Quand doit-on dépolluer et qui doit
payer?
La démarche d'une action de
dépollution
Les traitements actuels
Les traitements biologiques
Principes généraux de la transformation des
xénobiotiques par les micro-organismes
Caractéristiques d'un agent biologique de
dépollution efficace
Les champignons de la pourriture blanche
Avantages liés à l'utilisation des champignons
de la pourriture blanche
En guise de conclusion
Le programme de recherches développé à
l'INRA (encadré)
Eléments de bibliographie
Cet article reprend une partie des communications présentées lors de la journée thématique Biodépollution des sols organisée par l'association Science et développement Marseille Provence le 10 mai 1996 à l'Ecole supérieure d'ingénieurs de Luminy.
Un recensement national des sites pollués réalisé en
1994 par le ministère de l'Environnement a ré-pertorié
669 sites contaminés, qui se répartissent en trois grands types
: les anciennes décharges, qui ont été
utilisées sans respecter les règles techniques actuelles et
dont le sous-sol inadapté a conduit à une pollution des eaux,
les dépôts de déchets, occasionnés par
des faillites d'entreprises ou des pratiques frauduleuses d'importation ou
d'élimination de déchets et, enfin, les sols pollués
par des retombées, des infiltrations ou des déversements
de substances polluantes, liés à l'exploitation d'une installation
industrielle ou à un accident de transport.
Cet inventaire sera réactualisé fin 1996. Cependant, on se
heurte toujours à l'absence de normes fran-çaises aussi bien
sur les teneurs maximales admises pour les composés organiques dans
les sols que sur les techniques d'analyse permettant d'évaluer ces
teneurs. Les sites pollués constituent pourtant un risque à
moyen terme pour les eaux de surface et souterraines et pour l'usage même
des sols (habitat, cultures, implantation d'activité).
La diversité chimique apparente de la pollution d'un site est
généralement faible et se limite, pour les polluants organiques,
à quelques molécules (appartenant à une ou plusieurs
familles chimiques) produites par l'activité industrielle exercée
sur le site. En France, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)
et les polychloro-byphényles (PCB) sont les plus fréquemment
rencontrés. Pour les HAP, plus de 400 sites sont recen-sés.
Sur un même site, les teneurs en ces molécules sont très
hétérogènes et elles peuvent atteindre lo-calement 1
000 à 10 000 ppm (mg/kg). Certains sites accueillant des transformateurs
électriques contiennent des matériaux ou des sols pollués
par les PCB à des teneurs de quelques centaines de ppm. On trouve
également parmi les polluants organiques des produits pétroliers,
des munitions, des explo-sifs, des produits à usage agro-pharmaceutique.
Les contaminations peuvent survenir sur les lieux de production ou sur ceux
de stockage.
[R] Quand doit-on dépolluer et qui doit payer?
La France ne dispose pas actuellement de cadre légal spécifique
aux sites et aux sols pollués. L'action administrative s'exerce alors
au travers de deux lois : n°76-663 (19 juillet 1976) relative aux
instal-lations classées pour la protection de l'environnement et
n°75-633 (15 juillet 1975) relative à l'élimination des
déchets et à la récupération des
matériaux.
Quatre principes et dispositions de base en découlent :
- l'obligation de dépollution préalable à la vente d'un
terrain sur lequel a fonctionné une installation classée. C'est
la seule circonstance qui permet d'imposer la réhabilitation d'un
site indépendamment des risques réels de contamination ;
- en cas de cessation d'activité d'une installation classée
soumise à autorisation, l'obligation pour l'exploitant d'informer
le préfet et de produire un mémoire sur l'état du site
et les travaux d'évacuation, de dépollution ou de surveillance
nécessaires. La réhabilitation effective du site ne peut être
imposée en cas de cessation d'activité ;
- en application du principe pollueur-payeur (confirmé par la loi
n° 95-101 du 2 février 1995), les tra-vaux de traitement et de
réhabilitation des sites, ainsi que toutes les études
préalables, doivent être ef-fectués par le responsable
du site (exploitant ou détenteur) et sont financièrement à
sa charge ;
- pour certaines catégories d'installations classées, l'obligation
d'apporter des garanties financières ayant notamment pour objet de
couvrir les accidents, les pollutions et la remise en état du site
après cessation d'activité.
