1. Contexte historique et motivations des
réintroductions
2. Les différentes opérations : présentation
et analyse des résultats
3. Conditions nécessaires à la
réintroduction
4. Conclusion et perspectives
A l'occasion du colloque sur la réintroduction et le soutien des
populations d'espèces animales qui s'est tenu du 6 au 8 décembre
1988 à Saint-Jean-du-Gard, une communication écrite sur la
réintroduction du Castor en France a été
réalisée (1). La présente
publication réactualise ce travail.
Les données présentées relatives aux captures et aux
dégâts ont été fournies par des agents de l'Office
national de la chasse (ONC). Les informations relatives à
l'évolution des populations réintroduites ont été
obtenues par la recherche bibliographique et par des communications directes
avec des associations, des naturalistes et des agents de l'ONC.
En Europe
Le Castor (Castor fiber galliae Desmaret ou Castor albicus galliae
Geoffroy) a disparu de la plupart des régions d'Europe entre le
XVIIIe siècle et la fin du XIXe siècle, à cause
principalement de la chasse, qui procurait fourrure, viande, et
castoréum (2) La modification du
milieu sous l'effet de l'intensification agricole a pu jouer un rôle
important dans certaines régions. Ainsi, au début du siècle,
ne subsistaient plus que quelques isolats de populations : au sud de la
Norvège, sur le cours moyen de l'Elbe en Allemagne, dans la basse
vallée du Rhône en France, en Pologne et dans quelques régions
d'URSS.
Le XXe siècle verra le renouveau de l'espèce. En effet, après
que des mesures de protection eurent été étendues
progressivement à tous les pays, des réintroductions ont
été pratiquées, d'abord dans les pays Scandinaves (vers
les années 1930), puis en France et en Suisse (à partir des
années 1960), puis en Pologne (à compter des années
1970), et plus récemment aux Pays-Bas.
En France
La population subsistant au début du siècle, estimée
à une centaine d'individus, a recolonisé lentement et
progressivement le bassin Rhodanien entre la mer et Lyon. Faute,
vraisemblablement d'avoir pu franchir l'agglomération lyonnaise, le
Castor n'a pas pu étendre naturellement son aire de répartition
au bassin supérieur du Rhône.
Cette population naturelle bien développée a constitué
la source d'approvisionnement pour la réintroduction dans d'autres
régions de France du Castor, dont la protection a été
étendue en 1968 à tout le territoire national. Dans le même
temps, les chercheurs, les militants naturalistes et les associations ont
sensibilisé un vaste public sur le thème du "retour"du Castor
en s'appuyant sur :
-un intérêt d'ordre biologique : accroître l'aire de
répartition de l'espèce et augmenter le nombre de populations
correspond à une stratégie de protection ;
- un intérêt d'ordre culturel : le Castor est un élément
du patrimoine faunique et, selon les cas, la présence passée
du Castor est attestée par la toponymie -appelé
"bièvre"autrefois (beaver en anglais), il a laissé notamment
en souvenir des rivières appelées Beuvron, Bièvre...
- , par sa mention dans les archives (ex.: Lorraine), ou encore par la
découverte d'ossements (ex.: Alsace) ;
- un intérêt d'ordre écologique : le Castor peut avoir
un impact positif sur la végétation rivulaire et sur le
réseau hydrographique (ex.: Loire) bien que, selon nos propres
observations, l'effet réel de sa présence soit ponctuel et
concerne essentiellement les petits cours d'eau ;
- un intérêt d'ordre naturaliste et pédagogique : le
Castor laisse des indices de présence nombreux et variés
(gîtes, coupes, accès de berge, etc.) ; il se laisse voir et
photographier à la faveur d'affûts et se prête ainsi à
l' "investigation naturaliste". De ce fait, certaines associations ont
utilisé et utilisent encore sa présence à titre didactique
dans le cadre de l'initiation à l'environnement, en particulier à
l'égard des enfants qui manifestent beaucoup de curiosité envers
cet animal. Notons par ailleurs que ces aspects peuvent déboucher
sur un intérêt touristique : à titre d'exemple, le projet
de en Bretagne (F. de Beaulieu, comm. pers., 1990).
