La dégradation des milieux aquatiques au Maroc doit être un
sujet de préoccupation majeure des administrations concernées.
En Méditerranée, le dynamitage est une pratique courante, à
bord des sardiniers ou aux pieds des falaises ; ce qui perturbe, localement,
la tranquilité de la plus belle colonie méditerranéenne
des balbuzards pêcheurs et réduit leur proies. On peut évoquer
aussi la raréfaction de l'anchois, des moulières, de la grande
Patelle. La chasse sous-marine en bouteille est fréquente. Les chasseurs
sportifs, souvent viandards, se renforcent des professionnels en barque pour
exploiter intensivement le mérou en été.
Le long de la côte atlantique, les lagunes subissent maintes agressions
anthropiques et leur étendue régresse comme une peau de chagrin
en compromettant les sites de nidification d'espèces rares de l'avifaune.
En mer, maillages et tailles réglementaires des espèces
commercialisables ne sont pas respectés. Les pollutions chimiques
et physiques industrielles au sud de Safi peuvent être soulignées
comme les rejets urbains des villes côtières. Au sud, la baie
de Dakhla était un sanctuaire protégé de la pêche.
Depuis deux ans, la levée de cet interdit a rassemblé sur le
site presque deux cents barques armées de filets maillants et de
filières à poulpes (600 pots/unité !). La faune abondante
de sparidés, mérous, corbs, ombrines, courbines et langoustes,
qui enthousiasmait les équipes internationales de chasse sous-marine
ou les pêcheurs sportifs au surf-casting n'est plus qu'un souvenir
; le réseau trophique ayant été profondément
perturbé. Les impacts d'une exploitation abusive et des pollutions
sont perceptibles dans la baisse de certains rendements en pêche
côtière ou hauturière céphalopodière.
Les eaux continentales ne sont pas épargnées... Pollutions
chroniques urbaines, industrielles et barrages ont réduit l'aire de
distribution des grandes aloses ; leur exploitation a chuté de 700
à 10 tonnes en 20 ans et leur extinction est proche... Que sont aussi
devenus les oueds à truites ?
Le bilan devient consternant. Peut-on gaspiller des ressources alimentaires
au Maghreb, négliger le maintien de la biodiversité ? L'avenir
socio-économique des pêches professionnelles et sportives, des
activités touristiques passe par une prise de conscience collective
de le valeur de ces milieux aux potentialités multiples et par le
respect des réglementations qui protègent la ressource.