déterminisme et applications de la recherche systémique
pour l'étude de l'élevage laitier
1. Terminologie et concepts des recherches sur les
systèmes agricoles
2. Déterminisme et évolutions des recherches
sur les systèmes agricoles
3. Application des recherches sur les systèmes agricoles
aux activités d'élevage
4. Les outils et méthodes des recherches sur les
systèmes d'élevage : cas des bovins laitiers
5. Atouts et limites des recherches sur les systèmes
d'élevage laitiers
En conclusion
La zootechnie a été définie vers le milieu du XIXe
siècle comme une doctrine nouvelle de la production animale
basée sur les sciences expérimentales et dont le caractère
fondamental consiste précisément dans la manière de
" considérer le bétail en économie rurale " (De Gasparin,
1843). L'ambition était alors de grouper, sous une seule branche
scientifique, toutes les formes du savoir dont les retombées
contribueraient à l'amélioration des performances des
élevages. Si, à l'origine, la zootechnie reposait principalement
sur les sciences de la vie et les sciences humaines (sociologie,
géographie, économie), ces dernières années,
elle s'est focalisée peu à peu exclusivement sur les disciplines
biotechnologiques, n'échappant pas au mouvement de spécialisation
qui marque l'époque (Latour, 1995). Ce développement n'est
pas fortuit mais traduit les avancées de la recherche agronomique
dans des domaines tels que la génétique, la nutrition, la biologie
de la reproduction ou la médecine vétérinaire. Cette
tendance a aussi été massivement soutenue par les impératifs
productivistes de l'après-guerre (Boserup, 1990). Néanmoins,
les conséquences de cette orientation ont rapidement détourné
l'agronomie de sa fonction à appréhender les déboires
de l'agriculture et, partant, de la société, car Sebillotte
(1996) affirme que " plus un seul des problèmes de l'agriculture ne
saurait être isolé du reste de la société ". Dans
le domaine des productions animales, et de façon similaire, le type
de savoir et de recherches qui devait ² aider à en
démêler les énigmes, c'est-à-dire la zootechnie,
a été éloigné de ses préoccupations initiales,
à savoir les questions des élevages et de leur gestion (Landais,
1996a). En conséquent, dans leur majorité, les thèmes
de recherche ne proviennent plus du terrain mais sont formulés de
manière autonome dans les laboratoires. Ceci a progressivement
débouché sur une incapacité de la zootechnie à
synthétiser et à résoudre les problèmes auxquels
sont confrontés les acteurs des productions animales et à
générer des solutions en rapport avec leurs pratiques, leurs
stratégies et leur organisation (Béranger et Vissac, 1993).
De ce fait, récemment, de nombreux chercheurs à travers le
monde ont souligné les échecs des approches de la zootechnie,
dans ses méthodes actuelles, pour résoudre les crises du secteur
de l'élevage, aussi bien dans les pays développés (Vissac,
1995 ; Landais, 1996b) que dans les pays en développement (Schiere,
1995 ; Gryseels, 1988 ; Le Grand et Hochet, 1998). Dans ces dernières
contrées, de manière encore plus pressante, la diversité
et la complexité des rôles assumés par les animaux
domestiques (épargne, outils de production, statut social, impact
religieux
) rendent encore plus inadaptés les résultats
des dispositifs conventionnels des sciences animales (Ørskov, 1993
; Bradford, 1988) et imposent l'adoption d'une approche systémique
aux questions de l'élevage (Spedding, 1988 ; Ruthenberg, 1980).
D'ailleurs, de nombreux projets de développement qui ont fait abstraction
de ce type de méthodes et qui se sont contentés d'importer
des pays tempérés des modèles de développement
" clés en main " se sont soldés par des échecs (Zwart
et De Jong, 1996). Ruthenberg (1980) justifie le recours aux méthodes
systémiques pour l'étude des productions animales en zones
tropicales en invoquant qu'elles représentent bien plus qu'une simple
somme de leurs différentes composantes (animaux, plantes, environnement
social, économique et politique
) étant donné les
nombreuses interactions qui s'établissent entre elles.
De manière plus spécifique, l'élevage laitier est
certainement le type de productions animales où l'approche
systémique est la plus recommandée, en raison de la diversité
des domaines d'intervention des éleveurs de vaches laitières
(production fourragère, élevage, gestion de différents
types d'animaux...) et surtout à cause de la longueur de la filière
laitière, de la biomasse végétale jusqu'aux consommateurs
(Meyer et Denis, 1999). Par ailleurs, dans les pays en développement,
comme les races locales ont généralement des aptitudes
laitières fort limitées (Syrstad, 1990) que la sélection
classique serait trop lente à améliorer (Mc Dowell, 1981) et
face à l'augmentation des besoins en lait, le seul moyen rapide
d'accroître la production est l'importation de vaches des régions
tempérées avec les " paquets technologiques nécessaires
à leur acclimatation " (Cunningham et Syrstad, 1987 ; Flamant, 1991).
Cette option rend encore plus délicate l'analyse des systèmes
de production laitière (Eddebbarh, 1991), avec la diversité
du matériel animal qu'elle génère (vaches locales, vaches
importées et leurs différents niveaux de croisements) et qui
se traduit par l'émergence de plusieurs options pour la production
(Mc Intire et Gryseels, 1987) et d'objectifs variables pour les éleveurs,
qui induisent de nouveaux horizons pour la recherche (Olesen et al.,
2000). Ceci, dans un contexte d'incertitude pour le maintien d'une agriculture
paysanne dans les pays en développement et, notamment, de la production
laitière qui est généralement entre les mains de petits
éleveurs au sein d'unités familiales qui risquent de ne pas
faire le poids face à la libéralisation totale des échanges
de produits agricoles à travers le monde (Haubert, 1999).
À la lumière de ces éléments, la présente
synthèse vise en premier lieu à exposer les champs d'application
des recherches sur les systèmes agricoles (RSA), avec une
référence spéciale aux concepts et à la terminologie
en vigueur dans cette discipline, avant de rappeler son déterminisme
historique et ses évolutions. Par la suite, les applications des RSA
aux études sur les productions animales seront passées en revue,
pour évoquer les outils et méthodes des recherches sur les
systèmes d'élevage (RSE), plus particulièrement sur
la production laitière bovine. En dernier lieu, les atouts et limites
de cette discipline pour l'analyse des systèmes d'élevage laitier
seront détaillés.
1. Terminologie et concepts des recherches sur les systèmes agricoles
Dans toutes les sociétés humaines, les animaux domestiques
représentent richesse et/ou pouvoir. La relation étymologique
entre les termes " animaux ", " capital " et " épargne " a été
relevée dans plusieurs langues (Renfrew, 1994) comme le montre le
tableau I. Ces similitudes linguistiques peuvent être expliquées
par le rôle fondamental des herbivores dans la transformation de la
biomasse végétale issue de l'énergie solaire en produits
de haute valeur ajoutée pour la société (Odum, 1971),
quel que soit son niveau de développement.
Malgré la large gamme de systèmes agricoles qui se sont
constitués à travers le monde, les animaux domestiques y
représentent le plus souvent un atout, plus particulièrement
pour les agriculteurs ayant accès à de vastes superficies leur
procurant des ressources fourragères pour leurs troupeaux. Cependant,
avec l'accroissement continu des mises en culture, explosion démographique
oblige, une forte pression sur les terres à pâturage, communautaires
comme privées, s'est manifestée (Jodha, 1986 ; Hardin, 1968).
Dès lors, les éleveurs ont compensé ce manque en
intégrant de plus en plus de résidus de cultures dans les rations
de leur bétail (Schiere, 1995). De ce fait, une multiplicité
de systèmes d'élevage s'est constituée, tant par la
diversité des modes d'affouragement des animaux que par la quantité
d'espèces exploitées et des niveaux d'intensification (Spedding,
1988).