Lorsqu'aucun responsable solvable n'est identifié, le site est
déclaré " orphelin " par le ministère de l'Environnement
et les études et travaux de dépollution sont à la charge
de la collectivité. Les travaux correspondants sont effectués
par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie
(ADEME) qui assure la maîtrise d'ouvrage. En France, de 1987 à
1994, 40 sites ont été déclarés orphelins. Le
fi-nancement est assuré pour les nuisances d'origine industrielle
par la taxe sur l'élimination des déchets industriels
spéciaux, et pour les nuisances causées par des déchets
ménagers par le fonds de moderni-sation et de gestion des déchets.
[R] La démarche d'une action de dépollution
Lorsqu'un arrêté préfectoral a stipulé la
réhabilitation d'un site, les directions régionales de l'Industrie,
de la Recherche et de l'Environnement (DRIRE) coordonnent et encadrent
administrativement et tech-niquement les activités liées au
traitement du site.
L'intervention de dépollution s'effectue en quatre étapes :
- diagnostic, bilan de l'exploitation antérieure : une étude
historique et documentaire sur l'activité pas-sée du site et
des investigations sur le terrain (visite des dépôts, ateliers,
puits, etc.) conduisent à une première identification des
déchets présents sur le site et à leurs localisations
prévisibles (séparation des terrains sains des terrains
contaminés) ;
- exécution d'un programme d'études techniques : des
prélèvements effectués sur le terrain et des ana-lyses
chimiques déterminent la nature des polluants effectivement
présents, les teneurs et leur locali-sation. Différentes zones
à traiter sont alors définies en fonction du degré de
pollution du sol. Des études hydrogéologiques (analyses des
eaux de surface et souterraine) et des études de stabilité
(dépôts et crassiers) conduisent à l'évaluation
des risques de dispersion des contaminants dans l'environnement ;
- choix du procédé de traitement : les DRIRE fixent
le seuil à atteindre pour la réhabilitation du site en partenariat
avec le propriétaire du site et l'industriel chargé de la
dépollution. L'industriel propose des solutions de traitement en
précisant les seuils qui seront atteints dans un délai donné
et les coûts. A chaque technique de traitement correspond un seuil
susceptible d'être atteint. Les traitements biolo-giques nécessitent
souvent des essais préliminaires de laboratoire pour évaluer
ce seuil. Ils sont à la charge du propriétaire. Ce dernier
choisit le ou les procédés de traitement qui répondent
à la fois aux exigences administratives et à ses contraintes
financières propres ;
- travaux de réhabilitation : L'exécution des travaux
de dépollution selon les délais et objectifs fixés est
contrôlée par un dispositif de surveillance piloté par
les DRIRE. Tout dépassement de durée du traitement sera à
la charge de l'industriel.
Pour fixer le seuil de dépollution à atteindre, les DRIRE
s'appuient en général soit sur des normes d'analyse et de seuil
étrangères, soit sur une analyse des risques permettant de
quantifier le seuil en dessous duquel le polluant ne représente plus
de danger pour l'environnement. Ce seuil varie pour les HAP entre 100 et
500 ppm - teneur totale en 16 HAP mesurée selon la norme américaine
de l'EPA (Agence pour la protection de l'environnement américaine).
Pour les PCB, tout matériau en contenant plus de 50 ppm est
considéré comme pollué et susceptible d'être
traité comme déchet industriel. Les normes américaines
de l'EPA servent là aussi de référence, en l'absence
de normes françaises.
Les techniques de traitement des sols pollués se développent
rapidement. Elles sont souvent complexes et représentent un coût
non productif pour l'entreprise propriétaire du site. Le traitement
d'un site implique presque toujours la mise en oeuvre de plusieurs techniques
et procédés, simultané-ment ou successivement.
Trois grands types de traitement sont disponibles :
- les traitements physiques : incinération, confinement (cas
de fortes concentrations en polluant) ;
- les traitements chimiques : lavage à l'eau ou extraction
par solvant (principalement sur les matériaux grossiers), oxydation
chimique ;
- les traitements biologiques : utilisation de la microflore autochtone
ou de micro-organismes al-lochtones.
Tous ces types de traitement peuvent être mis en oeuvre soit in situ,
c'est-à-dire sans excavation des sols, soit sur site après
excavation et préparation d'une aire étanche de traitement
ou mise en route d'unité de traitement mobile, soit hors site dans
des unités de traitement ou de stockage de grande capacité.
