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[R] François Papy
" C'est un coin de verdure où coule une rivière " ; un coin
où le dimanche on aime pique-niquer. Pour peu qu'on prenne soin
d'éviter les orties et les zones engorgées, on y trouve
aisément le lieu où se poser : moitié ombre, moitié
soleil. Chacun s'y étend comme il veut, goûte les chants d'oiseaux,
ceux du ruisseau qui coule ; la paix, en somme ; la nature.
La nature ? est-ce vraiment si sûr ? que serait cet endroit sans l'homme
? un lieu marécageux, insalubre, infranchissable. Au lieu de s'y complaire
on le contournerait. Cette soi-disant nature est oeuvre paysanne. Il y a
longtemps déjà, le paysan a drainé cette terre, a
canalisé l'eau, puis planté, là, ce saule, maintenant
rabougri, plus loin ces peupliers, déjà tout élancés.
Pour nourrir ses troupeaux, il a fait produire la nature, mais il a su aussi
la ménager, ce qui veut dire, au sens originel, qu'il en a fait un
" manoir ", une maison, une demeure. Et c'est là qu'aujourd'hui on
vient se reposer.
Il faudra bien un jour lui valoir ça.
[R] Bernard Hubert
Il n'y a pas plus d'horizon ici que dans la photo
F, mais ce sont les végétaux
eux-mêmes qui créent la structure, en vieille complicité
avec l'eau ! Au premier plan toutes les strates de végétation
s'affichent et s'étalent dans les trois dimensions et dans une grande
diversité d'espèces et d'essences : bordures de canaux, prairies,
ripisylves, haies et alignements lointains de peupliers qui bornent le regard
dans une brume humide et bleutée. Toujours pas d'homme visible, mais
il est passé nettoyer les canaux, élaguer les branches qui
gênent, mener les troupeaux au pâturage... Encore que ce ne soit
pas impeccable ! On sent qu'il compose avec le végétal, tellement
à son aise avec cette eau si disponible.
On ne voit pas de bêtes non plus, mais on les imagine celles-là
: gros ruminants qui paissent, ragondins qui glissent d'une berge à
l'autre, poissons qui attendent le soir pour voir le jour (naïfs !),
petits et gros oiseaux qui s'épient et s'interpellent en trilles
(peut-être même y a-t-il des râles des genêts ?)...
Et ça doit être vite humide pour les vers de terre.
Ecrin vert à la lumière parcimonieuse et au silence si dense,
on sait qu'on est dans un endroit " protégé ", un héritage
d'un passé pas si lointain qu'on doit à l'archaïsme de
certains paysans... et à la réforme de la PAC. Qu'ils soient
assurés l'un et l'autre de notre reconnaissance !
[R] Etienne Landais
Cliché trompeur... Le charme de ce paysage s'estompe dès que l'on s'éloigne de l'eau, dont la surface n'est visible que de quelques dizaines de mètres, en raison du manque de relief de ces zones de fond de vallée, de la présence envahissante de peupleraies souvent laissées à l'abandon. Pour l'agronome, la prairie elle-même se dégrade, victime de la déprise agricole progressive qui affecte ces terres coupables de n'être pas mécanisables. Reste à mettre en valeur le capital écologique de ces zones où la terre et l'eau se mêlent au rythme des saisons.
[R] Yves Luginbühl
Ce pourrait être l'inverse [du cliché A, la vigne] ; c'est là que l'on aimerait s'arrêter, s'allonger sous les arbres en bordure de ruisseau et ne rien faire ; fouler l'herbe, se tremper les pieds dans l'eau et regarder le courant qui passe. Ce sont sans doute ces paysages qui risquent de disparaître le plus vite, emportés par l'élevage hors sol, par les peupliers, par la difficulté des agriculteurs à gérer des espaces humides, certainement les plus offerts au risque de déprise et d'enfrichement, comme les coteaux (bien que ceux-ci soient plus sollicités par l'urbanisation). Comment gérer ces paysages dans l'avenir, comment faire en sorte que l'agriculture reste ici l'acteur de l'entretien des bords d'eau, de la prairie ? je n'ai pas de réponse autre que celle, bien aléatoire, bien artificielle, des fameux articles 21 à 24 de la directive CEE.
[R] André Fleury
Voilà un paysage de carte postale, à la grâce un peu
conventionnelle : l'eau courante est accessible de la rive (les enfants
pourraient presqu'y faire des moulins), sous l'ombre d'arbres bas et touffus.
La prairie a l'aspect entretenu (existence unique de la strate herbacée),
mais d'usage sans doute extensif, paraît accueillante aux passants.
Une légère brume rend flou le second plan de grands arbres
qui ne ferment pas totalement l'horizon.
C'est sans doute un bon exemple d'une agriculture gérante de paysage,
à l'échelle donnée (quelques centaines de mètres),
considérée d'un oeil citadin. Mais il alimente l'antagonisme
entre modernité agricole et intérêt paysager.
[R] Raphaël Larrère
Tandis que la photo F représentait, avec la serre et son espace géométrique, l'artificialisation du milieu, sur ce cliché, l'homme semble s'être lové dans la nature, l'avoir simplement manipulée à son profit. S'il n'y avait le rideau de peupliers à la lisière d'un pré, et si l'on oubliait que la parcelle n'est en herbe que d'être pâturée, on se croirait " en pleine nature ". Deux rapports donc à la nature, deux voies divergentes de l'agronomie (artificialiser et/ou faire avec) et pourtant deux paysages agréables, l'un classique, l'autre baroque.
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