Tableau I. Quelques exemples de liens linguistiques entre les mots " cheptel " et " richesse "
| Cheptel (Français) Cattle (Anglais) Kassiba (Arabe) Ganado (Espagnol) Vieh (Allemand) Byoto (Polonais) |
Dérive du latin " caput " qui veut dire tête,
c'est-à-dire nombre d'animaux Lié au mot capital à travers la racine latine " caput " qui veut dire tête, c'est-à-dire nombre d'animaux Du verbe " kassaba " qui veut dire posséder, gagner, thésauriser Participe passé du verbe " ganar " qui veut dire gagner, acquérir En relation avec " fehu " en Vieux Saxon qui sous-entend richesse et bétail A partir du vieux slave " bydlo " qui veut dire posséder. La relation entre la possession et le troupeau est typique dans différentes langues slaves |
Définie comme étant " une combinaison raisonnée d'éléments ou de parties interdépendantes et interactives qui se comportent de manière à réaliser un objectif précis via la transformation d'intrants en produits terminaux ", la notion de système de production agricole a été récemment adoptée par les agronomes (Mirham, 1972 ; Le Moigne, 1984). Cependant, cette définition, avec tous ses corollaires, n'a pas arrêté précisément l'objet d'étude des RSA, qui seraient plus une attitude ou une perspective de recherche qu'un type d'investigations (Byerlee et Tripp, 1988). Ce domaine d'études scientifiques continue donc de souffrir d'un étalage confus de définitions, de méthodologies et d'objectifs, qui justifient de maintes tentatives de formalisation (Merrill-Sands, 1986 ; Fresco et Westphal, 1988). Néanmoins, d'un avis commun, les RSA ont pour point de départ une vision similaire à celle que se ferait un agriculteur en essayant d'améliorer ses résultats : compréhension de ses pratiques et action à un niveau concret et multidisciplinaire, au niveau de l'exploitation agricole (Landais, 1996a ; Byerlee et al., 1982). Norman (1980) et, plus tard, Tripp (1991) vont au-delà de cette considération pour mentionner que face à l'urgence d'améliorer les résultats des petites exploitations, notamment dans les pays en développement, les RSA ont eu le mérite d'entamer leurs investigations en postulant que " tout changement agricole planifié doit être organisé autour de la compréhension des conditions et des priorités des agriculteurs ". Pour cet auteur, il est plus qu'important de se focaliser sur l'exploitation agricole en tant qu'objet d'études, ce qui impose de considérer la totalité des interactions qui lient ses différentes composantes (tab. II).
Tableau II. Classification des interactions au sein d'un système de production agricole
| Type d'interaction | Exemples |
| Interactions directes entre
culture Interaction dans l'espace Interaction dans le temps |
Interactions liées aux associations de cultures Effets des précédents culturaux liés aux résidus, à la fertilité et aux mauvaises herbes |
| Interactions entre cultures et
élevage |
Utilisation des ressources fourragères et des
résidus par les animaux Recyclage des effluents d'élevage comme fertilisants des cultures Utilisation des animaux pour la traction |
| Compétition et synergie des
ressources |
Conflits pour l'utilisation de la force de travail entre
cultures, élevage et activités non -
agricoles Compétition pour l'utilisation de l'eau entre fourrages et cultures vivrières |
| Atteinte des multiples objectifs des foyers ruraux |
Choix entre types de cultures et d'élevage et option
d'itinéraires techniques pour gérer le risque Production et stockage de grains et de denrées animales pour contrebalancer les effets des carences saisonnières |
D'après Byerlee et Tripp (1988).
Au préalable d'une recherche sur les systèmes agricoles et
d'élevage, il faut clarifier la terminologie en vigueur et les concepts
de cette discipline (Hart, 1982). Ainsi, le mot " système " peut renvoyer,
simultanément, à l'énumération des unités
(composantes) qui le constituent (Odum, 1971 ; Shaner et al., 1982),
tout comme il peut désigner les modes d'interaction de ces parties
(Ruthenberg, 1980). Par ailleurs, l'adjectif " agricole " véhicule
avec lui toute la diversité des activités du monde de
l'agriculture, comme l'horticulture, la foresterie, l'aquaculture, le
maraîchage ou l'élevage. C'est pourquoi les chercheurs sur les
systèmes agricoles sont contraints de s'imposer des limites constituant
un réductionnisme qui va à l'encontre de la vision globale
prônée par la RSA. L'urgence d'établir ces limites comporte
alors deux inconvénients : le danger de sous-estimer les retombées
d'un système donné sur les autres, ce qui empêche
d'appréhender ses réalisations globales (Conway et Barbier,
1990), et la difficulté de se fixer un référentiel
d'étude aussi bien dans l'espace que dans le temps. Par exemple, pour
les études sur les systèmes d'élevage, plusieurs chercheurs
considèrent le troupeau comme unité de base (Roeleveld et Van
Den Broek, 1999) mais rien n'empêche de reporter l'effort d'analyse
au cheptel d'une région ou d'un pays (Hart, 1982). L'agrégation
de systèmes peut aller au point extrême où toute la
planète Terre peut être représentée sous forme
d'un seul système (Hopkins et Wallerstein, 1992).
Avec les considérations précédentes, les RSA se posent
comme un agrégat d'une gamme d'études multidisciplinaires relatives
aux systèmes de production agricole. Simmonds (1986), en essayant
de dresser une classification des voies empruntées par la RSA, distingue
les RSA au sens strict du terme (RSA sensu stricto) des RSA pour le
développement et la vulgarisation et de la recherche pour le
développement de nouveaux systèmes de production. La
première, dont le but est une analyse profonde des systèmes
agricoles à des fins académiques (Simmonds pense qu'elle sert
surtout de contexte à des doctorats), consiste en une compilation
des informations et données issues du terrain (Merrill-Sands, 1986)
suivie d'une phase de développement de concepts et de méthodologies
de recherche. L'objectif est alors de comprendre les systèmes de
manière induite, puisque, à partir d'un grand nombre
d'observations, des lois générales sont élaborées.
En revanche, les deux autres visent, en plus d'une phase de description
grâce à l'utilisation d'enquêtes (Labe et Palm, 1999),
la modélisation des systèmes pour la compréhension de
leur organisation, suivie parfois du test de nouvelles hypothèses
pour leur évolution. Simmonds (1986) soutient que ces deux genres
d'approche des RSA sont un moyen pratique de tester la viabilité
socio-économique des hypothèses de la recherche avant de
recommander leur vulgarisation. Tripp (1991), en rappelant les priorités
des RSA pour la diffusion de méthodes pour le développement
des petites exploitations du tiers-monde, estime que celles-ci doivent
nécessairement emprunter le protocole suivant :
- diagnostic des pratiques des exploitations agricoles et de leurs
problèmes ;
- planning d'un programme expérimental ;
- test de technologies alternatives ;
- évaluation des résultats ;
- développement et vulgarisation de recommandations.
Une des principales finalités des RSA est de préparer
minutieusement le terrain au développement de leur objet d'étude.
Or, le développement des systèmes agricoles est globalement
déterminé par les relations y liant demande et offre de biens
matériels. Elles expriment l'accès à la technologie
et aux valeurs fondant un système (Harris, 1988). Aussi, le
développement peut-il se présenter sous diverses apparences,
résultat de changements combinés des ressources disponibles
ou de la demande. Le mot " développement " se définit comme
une évolution vers une croissance naturelle avec différenciation
et passage par différentes étapes. Il n'implique donc pas
nécessairement une direction irréversible vers un but plus
évolué (Crotty, 1980). Les ressources impliquées dans
un processus de développement agricole sont généralement
de trois ordres : la terre, le travail et le capital (Bonneviale et al.,
1989). Elles induisent des phénomènes d'offre et de demande
qui se concrétisent dans les termes du marché. Ceux-ci
déterminent l'accès aux ressources. Par ailleurs, l'évolution
d'un système est aussi conditionné par les innovations qui
peuvent s'y exercer et qui génèrent des changements dans ces
modes de régulation, notamment technologiques et institutionnels.
L'ajustement des fonctionnements des systèmes suite à une
perturbation dans les termes de l'offre ou de la demande en intrants a
été largement documenté par Grigg (1982). Cet auteur
impute à trois principales causes les évolutions des systèmes
agricoles :
- l'accroissement de l'exploitation des ressources en sols, par l'intensification
des pratiques ou par la recherche de nouveaux espaces pour l'agriculture
;
- les changements dans les habitudes de consommation qui induisent aussi
des modifications dans les modes de production ;
- l'introduction de technologies et d'innovations qui sont porteuses de
changements.
Des réflexions précédentes découlent les nombreuses
tentatives de classer les systèmes agricoles (Ruthenberg, 1980).
Généralement, les classifications retiennent deux types de
critères, les variables qui déterminent le comportement du
système (variables de structure telles que le climat et les types
de sol) et les variables qui montrent les choix stratégiques des acteurs
qui y évoluent (pratiques d'élevage, type d'agriculture
).
2. Déterminisme et évolutions des recherches sur les systèmes agricoles
Les RSA couvrent un vaste éventail d'activités du monde rural.
Elles induisent donc qu'elles sont implicitement au centre des
préoccupations des agronomes depuis les débuts de l'agriculture.
Ponting (1991) rapporte ainsi que 3 000 ans av. J.C., les Sumériens
avaient déjà pris l'habitude de noter tous les changements
liés aux pratiques d'exploitation de leurs systèmes agricoles.