Mis à part le confinement, la plupart des traitements conduisent à
une dégradation du polluant qui peut être obtenue soit par voie
physico-chimique, soit par voie biologique. En France, la tendance est à
l'incinération hors site pour les matériaux ou sols contenant
plus de 10 000 ppm de HAP (le coût est de l'ordre de 10 KF par tonne).
Les sols étant stockés ensuite en centre d'enfouissement technique
(CET). Pour les sols et matériaux moins concentrés, les techniques
chimiques (environ 5 KF/t en moyenne) et biologiques sur site (coût
inférieur à 1 KF/t) sont celles actuellement utilisées
(car les plus compéti-tives). En ce qui concerne les PCB seuls deux
centres de traitement thermique sont agréés pour le traitement
des matériaux (température d'incinération et contrôle
des rejets gazeux draconiens).
[R] Les traitements biologiques
Les traitements biologiques consistent à utiliser des organismes
supérieurs (végétaux) ou des micro-organismes pour
dégrader les polluants organiques. Les champignons, les bactéries,
les actinomycètes et les algues sont les principaux micro-organismes
des sols. En général, sous leur action, les polluants organiques
sont transformés en molécules de moins en moins polluantes
(en terme de persistance et de toxicité). Les procédés
biologiques de dépollution visent donc à augmenter les
capacités de dégrada-tion des micro-organismes des sols pour
accélérer les phénomènes naturels, afin de ramener
les quan-tités de polluant extractibles en dessous des normes
établies.
On dispose de deux types de procédés, qui tous deux mettent
en oeuvre principalement des bactéries et des champignons : la
biostimulation (stimulation de l'activité des microorganismes autochtones)
et la bio-augmentation (introduction de micro-organismes allochtones
sélectionnés). Ils font appel à trois types de technologies
:
- in situ, seule la biostimulation est possible par aération
et/ou par apport d'éléments nutritifs en milieu aqueux
recirculé (les eaux de drainage sont récoltées puis
redispersées à la surface des sols) ;
- sur terres excavées, on met en place des procédés
de biostimulation et de bio-augmentation, les terres sont placées
en andains (tertres) confinés dans des tranchées étanches
et on apporte de l'eau, de l'oxygène (accepteur terminal
d'électrons), des éléments nutritifs, des agents surfactants
ou foisonnants pour améliorer les transferts de polluants et de nutriments
et éventuellement des micro-organismes sélectionnés
;
- dans des réacteurs en milieu liquide, tous les paramètres
sont contrôlés pour une dépollution d'effluents liquides
(lixiviats, boues issues de concentration granulométrique < 50
mm). Cette techno-logie se prête particulièrement à la
bio-augmentation.
Les traitements biologiques sont en plein développement car, d'une
part, tous les types de sols indus-triels sont traitables par voie
biologique ; un tel traitement ne nécessite pas de grosses infrastructures
et il est toujours réalisé sur ou à proximité
du site, ce qui évite le transport coûteux des sols ; à
l'issue du traitement, les sols traités sont remis en place ; le
traitement biologique ne génère pas de déchets à
stocker. D'autre part, tous les polluants organiques sont biotransformables
sous certaines conditions, mais à plus ou moins long terme.
Cependant, un certain nombre de contraintes sont à prendre en compte
lors de l'utilisation de ces pro-cédés. En premier lieu, il
est difficile de garantir le délai d'obtention d'un seuil fixé.
L'estimation de ce délai dépend alors de la nature du sol,
du polluant et du rapport du niveau de pollution au seuil à at-teindre.
D'autre part, la biotransformation s'arrête à une concentration
asymptotique seuil, limitée par la biodisponibilité du polluant
dans le sol considéré. Seules des techniques physico-chimiques
per-mettent d'atteindre les seuils les plus bas. En second lieu, une action
de traitement biologique nécessite au préalable une optimisation
technico-économique ; il s'agit en effet de déterminer les
valeurs des pa-ramètres de traitement qui permettront de mobiliser
un minimum de moyens en un minimum de temps et de garantir le délai.
Cette optimisation implique des essais de traitement sur des lots identiques
aux sols à traiter.
[R] Principes généraux de la transformation des xénobiotiques par les micro-organismes
La transformation par les micro-organismes est considérée comme
la composante majeure des réac-tions de transformation auxquelles
sont soumis les polluants. En effet, les micro-organismes peuvent se
développer dans des environnements très diversifiés
et font appel à des mécanismes variés parfois uniques
au sein du règne vivant.
