Le Courrier de la cellule environnement n°11, septembre 1990
Récemment paraissait dans une revue spécialisée, une
publicité incitant, sans souci d'une interdiction ferme et fondée,
à introduire cette écrevisse dans "lacs, étangs,
Rivières, plans d'eau,...". Elle serait même, paraît-il,
un "maillon utile du fonctionnement d'un écosystème
aquatique".
L'ampleur des risques a incité le Courrier de la Cellule à
publier cette mise au point.
Ce décapode de la famille des Cambaridae occupe, à
l'état naturel, une vaste portion des territoires bordant le Golfe
de Mexico au sud-est des Etats-Unis et au Mexique.
Mais c'est en Louisiane, dans les zones marécageuses bordant le
Mississippi que cette écrevisse est la plus commune et la plus connue.
Sa biologie est adaptée aux cycles hydrologiques plus ou moins
réguliers de crues et d'étiages que connait le plus grand fleuve
des Etats Unis. Pour échapper aux sécheresses estivales P.
clarkii creuse des terriers profonds atteignant la nappe phréatique,
à plus d'un mètre de la surface. La femelle, à cette
époque, porte ses oeufs dont l'éclosion puis l'émancipation
des juvéniles coïncident parfois avec le retour des crues
d'arrière saison. Dans cette hypothèse les juvéniles
profitent immédiatement de l'abondante nourriture fournie par la crue
et assurent une énorme récolte d'écrevisses. Si, au
contraire, l'étiage se prolonge, les jeunes écrevisses doivent
rester dans le terrier avec leur mère; le cannibalisme, la mortalité
sont alors très élevés et la population à
espérer reste minuscule tandis que la pêche ne produit rien.
Les écrevisses étaient déjà utilisées
par les indiens Houmas avant l'arrivée des Européens. Plus
tard, ce sont les Acadiens, réfugiés du Canada, mais français
d'origine, qui ont repris les habitudes gastronomiques de leurs ancêtres
en consommant les écrevisses du delta du Mississippi.
Jusque vers 1960, les écrevisses rouges ont été
pêchées et dégustées sur place ; mais dans une
zone vouée à la riziculture, les fermiers se sont bientôt
aperçus qu'une production simultanée d'écrevisses
était tout à fait compatible avec leur activité de base.
Simultanément, on a fait connaître l'écrevisse en dehors
des sphères traditionnelles d'utilisation ; un véritable
marché américain de l'écrevisse s'est constitué
et se développe encore avec des formes nouvelles de présentation
comme l'écrevisse molle, vendue quand elle vient de muer, et qu'on
consomme en entier, avec sa carapace.
Actuellement l'astaciculture extensive a gagné les états voisins
du Texas et du Mississippi. La production annuelle totale oscille entre 25
000 et 50 000 tonnes dont plus de 1 200 tonnes prennent le chemin de la
Suède, sous forme congelée ou cuite, en 1989.
Que l'écrevisse provienne des élevages contrôlés
des fermiers ou d'animaux ramassés dans la nature par des pêcheurs
occasionnels lors des épisodes de crues favorables, l'écrevisse
rouge représente une ressource non négligeable pour le sud-est
des Etats Unis.
Cette constatation a incité nombre de pays à tenter l'introduction
de ce crustacé prolifique (on observe des pontes durant toute
l'année) et à croissance très rapide si les conditions
lui sont propices (il peut devenir adulte et se reproduire trois mois après
sa naissance).
Tous les continents ont reçu leurs contingents de P. clarkii et
on trouve des populations de cette écrevisse au centre de l'Afrique
comn:e au Japon, en Chine ou en Espagne. On a même découvert
quelques individus dans des contrées aussi septentrionales que la
Suède.
La France n'a pas échappé à cette vague de propagations
intempestives. Dans plusieurs de nos départements et même en
région parisienne, on connaît des étangs occupés
par la "rouge de Louisiane".
Le succès de ces acclimatations a été total. Comparé
aux autres écrevisses l'animal est en effet très robuste ;
de plus sa précocité et surtout sa grande fécondité
lui permettent de compenser les pertes subies par les jeunes si les conditions
d'environnement ne leur sont pas totalement propices. A taille égale
une écrevisse rouge pond trois fois plus d'oeufs qu'un pieds-rouges
autochtone aujourd'hui en voie de disparition.