Sous l'Empire romain, des auteurs comme Caton ou Columelle s'étaient
aussi livrés à des travaux sur les systèmes de production
de céréales et d'huile d'olive en vigueur dans les
différentes régions (White, 1970). En Andalousie, l'occupation
arabe a aussi permis d'élaborer toute une documentation en rapport
avec les systèmes agricoles irrigués (Glick, 1970). Plus
récemment, lors du XIXe siècle en Europe, les travaux de Tchayanov
en Russie, de Von Liebig et Von Wulffen en Allemagne, ou de Bakewell et de
Young en Grande Bretagne, se sont tous basés sur une approche de type
RSA pour analyser les possibilités d'améliorer la
productivité de l'agriculture (Hayami et Ruttan, 1985). Ces travaux
se justifiaient d'autant plus que des cycles de famine sévissaient
alors et qu'il fallait nécessairement hausser la condition des
agriculteurs. Par la suite, l'expansion coloniale vers les zones tropicales
et tempérées chaudes a eu pour corollaire d'ouvrir de nouveaux
champs d'application aux RSA, dans un esprit fondamentalement dominé
par les grandes écoles de pensée du XIXe siècle (De
Wit, 1992).
La majorité des travaux des XVIIIe et XIXe siècles qui ont
utilisé une approche de type RSA ont mis l'accent sur une " vision
globale de l'unité de production agricole " qui sous-entend une
étude holiste de l'exploitation fermière. Ce genre de
démarche s'applique lorsque " le tout est bien plus qu'une simple
addition des parts " (Schiere, 1995). À ce stade, ce concept s'oppose
au réductionnisme des recherches actuelles (Landais, 1996a). Beets
(1990) mentionne que les pionniers des RSA, au XIXe siècle, étaient
pour la plupart issus du monde agricole et que, dans leur travaux, ils
conciliaient agronomie et économie. Shaner et al. (1982) ajoutent
à ce propos que, pour la réussite des RSA, l'intégration
des considérations économiques est primordiale. Ceci conforte
donc l'approche multidisciplinaire qu'adoptent les RSA.
Un autre point central des RSA est la participation des agriculteurs à
leurs visées et objectifs. Comme déjà vu, les premiers
défenseurs de ce type de méthodes étaient pour la plupart
eux-mêmes agriculteurs. Par exemple, Young, au Royaume-Uni, avait
tracé pour cible à ses travaux la détermination de la
taille optimale pour la viabilité d'une exploitation agricole (Lord
Ernle, 1961). De même, les principales avancées dans
l'amélioration génétique des bovins ont été
dues à Bakewell, qui était avant tout éleveur (Trow-Smith,
1957). La vision globale de ce genre de travaux n'échappait pas à
leurs réalisateurs puisque, par exemple aux Pays-Bas, l'utilisation
de l'azote en élevage bovin laitier ou encore les premiers essais
de vaccination contre la fièvre aphteuse, ont été
initiés par des éleveurs travaillant en communauté.
Ultérieurement, la participation des éleveurs-agriculteurs
aux programmes de RSA est devenue une des modalités les plus courantes
de ce genre de travaux dont de multiples aspects ont été
rapportés par Farrington et Martin (1988) et par Merrill-Sands et
al. (1991). Ces auteurs mettent l'accent sur la complexité de
ce type d'investigation, notamment en raison du paradigme qui la
précède : aucun développement de ces méthodes
ne peut se faire sans que les concernés y perçoivent un
intérêt et, par essence, les intérêts des agriculteurs
sont divergents. Même l'acceptation d'une innovation technologique
par un groupe d'agriculteurs peut se solder par la mise à l'écart
d'un autre groupe encore plus important (Bromley, 1992). Ainsi, en termes
de productions animales, que ce soit pour des techniques d'alimentation du
bétail ou même pour l'amélioration génétique,
les attentes des éleveurs aux ressources en terres limitées
seront totalement différentes de celles des éleveurs disposant
d'un vaste accès aux superficies fourragères ; tout comme pour
les motifs derrière l'importation de vaches laitières depuis
des pays tempérés (Sraïri et Baqasse, 2000). Par ailleurs,
la notion de durabilité spatiale et temporelle peut aussi totalement
modifier l'évaluation des situations (Posner et Gilbert, 1991) car,
le plus souvent, l'agriculteur raisonne à très court terme
et à l'échelle de sa parcelle ou, tout au plus, de son
exploitation, tandis que le chercheur en RSA tend à travailler à
long terme et sur des niveaux régionaux (Vavra, 1996). Dans le processus
de participation des agriculteurs aux projets de RSA, d'inévitables
interactions et échanges entre chercheurs et agriculteurs
s'établissent et elles sont primordiales pour définir les
orientations du développement (Schiere, 1995). Gryseels (1988) et
Landais (1983) mentionnent à ce sujet que plusieurs choix de leurs
études étaient directement inspirés de discussions avec
les éleveurs et autres acteurs impliqués dans les productions
animales.
3. Application des recherches sur les systèmes agricoles aux activités d'élevage
La majorité des études des RSA ont été
appliquées ces dernières années aux systèmes
de cultures dans les pays en développement à l'initiative
d'organismes internationaux tels que l'IRRI (International Rice Research
Institute), le CIMMYT (International Maize and Wheat Improvement Center),
l'ICARDA (International Center for Agricultural Research in the Dry Areas),
le CIAT (Centre International d'Agronomie Tropicale) ou l'IPGRI (International
Plant Genetic Resources Institute), à un moment où les recherches
sur les productions animales sont restées à un stade moins
avancé (Zwart et De Jong, 1996). Néanmoins, dans les pays
développés, les préoccupations des zootechniciens et
des vétérinaires commencent à se focaliser sur ce type
de recherches, face aux crises récentes du secteur des productions
animales (maladies " technogènes ", telles que l'encéphalopathie
spongiforme bovine, manipulations hormonales, surplus de production
)
comme le rapporte Landais (1996b). Dans les pays en développement,
ce genre de recherche a été mené dès les
premières implantations de colonisation ; elles visaient pour la plupart
à décrire les systèmes d'élevage et leurs rôles
dans l'organisation sociale de ces régions (Couleau, 1968 ; Landais,
1990) et à tester les possibilités d'adaptation d'espèces
et de souches plus productives des pays tempérés, notamment
les races bovines laitières (De Jong, 1996 ; Jasiorowski, 1991).
Par rapport aux concepts et objectifs des RSA précédemment
cités, les RSE (recherches sur les systèmes d'élevage)
conservent exactement la même vision globale et le même souci
d'adopter une méthode pluridisciplinaire pour appréhender le
fonctionnement des filières animales (Nestel, 1984). Certes, des
différences peuvent néanmoins surgir et elles sont, pour la
plupart, dues aux caractéristiques propres des animaux et des modes
de leur exploitation. En effet, leur mobilité, leurs multiples rôles
(prestige social, statut religieux, outil de production, épargne...),
la diversité de leurs productions (produits principaux tels que lait,
viandes
et produits secondaires tels que fumier et excréta,
abats, peaux
) et les problèmes d'échantillonnage au sein
des unités d'étude et de durée des investigations sont
autant de points qui peuvent séparer les approches conventionnelles
des RSA des méthodes à utiliser en RSE (Gryseels, 1988 ; Amir
et Knipscheer, 1989). Néanmoins, les interrelations entre ces deux
volets d'étude des questions agricoles sont trop nombreuses pour justifier
de les mener de front plutôt que de rechercher à les dissocier.
C'est ainsi qu'en élevage de bovins laitiers, plus particulièrement,
Dobremez et Bousset (1999) insistent sur l'inévitable prise en compte
des résultats globaux de l'atelier des vaches et des cultures ainsi
que de leur interaction pour pouvoir effectuer une analyse d'un système
de production laitière. Ceci est valable quel que soit le contexte
et justifie davantage les difficultés des RSE eu égard à
la parcimonie de la collecte de l'information dans plusieurs régions
en développement (Anderson, 1992). Cet auteur prévoit aussi
une nette amélioration économique des revenus agricoles si
l'épargne pouvait être réinvestie dans le développement
des ressources fourragères et la santé animale pour favoriser
une interaction dans la valorisation des ressources produites sur l'exploitation
(animales et végétales). Par ailleurs des similarités
peuvent lier élevage et cultures puisque les parcelles plantées
peuvent aussi assumer une multitude de fonctions (Williamson et Payne,
1965).
La volonté de développer les systèmes d'élevage
s'est appuyée sur les outils de classification pour appréhender
les leviers d'action afin d'en améliorer les performances (Fresco
et Westphal, 1988). Comme déjà mentionné, les modes
de classification considèrent surtout les accès aux ressources
et leurs éventuels changements (Hayami et Ruttan, 1985). Dans ce sens,
Schiere et De Wit (1993) proposent, sur la base d'une abondante bibliographie,
un exemple de classification, sous forme de matrice à deux dimensions,
où la disponibilité en ressources pour les éleveurs
est exprimée relativement par rapport à un état optimal
grâce aux signes " plus " + et " moins " - et représente un
premier axe et où la place de l'élevage est comparée
aux cultures sur le deuxième axe. Par ailleurs, ils distinguent, pour
des raisons de commodité de classement et selon des travaux
antérieurs (Bromley, 1992), deux types de systèmes d'élevage
: à haut et à bas niveau d'utilisation d'intrants
exogènes.
