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Le Courrier de la cellule environnement n°5, septembre 1988

Protection et gestion des espaces naturels en France
(cadre et critères de sélection)

Les outils juridiques de protection
Les critères de sélection
L'inventaire des zones naturelles d'intérêt écologique faunistique et floristique (inventaire ZNIEFF)
La gestion des espaces protégés
Conclusion


La France dispose d'un cadre réglementaire relative.ent complexe pour assurer la protection et la gestion des espaces naturels.
Sans vouloir entrer dans les détails, il n'est peut être pas inutile de rappeler briévement les fondements juridiques et les missions des différents espaces protégés.

[R] Les outils juridiques de protection

Les parcs nationaux
C'est la loi du 22 juillet 1960 et le décret du 31 octobre 1961 qui précisent les critères de sélection et les modes de gestion de ces espaces. Le classement en Parc National peut se faire "lorsque la conservation de la faune, de la flore, du sol, du sous-sol, de l'atmosphére, des eaux et, en général, d'un milieu naturel, présente un intérêt spécial et qu'il importe de préserver ce milieu contre tout effet de dégradation naturelle et de le soustraire à toute intervention artificielle susceptible d'en altérer l'aspect, la composition et l'évolution".
En ce qui concerne la gestion, il était prévu une cellule mère appelée "Parc" comprenant, à l'intérieur, des "réserves intégrales" et enfin une zone périphérique où un programme d'ensemble de réalisations d'ordre social, économique et culturel devait être mis en place.
Le décret précisait que la forme juridique d'établissement public était la seule compatible avec la mission confiée aux parcs nationaux.
Les différents décrets de créations des parcs nationaux (Vanoise 1963, Port-Cros 1963, Pyrénées occidentales 1967, Cévennes 1970, Les Ecrins 1973, Hercantour1979) précisent, dans chaque cas, les conditions dans lesquelles la gestion sera assurée :
La circulaire du 12 septembre 1979 émanant du Premier IIinistre constitue une étape importante. Elle rappelle que les parcs nationaux ont "pour objectif prioritaire la protection et la gestion de richesses exceptionnelles ainsi que l'initiation du public à la découverte et au respect du patrimoine naturel" ; il est de plus recommandé de "mieux coordonner les actions de protection menées en zone centrale avec des actions de développement entreprises dans les zones périphériques". La liaison entre les différents services de l'Etat apparaît comme une nécessité. Enfin, la vocation scientifique des Parcs nationaux est rappelée avec force.

Les parcs naturels régionaux
Dans le cadre de la loi du 5 juillet 1972 portant sur la création des régions, un décret du 24 octobre 1975 permettait la création d'un parc naturel régional sur un territoire "lorsque sa protection et son organisation sont justifiées par l'intérêt particulier qu'il présente pour la détente, l'éducation, le repos des hommes et le tourisme en raison de la qualité de son "patrimoine naturel et culturel". Les parcs créés en application d'un décret du 1er mars 1967 devaient être mis en conformité avec le nouveau décret. Par la suite, la mission de ces parcs a été explicitée de manière légèrement différente par la circulaire du 12 septembre 1979 : Il s'agit sur un vaste territoire : de préserver et de mettre en valeur un patrimoine naturel et culturel ; de favoriser une activité économique et sociale suffisante pour que ses habitants puissent rester au pays, d'accueillir des visiteurs pour des activités de détente et d'initiation à la nature". Le décret du 25 avril 1988 reprend les termes de ce texte tout en insistant sur le rôle d'initiative des régions elles-mêmes. Les vingt-quatre parcs régionaux existants, couvrant près de trois millions d'hectares ont une mission multiple comprenant la protection et le développement.

Les réserves naturelles
Dans la loi du 10 juillet 1976 (relative à la protection de la nature), l'article 16 prévoit le classement en Réserve naturelle "lorsque la conservation de la faune, de la flore, du sol, des eaux, des gisements de minéraux et de fossiles et, en général, du milieu naturel présente une importance particulière ou qu'il convient de les soustraire à toute intervention artificielle susceptible de les dégrader".
D'autres articles abordent les problèmes de gestion, en particulier la possibilité d'établir une convention avec différents partenaires et mettent en conformité les Réserves naturelles antérieures, créés en application de la loi du 2 mai 1930.
Le décret du 25 novembre 1977 et sa circulaire d'application précisent le rôle du Comité Permanent du Conseil National de la Protection de la Nature qui donne un avis sur le bien fondé d'un projet de classement.
Par ailleurs, la loi du 2 juillet 1983 permet de créer autour de Réserves Naturelles existantes des périmètres de protection, par arrêté du Commissaire de la République, après accord du Conseil Municipal concerné.

