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[R] André Fleury
Ce paysage de grande culture (la ligne électrique est bien discrète)
apparaît agréable. Il le doit, d'une part, aux lents mouvement
de terrain qui, avec l'aide de la brume, permettent quelques jeux de
lumière et, d'autre part, à la dimension des parcelles suffisamment
réduite pour faire apparaître, à cette échelle,
la diversité des sols, que renforce la présence çà
et là, de bosquets.
L'homogénéité des lignes (rangs de céréale,
talweg, talus boisés) confère beaucoup d'unité et
d'harmonie. Des écologistes intransigeants dénonceraient sans
doute le système agro-industriel qui le sous-tend, c'est tout à
fait, du point de vue citadin, un paysage de nature. Un tel espace relève
davantage d'une appropriation par le regard, comme en passant un peu vite
; l'agriculture le tient bien.
[R] Yves Luginbühl
Sur le mode des acteurs : lobby des céréaliculteurs, PAC, prix garantis, grandes manoeuvres d'import-export à l'échelle internationale, course aux rendements, magouilles sur les jachères, etc. (sans vouloir cependant être manichéen). Sur le mode culturaliste : voila des paysages qui, jusqu'à une période récente, n'en ont pas été ; ils étaient considérés comme monotones, sans intérêt esthétique ; c'est peut-être à la fois la vitesse (la Beauce vue du TGV) et une certaine médiatisation esthétisante de ces espaces de la grande culture qui en font des paysages, au sens où c'est le regard qui les instaure en paysage. J'ai cru percevoir, dans les enquêtes récentes, un certain intérêt nouveau pour ces paysages de l'immensité céréalière, oléagineuse ; voir par exemple les photographies de la Champagne destinées à valoriser la région. En région périurbaine, on peut s'interroger sue le rôle de ces paysages de grande culture et sur leur capacité à résister à l'urbanisation, d'autant plus que les entrepreneurs agricoles de ces régions peuvent être tentés par une spéculation juteuse sur les grand domaines.
[R] Etienne Landais
Grande culture. Une autre forme de désertification, qui chasse les hommes après les arbres. Les agriculteurs sont riches, mais ils dépriment au volant de leurs gros tracteurs. Ici jadis c'était la campagne !
[R] Bernard Hubert
Les emblavures captent bien la lumière rasante de ce matin de printemps...
Nous sommes dans une région de " grandes cultures ", avec de grandes
parcelles sans haies, ni arbres ni bosquets, un open-field en quelque sorte.
L'horizon est lointain, on devine une côte tout au fond dans la brume,
avec juste devant peut-être des bois, des grands arbres en tout cas
; c'est là que se tient le bâti, juste en lisière. De
là une route conduit aux champs ; dans un virage, un dernier arbre
isolé témoigne d'une époque révolue.
C'est un grand et large vallon, aux pentes modérées, qui occupe
l'essentiel de la scène. Pas une bête, pas un homme, juste du
sol, quelques buissons et... des millions de jeunes plantules alignées
; c'est le début du printemps. Mais le paysage est organisé
: sur le plateau qu'on aperçoit à gauche et sur les pentes
(mieux drainées ?) des céréales d'hiver, dans les bas-fonds
plusieurs parcelles de terre attendent encore d'être semées.
Sur les rebords de la côte, c'est le règne des buissons, règne
étriqué certes à quelques talus entre des parcelles
cultivables, sortes de " savares "laissés pour compte des exigences
de la mécanisation ? Sagesse cynégétique (il faut bien
s'occuper l'hiver !) ou respect précautionneux de la biodiversité
(sait-on jamais) ? Probablement un peu de tout ça à la fois.
Ouf, un peu de désordre !
Entre le vert tendre des emblavures et le brun foncé d'une terre riche
en matière organique, quelques parcelles interrogent : elles sont
gris ardoisé ou entre jaune et rose. Des jachères ? Des
résidus de récolte laissés au champ ? D'autres productions
? C'est pas grand chose, mais c'est peut-être cela qu'on a envie d'aller
voir... Ah, que je n'aimerais pas être musaraigne dans cet environnement
!
[R] François Papy
Il est des paysages qui n'aiment pas se faire photographier : les grandes
plaines qui étalent jusque vers les lointains, mollement ondulés,
le damier des champs cultivés. Prisonnier du cadrage de son appareil,
le photographe, balayant l'horizon, cherche à fixer tout ce qu'il
voit. Peine perdue : s'il tient à ce bosquet, il rate ce clocher ;
s'il veut prendre du ciel, il perd son premier plan. Ici, visiblement, le
ciel, gris et plat, ne l'a pas inspiré, ce qui nous vaut une photo,
au deux tiers occupée par une grande tache verte de blé en
herbe.
On me permettra, je l'espère, d'imaginer un paysage de plaine agricole
dont cette photo ne donne qu'une pâle vision. J'ai besoin d'élargir
le champ, à droite, à gauche et de recadrer tout : moitié
ciel, moitié terre. C'est que le paysage est fait de ces deux
éléments, à parts égales : diptyque horizontal,
la jointure des deux pans dessinant l'horizon. Chaque plan a sa fonction.
Le ciel, on le regarde pour voir le temps qu'il fait, c'est à dire,
à bien réfléchir, le temps qui passe vite, qui change
d'heure en heure, de jour en jour, suivant, avec fantaisie, le journal
télé de la veille ! Parfois il change même de minute
en minute, quand majestueusement s'y promène la ménagerie des
nimbus qu'aiment voir passer les enfants. La terre, elle, bat un tempo plus
lent : la marqueterie des parcelles change au gré des saisons. Alternant
avec sa voisine, chacune d'elles, successivement, passe du brun au vert,
puis au doré ou au jaune. Le cycle, ensuite, recommence,
décalé quelquefois d'un an sur l'autre.
Tous ces panoramas répondent ainsi aux lois du temps. Chacun a cependant
son cachet singulier, dû aux ondulations, aux rideaux de haies basses
qui, ici, sont serrés sur le versant pentu, à la ligne de basses
tiges qui court tout droit vers l'horizon, là-bas, à l'arbre
en boule qui joue la sentinelle au tournant du chemin, au clocher qui, au
loin, pointe sur le bosquet et disparaît souvent au frais matin de
brume.
Permanents, éphémères, banals et singuliers, ainsi les
paysages de plaines agricoles sont la trace laissée dans l'espace
et le temps par l'activité paysanne.
[R] Jacques Baudry
Labourer coûte que coûte.
[R] Raphaël Larrère
"Si je puis respirer dans un champ, respirer large et libre, c'est qu'il
est bordé de taillis où se disputent les oiseaux, c'est qu'il
gît aux lisières d'une forêt, qu'il est délimité
par des lieux qu'on laisse ou qu'on cultive mal. Comment respirer dans un
champ sans bord, entouré d'autres champs, comment le mouvement
demeure-t-il possible quand il n'y a que des affirmations, quand la terre
est tout entière aux mains de la raison ?" (Michel Serres :
Détachement. Flammarion, Paris, 1983, pp. 15-16).
Ici nous ne sommes pas encore parvenus à l'espace oppressant de la
mise en valeur totale. Il n'y a plus de buissons, ni d'herbes folles aux
lisières des champs, mais il subsiste des taillis aux confins du terroir.
La rationalité agro-économique a ainsi repoussé la "
sagesse " des paysans aux marges du champ de vision.
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