Avec ces hypothèses, Schiere et De Wit (1993) aboutissent à
une représentation globale des systèmes d'élevage, avec
des exemples caractéristiques à travers le monde, tels que
figurés dans le tableau III.
Tableau III. Matrice pour la représentation des systèmes d'élevage
| Tendance | Accès aux ressources | Importance relative de l'élevage et des cultures | ||||
Expansion Bas niveau Intermédiaire Haut niveau |
Terre + - - - |
Travail - + -/+ - |
Capital - - -/+ + |
Élevage Élevage transhumant Nomadisme Hors-sol avec peu d'achats d'aliments Engraissement Élevage laitier extensif Production laitière intensive |
Mixte Agropastoralisme extensif du Maghreb Dehesa espagnole Élevages montagnards Traitement des pailles Ley-farming Production périurbaine Production avicole |
Cultures Céréaliculture extensive Riziculture Horticulture Agroforesterie Agriculture biologique Plantations industrielles |
De cette matrice, il apparaît que la tendance à l'expansion,
terme consacré dans la terminologie adoptée par ces auteurs
pour désigner l'investissement de nouvelles terres, est la
caractéristique des zones à fortes disponibilités en
terres, peu productives en l'état, où les formes d'élevage
les plus communes sont la transhumance et, à un degré
extrême, le nomadisme (Bernus, 1990).
Les systèmes d'élevage à bas niveau d'intrants
exogènes sont surtout en vigueur dans les régions carencées
en sols fertiles ou dans les zones marginales, notamment montagneuses. Dans
ces types d'élevage, une attention toute particulière est
réservée au travail, qui compense en quelque sorte le faible
niveau de capitalisation. Zwart et De Jong (1996) mentionnent que la
majorité des unités d'élevage dans les pays en
développement, surtout celles détenues par de petits producteurs,
peut être classée dans cette catégorie.
Les systèmes intermédiaires s'érigent comme une sorte
d'alternative aux manques d'intrants dans les exploitations à niveau
d'investissement réduit. Ils s'appuient sur une thèse
d'équilibre des bilans de fertilité au sein de ces entités
(Hayami et Ruttan, 1985). En d'autres termes, même le recours à
des intrants externes à l'exploitation doit être
considéré comme un transfert de capital qu'il faut neutraliser
par une certaine production. L'un des points de départ du fonctionnement
de ces systèmes est la limitation des facteurs exogènes et
donc l'ajustement des besoins en fonction des ressources disponibles. C'est
dans ce type de système qu'un vaste transfert de technologie, notamment
des biotechnologies (Schiere, 1995), a été tenté dans
les élevages laitiers des pays en développement (traitement
à l'urée des résidus de culture, croisements avec des
races locales, micro-irrigation de fourrages
). Néanmoins, les
attitudes des éleveurs des pays en développement vis-à-vis
du recours à ces rudiments de technologie restent fort mitigées
car ils doivent constamment intégrer dans leur calcul la gestion du
risque économique (Couty, 1989).
Les systèmes d'élevage à haut niveau d'inputs exogènes
sont, par essence, les élevages laitiers des pays développés.
Ils compensent la rareté des terres de pâturage par le recours
forcé aux fertilisants, aux médicaments et même aux aliments
pour le bétail. La valeur monétaire de ces intrants est
généralement basse par rapport à celle des produits
et du travail, ce qui explique souvent leur sur-utilisation, allant même
jusqu'à compromettre la viabilité de ces systèmes (pollution
par les nitrates, excédents de production
).
Pour conclure sur l'opposition latente qui sépare les systèmes
d'élevage laitiers en pays développés à ceux
des pays en développement, Brand et al. (1996) ont proposé
un schéma récapitulatif et simplifié qui permet de mieux
appréhender les niveaux où interviennent ces différences
(fig. 1).
Figure 1. Représentation simplifiée des différences élémentaires entre systèmes agricoles monofonctionnels des pays développés (parties A et B) et systèmes agricoles plus extensifs et multifonctionnels des pays en développement (partie C à ajouter à A et B). D'après Brand et al., 1996.
4. Les outils et méthodes des recherches sur les systèmes d'élevage : cas des bovins laitiers
Les RSE ont, à l'instar des RSA, toujours privilégié
la vision globale pour appréhender un objet d'étude aussi complexe
que l'élevage de bovins laitiers. Il est d'ailleurs révélateur
à ce sujet que ce soit ce type d'élevage qui ait été
le plus souvent utilisé pour illustrer une approche systémique
appliquée aux productions animales (Chatellier et al., 1997
; Dobremez et Bousset, 1996 ; Vissac, 1995). Néanmoins, la plupart
des auteurs ayant conduit ce type d'investigations s'accordent sur l'ampleur
des méthodes à mettre en uvre, tant pour la collecte
d'une information fiable qui puisse servir de base à l'analyse (De
Jong, 1996) que pour les procédures à appliquer (Cordonnier,
1986). Par ailleurs, une des limitations aux études sur le bétail
laitier dans les pays en développement est la difficulté d'y
appliquer des protocoles d'étude qui ont fait leurs preuves dans les
pays développés (Jasiorowski, 1991).
Brand et al. (1996), dans leur ouvrage consacré à
l'appréhension des résultats des élevages laitiers,
mettent l'accent sur 5 principaux points qu'il convient de développer
:
- l'élevage des animaux de remplacement ;
- le contrôle des performances de lactation avec, comme outil d'étude
principal, les modalités d'alimentation des vaches ;
- le contrôle de la reproduction et ses effets sur le troupeau ;
- le contrôle des incidents sanitaires, notamment les mammites et les
boiteries ;
- les résultats économiques et leur optimisation.
D'autres auteurs tels que Cordonnier (1986), Lhoste et al. (1993)
ou Meyer et Denis (1999) reprennent sensiblement un cheminement similaire
pour ce genre d'analyses avec des différences dans les parties les
plus détaillées, puisque le premier auteur s'intéresse
surtout aux résultats économiques tandis que Meyer et Denis
(1999) mettent en exergue l'étude du processus de production en zone
tropicale. Toutefois, dans ce genre de démarche qui consiste à
scinder l'exploitation de vaches laitières selon ses composantes
principales, certains auteurs (Schiere, 1995 ; Landais, 1996a) mettent en
garde contre la primauté des questions particulières (qu'ils
dénomment recherches des composantes) par rapport à une vision
synthétique. C'est pourquoi, si le recours à ces approches
localisées, dans un but de diagnostic et de caractérisation
des performances des étables laitières, est devenu très
courant, il ne constitue pas une fin en soi (Roeleveld et Van Den Broek,
1999).
De nombreux travaux récents se sont focalisés sur la description
et l'analyse des systèmes de production laitière afin de saisir
la variabilité spatiale de ce genre d'activités. Dans les pays
en développement, ce genre d'activités a souvent pour justification
le diagnostic de l'efficience technico - économique de production
des systèmes (Lhoste, 1984), l'étude de l'acclimatation des
races exotiques en conditions tropicales chez de petits éleveurs ainsi
que l'analyse de l'approvisionnement des centres urbains (Hanyani-Mlambo
et al., 1998 ; Losada et al., 1998 ; Metzger et al.,
1995 ; Debrah et al., 1995 ; Holman et al., 1992). En pays
développés, au-delà des objectifs précédents,
c'est aussi la caractérisation des variations régionales et
leurs effets sur les politiques d'aménagement du milieu qui sont
visés dans ces travaux (Reinhard, 1999 ; Bonneviale et al.,
1989). La méthodologie retenue varie énormément en fonction
du matériel de base disponible, à savoir la quantité
de données relatives au fonctionnement des étables laitières
et leurs relations avec leur environnement économique et social.
Ainsi, il est possible de remarquer que, dans les pays développés,
l'existence de bases de données du genre RICA (Réseau d'information
comptable agricole) en France ou du type DHI (Dairy Herd Improvement) aux
États-Unis ou encore SCB (Statistical Central Bureau) en Suède,
qui comportent toutes les observations issues des recensements agricoles
et du contrôle laitier, permet de se livrer à des analyses
statistiques poussées et régulières sur cette somme
d'informations, moyennant les méthodes d'analyse des données
multivariées. Le but est d'exploiter la diversité et le nombre
d'informations brassées au cours d'un diagnostic des élevages
laitiers (Bonneviale et al., 1989) pour ressortir les facteurs qui influent
significativement sur leurs performances. Ceux-ci peuvent être aussi
bien liés au milieu (effet étable), à la
génétique (race) ou même aux caractéristiques
sociales des éleveurs (Chatellier et al., 1997 ; Ledin et Lema, 1996).
