Le Courrier de la Cellule Environnement n°8, juillet 1989

Prenons-nous à rêver


Périodiquement, on parle de "toiletter" la loi du 10 juillet 1976, relative à la Protection de la Nature , l'un des piliers de la gestion de l'environnement en France. Ce n'est pas toujours de bon augure ; il en est toujours qui rêvent de la vider subrepticement de sa substance...
Chacun sait maintenant que les contradictions entre environnement et développement sont solubles dans l'intelligence puisqu'elles ne sont souvent que l'expression d'un déphasage : on fait, on finalise, on agit et après, après seulement, on mesure les conséquences négatives, les effets indésirables. A moi, alors, l'environnement réparateur, chirurgie toujours délicate, souvent douloureuse et éternellement coûteuse !
Pour ce qui est de la recherche, il faudrait donc intégrer l'environnement dès le début des travaux. Pourtant dans ce domaine on a parfois l'impression d'avoir à faire à un progrès à la Pyrrhus 1
Prévoir, gérer systèmes et complexité, modéliser, articuler dans une problématique interdisciplinaire des points de vue différents, évaluer, etc. , devrait être maintenant monnaie courante, et dans le domaine du proche inconnu, la recherche est reine.
Alors pourquoi en cette année placée sous le signe de l'environnement, ne pas proposer une petite, toute petite modification de l'article 1 de la loi de la Protection de la Nature ? Histoire de ne pas préparer à l'aveugle pollutions et dégradations de l'an 2030...
Il suffirait d'inscrire la recherche au nombre des activités devant satisfaire aux exigences d'intérêt général reconnues par la loi.
Autrement dit, on peut toujours espérer un nouvel article premier comme celui-ci : "Article premier . ? La protection des espaces naturels et des paysages, 1a préservation des espèces animales et végétales, le maintien des équilibres biologiques auxquels ils participent et la protection des ressources naturelles contre toutes les causes de dégradation qui. les menacent sont d'intérêt Général. (inchangé).
"Il est du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde du patrimoine naturel dans lequel il vit. Les activités publiques ou privées De recherche, d'aménagement, d'équipement et de production doivent se conformer aux mêmes exigences.

Bien sûr une loi ne fait pas tout. Mais elle donnerait plus de légitimité à des démarches qui, tout en étant aussi scientifiques que d'autres, ne correspondent parfois pas aux canons de l'académisme parcellisateur... ou à d'autres, comme celle de l'Office Parlementaire d'Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, qui ne se développent pas avec l'ampleur souhaitable... Encore faudrait-il qu'elle soit appliquée. Mais l'environnement n'a-t-il pas le vent en poupe ?