Classiquement, les micro-organismes utilisent trois modes de transformation
des molécules organiques directement liés au métabolisme
cellulaire :
- le cométabolisme : un micro-organisme assure une ou plusieurs
modifications structurales du pol-luant (dégradation) qui ne sert
pas de source d'énergie. La présence d'un co-substrat permettant
la croissance est alors nécessaire. Différents types de
micro-organismes peuvent intervenir succes-sivement (notion de communauté
dégradante) et la dégradation du polluant peut être
complète dans ces conditions ;
- la biodégradation : elle se distingue du cométabolisme
par le fait que le micro-organisme trouve alors dans le polluant une source
de carbone et d'énergie qui permet sa croissance. Le polluant est
transformé en métabolites, biomasse et CO2 (avec parfois d'autres
composés inorganiques : NH3, etc.) ;
- la synthèse : les molécules de polluant, ou des produits
de transformation, sont liées entre elles (polymérisation)
ou à d'autres composés (conjugaison) grâce aux enzymes
des microorganismes. La synthèse joue un rôle important dans
l'immobilisation (stabilisation) des polluants dans les sols.
La transformation des xénobiotiques par les micro-organismes, qu'elle
soit due à l'action d'un ou de plusieurs organismes, met en jeu
simultanément plusieurs de ces mécanismes. Elle s'effectue
au tra-vers de réactions : oxydation, réduction, hydrolyse
et synthèse.
Il faut également citer des effets indirects liés à
la présence ou à l'activité des micro-organismes dans
les sols : d'une part la bio-accumulation - le polluant
pénètre et s'accumule le plus souvent de façon passive
dans le micro-organisme -, conditionnée par les propriétés
physico-chimiques du polluant et, d'autre part, les effets secondaires
de l'activité microbienne : la transformation chimique du polluant
est déclenchée par des changement de pH, de potentiel rédox
ou autres liés à l'activité cellulaire.
[R] Caractéristiques d'un agent biologique de dépollution efficace
Les sols pollués sont souvent des écosystèmes
dégradés carencés en nutriments et à faible
peuplement microbien. Il apparaît alors plus intéressant d'y
introduire un ou plusieurs micro-organismes en quan-tité importante
et qui devront posséder les caractéristiques suivantes :
- aptitude à transformer une large gamme de composés
chimiques : dans le sol les polluants sont sous forme de mélanges.
L'agent biologique devra produire les systèmes enzymatiques capables
de cataly-ser la transformation d'un grand nombre de substrats
xénobiotiques de structures chimiques distinctes. Ceci implique la
multiplicité de systèmes enzymatiques, ou que ceux-ci montrent
une faible spécificité de substrat et soient constitutifs (non
induits par la présence du polluant) ;
- forte accessibilité aux polluants : dans les sols les polluants
sont partiellement dissous dans la phase aqueuse ou éventuellement
dans la phase gazeuse, mais aussi à l'état adsorbé sur
le complexe organo-minéral du sol, ou encore à l'état
natif. L'agent de dépollution devra être capable d'atteindre
le polluant quelle que soit sa localisation, ce qui implique qu'il possède
des systèmes enzymatiques exo- et intra-cellulaires ;
- forte tolérance aux composés toxiques : beaucoup de
polluants présentent une toxicité intrinsèque
élevée. Leurs pouvoirs biocides sont encore renforcés
par les très fortes concentrations présentes sur les sites
pollués, ainsi que par des synergies entre les composés.
L'organisme aura pour première mis-sion de détoxifier ces polluants
pour permettre son action conjointe avec celle de la microflore au-tochtone
résiduelle.
- possibilité d'hyperproduction d'un système enzymatique
particulièrement actif vis-à-vis d'une classe de polluants
: le caractère généraliste d'un organisme sera alors
complété par une action préférentielle sur une
famille de molécules ;
- inoculation et installation facilitées dans les sols : le
micro-organisme sera facilement manipulable, disponible en grande quantité
pour la préparation d'inoculums concentrés. Les supports devront
éga-lement permettre sélectivement sa croissance et son
développement pour minimiser la compétition et les interactions
inhibitrices avec la microflore autochtone ainsi que la prédation
par la microfaune au-tochtone, au moins au début du processus de
transformation.
Dans ce contexte, un groupe de champignons filamenteux paraît très
intéressant, celui des basidiomy-cètes de la pourriture blanche.