Parfois, l'analyse de type systémique basée sur l'exploitation
d'une base de données peut être combinée à une
expérimentation chez les éleveurs pour tester l'effet d'un
paramètre d'élevage (alimentation notamment) sur les
caractéristiques des produits, surtout en zone AOC (appellation d'origine
contrôlée) (Coulon et al., 1988). De même, ce genre de
travaux peut être l'occasion de se pencher sur l'évolution de
certaines tendances des élevages laitiers comme, par exemple, les
taux butyreux et protéiques du lait (Sargeant et al., 1999). Dans
ces études, Bonneviale et al. (1989) affirment qu'il est nécessaire
d'analyser les pratiques des éleveurs, c'est-à-dire leur
manière de gérer au jour le jour leurs troupeaux car, comme
l'a rappelé Brossier (1973), " les agriculteurs, comme tous les individus,
ont un comportement rationnel, c'est-à-dire qu'il y a cohérence
entre les objectifs qu'ils cherchent à atteindre et les moyens mis
en uvre". Cette nouvelle dimension acquise par les actions entreprises
par les éleveurs, puisqu'ils deviennent objet d'étude et non
pas seulement d'analyse, n'est pas sans bouleverser de manière radicale
le comportement du chercheur en sciences animales (Landais et Deffontaines,
1988). Le tableau IV reprend de manière détaillée les
différences fondamentales qui distinguent l'approche systémique
de l'approche conventionnelle pour l'étude des élevages.
Dans leur travail de caractérisation des différences entre
exploitations de bovins laitiers, Dobremez et Bousset (1996), en rappelant
que cette hétérogénéité n'a jamais
été souhaitée par les décideurs (Colson, 1985),
insistent sur l'importance des analyses factorielles qui peuvent restituer
l'extraordinaire richesse de l'information issue des RSE. Ils soulignent
aussi qu'une des finalités de ces analyses est de dresser une typologie
des exploitations étudiées, ce qui représente une tendance
fort récente des méthodes d'étude des systèmes
d'élevage (Landais, 1996c). L'objectif est de répondre à
la question : qui produit du lait et selon quelles modalités ? La
résolution de cette problématique est importante car, au-delà
de la simple classification, elle pose tout un ensemble de questionnements
sur l'avenir des interventions des décideurs dans le domaine de
l'élevage laitier (Perrot, 1990).
Tableau IV. Caractéristiques schématiques de deux démarches différentes pour la recherche et l'action
| Démarche analytique | Démarche systémique |
| Seul le résultat compte. Des solutions aux
problèmes sont recherchées en priorité. |
C'est le processus qui est important. Il faut bien poser
le problème. |
| Le complexe est décomposé en éléments qu'il faut analyser | . Articulation et relation des éléments entre eux et avec le tout. |
| Supériorité de l'expert qui sait (schéma
descendant de la connaissance) |
Humilité de l'expert qui cherche à comprendre
et qui apprend des choses et des gens. |
| L'expert croit à la meilleure solution. | Il pense qu'il y a plusieurs solutions satisfaisantes. |
| Construction d'une théorie fondée sur les
mathématiques et priorité donnée au quantitatif |
Construction d'un modèle que l'on sait
réducteur. |
| Validation par la preuve expérimentale. | Validation par l'efficacité dans la transformation du réel. |
| Enseignement disciplinaire (juxtaposition). | Transdisciplinarité. |
| Linéarité, monorationalité, monocritère dans la décision. | Plurirationalité, pluricritère. |
| Indépendance des fins et des moyens. | Récursivité des fins et des moyens. |
| Les connaissances sont la découverte de ce qui
préexiste (univers câblé.) |
Les connaissances sont construction du réel, elles
agissent sur lui. |
| Mise à l'écart des contradictions pour rendre
la réalité conforme au schéma. |
Prise en compte des conflits et des
contradictions. |
| L'expert est comme une " abeille " pour laquelle tout est
codé. Auguste Comte est la référence historique et épistémologique de cette conception. |
L'homme est un " architecte " libre qui
construit. Léonard De Vinci semble être la référence adéquate. |
Adapté de Le Moigne (1984)
Dans le contexte des pays en développement où de telles bases de données sont rarement disponibles, par manque de l'infrastructure nécessaire à la collecte de l'information et aussi en raison des craintes des éleveurs à se voir appliquer de nouvelles taxes (De Jong, 1996), les chercheurs sont le plus souvent contraints d'aller chercher eux-mêmes les caractéristiques des élevages laitiers sur le terrain. Lhoste (1984) rapporte qu'avant d'entamer la collecte et l'analyse de données, il faut tout d'abord commencer par se renseigner sur les niveaux d'organisation influant sur les résultats des élevages. Cet auteur propose un organigramme général déterminant le fonctionnement des systèmes de productions animales, qui constitue un inventaire exhaustif des objets d'étude du chercheur intéressé par ces entités (tab. V).
Tableau V. Les composantes, éléments et paramètres principaux des systèmes d'élevage
| Composantes | Éléments | Paramètres |
| Territoires villageois et systèmes de cultures |
Structuration Répartition - surface Production primaire Utilisation par le bétail Évolution dans le temps |
Composition du fourrage Phytomasse Composition chimique Valeur nutritive Accessibilité Appétibilité Ingestibilité Variations saisonnières Variations interannuelles Reproduction de l'écosystème |
| Interface |
Comportement alimentaire |
Bilans
Bilan fourrager - Matière organique - Fertilité (en relation avec le système de culture) |
| Troupeau |
Structure (statistiques) Dynamique Animal Conduite Production |
Espèces, races Effectifs Composition Reproduction Mortalité Exploitation et croît État sanitaire Stade physiologique Âge Performances individuelles Du troupeau De l'alimentation De la reproduction Viande, lait, laine... Fumier, force de traction |
| Interface |
Pratiques
Soins Conduite Savoir-faire |
Rôle du bétail
(économique,
Modes de valorisation culturel, religieux) du bétail |
| Éleveur |
Ethnie, famille, histoire Projets Organisation du secteur de l'élevage Besoins / revenus Relations avec la communauté Services de l'élevage |
|
| Interface |
Organisation foncière |
Gestion de l'espace
Stratégie :
transhumance et des pâturages |
D'après Lhoste (1984)
à travers cette représentation simplifiée à
l'extrême du fonctionnement des systèmes d'élevage, il
est clairement affirmé que leur compréhension va bien au-delà
de la seule connaissance du cheptel bovin.
C'est seulement en se fixant un objectif de collecte des informations qu'il
faut ensuite réfléchir aux voies d'y parvenir, surtout lorsque
peu de moyens sont disponibles (Labe et Palm, 1999). À ce niveau,
Roeleveld et Van Den Broek (1999) distinguent deux types d'approche :
l'enquête informelle et le suivi d'élevage. Pour ces auteurs,
ces deux volets du travail sont complémentaires et le choix de
privilégier l'un par rapport à l'autre est nécessaire
lorsque les moyens matériels ne suffisent pas à les assumer
pleinement. Un survol de la bibliographie disponible sur les études
de systèmes laitiers en zone tropicale montre que les travaux adoptent
généralement les deux démarches, allant d'abord d'une
description générale des modalités de production basée
sur une enquête rapide ou informelle (Hanyani-Mlambo et al.,
1998 ; Losada et al., 1998) à une phase plus détaillée
avec un formulaire d'enquête plus élaboré et permettant
d'avoir une vision plus détaillée du fonctionnement des
systèmes laitiers.
La part de l'analyse économique est prépondérante dans
ce genre d'études car elle renseigne sur la viabilité de cette
activité et sur les options de production retenues par les éleveurs
(Debrah et al., 1995 ; Dominguez et al., 1995).
Généralement, elle consiste surtout en le calcul de la marge
brute des élevages laitiers qui, selon Johnson (1985), représente
" la différence entre la valeur du chiffre d'affaires, à savoir
la totalité des ventes de tous les produits, tels que le lait, les
animaux et le fumier, et l'ensemble des coûts inhérents au processus
de production ".
Une autre préoccupation des chercheurs sur les systèmes
d'élevage laitier dans les pays en développement revient à
s'intéresser aux répercussions de l'aval de la filière
laitière sur la structuration des étables laitières
(Meyer et Denis, 1999). À l'opposé de la situation en pays
développés, où l'organisation des droits à produire
(quotas, en Europe) garantit des possibilités certaines de
commercialisation du lait, la majorité des producteurs des pays en
développement écoulent leurs productions selon des canaux
aléatoires et non pérennes. Ainsi, Alary (1999) rappelle la
fragilité du système coopératif laitier en Inde face
à l'épreuve de la libéralisation, dans un contexte où
le gouvernement indien a fortement protégé cette filière,
et pose la question de l'avenir des producteurs. Ces derniers s'étaient
accoutumés à ce protectionnisme et avaient adapté leurs
modes de production en conséquence, optant pour des systèmes
très peu intensifiés. Au Maroc, il a aussi été
clairement vu que les effets des possibilités d'accéder au
marché du lait étaient variables selon les saisons, notamment
à cause des changements climatiques et des périodes de
célébrations religieuses (mois du Ramadan) et que ceci induisait
des ajustements certains au niveau de l'organisation de la production
(Sraïri et Medkouri, 1998).
