Quantifions le phytosanitaire III
par Christine Silvy
Centre de biologie et de gestion des populations (CBGP)
Campus international de Baillarguet, 34980 Montferrier-sur-Lez
silvy@ensam.inra.fr
1. Dégâts occasionnés par les
ravageurs
2. Marché phytosanitaire (mondial, européen,
français)
pesticides chimiques
3. Biopesticides (et firmes)
Cet article est une compilation de données essentiellement quantitatives tirées des publications dont la liste est donnée à la fin ; il n'a aucune prétention d'exhaustivité, ne prétend faire ni une analyse ni une synthèse des différents sujets abordés, mais, constitué de sortes de brèves, a pour objet de rassembler des informations succinctes et significatives, dont certaines justifieraient une analyse complémentaire.
Il fait suite à Quantifions le phytosanitaire I (Courrier de l'Environnement n°18, pp. 29-44, 1992) et Quantifions le phytosanitaire II (Courrier de l'Environnement n°25, pp. 80-91, 1995).
Avec les rubriques habituelles : - Dégâts occasionnés par les ravageurs ; - Marché phytosanitaire (mondial, européen, français), pesticides chimiques ; - Biopesticides (et firmes).
[R] 1. Dégâts occasionnés par les ravageurs
- Les pertes mondiales estimées par les ravageurs et les
pathogènes des cultures (avant et après récolte), y
compris les nutriments du sol supprimés par les mauvaises herbes et
les maladies des animaux sont estimées à plusieurs milliards
de $ (1) (1999).
- Malgré les progrès de la lutte intégrée,
on estime que les pertes avant et après récoltes causées
par l'ensemble des ravageurs avoisine 30%, le même pourcentage qu'au
début du siècle (1999).
- Les pertes annuelles dues aux mauvaises herbes se chiffrent en millards
de $/an; ces pertes dépendent de la culture et de la région
géographique ; les plus grosses pertes sont enregistrées
sous les Tropiques où les conditions de culture sont bonnes et les
mesures de lutte biologique faibles, ce qui permet aux mauvaises herbes de
bien s'établir.
- Pertes annuelles de production potentielle de 3 cultures dues à
différents agents
cultures |
production potentielle (Mt) |
ravageurs |
pertes (Mt) dues aux maladies |
mauvaises herbes |
céréales |
1468 |
204 (40%) |
135 (27%) |
167 (33%) |
cultures sucrières |
1330 |
228 (36%) |
232 (37%) |
175 (26%) |
cultures légumières |
280 |
23 (29%) |
31 (40%) |
24 (31%) |
- Pertes annuelles de production dûes à différents agents dans différentes parties du monde
Région |
ravageurs |
maladies |
mauvaises herbes |
Monde |
14 |
12 |
10 |
Europe |
5 |
13 |
7 |
Amérique du Nord |
9 |
11 |
8 |
Afrique |
13 |
13 |
16 |
Asie |
21 |
11 |
11 |
- Infestation de criquets au Kazakhstan au début de l'année
1999, qui ont détruit 4 millions d'hectares de cultures.
- En Algérie, les criquets ont détruit 7 000 ha de
cultures dans les régions de Sidi Bel-Abbes et Youb (1999).
- En 1998, Madagascar a subi la forte infestation de criquets depuis
40 ans : environ 10 millions d'ha attaqués dans le sud du pays
en 1998 : le gouvernement a mis en place un programme de lutte avec
l'aide du ministère de l'Agriculture, de la FAO et de l'armée.
La FAO, après avoir lancé un appel de 12 milliards de $, en
a obtenu 8 et affirme que la lutte peut prendre plusieurs années.
- Le gouvernement du
Kazakhstan va dépenser 14,8 millions de $ en 2000 pour acheter des
pesticides contre les criquets ; en effet une infestation de criquets
a eu lieu début 1999 qui a détruit 4 millions d'ha de
cultures ; le pays avait déjà alloué 637 millions
pour lutter contre ce ravageur en 1999.
- La chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica
longicornis) est un ravageur majeur du maïs aux Etats-Unis :
plus de 1 000 millions de $ de dégâts par an
- L'Union européenne va financer (596 400 ) un
programme de lutte contre Ceratitis capitata et Aleurothrixus
floccosus à Madère.
