biosphère dont il dépend.
Cette gestion serait prise en compte par les populations elles-mêmes
en connaissance de cause et en parfait accord avec les aménageurs,
les décideurs et les représentants des populations locales
et régionales concernées.
Ce programme se décompose en deux sous-programmes : l'étude
des effets des activités humaines sur la biosphère et la gestion
des espèces et des espaces.
[R] Les objectifs finalisés du programme de recherche
1) Etude des effets des activités humaines sur la
biosphère
Les activités humaines modifient la biosphère : la loi du 10
juillet 1976 impose des Études d'Impact sur l'Environnement,
c'est-à-dire l'étude préalable des effets des
aménagements sur le milieu naturel et les modalités de leur
compensation. Le programme EGPN veut non seulement promouvoir une approche
plus globale du problème ; il s'agit d'analyser ponctuellement un
impact, mais aussi d'en suivre le développement dans le temps et
même d'instaurer de véritables observatoires du changement
écologique, économique et sociologique. Il s'agit de mieux
saisir l'interdépendance entre les activités humaines et le
milieu naturel pour suivre les évolutions et prévenir les
dégradations éventuelles.
Par ailleurs, deux thèmes sont particulièrement pris en
compte
- les conséquences de la valorisation et de l'exploitation de la biomasse
sur l'environnement. 1/7ème de la consommation mondiale annuelle
d'énergie provient de la biomasse ;
- l'écotoxicologie dans la mesure où elle concerne l'étude
des conséquences écologiques de la pollution des substances
toxiques non seulement pour l'homme, mais aussi pour toute autre espèce
des communautés vivantes de la biosphère.
Les recherches sont conduites non seulement en laboratoire, mais également
dans les écosystèmes, in situ, en suivant les polluants à
travers organismes et systèmes.
2) Gestion des espèces (populations, peuplements) et des espaces
(milieux, niches, écotopes
)
L'objectif de ce sous-programme est d'examiner les modalités de
l'association de la protection et du développement, d'étudier
les répercussions des changements économiques et sociaux sur
les systèmes écologiques ; il complète une des missions
premières du ministère de l'Environnement : assurer, par une
réglementation adéquate, la sauvegarde des espèces animales
et végétales et des zones les plus fragiles, développer
une pédagogie convaincante et effectuer un suivi scientifique des
parcs et des réserves.
La distinction entre "espèces" et "espaces" n'est retenue que par
commodité, en effet la relation avec le milieu doit être
systématiquement examinée dans toute recherche portant sur
les espèces ou les populations. Le programme "EGPN" soutient donc
des recherches visant à comprendre les mécanismes de
raréfaction ou, au contraire, de pullulation des espèces animales
et végétales et à proposer les moyens de remédier
à ces dérèglements. Les espèces sauvages et les
espèces domestiques sont concernées, car il s'agit de sauvegarder
la diversité génétique qui est un gage d'avenir et un
investissement nécessaire pour maintenir et améliorer la production
agricole, forestière, cynégétique, halieutique, pour
garder des options ouvertes pour l'avenir, et pour parer aux changements
défavorables qui surviennent dans l'environnement. Elle est la
matière première de l'innovation scientifique et industrielle,
mais aussi un principe moral.
Pour ce qui est des espaces, le problème posé est celui d'une
gestion respectant le plus possible leurs caractéristiques ou visant
même à les restaurer après détérioration.
L'ensemble des milieux naturels - domaine terrestre et aquatique- fait donc
l'objet des recherches du programme "EGPN" ; la définition de "milieu
naturel" est très large puisqu'il s'agit aussi bien de zones peu
artificialisées que de secteurs perturbés et
déteriorés. Le champ d'action du programme "EGPN" s'étend
par conséquent de la ville à la nature sauvage.
Une mention particulière doit être faite pour les espaces
protégés : parcs nationaux, réserves naturelles, parcs
naturels régionaux et terrains du Conservatoire du Littoral et des
Rivages Lacustres. Ces territoires sont en effet des sites
privilégiés pour certains types de recherches écologiques
: leur relative stabilité sur le long terme (l'évolution n'y
est pas proscrite, mais se déroule sans intervention humaine brutale)
favorise la mise en oeuvre d'une recherche appropriée,
échelonnée dans le tem temps. De plus la présence d'un
personnel compétent et intéressé par ces recherches
permet d'en assurer un suivi efficace.
Enfin, la vocation pédagogique des espaces protégés
facilite le lien indispensable entre la recherche et la diffusion des
résultats auprès du public.
En définitive, le comité EGPN considère dans son
sous-programme "Gestion ..." l'ensemble de l'espace rural, qu'il s'agisse
de zones protégées (parcs, réserves, etc.), de zones
dégradées à restaurer et plus généralement
de la "nature ordinaire", celle qui en définitive constitue le fond
du paysage rural intégré. Il cherche à donner des bases
scientifiques à un "aménagement du territoire" aussi harmonieux
et réaliste que possible, et préservant les propriétés
biologiques autant que les aménités de l'espace dans sa
globalité.
[R] Les domaines-clés des interventions
Pour chacun des objectifs finalisés du programme, les domaines-clés
d'EGPN concernent les quatre aspects suivants
Méthodologie
Centré sur l'écologie appliquée, le programme doit doter
cette discipline des outils méthodologiques indispensables et
appropriés. Qu'il s'agisse d'impact ou de gestion, les recherches
méthodologiques contribuent à l'avancement des objectifs poursuivis
sur d'autres thèmes : elles constituent donc une nécessité,
toutefois elles n'existent pas pour elles-mêmes, mais seulement en
fonction des autres buts du programme.