2.1. Présentation
De 1952 (?) ou 1959 à 1989, 13 opérations ont concerné
14 départements métropolitains et 18 sites (cf. fig.
1). 182 individus au moins ont été
lâchés (3), tous originaires
de la vallée du Rhône. De fait, le Castor est le mammifère
protégé qui a été le plus réintroduit
en France, juste avant le Bouquetin (Capra ibex), (M. Bigan, comm.
pers., 1990).
La liste des opérations présentée (fig. 1) est aussi
complète que possible. Il y a eu des lâchers, en particulier
dans le département de l'Hérault, sur la haute vallée
de l'Hérault et sur la Vidourle, pour lesquelles on ne dispose d'aucun
renseignement.
Quatorze opérations sur 18 ont été animées par
des associations de protection de la nature, les 4 restantes ont été
le fait de l'administration (ex.: DDA 74) ou d'un établissement public,
le Parc national des Cévennes). Quatre opérations ont eu lieu
dans les années 1950-1960, 11 dans les années 70 et 3 dans
les années 80.
Dernière remarque globale : tous les grands bassins fluviaux
français ont été concernés (cf. fig. 1).

Figure1 . Réintroduction du Castor en
France
Avec, à la suite du numéro, l'indication du
département, de l'organisme initiateur, du bassin hydrographique,
de l'année de lâcher, du succès(++ ou +) ou de l'échec
(-) de l'opération.++++ aire de répartition actuelle du
Castor.Flèche sens et importance de la colonisation.
1 Marne et Haute-Marne, eaux et forêts, bassin
de la Marne (Der) 1952? 1964?, +
2 Ain (frontière suisse), LSPN,
Versoix, 1957, ++
3 Lozère, Eaux et Forêts,
bassin supérieur de la Jonte, (Mevrueis), 160, -
4 Finistère, SEPNB, Ellez,
1968-1971, ++
5 Vienne, SPNE, Camp militaire de
Montmorillon, 1970-1973, -
6 Haut-Rhin, JAANM, Doller,
Bas-Rhin (Schoenau), JANM, vieux-Rhin, 1970-1971, ++
7 Loir-et-Cher, SEPN, Loire,
1974-1976, ++
8 Rhône et Ain, DDAF et FRAPNA,
Rhône, 1977-1979, ++
9 Lozère, PNC, Tarn,
1877-1980, ++
10 Haute-Savoie, DDAF, Arve et
Griffe, 1975-1981, ++, Eau Morte, 1972, +, Fier, 1977-1978,
-, Les Usses, 1972-1975, -, affluents du Léman et
Redon, Foron de Sciez, 1973-1974, ++
11 Meurthe-et-Moselle, GECNAL,
Moselle, 1983-1984,++
12 Isère, Ville de Grenoble et
FRAPNA, Drac, 1982-1986, ++
13 Aveyron, Nature-Aveyron,
Dourbie, 1988-1989, +
Sigles:
DDAF: Direction départementale de l'agriculture et de la forêt
FRAPNA: Fédération Rhône-Alpes de la protection de la
nature
GECNAL: groupement d'étude et de conservation de la nature en
Lorraine
JAANM: Jeunes amis des animaux et de la nature en Lorraine
LSPN: Ligue suisse pour la protection de la nature
PNC: Parc national des Cévennes
SEPNB: Société pour l'étude et la protection de la nature
en Bretagne
SEPN L&C: Société pour l'étude et la protection
de la nature en Loir-et-Cher
SNPE V: Société de protection de la nature et de l'environnement
de la Vienne.