- L'Union européenne va financer 750 000 pour des
programmes de lutte contre les ravageurs dans les DOM-TOM (Guadeloupe, Guyane,
Martinique, Réunion) : évaluation des risques phytosanitaires
et mise en uvre de la lutte biologique et intégrée.
- Les aleurodes sont présents dans 17 états du Brésil
et causent 500 millions de dégâts chaque année dans le
pays. Ils attaquent le coton, les tomates, le melon
et les insecticides
seuls sont inefficaces.
- Les rats causent de plus en plus de dégâts aux cultures
au Vietnam : 53 000 ha de cultures rien que pour le mois de janvier
1998 (93 000 ha en 1995) ; ils dévastent également les
champs de riz aux Philippines.
- Le riz est une des cultures céréalières les plus
importantes du monde et sert de nourriture de base pour 3 millards d'individus,
surtout dans les pays en développement. Plus de 200 millions de tonnes
de riz sont perdues chaque année du fait de stress abiotiques et de
facteurs biotiques tels que les insectes. Les plus nuisibles d'entre eux
sont les Lépidoptères foreurs des tiges, qui causent des pertes
annuelles d'environ 10 millions de tonnes.
- Un projet conjoint de lutte contre les vers blancs (larves de
Coléoptères Scarabéidés) sur arachide s'est mis
en place en Inde en 1998, financé par l'ACIAR (Australain Centre for
International Agricultural Research). Les cultures d'arachide couvrent environ
8,6 millions d'ha en Inde et les vers blancs causent environ 800 millions
de $ de dégâts par an ; en Australie, environ
730 000 $US par an.
- L'industrie de la viande et l'industrie laitière apporte chaque
année 4,1 milliards de $ à l'économie canadienne mais
chaque année les insectes, acariens et tiques coûtent 600 millions
de $ à l'industrie. Les principaux ravageurs sont les groupes des
mouches de la bouse qui attaquent le bétail. Un projet de lutte biologique
contre ces ravageurs est mené conjointement par Agriculture et
Agroalimentaire Canada et Alberta Agriculture, Food and Rural Development
(étude sur les parasites et prédateurs naturels).
- La jacinthe d'eau, Eichhornia crassipes a été
introduite en Inde en 1888 ou 1889 et s'est établie au Bengale vers
1896. Aujourd'hui, on la trouve dans tout le pays sur environ
200 000 ha de surfaces aquatiques. Elle entraîne de graves
conséquences sur l'utilisation et la gestion des ressources
aquatiques ; quand les densités sont fortes, cela entraîne
des interférences avec la navigation et la génération
de puissance électrique. Le flux d'eau est réduit de 40 à
95% dans les canaux d'irrigation. Elles interfèrent aussi avec la
germination des graines et l'établissement des semences dans les cultures
de riz paddy ; dans le seul Bengale occidental, les pertes sont
estimées à environ 110 millions de roupies (3 millions de
$US) ; une autre étude dans la même région a
estimé à 45 millions de kg les poissons perdus à cause
d'elle. Il est également dit que dans une eau couverte à 100%
par la jacinthe d'eau, la production de poisson est réduite à
zéro, et réduite à 75% dans une eau partiellement
couverte.
- Les mauvaises herbes sont les ravageurs les plus significatifs d'un
point de vue économique et environnemental et les herbicides sont
les pesticides les plus utilisés dans le monde (47% des ventes
phytosanitaires) ; dans les PED, le désherbage,
généralement manuel, représente près de 60% du
travail avant récolte
- Les évaluations économiques a posteriori de la
lutte biologique classique, à la fois par les ravageurs arthropodes
et mauvaises herbes ont été revues récemment en
Australie : la lutte biologique réussie contre Xanthium
occidentale dans l'Etat du Queensland s'est traduite en 1991 par des
bénéfices de 720 000 $, soit un bénéfice
de 2,3:1. Les évaluations de la lutte réussie contre
Chondrilla juncea et le Sénéçon de Jacob ont
montré des rapports bénéfice/coût de 112 et 15.