Connaissance des systèmes écologiques
Volet central du programme de recherches écologiques appliquées,
ce domaine d'intervention regroupe les recherches qui portent principalement
sur le fonctionnement des systèmes naturels : il vise à mieux
saisir les mécanismes et les processus en jeu et conduit ainsi à
une explication du fonctionnement et de l'évolution des systèmes
écologiques. "Impact" et "Gestion" apparaissent alors comme deux centres
d'intérêt complémentaires pour la réalisation
de ces recherches : connaître les systèmes naturels intacts
ou dégradés, c'est-à-dire soumis à une plus ou
moins grande influence humaine, définir les modalités de leur
protection ou de leur restauration, le tout perçu en terme
d'aménagement ou de gestion intégrée micro ou
macro-régionale.
Expérimentation sur les systèmes écologiques
Une des caractéristiques essentielles du programme - et sans doute
son originalité - tient au lien établi constamment entre le
laboratoire et le terrain, l'approche théorique et
l'expérience.
Afin de mieux affirmer ce choix, le comité EGPN affiche désormais
sa préoccupation de voir se développer des "expérimentations
en vraie grandeur", c'est-à-dire des opérations visant à
tester les hypothèses (scénarios alternatifs) de la gestion
écologique à une échelle aussi pertinente que possible
par rapport à la réalité des milieux naturels.
Vérifier les impacts, jusqu'alors seulement prévus, d'un
aménagement, d'un polluant, ou d'une filière de valorisation
de la biomasse ; expérimenter sur les diverses modalités de
restauration et de réhabilitation d'un milieu perturbé ou
surexploité ; vérifier les résultats théoriques
des recherches conduites au laboratoire ou en espace restreint quant à
la gestion pastorale ou forestière, cynégétique ou
piscicole, constituent autant d'opportunités de recherches
expérimentales à développer. Cette expérimentation
donnera une dimension nouvelle et originale à la recherche en
écologie appliquée.
Valorisation
Les résultats acquis dans le cadre du programme devront être
diffusés plus largement qu'ils ne le sont actuellement. Cette
nécessité qui s'impose à tout type de recherche, vaut
plus encore lorsqu'il s'agit de définir les modes de gestion du patrimoine
naturel, lorsqu'en définitive, le programme veut contribuer à
l'instauration d'un nouveau type de rapport entre l'homme et la
biosphère.
L'objectif du Comité est de contribuer le plus possible au transfert
des connaissances vers les utilisateurs du milieu naturel : aménageurs,
élus, administrations et, plus largement, citoyens, par une politique
de diffusion.
Cette valorisation par la diffusion, qui n'est certes pas de la recherche
à proprement parler, mais qui en constitue l'aboutissement obligé,
doit exister à deux niveaux distincts
- d'une part, il faut s'attacher à faire connaître les
résultats scientifiques et à mettre à la disposition
des biologistes et des gestionnaires les connaissances issues de ce programme,
et ce sous une forme homogène et attrayante. Une collection de documents
de référence sera créée par EGPN et sera très
largement diffusée ;
- d'autre part, il faut inciter les médias à utiliser les
données ainsi rassemblées pour leurs propres objectifs
d'information du grand public.
Faire connaître les recherches effectuées et les résultats
obtenus contribuera à faire prendre en compte leurs résultats
par le public. A ce titre, la démarche entreprise par EGPN vaut plus
qu'une simple diffusion : il s'agit d'une véritable pédagogie
par la recherche, pédagogie qui s'inscrit dans la définition
du programme et qui participe de son originalité.
Le ministère de l'Environnement est un "ministère de mission"
: son objectif essentiel est de faire prendre en compte par chaque
administration, par chaque agent économique, par chaque citoyen, les
effets sur l'environnement de leurs actions, notamment lorsque ces effets
se manifestent - cas le plus fréquent- largement hors du champ des
actions elles-mêmes. Il s'agit alors de mesurer ou de pallier les risques
et les conséquences parfois irréversibles de telles actions.
[R] Les modalités de fonctionnement du comité EGPN
Le comité est placé auprès du Service de la Recherche,
des Études et du Traitement de l'Information sur l'Environnement
(SRETIE).
Ce programme pour les années 1985-1989 constitue la charte du comité
à partir de laquelle il agit de la manière suivante
1. il consulte les "gestionnaires", les élus, les services administratifs
et plus généralement toutes les personnes ayant à
résoudre des problèmes de gestion du patrimoine naturel ;
2. il lance des appels d'offres sur les thèmes relevant de son domaine
;
3. il formule un avis sur les propositions de recherches reçues, suite
aux appels d'offres ou indépendamment de ceux-ci ;
4. il assure un suivi des travaux en cours ;
5. il effectue une évaluation finale des recherches ;
6. il contribue à la valorisation de leurs résultats.
Pour certaines de ces tâches, il s'appuie sur des groupes ou des experts
ès-qualités.
En résumé, il s'agit pour le ministère de l'Environnement
de mieux accrocher la recherche en écologie au réel, aux besoins
générés par les politiques de protection et de gestion
de l'espace naturel.