2.2. Analyse des résultats
Difficultés méthodologiques
Aucune des réintroductions de Castors en France n'a pu être
suivie de manière systématique et durable, ce à des
degrés divers, et l'on ne dispose que d'estimations, ceci pour plusieurs
raisons. Soit les animateurs du projet n'ont pu continuer leur activité,
soit on a estimé que la réintroduction était un succès
et qu'il n'y avait en conséquence pas lieu d'assurer un suivi global
et permanent, soit - cas de certaines associations à assise
départementale - la colonisation n'a pas été suivie
hors du département (et il devient alors difficile de connaître
les limites aval et amont de l'aire de distribution sur le cours d'eau
concerné), soit encore on a manqué de temps et de moyens ;
enfin, en Bretagne et en Lorraine, l'association ou l'organisme responsable
de la réintroduction s'est vu confronté rapidement à
des problèmes de protection d'habitats auxquels il a donné
priorité sur le suivi.
D'autre part, il n'existe pas de méthode de dénombrement
éprouvée. Le relevé des indices de présence permet
d'isoler approximativement les territoires occupés par le Castor ;
suivant les opérations, la taille de la population est estimée
en territoires, en couples, en familles ou en individus. Dans ce dernier
cas, il s'agit d'une extrapolation qui consiste à multiplier le nombre
de groupes familiaux par un facteur de 4 à 6 (nombre moyen d'individus
par famille).
Les individus erratiques (en particulier sub-adultes) sont rarement pris
en compte, et les effectifs indiqués sont donc des sous-estimations.
Selon une étude menée en Pologne, cette "population
flottante"représente 40 % de la population totale.
Appréciation sur les résultats
Les réintroductions du Castor en France ont globalement été
des succès. Mais il convient de distinguer plusieurs cas, en raison
de l'ancienneté variable des opérations et de la capacité
potentielle diverse des sites de réintroduction :
- Castor implanté ; milieu d'accueil fortement colonisé et
capacité d'accueil non atteinte - c'est le cas des opérations
menées sur la Loire (réf. 7 sur la carte) et sur le cours
supérieur du Rhône (8) et (10) (Usses et Fier). La limite amont
de la distribution du Castor sur le bassin de la Loire se situerait à
Mars-sur-Allier (rivière Allier, département de la Nièvre).
Actuellement, le Castor est présent sur l'Allier sur une longueur
de 15 km à compter de sa confluence avec la Loire. Plus en aval, et
sur la Loire, sa présence permanente est relevée à l'aval
de Cosne et sa présence sporadique est notée en amont de la
centrale nucléaire de Belleville (département du Cher). En
aval, le Castor est implanté de manière discontinue sur tout
le cours de la Loire dans le département de l'Indre-et-Loire. Trois
sites au minimum y sont occupés en permanence. Il est possible que
la limite aval de la distribution de l'espèce sur la Loire se situe
dans le département du Maine-et-Loire.
- Castor implanté ; milieu d'accueil colonisé et capacité
d'accueil en voie d'être atteinte : cela semble être le cas des
opérations menées en Bretagne (4), sur la Versoix (2) et dans
une moindre mesure en Haute-Savoie (Léman et Vallée de l'Arve)
en Alsace (6).
- Castor implanté ; colonisation en cours et potentialités
d'accueil encore importantes : c'est le cas des opérations
réalisées sur la Moselle (11) sur le Drac (12) et sur le Tarn
et la Dourbie (9) et (13) avec cependant deux interrogations : le Castor
pourra-t-il franchir les barrages situés sur le Tarn à l'aval
de Millau et d'autre part, la petite population de Castor présente
sur le Drac pourra-t-elle franchir l'agglomération grenobloise et
coloniser par exemple la vallée de l'Isère dans le
Grésivaudan (Savoie-Isère)?
- Castor implanté ; pas de colonisation et développement
limité des populations : cela concerne les opérations menées
sur l'Eau-morte en Haute-Savoie (10) et sur le Der (1). Dans le premier cas,
la capacité d'accueil est atteinte et, selon nos propres observations,
la portion de rivière utilisable par le Castor n'excède pas
12 à 15 km. Dans le second site, il n'y a pas eu de suivi réel,
et les raisons de ce semi-échec restent inconnues. Il serait
intéressant d'essayer de comprendre pourquoi ce noyau de population
n'a pas essaimé sur le bassin de la Seine.