L'étude des systèmes de production laitière, en pays
en développement, est donc une condition préalable à
l'amélioration de l'auto-approvisionnement local (Meyer et Denis,
1999). Elle suppose la prise en compte de toutes les caractéristiques
du milieu, qu'elles soient techniques (races animales, climat, savoir-faire...)
mais aussi économiques et politiques (Roeleveld et Van Den Broek,
1999). La complexité de ce type d'études ne peut que revêtir
des atouts certains mais elle comporte aussi des limites.
5. Atouts et limites des recherches sur les systèmes d'élevage laitiers
Le récent engouement pour les recherches sur les systèmes
d'élevage a suscité tout un ensemble d'études pour cerner
la durabilité des filières animales à travers le monde
(Gibon et al., 1999 ; Heitschmidt et al., 1996). De manière
plus spécifique aux élevages de bovins laitiers, de nombreuses
méthodologies d'approche ont été proposées pour
en évaluer la réussite économique (Coordonnier, 1986),
pour en identifier les acteurs les plus dynamiques à travers des
typologies d'exploitation (Dobremez et Bousset, 1996) ou pour en analyser
les ateliers techniques défaillants (Brand et al., 1996). Ces
méthodes ont été appliquées dans divers
environnements et ont même été ajustées selon
les contraintes de disponibilité de l'information et de possibilités
d'analyse, ce qui fait qu'actuellement plusieurs résultats sur les
systèmes d'élevage laitier à travers le monde ont
été publiés (Meyer et Denis, 1999). L'approche système
appliquée aux productions animales semble être devenue une voie
classique pour l'étude des élevages en raison des nombreux
atouts prêtés aux RSA, notamment leur vision globale des
problèmes des entités de production (Oltjen et Beckett, 1996
; Ruthenberg, 1980). En ces moments de doutes pour les filière bovines
laitières, tant des pays développés, à cause
de la crise productiviste et de ses effets sur l'environnement, que pour
les pays sous-développés, en raison de la mondialisation et
de la croissance démographique, les études systémiques
des élevages ont pour rôle de dresser un diagnostic complet
des modes de production et, surtout, d'orienter la recherche ultérieure
et d'en fixer les priorités (Roeleveld et Van Den Broek, 1999). Ainsi,
après les écrits des années 80 qui expliquaient les
échecs des projets de développement des productions animales
en zone tropicale par l'absence de vision systémique (Gryseels, 1988),
plusieurs auteurs retracent plus récemment des expériences
d'amélioration des performances des systèmes d'élevage
grâce à une approche globale (Zwart et De Jong, 1996 ; Schiere,
1995 ; Vissac, 1995). Par exemple, même dans le contexte des pays à
fort potentiel de production laitière, les chercheurs essaient d'isoler
les facteurs autres que techniques (conduite alimentaire et patrimoine
génétique des vaches) qui peuvent influer sur les résultats
des systèmes laitiers (Ledin et Lema, 1996). Certes, ces
méthodologies sont complexes, car elles requièrent souvent
un travail de longue haleine relativement coûteux et qui nécessite
la participation de compétences diverses pour garantir la
pluridisciplinarité, mais elles sont une garantie pour éviter
de ne pas gaspiller tout simplement les deniers de la recherche, surtout
lors de transfert de technologies ou de matériel animal (vaches
laitières et leurs produits ou paillettes de spermes ou embryons)
des pays développés vers des pays plus démunis (De Jong,
1996 ; Jasiorowski, 1990).
Néanmoins, l'approche systémique est loin d'être une
panacée aux problèmes des systèmes d'élevage.
Outre les besoins en temps et en moyens nécessaires, ce genre de
démarche souffre de la diversité des approches et, surtout,
des difficultés à enchaîner sur un processus de
développement (Gryseels, 1988). Dans les pays du tiers-monde, la
diversité et, parfois, l'antagonisme des caractéristiques des
élevages (Amir et Knispscheer, 1989) font que les essais zootechniques
qui devraient être menés en milieu paysan pour valider une approche
de type recherche-développement ont peu de chances d'aboutir (tab.
VI, ci-après). De ce fait, les objectifs globaux de la recherche risquent
de ne pas être totalement concrétisés.
Des observations précédentes, il apparaît que les RSE
appliquées aux bovins laitiers sont un outil d'étude dont les
résultats peuvent être très avantageux pour
caractériser les modes de production de lait dans un pays ou une
région donnés. Au-delà du simple intérêt
académique de ce genre de travaux, ils peuvent se justifier par le
fait qu'ils constituent, selon plusieurs auteurs (Meyer et Denis, 1999 ;
Simmonds, 1986), une étape de description et d'analyse indispensable
avant d'entamer un quelconque processus de développement des
élevages laitiers à grande échelle.
Tableau VI. Implications des caractéristiques des élevages sur les essais en milieu paysan dans les pays en développement
| Facteur | Caractéristiques des élevages | Implications pour les essais zootechniques en milieu paysan |
| Mobilité Durée du cycle Synchronisation du cycle Unités multiples Intrants Taille des unités expérimentales Attitudes du producteur Variabilité dans la gestion Unités à observer Propriété Ressources Audience cible |
Élevée Généralement plus d'un an Unités peu synchronisées Viandes, peaux, lait, fumier, trait Plusieurs types Grande et indivisible Tabous personnels Élevée Peu nombreuses Souvent partagée Souvent terres communales Famille paysanne, communauté |
Difficulté des mesures et du contrôle des
facteurs non expérimentaux Augmentation des coûts et perte possible de l'unité expérimentale Difficulté de trouver des unités comparables Difficultés d'estimer l'effet du traitement Difficultés de mesure Augmentation des coûts et du risque pour les collaborateurs Difficultés de marquer les bêtes ou d'en réduire le nombre Difficulté d'isoler l'effet du traitement Grande variabilité statistique Gestion conjointe Motivation réduite Plus grande variabilité dans la gestion |
D'après Gryseels (1988)
En conclusion
Après la Révolution verte, paroxysme de la vision techniciste uniformisée pour augmenter la productivité de l'agriculture dans les pays en développement, et son bilan plus que mitigé, l'approche systémique a certainement conquis du terrain comme nouvelle voie d'investigation pour l'agronomie. A cet égard, les études sur les systèmes d'élevage connaissent un regain d'intérêt certain et s'érigent comme outil indispensable pour la constitution de filières animales durables, fournisseuses de produits de qualité, créatrices de travail et de plus-value et permettant de gérer et de préserver l'environnement physique. Leur application à l'élevage bovin laitier est à plus d'un titre nécessaire et commence à se généraliser dans divers types d'écosystèmes, car ce type de production est certainement l'élevage le plus complexe en raison de la longueur de la filière traitant un produit périssable comme le lait. Au-delà des différences entre régions et entre groupes d'éleveurs, la formalisation d'une méthodologie pour l'étude des étables laitières et de leur insertion dans leur milieu humain et physique semble être devenue l'objectif prioritaire des équipes de chercheurs s'intéressant à ce type de problématiques. A ce niveau, si la prise de conscience de la nécessité de penser à des filières animales durables est actuellement établie et implique une orientation précise aux objectifs des chercheurs, la variabilité entre régions développées et pays en développement, et surtout la disparité des objectifs des éleveurs entravent la constitution d'une approche de recherche qui soit uniforme avec des méthodes universelles. Les perspectives de recherche demeurent donc largement ouvertes et intiment à tous les concernés par l'avenir de la production bovine laitière, aussi bien les chercheurs que les éleveurs, les pouvoirs publics et les organismes internationaux en charge de la recherche animale, à davantage d'efforts pour arriver à mettre sur pied des réseaux de compétence s'intéressant à ce vaste domaine.
[R] Références bibliographiques
Alary F., 1999. Le système coopératif laitier en Inde
à l'épreuve de la libéralisation. Économie
rurale, 252, 35-41.
Amir P., Knipscheer H.C., 1989. Conducting on-farm animal research :
procedures and economic analysis. Winrock International Institute for
Agricultural Development and International Development Research Centre, USA,
244 p.
Anderson J.R., 1992. Difficulties in African agricultural systems enhancement
? Ten hypotheses. Agric. Syst., 38, 387-409.