Les réserves naturelles volontaires
Dans son article 24, la loi du 10 juillet 1976 prévoit Qu'afin "de protéger sur les propriétés privées les espèces de la flore et de la faune sauvages présentant un intérêt particulier sur le plan scientifique et écologique, les propriétaires peuvent demander que celles-ci soient agréées comme Réserves naturelles volontaires". La compétence de la création de ces réserves a été récemment déconcentrée au niveau du Commissaire de la République de chaque département (décret du 17 octobre 1986). L'agrément est donné pour une période de six ans renouvelable par tacite reconduction. A noter que si le projet comporte l'interdiction de la chasse, le Commissaire de la République doit consulter les chasseurs. '

Les réserves biologiques domaniales
Par une convention signée le 3 février1981entre les ministres de l'Environnement, de l'Agriculture et le Directeur de l'office National des Forêts, l'initiative de la création et la gestion des réserves dans les forêts domaniales sont confiées à l'0.N.F. Leur création fait l'objet d'un arrêté du ministre de l'Agriculture. Les motivations qui ont présidé à la mise en place de cette catégorie de réserve qui sort du cadre de la loi de 1976 ne sont pas sans doute très rationnelles, même si les Réserves biologiques domaniales peuvent par elles-mêmes concourir à la protection de la nature.

Les arrêtés de biotope
Un décret du 25 novembre 1977 a institué la procédure des arrêtés de protection de biotope. La décision de création est prise par le Commissaire de la République du Département concerné après simple consultation. Seuls les biotopes d'une espèce de la flore ou de la faune inscrite sur une liste nationale ou régionale d'espèces protégées peuvent être classés selon cette procédure.
Encore faut-il que l'existence de ces espèces en question soient menacée, même potentiellement.
En dépit d'un certain flou juridique, l'arrêté de biotope constitue une procédure de protection légère et déconcentrée tout à fait intéressante.

Le conservatoire du littoral
La loi du 10 juillet 1975 indique que "cet établisse"ent a pour mission de mener dans les cantons côtiers et dans les communes riveraines des lacs et plans d'eau d'une superficie au moins égale à 1 000 hectares, une politique foncière de sauvegarde de l'espace littoral, de respect des sites naturels et de l'équilibre écologique...".
Rapidement, le problème de la gestion évoqué d'une manière générale par la loi, s'est révélé très important et le Conservatoire, pour remplir sa mission vis-à-vis des milieux naturels, a dû mettre au point une doctrine souple permettant de s'adapter avec plus ou moins de succès à chaque cas particulier.

Autres protections
D'autres protections, de jure ou de facto, peuvent exister. Par exemple, les sites inscrits ou classés en vertu de la loi du 2 mai 1930 ou les Conservatoires de sites, associations privées, mais liées à la Région. on peut également remarquer que le Plan d'occupation du Sol (P.O.S.) peut assurer une protection efficace en classant une zone naturelle en catégorie ND (1) mais qu'il ne peut, par contre, orienter une gestion.
Cette liste des moyens de protection n'est pas exhaustive. Elle ne tient pas compte en particulier des obligations de protection qui pourraient découler de conventions internationales.