- Echec total : il a été enregistré pour deux
opérations anciennes (3) et (5) qui furent plus des tentatives que
des opérations concertées, du fait du faible nombre d'individus
lâchés et des sites choisis.
Ainsi, 16 opérations sur 18 ont-elles donné lieu à
l'implantation du Castor et dans 14 cas a-t-on observé un
développement de population notable (plus de 10 familles). Indiquons
que 10 ou 15 familles constituent vraisemblablement une population de taille
suffisante pour être viable, tout au moins tant qu'elle n'est pas trop
fragmentée et qu'elle demeure en harmonie avec son milieu d'accueil.
En phase de colonisation, les accroissements d'effectifs moyens annuels sont
de l'ordre de 20 %, comme le confirme une important étude menée
sur le bassin de la Vistule en Pologne ; pour la France, on relève
les données suivantes : 23 % en Alsace, 19 % sur la Versoix, 18 %
en Lorraine.
Les opérations de réintroduction du Castor en France ont donc
permis de mettre en place une douzaine de populations ou noyaux de populations,
améliorant ainsi le statut national de l'espèce.
3.1. Exigences écologiques
Le choix des sites de réintroduction doit être fait en tenant
compte des exigences écologiques du Castor, que de nombreuses études
ont permis de bien cerner. Le milieu de vie-type de cet animal en France
est constitué du réseau hydrographique de plaine et collinéen
(cas des Gardons des Cévennes). Le Castor a besoin en tous cas de
collections d'eau permanentes avec, à proximité, suffisamment
de végétaux ligneux (Saule, Frêne, Aulne, etc.). Il peut
s'installer aussi bien sur les fleuves que sur les ruisseaux. Les plans d'eau
peuvent être colonisés lorsqu'ils s'intègrent dans un
réseau et qu'ils ne sont pas isolés (faible distance par rapport
à un cours d'eau ou existence d'un émissaire). Les réseaux
artificiels d'irrigation anciens et les réseaux de drainage peuvent
lui convenir.
Les facteurs limitants les plus importants, tels qu'on a pu les préciser
dans la vallée du Rhône, sont :
- une densité et disponibilité en végétaux ligneux
rivulaires faibles ;
- un taux de recouvrement en hydrophytes élevé ;
- une pente du cours d'eau supérieure à 1 % ;
- une vitesse permanente du courant élevée (le Castor vit le
long des gardons cévenols aux pentes plus fortes ; il s'installe alors
au niveau de seuils ou de ruptures de pente).
En permanence, l'eau même si sa surface est réduite, doit avoir
une profondeur suffisante (supérieure à 60 cm), pour que ses
accès de gîtes demeurent immergés. La pollution des eaux
ne semble pas gêner cet animal, dont par contre les barrages dits
"au fil de l'eau" limitent les possibilités de colonisation
(ex.: Isère).
L'altitude, en tant que telle, n'est pas un facteur limitant. Un couple a
été capturé dans les Alpes vaudoises à 2 000
m. Actuellement, en France, les stations les plus élevées du
département du Gard se situent aux environs de 600 m.
Les initiateurs d'opérations de réintroduction ont, dans
l'ensemble, tenu compte de ces contraintes biologiques à l'exception
des opérations menées dans la Vienne (5) et en Lozère
(3) où les zones d'accueil étaient peu propices (zones
d'étangs dans une lande dans le premier cas, cours d'eau à
pente élevée dans le second).
Par contre, la capacité d'accueil est plus difficile à
évaluer. La taille moyenne d'un territoire de Castor peut varier de
1,5 à 3,5 km de cours d'eau (in litt. et obs. pers.), et on
ne peut pas présumer à l'avance de la quantité de
territoires potentiellement disponibles dans un site. Or leur nombre conditionne
le développement de la population. Afin d'éviter de mettre
en place des populations trop faibles et trop fragiles, nous déconseillons
les réintroductions de Castors :
- sur les petits affluents de grands lacs aménagés ;
- sur les petits fleuves côtiers sans bassin versant important ;
- sur les sections de cours d'eau délimités par des barrages
incontournables ;
- sur les lambeaux de petits cours d'eau d'aspect sauvage noyés dans
un environnement urbain (cas de l'Eau-morte, en Haute-Savoie (10), dont
l'intérêt est discutable).