Une évaluation de la lutte contre Salvinia au Sri Lanka par
le charançon Cyrtobagous salviniae a donné un rapport
bénéfice/coût impressionnant de 1 675 ; dans
ce cas, les coûts étaient faibles du fait que le charançon
avait déjà été testé et utilisé
en Australie. Cependant les bénéfices comme les coûts
sont particulièrement difficiles à déterminer pour les
mauvaises herbes des milieux naturels pour lesquelles les coûts agricoles
ne sont pas impliqués.
- En France, les pullulations de deux campagnols prairiaux (le Campagnol
des champs, Microtus arvalis, et le Campagnol terrestre, Arvicola
terrestris) sévissent régulièrement dans la plupart
des régions à vocation herbagère et concernent parfois
plusieurs centaines de milliers d'ha, à raison de plusieurs centaines
d'individus par ha. Des vagues de pullulations prennent naissance localement
en moins de 6 mois et peuvent s'étendre sur des régions
entières en moins de 24 mois.
- L'Institut d'agriculture de Colombie, l'ICA, demande instamment aux planteurs
de café d'utiliser les méthodes de lutte intégrée
pour lutter contre le Solyte des graines de café, Stephanoderes
hampei. Plus de 50 000 litres d'insecticides ont été
vendus dans la première moitié de 1999 pour lutter contre ce
ravageur. L'ICA dit que la plupart de ces produits présentent des
risques élevés de toxicité.
[R] 2. Marché phytosanitaire
(mondial, européen, français)
pesticides chimiques
- Le marché phytosanitaire mondial a augmenté de 5% en
1998 par rapport à 1997, soit 31 000 millions de dollars au niveau
utilisateur final ; la région qui a connu la plus forte croissance
est l'Amérique latine (12,5% d'augmentation). L'Amérique du
Nord représente le plus gros marché, avec 30% des ventes
totales.
On s'attend à ce que ce marché s'accroisse de 1,4% par an dans
les 5 prochaines années, ce qui représenterait environ 33 500
millions de dollars en 2003 (au niveau utilisateur final).
Marché par région mondiale
Amérique du Nord |
31,8 |
Europe occidentale |
26 |
Extrême Orient |
18,3 |
Amérique Latine |
15,6 |
Europe de l'Est |
3,2 |
Reste du monde |
5,1 |
Marché par catégorie de produits
Herbicides |
49 % |
Insecticides |
27 % |
Fongicides |
20 % |
Autres |
4 % |
Les ventes de fongicides ont augmenté (augmentation probablement due aux condtions climatiques), par contre les ventes d'herbicides et d'insecticides ont stagné.
Le marché par firmes (en milliards deuros)
Aventis (= AgrEvo + Rhone Poulenc) (Allemagne, France) |
3,9 |
Novartis (Suisse) |
3,5 |
Monsanto (Etats-Unis) |
2,5 |
Astra-Zeneca (Grande-Bretagne, Suède) |
2,3 |
Du Pont (Etats-Unis) |
2,3 |
Bayer (Allemagne) |
1,9 |
Dow (Etats-Unis) |
1,7 |
Cyanamid (Etats-Unis) |
1,7 |
BASF |
1,5 |
Le marché par cultures et par catégorie de produits (en millions de DM 1DM = env. 0,5 )
Céréales |
Maïs |
Riz |
Soja |
Coton |
|
Herbicides |
3,9 |
4,5 |
1,7 |
3,6 |
1 |
Fongicides |
2,6 |
<0,1 |
1 |
<0,1 |
<0,1 |
Insecticides |
0,3 |
1,1 |
1,3 |
0,3 |
1,8 |
Total |
6,8 |
5,7 |
4 |
4 |
2,9 |
Les herbicides = 90% des pesticides sur soja ; les insecticides = 65% des pesticides sur coton ; les herbicides + fongicides >90% du marché des pesticides sur cultures légumières.
Le marché par culture en %
Fruits et légumes |
26% |
Coton |
8% |
Céréales |
16% |
Soja |
8% |
Riz |
11% |
Betterave à sucre |
3% |
Maïs |
12% |
Colza |
2% |
autres |
14% |
- Le marché phytosanitaire sud-américain a augmenté
de 10% par an depuis 1990 et croît 2 fois plus vite que le marché
des États-Unis ; la croissance est particulièrement forte
en Argentine et au Brésil qui présentent le plus grand potentiel
(dans les autres pays, la croissance est freinée par les problèmes
climatiques, par ex El Niño, et l'instabilité politique); en
1998, il était de 4 400 millions de $ ; plus récemment,
les plantes génétiquement modifiées exprimant la toxine
de Bacillus thuringiensis ont été introduites en
Amérique du Sud ; par exemple en Argentine des maïs et coton
résistants aux insectes ont été plantés sur
17 000 et 8 000 ha, respectivement en 1998/1999.
