Des agronomes devant des paysages agricoles : photo g

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[R] Yves Luginbühl

Evidemment, on pourrait s'amuser à assimiler ces pavillons à un nouveau type de production ou, mieux encore de culture agricole. La photo est traîtresse, car on doit davantage attendre des agronomes sur la culture faite au premier plan, alors que le regard s'accroche immédiatement sur les pavillons. Ce qui m'intéresse, c'est la relation entre les deux : quel paysage les habitants de ces pavillons ont devant les yeux ? Morne plaine. Le voient-ils ? ce n'est pas évident. En tout cas, ils cherchent à le cacher, grâce à la haie de conifères plantée. Non, on cherche plutôt à leur cacher, car la haie a due être faite par les promoteurs du lotissement, un peu comme les haies des jardins familiaux de la photo D. Paysage normé, n° 95xxxxx, code d'identification INSEE, ça viendra, nos administrations s'en occupent, avec l'aide des scientifiques et des techniciens : bientôt, on pourra savoir que le paysage n°xxxxxxxx est un " méso-paysage urbanisé au degré 7 sur l'échelle de Siclone (fichier des permis de construire) et comportant des vestiges d'un paéléo-paysage de type X avec tendance à un paysage de quatrième nature postmoderne ". Avec un tel degré de précision, on peut être sûr que l'humanité sera sauvée.

[R] Régis Ambroise

Alors il faut choisir une photo parmi toutes, je relèverai ce cliché (n°3) avec ses petites maisons de monopoly posées sur un ancien champ, entourées de tous petits jardins bordés de sentinelles végétales, le long desquelles les tracteurs passent au ras ne laissant qu'à regret sur les bordures quelques places aux herbes folles. Je la retiendrai comme exprimant le terme d'une évolution possible où les fonctions, les espaces, les groupes sociaux se compartimenteraient totalement, oubliant d'établir les conditions pour que puissent exister des rapports entre eux. Je vois cette image comme une alarme appelant tous les habitants et les acteurs de cette région à s'arrêter deux minutes dans la course si fragile au développement imposé, s'arrêter pour parler des envies qui pourraient les rassembler, de la beauté, de la qualité, de la nature, de projets, d'échanges. Des démarches ponctuelles existent, légèrement dérisoires ou touchantes, mais jusqu'à présent toujours individuelles, elles sont la preuve que bien d'autres choses sont possibles.


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