[R]  Les critères de sélection       

Les textes précités mettent au premier plan des critères de sélection, la valeur biologique. Cela est évident en ce qui concerne les parcs nationaux, les réserves naturelles, les réserves naturelles volontaires ou les arrêtés de biotope et, dans une moindre mesure, les parcs naturels régionaux et les acquisitions du Conservatoire du Littoral.
Un autre critère retenu également dans la majorité des cas est l'importance des menaces qui peuvent peser sur les territoires concernés. Dans le cas des réserves naturelles cette condition est, semble-t-il, mise à égalité avec la valeur écologique du milieu. En ce qui concerne les arrêtés de biotope, la notion de menace est également bien explicitée.
En fait, l'appréciation des menaces, même si elle ne repose pas sur des critères rationnels, est souvent facile. Il importe pourtant de les discerner relativement tôt, les menaces à court terme conduisant à des opérations "à chaud" qui ne sont pas les plus facile à mener.
En ce qui concerne l'appréciation des critères écologiques, on a assisté durant les dernières années à un grand désordre. Parmi les dossiers présentés au Comité Permament du C.N.P.N. (2), une proportion notable a été l'objet d'un avis défavorable parce que la valeur écologique ne présentait pas une importance particulière.
Bien qu'un certain nombre de moyens propres à harmoniser l'appréciation de la valeur écologique d'un milieu aient été proposées, il semble que la question se pose maintenant de manière différente.
Nous disposons en effet d'un inventaire des Zones naturelles d'intérêt écologique faunistique et floristique qui devrait, dans une large mesure, servir de base à nos évaluations futures.

[R] L'inventaire des zones naturelles d'interêt écologique faunistique et floristique (inventaire "ZNIEFF)

1. Objectif et démarche
L'inventaire des zones naturelles d'intérêt écologique faunistique et floristique est un programme de collecte et d'homogénéisation de données existantes et dispersées ayant pour objectifs l'identification, la localisation et la description des zones présentant le patrimoine biologique le plus riche.
Impul sé et financé par le ministère de l'Environnement (Direction de la Protection de la Nature), il a pour objectif de fournir une banque de données aussi homogène que possible sur le patrimoine naturel national.
Cet inventaire est réalisé dans chaque région selon une méthodologie normalisée définie au niveau national. Les résultats sont stockés et traités dans une banque de données nationale au Secrétariat de la Faune et de la Flore du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris ainsi que dans des banques de données régionales.
Le cadre méthodologique défini au niveau national consiste essentiellement en un formulaire de description de zone et une démarche d'inventaire.
Le formulaire de description permet en premier lieu de distinguer deux types de zones :
- des zones de type II qui correspondent en général à des grands ensembles naturels riches et peu modifiés par l'homme, qui offrent des potentialités biologiques intéressantes ;
- des zones de type I qui correspondent en général à des secteurs plus limités caractérisés par leur intérêt biologique remarquable. Ces zones de type I peuvent être soit incluses dans des zones de type II, soit isolées.
Les diverses rubriques de ce formulaire permettent ensuite une description détaillée de ces zones (localisation, description écologique, intérêt, dégradations et menaces, etc.).
Chaque formulaire est complété par une liste des espèces animales et végétales rares ou remarquables de la zone décrite ainsi que par un extrait de carte précisant les limites de la zone.
Lancé en 1983, l'inventaire "ZNIEFF" s'achèvera en 1988 ; plus de 10 000 zones devraient ainsi être recensées et décrites.

2. Les applications de l'inventaire "ZNIEFF"
Au niveau national, conformément à l'objectif de départ, les résultats de l'inventaire ZNIEFF permettront une rationalisation des politiques de protection et de gestion des espaces naturels.
Par ailleurs, de nombreuses applications se dessinent aux niveaux régional et local, en particulier dans le cadre de la loi de décentralisation de 1983 qui confère désormais aux Régions, Départements et Communes des prérogatives importantes dans le domaine de l'aménagement de l'espace. D'ailleurs de nombreuses régions ont participé au financement de l'inventaire ZNIEFF.

[R]  La gestion des espaces protégés

Cette gestion doit viser en premier lieu à conserver les valeurs écologiques qui sont la raison d'être du classement.
Ce truisme mérite d'être rappelé car souvent la mise en place des seules mesures négatives (interdiction, servitude, etc.) a amené une dégradation des valeurs écologiques concernées.
Les milieux dits "naturels" d'un pays comme la France métropolitaine sont le plus souvent le résultat d'activités humaines. Le maintien de ces activités, ou d'activités analogues, peut être indispensable au maintien des valeurs écologiques.
Prévue dans certains cas, tel celui des parcs naturels régionaux, cette action positive l'est peu dans d'autres, réserves naturelles, ou arrêté de biotope. Le rôle des comités de gestion, parfois inexistants ou inopérants, paraît ici essentiel. Les mutations subies par l'agriculture et celles qui sont prévisibles viennent encore compliquer cette tâche essentielle. Il parait donc opportun de diriger un effort de recherche important pour acquérir les connaissances de base nécessaires aux gestionnaires.
Dans cet ordre d'idée, il convient de faire une place particulière au concept de Réserve de la Biosphère défini dans le cadre du programmeMAB (Man and Biosphère) de l'UNESCO.