- Marché phytosanitaire européen :
7 900 millions de $ en 2004, selon les prédictions d'une
firme consultante, Frost & Sullivan ; il a stagné depuis
le milieu des années 1990 et est actuellement en turbulence du fait
de l'introduction des OGM (organismes génétiquement
modifiés); son avenir est un peu incertain du fait de la nouvelle
pôlitique agricole commune et du gel des OGM décidé par
l'Union européenne; il est également prédit qu'en 2004,
la France occupera 34% de ce marché.
- La vente de pesticides dans l'Union européenne a augmenté
de 6% en 1996, soit 299 826 t de substances actives (elle avait
diminué de 13% entre 1991 et 1995). Les plus fortes augmentations
de ventes sont pour l'Espagne (+19%), la France (+11%) et le Royaue-Uni (+6%).
Les fongicides représentent 41% de ces ventes, les herbicides 39%
et les insecticides 12%.
- La Cour européenne de justice a décidé que les
produits phytosanitaires devaient être homologués dans chaque
état membre de l'Union européenne avant d'être vendus,
même s'ils ont déjà été approuvés
dans un autre pays de l'Union européenne.
- Le marché européen des fongicides sur céréales
va augmenter de 30% d'ici 2010, prédit la compagnie britannique Produce
Studies (le blé = 75% du marché fongicides/céréales
en 1997 et on prévoit que ce serait presque 90% d'ici 2010). L'ensemble
du marché fongicides/céréales pour l'Europe (occidentale
et de l'Est) avoisine 1 160 millions de $ (au niveau utilisateur final) (=95%
pour l'Europe occidentale), mais cette évolution dépendra aussi
des réformes de la politique agricole communautaire.
- Une nouvelle législation européenne est prévue
sur les produits phytosanitaires pour être adoptée en 2002.
- Marché phytosanitaire français : les ventes globales
de produits phytosanitaires par les membres de l'UIPP (Union des industries
de la protection des plantes, représente 96% du marché
français avec 29 firmes membres) se sont accrues en 1998 pour la
4e année consécutive et dépassent les 20
millards de francs en 1998 (2), soit 5%
de plus qu'en 1997. Les ventes en France d'herbicides se sont accrues de
11,3%, celles des fongicides de 5% (performance élevée d'une
nouvelle famille de produits, les strobilurines), par contre celles des
insecticides a diminué de 6,5%. Les variations de % de ventes totales
sont respectivement de 3,1/-1,3/+25,8. La forte augmentation des ventes totales
d'insecticides est due à une augmentation de 47,3% des exportations
d'insecticides.
- Les % de ventes totales (ventes en France + exportations) par catégorie de produit :
Herbicides |
37,1% |
Fongicides |
32,1% |
Insecticides |
22,2% |
La France est le plus gros marché phytosanitaire d'Europe. L'avenir
est incertain, lié à la réforme de la PAC et à
la loi d'orientation.
Ventes en France + exportations, par catégorie de produit, en millions de francs :
Fongicides |
6 524 |
Insecticides |
4 511 |
Herbicides |
7 544 |
Divers |
1 750 |
Total |
20 329 |
- Proposition du gouvernement français d'instituer une taxe sur
les pesticides ; cette mesure est déjà mise en uvre
au Danemark, en Suède et en Belgique.
- On s'attend à ce que le marché phytosanitaire français
s'accroisse de 3 à 4% en 1998 par rapport à 1997, du fait des
bonnes ventes de fongicides ; ceux-ci sont surtout utilisés sur
céréales et vigne ; ils représentent le
1er marché, avant les herbicides.
- Une fusion de 2 firmes en projet pour la fin de 1999 : Rhone
Poulenc et AgrEvo, formeraient AVENTIS, qui serait ainsi la
1ère firme phytosanitaire mondiale, avec 15% du marché
mondial.