3.2. Procédures des lâchers (réf.: 10 à
13).
Actuellement, les techniques de capture, de contention et de conservation
de courte durée des Castors sont bien maîtrisées. Depuis
1981, les agents de l'Office national de la chasse ont assuré toutes
les captures nécessaires aux besoins de réintroduction, sous
couvert des autorisations correspondantes du ministère de
l'Environnement.
Pour des raisons relatives à la biologie de l'espèce et à
la technique de capture, les prélèvements - et donc les
lâchers - sont réalisés d'octobre à début
avril sur des sites où les Castors posent des problèmes. Les
animaux peuvent rester 3 jours en captivité, au calme et à
l'abri, le temps d'opérer un regroupement familial. Dès la
fin de l'opération de capture, les individus appartenant à
une même famille sont transportés et lâchés
simultanément sur le site choisi au préalable. Il n'y a donc
pas lieu d'installer un parc de prélâcher ni de prévoir
des gîtes artificiels.
A l'examen des résultats des opérations menées à
ce jour, nous estimons à 3 familles, soit 10 à 15 individus,
l'effectif minimum pour réussir une réintroduction en masse.
Les différentes familles sont lâchées sur des sites distants
de 5 à 10 km afin d'éviter un contact immédiat entre
des individus territoriaux.
Le rapport des sexes des individus que nous avons capturés (au nombre
de 49) est de 1 mâle pour 2,2 femelles et les classes d'âge jeunes
(juvéniles et subadultes) représentent 45 % du total.
La mortalité constatée est faible sur ces 49 animaux : aucun
cas à la capture, 1 cas entre la capture et le lâcher
(pancréatite, stress?), 3 cas dans les semaines qui ont suivi le
lâcher : 1 écrasement par véhicule (Moselle), 1 chute
dans un puits (Dourbie), 1 cas de cause inconnue (Drac). A titre de comparaison,
en Pologne, sur 168 Castors réintroduits sur le bassin de la Vistule,
5 % sont morts à la capture et 14 % dans l'année qui a suivi
le lâcher.
Fig 2 Dégats du Castor
| >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> | Pommiers | 26,5% |
| >>>>>>>>>>>>>>>>>>> | Pêchers | 17,9% |
| >>>>>>> | Poiriers | 06,8% |
| >>>> | Cerisiers | 03,7% |
| >>>>> | Autres arbres fruitiers | 05,5% |
| >>>>>>>>>>>> | Peupliers | 11,7% |
| >>>>>>>>> | Arbre d'ornement et brise vent | 08,6% |
| >>>> | Vignes | 04,3% |
| >>>>>>>>>> | Cultures | 10,0% |
| >>>>> | Ouvrages | 05,0% |
3.3. Appréciation des risques de dégâts
Les Castors peuvent occasionner localement des dégâts aux cultures
et en particulier aux plantations ligneuses. Depuis 1982, l'administration
communique à l'ONC les plaintes qui émanent des riverains des
cours d'eau occupés par le Castor afin que nous leur proposions des
techniques de protection adaptées. La prise en compte de ces
déprédations est indispensable dès l'établissement
du projet, faute de quoi une hostilité peut se développer à
l'encontre de l'animal et des promoteurs de sa réintroduction.
D'une étude menée de janvier 1982 à octobre 1989, de
110 dossiers tous originaires du Sud-Est de la France, nous avons déduit
la répartition des dégâts en fonction de leur nature
(cf. fig. 2). 85 % des cas concernent les végétaux ligneux,
dont 60,4 % d'arbres fruitiers. Pommiers et Pêchers et dans une moindre
mesure Poiriers et Cerisiers sont les espèces les plus atteintes,
alors que l'Abricotier, le Prunier, le Cognassier, l'Amandier et le Noyer
ne constituent que 3 % des cas. Les plantes cultivées (10 % des
signalisations) sont dans l'ordre décroissant de fréquence
d'attaque : le tournesol, le Maïs et des cultures maraîchères
(Courge, Melon, Chou).