Les réserves de la biosphère
Le programme MIAB est issu de la conférence de 1968 sur les bases scientifiques de l'utilisation rationnelle et la conservation des ressources de la biosphère. Il est ensuite apparu souhaitable que ce programme dispose d'un réseau mondial d'aires de conservation et d'expérimentation, désignées sous le nom de Réserves de la Biosphère. Depuis 1976, année de la création des premières réserves, leur nombre s'est singulièrement accru ; on en compte près de 300 actuellement.
Par ailleurs les concepts de base se sont considérablement affinés. on peut dire que la rédaction d'un plan d'action en 1984 a constitué une étape décisive. Très brièvement, une réserve de la biosphère doit jouer au mieux trois rôles essentiels :
- rôle de conservation de la plus grande diversité génétique au niveau des espèces animales et végétales et des espaces qui les contiennent ;
- rôle de développement en faisant participer les populations locales à l'exploitation "respectueuse" des ressources naturelles et en participant à leur éducation ;
- rôle logistique, en s'intégrant à un réseau international d'échanges de nature et de niveaux variés.
Pour atteindre ces objectifs, il parait raisonnable d'établir un zonage. on distingue ainsi :
- une ou plusieurs aires centrales strictement protégées mais également gérées en fonction d'objectifs de conservation ;
- une zone tampon délimitée dans laquelle on proscrit les activités qui peuvent porter atteinte à la zone centrale mais où on peut effectuer des opérations de développement compatibles ;
- enfin, une aire de transition, sans limites figées, dans laquelle l'association de la conservation et du développement en coopération avec les populations locales sera la dominante,
on évitera ainsi de se contenter de protéger une superficie, forcément restreinte, installée, comme une île, dans un vaste territoire d'où toute idée de gestion écologique serait exclue. Les données récentes de la biogéographie insulaire nous montrent les dangers de cette situation. on évitera également de multiplier les contraintes et les servitudes trop pesantes. Au contraire des actions en faveur de différents types de développement permettront d'insérer au mieux dans la société ce type de réserve.
Cependant les restrictions souhaitées ne peuvent l'être que dans le cadre réglementaire national et il convient donc d'associer les Réserves de la Biosphère à d'autres structures.
En France, un bon exemple est fourni par l'association du Parc National des Cévennes et de la réserve de la Biosphère des Cévennes, créée en 1985. Rappelons que cette réserve s'est jumelée en 1987 avec la Réserve de la Biosphère du Montseny, située dans la députation de Barcelone.

[R]  Conclusion        

La France possède un arsenal complexe de dispositions réglementaires permettant de protéger des espaces naturels. Ce dispositif peut d'ailleurs être modifié dans le cadre de la déconcentration.
Une meilleure évaluation de la valeur écologique des territoires considérés peut être désormais obtenue par l'utilisation de l'inventaire des ZNIEFF, même si les opportunités et les menaces éventuelles continuent à jouer un rôle dans la sélection.
En ce qui concerne la gestion, celle-ci parait presque toujours obligatoire dans un sens actif. Les concepts issus de programme MAB pourraient être utilisés avec profit, d'autant plus qu'ils se rapprochent beaucoup de certains textes faisant partie de la réglementation nationale.


[R] Notes

(1) zone protégée pour des raisons de risques naturels ou d'intérét écologique ou paysager.[VU]
(2) Conseil National de Protection de la Nature : placée auprés du ministre chargé de la Protection de Nature, et composée de représentants des administrations concernées, de représentants associatifs professionnels ainsi que de personnalités scientifiques et d'experts, cette instance consultative donne ministre son avis sur les moyens propres à :
, préserver et développer la faune et la flore sauvage :
, améliorer la protection des espaces naturels et le maintien des équilibres biologiques, Elle doit aussi étudier les mesures législatives et réglementaires et les travaux scientifiques correspondants (cf, décret n.77-1300 du 25,11,1977). [VU]


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