[R] Les champignons de la pourriture blanche
Les champignons de la pourriture blanche forment un groupe particulier de
basidiomycètes qui assure dans la nature la dépolymérisation
et la minéralisation de la lignine (ligninolyse) et permet ainsi la
dé-structuration des fibres végétales.
Les champignons de la pourriture blanche sont actuellement très
étudiés en raison de plusieurs appli-cations, dont certaines
sont utilisées par l'industrie :
- mise en place de procédés propres et économiques
dans l'industrie papetière : le traitement des pâtes
améliore la qualité du papier (résistance), diminue
le coût énergétique de production et permet le blan-chiment
du papier en minimisant la consommation de chlore. Le système
ligninolytique intervient également dans la décoloration les
effluents de papeterie ;
- bioconversion et production de molécules à haute valeur
ajoutée d'intérêts agro-alimentaire et pharmaceutique
: les organismes vivants ou leurs enzymes purifiées sont utilisées
pour la production de composés à valeur ajoutée importante
comme la vanilline, le phénol, le méthanol. D'autre part, certains
métabolites issus de la dégradation de la lignine ont des
propriétés antibactériennes ;
- environnement : les champignons sont étudiés pour
la dépollution des effluents liquides et des sols renfermant des polluants
organiques ;
- biotraitement et valorisation des matériaux lignocellulosiques
: la biodégradation des résidus ligno-cellulosiques
améliore la digestibilité et la valeur nutritive de substrats
utilisés pour l'alimentation des ruminants. La cellulose
libérée de la lignine permet aussi une production facilitée
de biogaz.
L'espèce la plus étudiée est Phanerochaete chrysosporium
mais environ 40 espèces font actuellement l'objet de recherches actives.
[R] Avantages liés à l'utilisation des champignons de la pourriture blanche
Dégradation d'une large gamme de composés organiques
Les champignons de la pourriture blanche sont d'une grande richesse enzymatique,
produisant à la fois des systèmes exo-cellulaires peu
spécifiques et à fort pouvoir oxydant (en particulier le
système ligni-nolytique), et des systèmes intra-cellulaires
impliqués dans la biotransformation des xénobiotiques. Cette
richesse enzymatique permet à ces champignons d'assurer un grand nombre
de réactions chi-miques (oxydation, réduction, hydrolyse et
synthèse) sur des xénobiotiques polluants de structures chimiques
variées, et présentant des propriétés
physico-chimiques (polarité, lipophilie, etc.) variées. De
plus, ces systèmes enzymatiques ont pour certains une faible
spécificité de substrat et un fort pou-voir oxydant
(réactions radicalaires). Les enzymes agissent soit sur les polluants
dissous dans l'eau du sol, soit sur les polluants adsorbés sur la
fraction solide du sol. Le mycélium fongique constitue en outre un
piège dans lequel les polluants s'accumulent, y compris les plus volatiles
d'entre eux présents dans la phase gazeuse du sol. Ils deviennent
alors des substrats potentiels pour les enzymes intracel-lulaires.
Mécanismes de régulation différents selon les
activités enzymatiques
Le système exocellulaire ligninolytique est placé sous le
contrôle des nutriments et n'est pas régulé par la
quantité de polluant présente au voisinage du champignon. Ainsi,
la production des enzymes est stimulée lorsque le champignon se trouve
en carence nutritionnelle vis-à-vis de la source de carbone ou de
la source d'azote. En complément, un allongement de la phase de croissance
des champignons obtenu en modulant par exemple la température de
croissance conduit à une forte dégradation de pol-luant par
les enzymes intracellulaires. Les situées intracellulaires sont
quant-à-eux inductibles par certains xénobiotiques ou par des
stress.
Forte tolérance aux composés toxiques
Certains polluants sont toxiques pour les êtres vivants. Par exemple,
les cyanures sont des inhibiteurs puissants de la respiration. Ils bloquent
dans la mitochondrie la " chaîne respiratoire " qui permet le transfert
des électrons jusqu'à l'oxygène. Le pentachlorophénol
est un découplant des phosphorylations oxydatives. Il " perméabilise
" les membranes aux protons, ce qui perturbe la synthèse de l'ATP
et la régulation du pH cellulaire. De ce fait, ces polluants sont
potentiellement inhibiteurs de la croissance de nombreux micro-organismes.
Si ces composés sont toxiques pour les spores de champignon dont ils
inhibent la germination, des cultures fongiques âgées de quelques
jours tolèrent et dégradent des concentrations élevées
de ces composés.