Beets W.C., 1990. Raising and sustaining productivity of smallholder farming
systems in the tropics. Ag Bé Publishing, P.O. Box 9125, 1800
GC Alkmaar, The Netherlands. 138 p.
Béranger C., Vissac B., 1994. A holistic approach to livestock farming
systems : theoritical and methodological aspects. In J. Brossier, L. De Bonneval
& E. Landais : Systems studies in agriculture and rural development.
INRA Éditions, Coll. Science Update, p. 148-164.
Bernus E., 1990. Les pasteurs nomades africains, du mythe éternel
aux réalités présentes. Cah. Sci. Hum., 26,
267-280.
Bonneviale J.R., Jussiau R., Marshall E., 1989. Approche globale de
l'exploitation agricole-Comprendre le fonctionnement de l'exploitation agricole
: une méthode pour la formation et le développement.
Éditions INRAP, Document n° 90, Dijon, 329 p.
Boserup E., 1990. Évolution agraire et pression
démographique. Paris, Flammarion. 124 p.
Bradford E., 1989. Animal agriculture research and development : challenges
and opportunities. Can. J. Anim. Sci., 69, 847-856.
Brand A., Noordhuizen J.P.T.M., Schukken Y. H. (eds.)., 1996. Herd health
management in dairy practice. Wageningen Pers, Pays-Bas, 543 p.
Bromley D., 1992. (ed.). Making the commons work : theory, practice and
policy. Institute for contemporary studies. San Francisco. 339 p.
Brossier J., 1973. Un essai de liaison entre la recherche, la formation et
l'action à partir de l'analyse des décisions économiques
des agriculteurs. Annales ESR, INRA-ESR, 2, 111-113.
Byerlee D., Tripp R., 1988. Strengthening linkages in agricultural research
through a farming system perspective : the role of social scientists. Exper.
Agric., 24, 137-151.
Byerlee D., Harrington L., Winkelman D., 1982. Farming systems research :
incursion research strategy and technology design. Am. J. Agric. Econ.,
64, 897-904.
Chatellier V., Colson F., Arnauld F., Guesdon J.C., Kempf M., Legendre J.,
Perrot C., 1997. La diversité des systèmes d'élevage
bovin en France et leur contribution à la production de viande bovine.
INRA Prod. Anim., 10, 227-240.
Colson F., 1985. Les États Généraux du Développement
Agricole : un temps fort du thème de la diversité de l'agriculture
et de la pluralité du développement. INRA Économie et
sociologie rurales, Nantes. Agriscope, 6, 17-25.
Conway G.R., Barbier E.B., 1990. After the Green Revolution, sustainable
agriculture for development. Earthscan Publications Ltd., London, 205
p.
Cordonnier P., 1986. Economie de la production laitière.
Tec Doc./ INRA éditions, Paris. 218 p.
Couleau J., 1968. La paysannerie marocaine. Éditions du CNRS, 295
p.
Coulon J.B., Roybin D., Congy E., Garret A., 1988. Composition chimique et
temps de coagulation du lait de vache : facteurs de variation dans les
exploitations au pays de Thônes (Haute-Savoie). INRA Prod. Anim.,
1, 253-263.
Couty P., 1989. Risque agricole, périls économiques. In M.
Eldin, & P. Milleville : Le risque en agriculture. Editions de
l'ORSTOM. Coll. À travers champs. 561-574.
Crotty R., 1980. Cattle, economics and growth. Commonwealth Agricultural
Bureaux, Farnham Royal, Slough Sl 2 3 BN, 253 p.
Cunningham E.P., Syrstad O., 1987. Crossbreeding Bos indicus and Bos
taurus for milk production in the tropics. FAO Animal Production and
Health Paper 68, FAO, Rome, Italy.
De Boer A.J., 1985. Some basic features of Asian livestock production
systems : factors underlying productivity-improvement programs. Winrock
International Livestock Research and Training Centre. Petit Jean Mountain,
Morrilton, Arkansas.
Debrah S., Sissoko K., Soumaré S., 1995. Étude économique
de la production laitière dans la zone péri-urbaine de Bamako
au Mali. Rev. Elev. Méd. Vet Pays Trop., 48, 101-109.
De Gasparin A., 1843. Cours d'Agriculture. Paris, La Maison Rustique.
5 vol.
De Jong R., 1996. Dairy stock development and milk production with
smallholders. Ph. D Thesis. Wageningen University, The Netherlands. 308
p.
De Wit C.T., 1992. Resource use efficiency in agriculture. Agric.
Sys., 40, 125-151.
Dobremez L., Bousset J.P., 1996. Rendre compte de la diversité
des exploitations agricoles. Une démarche d'analyse par exploration
conjointe de sources statistiques, comptables et
technico-économiques. Cemagref Editions, Études de gestion
des territoires n° 17, Antony, 318 p.
Dominguez E.L., Sánchez C.I., Nader L.M.R., 1995. Descripcion de los
parametros productivos, reproductivos y de las tecnologias de produccion
en sistemas intensivos de ganaderia bovina en el sur del valle geografico
del rio Cauca. Acta Agronomia (Colombia), 45, 105-110.
Eddebbarh A., 1991. Alternative breeding programs for dairy cattle in North
Africa. In B. Ronchi, A. Nardone & J.G. Boyazoglu: Animal husbandry
in warm climates, Wageningen Pers. EAAP Publication n° 55, Wageningen,
Pays-Bas, 81 - 88.
Farrington J., Martin A.M., 1988. Farmer participatory research : a review
of concepts and recent fieldwork. Agric. Admin. & Extension.,
29, 247-264.
Flamant J.C., 1991. Problems associated with the transfer of genetic material
from temperate to warm Mediterranean regions : consequences on the equilibration
of the animal production systems. In B. Ronchi, A. Nardone & J.G. Boyazoglu:
Animal husbandry in warm climates, Wageningen Pers. EAAP Publication
n° 55, Wageningen, Pays-Bas, 48-54.
Fresco L.O., Westphal E., 1988. A hierarchical classification of farm systems.
Expl. Agric., 24, 399-419.
Gibon A., Sibbald A.R., Flamant J.C., Lhoste P., Revilla R., Rubino R., Sorensen
J.T., 1999. Livestock farming systems research in Europe and its potential
contribution for managing towards sustainability in livestock farming.
Livest. Prod. Sci., 61, 121-137.
Glick T., 1970. Irrigation and society in Medieval Valencia. Cambridge,
Mass. Cambridge University Press.
153 p.
Grigg D., 1982. The dynamics of agricultural change, the historical
experience. Hutchinson, London, 260 p.
Gryseels G., 1988. Role of livestock on mixed smallholder farms in the
Ethiopian highlands. A case study from the Baso and Worena wereda near Debre
Berhan. Ph D Thesis. Wageningen University, The Netherlands.
249 p.
Hanyani - Mlambo B.T., Sibanda S., Østergaard V., 1998. Socio-economic
aspects of smallholder dairying in Zimbabwe. Livest. Res. Rural Dev.,
10, 1-12.
Hardin G., 1968. The tragedy of commons. Science, 162, 1243-1248.
Harris M., 1988. Culture, people, nature : an introduction to general
anthropology. 5th edition. Harper and Row, New York, 678 p.
Hart R.D., 1982. An ecological systems conceptual framework for agricultural
research and development. In
W.W. Shaner, P.F. Philipps & W.R. Schmehl : Readings in farming systems
research and development. Westview special studies in agriculture /
aquaculture science and policy. Westview Press, Boulder (Colorado), 44-59.
Haubert M., 1999. Les mouvements paysans et le développement à
la base. In M. Haubert: L'avenir des paysans : les mutations des agricultures
familiales dans les pays du Sud. Editions IEDES, coll. Tiers Monde, Presses
universitaires de France, Paris. 38-67.
Hayami Y., Ruttan V.W., 1985. Agricultural development, an international
perspective. The John Hopkins University Press, Baltimore and London,
506 p.
Heitschmidt R.K., Short R.E., Grings, E.E., 1996. Ecosystems, sustainability,
and animal agriculture. J. Anim. Sci., 74, 1395-1405.
Holman F., Estrada R.D., Romero F., Villegas L., 1992. Technology adoption
and competitiveness in small milk producing farms in Costa Rica. Livest.
Res. Rural Dev., 4, 38-46.
Hopkins T.K., Wallerstein I., 1982. World-systems analysis : theory and
methodology. Exploration in the world economy, vol. 1., Sage, Beverley
Hills. 200 p.
Jasiorowski H.A., 1991. European animal husbandry : a model to adopt or reject
by developing countries ? In E. Rossier : On the eve of the 3rd millenium,
the European challenge for animal production. European Association for
Animal Production. Wageningen Pudoc, Pays-Bas, EAAP Publication n° 48,
127-141.
Jodha N.S., 1986. Common property resources and rural poor in dry regions
of India. Economic and political weekly, 21, 1169-1181.