- Les intrants phytosanitaires représentent en France 13 millards
de chiffre d'affaires, soit 4 à 5% du chiffre d'affaires de
l'agriculture ; on cherche à réduire l'emploi des
intrants ; certaines études montrent que cette réduction
pourrait atteindre 10% sans dommage.
[R] 3. Biopesticides (et firmes)
- Les biopesticides représentent moins de 1% du marché
mondial des pesticides ; les ventes de bioinsecticides ont compté
en 1998 pour 1,6% de ce marché, soit environ 500 millions de $.
- Le coût et le temps pour commercialiser un biopesticide est
de de 2 à millions de $ et de 2 à 4 ans (100 millions de $
et 7 à 10 ans pour un nouveau produit chimique).
- Le directeur de la firme américaine AgraQuest (biofongicide
Serenade, = Bacillus subtilis) dit qu'il ne faut que de 2 à
4 ans pour commercialiser un produit naturel et que cela ne coûte qu'entre
300 000 et 5 millions de $ ; 5 000 isolats sont criblés
pour la bactérie contre 60 000 pour une substance active
traditionnelle.
- En 1995, le marché mondial des biopestcides était de
250 millions de $ (40 pour les auxiliaires, 60 pour les phéromones
et 150 pour les pesticides microbiens = bactéries, virus,
champignons).
- En France, en 1997, l'agriculture biologique était pratiquée
sur 137 000 ha (= moins 9% par rapport à 1996 et moins 40% par rapport
à 1987) ; elle occupe la 4e place derrière
l'Italie (640 000 ha), l'Allemagne (390 000 ha) et l'Autriche
(345 000 ha)
- Le parasitoïde Trichogramma spp. est utilisé sur
52 ha de cultures contonnières dans la Province de Gorgan au
nord de l'Iran pour lutter contre les ravageurs du coton (financement par
la Banque mondiale) - avec un résultat apparemment meilleur qu'avec
les pesticides traditionnels.
- Le gouvernement Tanzanien va lancer un programme de 5 ans de lutte
contre la Jacinthe d'eau, Eichhornia crassipes et d'autres mauvaises
herbes aquatiques en Afrique de l'Est (utilisation de méthodes biologiques
et physiques).
- Les méthodes de lutte biologique sont maintenant bien
établies dans différentes régions au Brésil :
par exemple dans les états du sud, de Santa Catarina et Paran, des
« guêpes » ont été utilisées
pendant 20 ans contre la cicadelle de la pomme de terre et sont maintenant
utilisées au Paraguay, Uruguay, Bolivie, Argentine et Chili.
- Des chercheurs de l'université de Birmingham (Royaume-Uni)
pensent que les difficultés de conservation à long terme des
prédateurs à utiliser dans des programmes de lutte biologique
pourraient être surmontées en utilisant des techniques similaires
à celles développées par les cliniques de fertilité
humaine : une technique qui consiste à enlever les embryons de
Syrphes de leurs ufs et de les traiter avec un produit chimique pour
qu'ils survivent à des températures très basses
(-196°C) pourrait être utilisée dans la lutte contre les
pucerons (1 syrphe peut consommer plus de 500 pucerons).
- Le premier biopesticide approuvé par la directive européenne
d'homologation sur les pesticides microbiens est le PreFeRal (Paecilomyces
fumosoroseus) de la firme Biobest.
- Le premier bio-insecticide pour lutter contre les criquets a
été homologué en Afrique du Sud, avec d'autres homologations
prévues en Afrique de l'Est et occidentale : il s'agit de
Metarhizium anisopliae « green muscle », produit
commercialisé par la firme Biological Control products (Durban, Afrique
du Sud); ce produit contient les spores d'une souche virulente du champignon
Metarhizium anisopliae, spores formulées dans de l'huile et
appliquées en volume ultra bas (moins de 1 l/ha) ; le champignon
tue les criquets en 6 à 21 jours ; il est plus efficace que les
insecticides chimiques, et est utilisé contre les stades juvéniles
au sol. Il a été développé dans le cadre du programme
LUBILOSA (lutte biologique contre les criquets), conduit par CABI Bioscience
et financé par des agences de développement au Royaume-Uni,
Canada, Pays-Bas et Suisse.