La catégorie "ouvrages" rassemble des obstructions de canaux
(4 cas), des effondrements de berges (2 cas) ou de chemins carrossables (2
cas). La nature des dégâts sur plants ligneux se répartit
comme suit (étude de 33 dossiers) : coupe du tronc (4 cas sur 10),
coupe de branches (4 cas sur 10), écorçage sur pied et coupe
de branches basses (2 cas sur 10).
Quelque soit le type de dégâts, ceux-ci apparaissent toute
l'année. Dans un cas sur deux, ils sont perpétrés à
proximité de petits cours d'eau (moins de 3 m de large), dont plus
de la moitié sur des cours d'eau artificiels : réseau d'irrigation
ou de drainage. Les deux tiers ont lieu dans une bande de 20 m de large à
partir de la rive et seulement 3 % des cas sont relevés au delà
de 30 m.
Les réintroductions de Castors qui ont été menées
en France au cours des 30 dernières années ont permis
l'implantation d'une douzaine de populations ou de noyaux de populations
distinctes sur plusieurs bassins hydrographiques. On peut considérer,
dans l'ensemble, que ce résultat constitue un succès puisque
le statut de l'espèce s'en trouve amélioré.
A l'avenir, des projets de réintroduction du Castor en France diminueront
probablement car la plupart des bassins fluviaux ont été
concernés. De plus, il apparaît que la conservation de
l'espèce par une extension de son aire de répartition est moins
prioritaire que la préservation de son habitat!
Certaines populations peuvent encore évoluer favorablement car la
capacité d'accueil des milieux n'est pas atteinte, notamment sur le
bassin de la Loire, sur le bassin du Tarn, sur le cours de la Moselle et
dans le département de l'Isère.
Le suivi des populations n'est pas assuré de façon satisfaisante
pour des raisons méthodologiques et surtout pratiques. Il devrait
être amélioré ou du moins harmonisé (cas de la
Loire par exemple) et à ce titre les personnes qui assurent un suivi
des mêmes populations devraient se regrouper et chercher, le cas
échéant, des partenaires supplémentaires.
Lors d'éventuels projets de réintroduction, les risques de
dégâts doivent être appréciés a priori
dans l'intérêt des riverains de l'opération, du ou
des initiateurs et évidemment du Castor et les mesures appropriées
de prévention doivent être définies dès la conception
du projet.
On notera enfin que la semble s'accroître : ainsi un projet est-il
à l'étude en Ille-et-Vilaine à l'instigation du Conseil
général qui agit à la demande d'une assemblée
départementale des enfants !
L'Auteur tient à remercier toutes les personnes contactées qui ont transmis des informations sur l'évolution actuelle des différentes populations de Castor.
[R] Notes
(1) Migot P., Rouland P. 1989. Bull.
mens. de l'ONC n°132 et Rouland P., Migot P., 1990. La réintroduction
du Castor (castor fiber) en france. Essai de synthèse et réflexions.
In J. Lecomte, M. Bigan, V. Barre (ed). Réintroduction et renforcements
de populations animales en France. Compte rendu du colloque de
Saint-Jean-du-Gard: 6-8 décembre 1988, revue d'écologie, suppl.
5, 1-350. [VU]
(2) Sécrétion de glandes sébacées
situées près de l'anus de l'animal et servant en pharmacie
(antispasmodique, notamment) et en parfumerie. [VU]
(3) Ce chiffre tient compte des incertitudes concernant le
nombre réel de Castors lâchés pour les opérations
désignées par les références 1,3 et 4. Il exclut
les renforcements de populations comme par exemple le lâcher de 3 individus
entre 1987 et 1990 sur le Rhône (Pougny, 01) à l'amont du barrage
de Genissiat où quelques individus étaient déjà
présents (obs. pers.). [VU]