Johnson D.T., 1985. The business of farming : a guide to farm business
management in the tropics. London and Babingstoke. Mc Millan Publishers
Ltd., 184 p.
Labé V., Palm R., 1999. Statistique, empirique, informelle : quelle
enquête pour la collecte d'informations sur les exploitations agricoles
? Cahiers Agriculture, 8, 397-404.
Landais E., 1996a. La zootechnie, art ou science ? Entre nature et
société, l'histoire exemplaire d'une discipline finalisée.
Courrier de l'Environnementde l'INRA, 27, 12-31.
Landais E., 1996b. Élevage bovin et développement durable.
Courrier de l'Environnement de l'INRA, 29, 28-42.
Landais E., 1996c. Typologie d'exploitations agricoles. Nouvelles pratiques,
nouvelles méthodes. Économie rurale, 236, 3-15.
Landais E., 1990. Sur les doctrines des vétérinaires coloniaux
français en Afrique noire. Cah. Sci. Hum., 26, 33-71.
Landais E., 1983. Analyse des systèmes d'élevage bovin
sédentaire du nord de la Côte d'Ivoire. Maisons-Alfort,
IEMVT, vol. 1 et 2., 789 p.
Landais E., Deffontaines J.P., 1988. Les pratiques des agriculteurs : points
de vue sur un courant nouveau de la recherche agronomique. Économie
Rurale, 109, 26-37.
Latour B., 1995. Le métier de chercheur : regard d'un
anthropologue. Paris, INRA Éditions. Coll. Sciences en questions,
96 p.
Ledin I., Lema A., 1996. Associations between some social, structural and
technical factors and the milk production of dairy cows. A statistical analysis
based on the Swedish milk recording system. Swedish J. Agric. Res.,
26, 19-30.
Le Grand Y., Hochet A.M., 1998. Tradition pastorale et modernisation des
systèmes de production au Sahel. L'Harmattan, Paris, 224 p.
Le Moigne J.L., 1984. La théorie du système général.
Théorie de la modélisation. PUF. Paris. 159 p.
Lhoste P., 1984. Le diagnostic sur le système d'élevage.
Cahiers de la Recherche-Développement, 3-4, 84-88.
Lhoste P., Dolle V., Rousseau J., Soltner D., 1993. Manuel de zootechnie
des régions chaudes : les systèmes d'élevage.
Éditions du CIRAD. Coll. Manuels et précis d'élevage.
Montpellier, 288 p.
Lord Ernle K., 1961. English farming, past and present. 6th edition,
Heineman, London, Melbourne, Toronto, Frank Cass & Co, London, 559 p.
Losada H., Bennett R., Cortes J., Vieyra J., Arias L., Soriano R., Avaleta
Z., 1998. The production of milk from dairy herds in the suburban conditions
of Mexico City. II. The case of the region of Xochimilco in the South-East
of the City. Livest. Res. Rural Dev., 10, 23-29.
Mc Dowell R.E., 1981. Limitations for dairy production in developing countries.
J. Anim. Sci., 64, 463-2475.
Mc Intire J., Gryseels G., 1987. Crop-livestock interactions in sub-saharan
Africa and their implications for farming systems research. Exp. Agric.,
23, 235-243.
Merrill-Sands D., 1986. Farming systems research : clarification of terms
and concepts. Exp. Agric., 22, 87-104.
Merrill-Sands D., Biggs S.D., Bingen R.J., Ewell P.T., McAllister J.L., Poats
S.V., 1991. Integrating on-farm research into national agricultural research
systems : lessons for research policy, organization and management. In R.
Tripp: Planned change in farming systems. Wiley Sayce Co-Publication,
New York, 287-316.
Metzger R., Centres J.M., Thomas L., Lambert J.C., 1995. L'approvisionnement
des villes africaines en lait et produits laitiers. Un potentiel pour
le développement rural. FAO. Division de la production et de la
santé animales, Rome, 106 p.
Meyer C., Denis J.P., 1999. (coord.). L'élevage laitier en zones
tropicales. Éditions du CIRAD. Montpellier.
314 p.
Mirham G.A., 1972. Simulation : statistical foundation and methodology.
Academic Press, New York, 526 p.
Nestel B. (ed.), 1984. Development of animal production systems. World
Anim. Sci. A2, Elsevier, Amsterdam, 435 p.
Norman D.W., 1980. Farming systems research to improve the livelihood of
small farmers. Am. J. Agric. Econ., 60, 813-818.
Odum H.T., 1971. Environment, power and society. Wiley Interscience,
New York, USA. 331 p.
Olesen I., Groen A.F., Gjerde B., 2000. Definition of animal breeding goals
for sustainable production systems. J. Anim. Sci., 78, 570-582.
Oltjen J.W., Beckett J.L., 1996. Role of ruminant livestock in sustainable
agriculture. J. Anim. Sci., 74, 1406-1409.
Ørskov E.R., 1993. Reality in rural development with emphasis on
livestock. Ed. Rowett Research Institute Ltd. Aberdeen, 88 p.
Perrot C., 1990. Typologie d'exploitations construite par agrégation
autour de pôles définis à dires d'experts. Proposition
méthodologique et premiers résultats obtenus en Haute-Marne.
INRA Prod. Anim., 3, 51-66.
Ponting C., 1991. A green history of the World. Penguin Books, London,
432 p.
Posner J.L., Gilbert E., 1991. Sustainable agriculture and farming systems
research teams in semi-arid West Africa : a fatal attraction. J. Farming
System Res. Ext., 2, 71-86.
Reinhard S., 1999. Econometric analysis of economic and environmental
efficiency of Dutch dairy farms.
Ph-D Thesis. Wageningen University, Pays-Bas, 184 p.
Renfrew C., 1994. World linguistic diversity. Scientific American,
145, 104-110.
Roeleveld A.C.W., Van Den Broek, A., 1999. Les systèmes d'élevage
: orienter la recherche. Institut Royal des Tropiques, Amsterdam, 165
p.
Ruthenberg H., 1980. Farming systems in the tropics. Third edition.
Clarendon Press, Oxford, UK, 424 p.
Sargeant J.M., Leslie K.E., Shoukri M.M., Martin S.W., Lissemore K.D., 1999.
Trends in milk component production in dairy herds in Ontario. Can J.
Anim. Sci., 78, 413-420.
Schiere J.B., 1995. Cattle, straw and system control. Ph-D Thesis.
Wageningen University, Pays-Bas, 216 p.
Schiere J.B., De Wit C.T., 1993. Feeding standards and feeding systems.
Anim. Feed Sci. Technol., 43, 121-134.
Shaner W.W., Philipps P.F., Schmehl W.R., 1982. Readings in farming systems
research and development. Westview special studies in agriculture /
aquaculture science and policy. Westview Press, Boulder (Colorado), 414 p.
Sebillotte M., 1996. Les mondes de l'agriculture. Une recherche pour demain.
Paris, INRA Éditions, coll. Sciences en questions, 258 p.
Simmonds N.W., 1986. A short review of farming systems research in the tropics.
Exp. Agric., 22, 1-13.
Spedding C.R.W., 1988. An introduction to agricultural systems. 2nd
edition, Elsevier Applied Science, London, 189 p.
Sraïri M.T., Medkouri H., 1998. Production et écoulement du lait
en région d'agriculture pluviale au Maroc. Tropicultura
(Bruxelles), 16/17(4), 321-326.
Sraïri M.T., Baqasse M., 2000. Devenir et performances de génisses
pie noires frisonnes importées au Maroc. Livest. Res. Rural Dev.,
12, 3. http://www.cipav.org.co./llrd/llrd12/3/sra123 htm
Syrstad O., 1989. Dairy cattle cross-breeding in the tropics : performance
of secondary cross-bred populations. Livest. Prod. Sci., 23, 97-106.
Tripp R., 1991. The farming systems research movement and on-farm research.
In Tripp R. (ed.) Planned change in farming systems. Wiley-Sayce
Co-Publication, New York, 3-16.
Vavra M., 1996. Sustainability of animal production systems : an ecological
perspective. J. Anim. Sci., 74, 1418-1423.
Vissac B., 1995. Productions animales et systèmes agraires. L'exemple
des bovins laitiers. INRA Prod. Anim., 7, 97-113.
White K.D., 1970. Roman farming. Thames and Hudson, London, 536 p.
Williamson G., Payne W.J.A., 1965. An introduction to animal husbandry
in the tropics. 2nd Edition, Tropical Agriculture Series, Longman. 447
p.
Zwart D., De Jong R., 1996. Animal health and dairy production in developing
countries. In A. Brand, J.P.T.M. Noordhuizen &Y.H. Schukken: Herd
health management in dairy practice. Wageningen Pers, Pays-Bas,
511-543.
[R]