- Une équipe plurisdisciplinaire de chercheurs en Israël
s'est mise en place pour développer des insecticides microbiens pour
lutter contre une série de ravageurs et maladies des plantes pour
les commercialiser dans le monde. Il s'agit d'un programme sur 5 ans,
dont le budget de recherche est de 4,5 millions de $, mené par l'Institut
de protection des plantes de l'ARO (Agricultural Research Organization) de
Bet Dagan (Israël), qui se focalisera sur la lutte contre les insectes
et arthropodes avec des nématodes, sur l'utilisation de baculovirus
contre les Lépidoptères, sur l'utilisation de champignons
entomopathogènes contre les aleurodes et les thrips, sur l'utilisation
de champignons et bactéries contre les nématodes et les maladies
dans le sol. Il est prévu de commercialiser une souche de champignon
mycorrhizien qui augmente la résistance des plantes aux pathogènes
du sol tels que Rhizoctonia spp. et Pythium spp.
- Un programme de lutte biologique contre l'acarien Mononychellus
tanajoa par des acariens prédateurs (Typhlodromus aripo)
dans 18 pays d'Afrique producteurs de manioc, a entraîné une
diminution de 60% des populations d'acariens. L'IFAD (International Fund
for Agricultural Development) qui a financé 1,5 million de $ les 3
dernières années à l'IITA de Cotonou (International
Institute of Tropical Agriculture), par l'UNDP (United Nations Development
Programme) et le DANIDA (Danish International Development Agency) ;
le prédateur s'est établi avec succès en Afrique
occidentale, centrale et de l'est. C'est la 1e fois qu'on utilise
la lutte biologique classique contre un acarien ravageur des cultures à
l'échelle d'un continent.
- Les Mouches tsé tsé (Glossina sp.) infestent
environ 10 millions de km2 en Afrique sub-saharienne. Ce sont
d'importants vecteurs de la maladie du sommeil et de la maladie de
« nagana » chez le bétail. Les principaux efforts
pour lutter contre elles toutes ces dernières années ont
été de la destruction de la végétation et/ou
léradication de leurs hôtes sauvages à l'application
à grande échelle d'insecticides chimiques. Plus récemment,
des méthodes non nuisibles à l'environnement ont été
développées comme le piégeage ou les appâts ou
la technique de lâchers d'insectes stériles. Aucune méthode
ne s'est montrée satisfaisante.
à l'ICIPE (International
Centre of Insect Physiology and Ecology) à Nairobi (Kenya), une souche
locale de Metarhizium anisopliae a été utilisée
mais elle semble être plus efficace au laboratoire qu'au champ.
- L'académie russe des Sciences (Moscou) cherche à
commercialiser une méthode de lutte contre les vers du cotonnier.
La méthode consiste à utiliser un émetteur puissant
de lumière UV. Les insectes sont attirés le long dun
rayon de cette lumière sur les bordures des champs, où ils
pondent leurs ufs dans des conditions défavorables. Les
essais au champ ont montré qu'il est possible d'éliminer les
ravageurs de 400 ha de coton en une nuit. Pour unen zone de
3 000 ha, le coût de la lutte serait de 200 000 $
mais les agriculteurs économiseraient jusqu'à
1,6 million de $ en coûts de pesticides et de main
duvre.
- La chaîne française de supermarchés Auchan va
introduire une série de produits étiquetés comme étant
issus de la lutte intégrée : c'est le
1er supermarché à rejoindre le
réseau FARRE ; il sera suivi par Casino.
- Les chercheurs de l'Agricultural Genetic Engineering Research Institute
(Giza, Egypte) ont isolé une souche de Bacillus thuringiensis
qui serait bien plus active que celles actuellement commercialisées.
La nouvelle souche produit 18 toxines alors que les souches actuelles en
produisent juste 1 ou 2 et est active contre les Lépidoptères,
Coléoptères, Diptères et Nématodes. Les chercheurs
ont séquencé et breveté quelques uns des
gènes-clés codant pour les toxines et ont signé un accord
commercial avec Pioneer Hi-Bred International.
