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[R] Catherine Laurent
C'est l'été. Il y a douze vaches qui broutent, il y en a aussi
deux qui fixent l'objectif, une qui regarde derrière, une qui se gratte.
Il y a des claires et des foncées en proportions à peu près
équivalentes. On se dit que ça peut être pratique pour
jouer au foot. Réflexion déplacée car cette photographie
a le classicisme de l'iconographie des manuels de zootechnie.
Ce serait le chapitre " Race normande " : robe à fond blanc et taches
bridgées très découpées, front concave, port
de lunettes (comprendre " taches autour des yeux "), mamelle bien
développée (voir celle du milieu à gauche) mais masse
musculaire satisfaisante (voir celle du milieu à droite). Bref, une
race mixte, terme qui désigne sa double aptitude à produire
du lait et de la viande, version zootechnique du principe " ne pas mettre
ses deux pieds dans le même sabor " que suivirent les éleveurs
normands en refusant de s'engager dans la voie d'une spécialisation
trop poussée. Cette attitude, qualifiée après coup de
" stratégie contre aléatoire ", leur permet de disposer
actuellement d'une race dont les qualités sont appréciables
pour négocier les virages imposés par la politique agricole.
Concrètement, l'identification de cette race est l'un des rares
éléments visuels qui fournisse une indication un tant soit
peu précise sur la localisation. A la seule vue de cette photo on
peut dire que la probabilité est forte, en gros, qu'on se trouve dans
le quart nord-ouest de la France. Pour ce qui est de la production du troupeau
photographié, l'interprétation ne pourrait qu'être
hasardeuse. Impossible de savoir s'il s'agit d'un troupeau de vaches
laitières (produisant du lait pour la vente) ou de vaches allaitantes
(nourrissant seulement leurs veaux). Par ailleurs, ces vaches, on l'a
déjà dit, broutent. Mais est-ce là une situation habituelle
? Derrière elles un champ de maïs, peut-être de l'ensilage
à venir pour l'hiver ou en complément de ration. Peu-être
s'agit-il tout simplement d'une autre exploitation. Comment savoir ? L'analyse
paysagère peut être prompte à reconstituer des systèmes
de production qui n'existent pas.
[R] Yves Luginbühl
Parfois on voudrait être vache ; brouter l'herbe profonde et verte des prairies. Mais quelle destinée ! finir dans l'estomac d'un bipède. Heureusement, les hommes consomment de moins en moins de viande : quelques vaches ont alors un peu plus de chance d'échapper au sort que la société leur réserve. Elles iront dans les écomusées péri-urbains, de manière à éduquer les petits citadins en mal de campagne , qui croient que le lait est un produit industriel de forme parallélépipédique. Ceci pour dire que nous assistons à un changement radical dans le rapport des sociétés à la nature tant sous forme de l'animal que sous forme du végétal : glissement de l'interface entre société et nature vers une plus grande place à la fois au sauvage et à l'affectif.
[R] Bernard Hubert
Je choisis cette photo parce qu'on y voit des bêtes ! On y voit même
presque que cela : des vaches normandes sur une prairie, avec des pommiers
(?), un peu de haies et un bâtiment qui a perdu sa toiture de chaume
remplacée par le modèle standard et mondial, la tôle
ondulée en train de rouiller. La prairie a un caractère un
peu artificiel et on voit poindre derrière la haie les maïs
florissants qui garantissent la dignité de ces productrices
vis-à-vis du contrôleur laitier !
La mise en scène est bien travaillée : le cadre champêtre
est planté, il n'y a pas d'horizon, c'est un décor construit
et arrangé, l'heure est bien choisie et la chorégraphie est
minutieuse ; il n'y a que deux vaches à regarder le photographe. Les
autres paissent, c'est bien ce qu'il est attendu d'elles : transformer cette
masse verte en un fleuve blanc ; au delà des haies et des hangars,
il y a des routes et des camions, des usines qui font des camemberts et les
distribuent dans tous les supermarchés de l'Hexagone...
Les animaux sont trapus, masses bigarrées, certains diraient "
bringées ", ils occupent la scène au second plan laissant le
premier à l'herbe ; ce sont des vaches laitières d'une race
typée (petites cornes, fronts concaves, lunettes marquées)
qui situe le paysage dans l'Ouest, terre d'herbages et de petites unités
de production. Elles sont groupées au centre de la prairie, bien que
le pâturage ne semble pas " rationné " au fil électrique.
Ah, les sales bêtes, elles vont encore créer des
hétérogénéités dans la pelouse !
[R] Jacques Baudry
La structure du " paysage culturel " : bocage, vaches normandes, bâtiments couverts de tôles, on est quelque part en Normandie. Le contraste est fort avec la prairie composée d'une seule espèce et fortement fertilisée. On devine du maïs à l'arrière plan. Demander à l'agriculteur pourquoi il garde les haies.
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