Le Courrier de la Cellule Environnement n°3, janvier 1988

La discipline écologique et la mise en œuvre d'organismes modifiés par le génie génétique (Note).


A propos des organismes modifiés et introduits dans l'environnement (ce qui est le plus souvent la raison d'être de leur création) on entend des avis divergents. Pour certains ces "monstres de laboratoire" n'ont aucune chance de survie et seront impitoyablement éliminés par le jeu de la "sélection" naturelle.
Pour d'autres, ils vont envahir les milieux même, ceux auxquels ils n'étaient pas destinés et, ce faisant, éliminer d'autres organismes et poser de multiples problèmes, surtout s'il s'avère qu'ils possèdent d'autres propriétés que celles prévues par leurs créateurs.
I1 n'est d'ailleurs par rare d'entendre ces deux discours, en apparence pourtant contradictoires dans la bouche d'une même personne.
Les arguments les moins rationnels peuvent d'ailleurs être utilisés, dérivés sans doute du théorème de la tartine de confiture qui tombe toujours du mauvais côté.
On souligne le fait que les espèces indésirables, phylloxéra, doryphore, graphiose de l'orme, etc.. envahissent facilement des continents entiers tandis que l'homme éprouve bien souvent des difficultés à implanter les espèces qu'il désire propager.
L'examen des différences de comportement entre envahisseur à succès ou pas, est d'ailleurs très instructif. I1 est vrai que les races d'animaux domestiques, fruits d'une sélection, semblent moins aptes que des espèces sauvages à se répandre sans mesure. Le chien est peut-être une exception (cf. le Dingo et divers chiens marrons) et puis nous connaissons l'abeille "tueuse" du Brésil, fruit d'un croisement réalisé par un généticien.
Pour en revenir aux organismes modifiés par le génie génétique il parait évident que les conditions nécessaires et suffisantes à leur survie ou leur pullulation sont bien du ressort de la discipline écologique et qu'il serait opportun de ne pas négliger d'orienter des recherches sur ce sujet.
L'intérêt fondamental de ces études n'échappera pas. Disposer d'organismes marqués, dont on peut suivre la dynamique, ne peut qu'apporter des informations précieuses non seulement sur les organismes en question mais aussi sur leurs vecteurs.
L'intérêt pratique est non moins évident ; s'il est besoin un jour de maîtriser l'expansion d'un organisme ou s'il s'avère nécessaire de favoriser cette expansion, ce ne sont pas les données de culture in vitro qui apporteront les réponses nécessaires.
Pour ces différentes raisons il parait que le très légitime souci de développer et d'utiliser les organismes modifiés par le génie génétique doit s'accompagner d'un effort de recherche concernant leur écologie. L'intérêt scientifique et appliqué, voire l'éthique, imposent cet effort.

N.B On consultera avec profit : Regal P. J. Models of genetically engineered organisms and their ecological impact. in Ecology of biological invasions of north america and Hawaii. edited by H. A. Mooney - J.A. Drake - Springer Verlag - New-York 1986.
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