Possibilité d'utiliser des souches hyperproductrices d'un système
enzymatique particulier
De nombreuses recherches ont d'abord visé à améliorer
l'activité des peroxidases. Par exemple, plu-sieurs souches mutantes
hyperproductrices d'enzymes ont été obtenues par
mutagénèse au moyen d'ultraviolets. Les gènes des
peroxydases ligninolytiques sont actuellement clonés et
séquencés. Une telle démarche s'applique à d'autres
systèmes enzymatiques. On peut donc disposer de souches surex-primant
un(des) système(s) enzymatique(s) plus spécifique(s) d'une
famille de polluants.
Utilisation de substrats de croissance économiques
Classiquement, les champignons nécessitent, avant leur inoculation
dans le sol, une phase de produc-tion en masse par culture sur des substrats
organiques (rafles de maïs, copeaux de bois) peu coûteux car
sous-produits de l'agriculture ou de l'industrie. On peut alors ensemencer
les sols à traiter avec des quantités massives d'inoculum,
ce qui permet au champignon d'être un compétiteur efficace de
la mi-croflore autochtone, du moins pendant le temps nécessaire à
la mise en place du processus de bio-transformation.
Economiques et écologiques sont deux adjectifs qui caractérisent
les procédés biologiques de dépol-lution des sols.
Cependant, ceux-ci restent à développer et de nombreuses
données scientifiques restent encore à acquérir, compte
tenu des nombreuses interactions entre le sol, les micro-organismes et les
polluants. Dans ce contexte, les champignons filamenteux, dotés de
potentialités intéressantes, doivent encore faire la preuve
de leurs capacités réelles. Pour mener à bien une telle
épreuve, en dépollution de sites industriels, une collaboration
a été engagée entre l'INRA et la division
Réhabilitation de sites de la société KREBS Réseau
Eurisys. Cette société spécialisée en
ingénierie et services dans le secteur de la chimie, intervient
également dans le domaine de l'environnement lié au traitement
des déchets, pol-lutions et nuisances d'origine industrielle. Le programme
de recherche financé par KREBS s'intéresse au traitement par
les champignons de polluants persistants du type HAP, PCB et aromatiques
nitrés dans les sols pollués.
D'un point de vue réglementaire, les critères utilisés
pour évaluer un site ou un procédé de dépollution
ne sont pas les mêmes dans les différents pays de la
Communauté européenne. En France, on se heurte toujours à
l'absence de normes aussi bien sur les teneurs maximales admises pour les
composés orga-niques dans les sols que sur les techniques d'analyse
permettant d'évaluer ces teneurs. La future régle-mentation
européenne imposera la validation d'un procédé de
dépollution.

Depuis quelques années, un programme de recherches est
développé à l'INRA conjointement par l'unité
de Phytopharmacie et Médiateurs chimiques (Versailles) et le laboratoire
de Biotechnologie des champignons filamen-teux (Marseille/Luminy). Il a pour
objectif d'apporter des connaissances fondamentales sur la biochimie et la
phy-siologie des champignons filamenteux, et de proposer des procédés
de biodépollution des sols et effluents liquides contaminés
par des polluants organiques. Ce programme a reçu les soutiens financiers
de l'INRA (AIP Pesticides) et de l'ADEME (marché d'études).
Les axes de recherche développés sont :
- Evaluation des potentialités de souches pures culti-vées
en milieu liquide à transformer les polluants. Ces études
permettent de suivre l'évolution de la molécule mère
et des principaux produits issus de sa transforma-tion au cours du temps,
ainsi que l'établissement des schémas de dégradation.
L'influence des conditions de culture sur la nature et l'intensité
des réactions de trans-formation est aussi étudiée.
- Recherche, identification et purification des sys-tèmes enzymatiques
impliqués dans les principales ré-actions de transformation.
- Hyperproduction de systèmes enzymatiques d'intérêt.
- Optimisation de l'inoculation des champignons dans le sol, suivi
de la croissance fongique, études de la transformation
des polluants et évaluation de l'efficacité du
procédé au niveau de la dégradation
(minéralisation, formation de métabolites,...) ou de son
immobilisation dans le sol.
- Procédés de dépollution d'effluents liquides.
Les études réalisées jusqu'à aujourd'hui ont
porté sur des molécules à usage agro-pharmaceutique
(triazines, lin-dane) ou générés par l'industrie
papetière (pentachlorophénol, acides résiniques).
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