- L'usine de biopesticides chinoise Huanye à Shijiazhuang a
démarré la commercialisation d'un nouveau biopesticide viral
Huanye n°2, pour lutter contre la Teigne des crucifères,
Plutella xylostella,sur légumes. L'efficacité au champ
serait de 92% et ce serait la 1ère utilisation d'un virus
contre ce ravageur.
- Aux Pays-Bas, une commission récemment mise en place, incluant
l'organisation des agriculteurs hollandais, la LTO, et des représentants
du ministère de l'Agriculture, est en train d'étudier la
possibilité de simplifier les procédures d'homologation des
biopesticides ; cela nécessitera des révisions de l'Acte
néerlandais sur les pesticides ; on s'orienterait vers une exemption
pour les pesticides à base de substances végétales et
on diminuera les exigences pour les phéromones.
- Biobest a reçu l'homologation en Suisse de son insecticide
botanique à base d'azadirachtine, Neemix, pour la lutte contre le
Puceron cendré du pommier, Dysaphis plantaginea. Le produit
peut être utilisé dans des vergers de pommiers géré
en agriculture biologique ou faire partie de programmes de lutte
intégrée.
- Pour Calliope, les biopesticides ont représenté
2% des ventes en 1997.
- Des cultivateurs de riz paddy en Malaisie ont économisé
105 $ par hectare en pesticides en élevant des poissons
dans leurs champs, ce qui a entraîné l'élimination des
ravageurs ; il s'agissait d'un projet pilote de 10 ha
qui a ensuite été étendu.
- Des chercheurs en médecine ont appelé à
un moratoire sur l'utilisation de la bactérie Burkolderia
capacia (demande d'homologation comme biofongicide par la firme
Agrium, Canada) à cause des problèmes de liens avec des infections
des poumons chez des personnes souffrant de fibrose cystique. Les chercheurs
disent que B. cepacia est résistante à la plupart des
antibiotiques et tue environ 1/3 des patients atteints de fibrose cystique
infectée.
- Le réseau français d'agriculture raisonnée FARRE
comptait 58 fermes de rencontre début 1997 ; il en compte 233
en septembre 1999 avec 37 départements engagés dans cette
démarche.
- L'ACTA (Paris) crée une commission « Agriculture
raisonnée » afin de répondre aux besoins de recherche,
de développement et d'information sur les systèmes de production
dits « intégrés » ; elle permettra
de coordonner et de structurer, au sein de l'ACTA, l'offre des instituts
et centres techniques agricoles et des autres organismes de recherche.
- La Nouvelle-Zélande a des problèmes de ravageurs
vertébrés exotiques majeurs et investit environ 100 millions
de $NZ/an pour la lutte contre eux et la recherche. La lutte biologique est
la seule solution durable répandue pour beaucoup de ces problèmes.
L'utilisation de la RHD (Rabbit Haemorrhagic Disease) contre les lapins est
la 1ère tentative moderne en Nouvelle-Zélande de
lutte biologique contre un ravageur vertébré.
- En France, 30 000 ha sont concernés par la lutte
contre la Pyrale du maïs, Ostrinia nubilalis, à l'aide
de lâchers d'ufs de trichogrammes, insecte parasite de la larve
de pyrale. La technique s'est beaucoup améliorée depuis 3 ou
4 ans. Il est désormais possible d'effectuer un seul lâcher
par an, contre 2 auparavant. En cas d'infestation moyenne, c'est devenu aussi
efficace que la lutte chimique. En revanche, en cas de forte infestation,
ce qui n'est pas fréquent, la lutte chimique reste la plus performante.
Mais dans les deux cas, le maïs OGM reste plus efficace. La lutte biologique
coûte 280 à 300 F/ha contre 180 à 250 F/ha
pour la lutte chimique.
- La lutte intégrée est aussi en pleine évolution
en culture sous abris, en particulier en serre verre chauffée. C'est
sur la tomate que la technique est la plus avancée. En 1998, sur
1 400 ha de tomates en France, 700 ha étaient conduits
ainsi et les chiffres augmentent chaque année.
- Les coûts de développement et d'homologation d'un agent
pathogène naturel sont bien meilleur marché que ceux d'un
insecticide chimique, environ 0,5 million de $ pour un baculovirus ou un
nouveau Bt, comparé à plusieurs millions de $ pour la
plupart des produits chimiques aux États-Unis.
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