Mais à un tel rythme de multiplication, l'invasion est très
rapide et les atteintes à l'environnement deviennent très vite
perceptibles. Au Japon, où traditionnellement on ne consomme pas de
crustacés d'eau douce par crainte de la douve pulmonaire, les
écrevisses rouges ont envahi les rizières et occasionné
des dégats aux cultures. On a organisé leur destruction à
l'aide d'insecticides et on a pu dénombrer des biomasses de plus de
2 000 kg d'écrevisses à l'hectare. En Espagne on a commencé
à exporter de l'écrevisse rouge cinq ans seulement après
son introduction dans le sud du pays, en Andalousie. Actuellement l'Espagne
produit plus de 3 000 tonnes d'écrevisses et la pêche de ces
animaux procure un moyen d'existence à de nombreux ruraux sans emploi.
Mais ce beau tableau a un sérieux revers rarement évoqué
d'ailleurs, peut-être pour des raisons politiques. L'écrevisse
rouge, en période de sécheresse, épisodes fréquents
en Espagne méridionale, creuse de grandes galeries dans les canaux
d'irrigation et les ouvrages hydrauliques. Il en résulte d'énormes
pertes d'eau et de coûteuses réparations à
réitérer sans cesse. On a pu estimer les dégradations
à un coût largement supérieur à celui de la valeur
commerciale des crustacés. Mais cette dernière profite à
de pauvres gens que l'absence d'écrevisses rendrait sans doute
miséreux, alors que les frais de réparations sont payés
par une catégorie sociale capable de les supporter.
Le succès apparent des écrevisses dans le sud de l'Espagne
a incité des ignorants à propager l'animal à travers
toute la péninsule ibérique. Maintenant, même le nord
du pays est très sérieusement colonisé.
L'espèce autochtone, le pieds-blancs, est menacée par la
concurrence de la nouvelle venue, mais un autre risque guette encore le peu
de survivants des anciennes populations. En effet, comme toutes les
écrevisses d'amérique du Nord, P. clarkii se comporte
en vecteur d'une maladie fongique sans effet sur lui mais qui se communique
et tue toutes les espèces européennes d'écrevisses.
Les tentatives de lutte contre l'écrevisse rouge en Espagne ont eu
peu de résultats et n'aboutiront qu'à des éradications
très localisées et sans doute temporaires.
Consciente du danger présenté par cet animal exotique performant
mais redoutable, l'administration française a pris en 1983 un
arrêté interdisant l'importation, le transport et la
commercialisation de P. clarkii à l'état vivant. Cette
sage mesure est toutefois d'application difficile et elle est intervenue
tardivement puisque les importations de P. clarkii en provenance du
Kenya ont commencé en 1976. Les populations encore éparses
remarquées en France datent de cette époque.
Il faut conseiller beaucoup plus de sagesse au public des propagateurs
potentiels. On se laisse en effet facilement séduire par l'exotisme
et les performances quantitatives d'un animal dont on peut prévoir,
à très court terme, une surproduction mondiale et un effondrement
du prix déjà faible en comparaison de celui des autres
espèces utilisées.
La France a consommé jusqu'à 2 000 tonnes d'écrevisses,
importées en totalité, pour plus de 32 millions de francs.
Il y a là une ressource économique intéressante pour
un monde rural en recherche de diversification. Le pieds-rouges de plus de
80 grammes se vend plus de 300 francs le kilo en Allemagne et l'écrevisse
à pattes grèles de 40 à 50 grammes vaut plus de 100
francs le kilo chez nous. De telles espèces permettront un mise en
valeur sérieuse et durable de nos étangs, tandis que le
P.clarkii, vendu maintenant 50 francs le kilo congelé et
cuisiné, risque de connaître une sérieuse
dépréciation dès que la Chine ou d'autres pays similaires
commenceront à développer leur production, et de ne laisser
au monde rural que les dégâts dont il est capable.
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présentées au 34ème Congrès National de l'Association
Française de Limnologie à Metz du 28 au 31 mai 1990. Ces
communications paraîtront dans la Revue des Sciences de l'Eau après
contrôle d'un Comité de Lecture ).
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pallipède :relations métaboliques : hôte, parasite, complexe
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