Valeur écologique d'un verger de l'Atlas
(Maroc)
selon l'évaluation de son indice
lépidoptérologique
par Michel R. Tarrier

Apartado 15553, 29080 Málaga, Espagne
tarrier@ctv.es
Le verger : situation, historique et
caractéristiques
Façon culturale et traitements phytosanitaires des
arbres fruitiers
Végétation adventice, sites mitoyens,
biocénose
Évaluation des Rhopalocères
(bio-indication)
Enseignement
Depuis 1992, nous avons parcouru le Maroc avec l'il et la motivation
de l'entomologiste (1). Mais il nous a
toujours semblé indispensable de porter aussi sur le monde autour
de nous le regard du naturaliste. Et, au fil des années, ceci est
devenu de plus en plus essentiel. Car la faune et la flore, le sol et le
climat témoignent pour l'insecte comme celui-ci témoigne si
souvent pour eux. Il eut été dommage que dans les mailles fines
d'un filet tenu depuis quinze ans entre Pyrénées et Sahara,
ne soient retenus simplement que des insectes, des inventaires, des
localités, des préoccupations de nomenclature, ou de morphologie,
sans qu'une ou des leçons plus générales en soient
tirées. Montrer l'entomologie comme une clé pour l'histoire
naturelle dans un pays comme le Maroc, dont la richesse géographique,
climatique, est doublée d'une richesse humaine et culturelle toute
aussi grande, c'est forcément évoquer également une
histoire humaine qui ici est encore souvent partie intégrante de cette
histoire naturelle. Entre une exclusion réciproque des activités
humaines contemporaines et de la nature (ou ce qu'il en reste), l'alternative
semble trop souvent, dans nos pays, ne résider désormais que
dans des décisions politiques. Politique écologique certes,
mais qui repose plus sur des directives et des mesures de protection,
interdictions contre un impact jugé négatif de ces activités
humaines que sur des exemples et gestions de ces mêmes activités
pour un impact qui serait cette fois jugé positif.
Il nous a donc semblé, pour ces raisons, important de faire
connaître un cas de coexistence harmonieuse entre l'homme et quelques
espèces de Lépidoptères sensibles, dans le cadre d'une
exploitation agricole marocaine dont les objectifs sont ceux de la
rentabilité et qui ne s'annonce pas comme foncièrement " biologique
" ou " alternative ". On pourra objecter qu'une telle association se teinte
d'une sorte de commensalisme. Mais les capacités de l'espèce
humaine à modeler son environnement sont désormais telles que,
de plus en plus, n'est laissée à la faune - dont l'entomofaune
- et à la flore qu'une position de commensal ou, pire, de parasite.
On pourra objecter encore qu'une telle exploitation, parce qu'agricole et
parce que située au Maroc, n'a qu'une valeur d'exemple limitée.
Il faudra alors remarquer que, du point de vue de l'entomofaune, donc des
papillons concernés, la valeur est grande. Et que, globalement,
l'entomofaune marocaine est une des plus riches de la Méditerranée.
Qu'au Maroc encore, de tels exemples de Lépidoptères
sténoèces (2) dont l'essor
est lié à des habitats anthropisés sont connus, le cas
le plus emblématique étant sans doute celui de Zerynthia
rumina tarrieri des oasis du Sud-Ouest marocain (Binagot et Lartigue,
1998). Et qu'enfin, dans nos pays du Nord de la Méditerranée,
l'agriculture, si elle ne représente plus qu'une faible part de la
richesse et de l'emploi, pourrait bien être " sous diverses formes
" une solution réaliste à la gestion de nos paysages, face
à la déprise actuelle, aux jachères et à la fermeture
de tant d'espaces ouverts par l'envahissement d'une végétation
que rien ne vient plus maîtriser. " Sous quelles formes ", là
est finalement le sujet de ce travail, dans lequel nous ne voulons pas
céder à la tentation d'un jugement (et pourtant !), mais seulement
présenter des faits.
Notre cartographie des Rhopalocères Papilionoidea du Maroc
(Tarrier, 2000a), fruit de plus de 1 000 jours de terrain, nous permet de
constater dans ce pays une remarquable diversité. La richesse aujourd'hui
de cette biodiversité, de ce patrimoine naturel nous surprend, mais
c'est qu'il nous manque une comparaison avec des recherches et travaux
biogéographiques antérieurs. En effet, il faut déplorer
l'absence de toutes recherches et publications depuis la fin du protectorat,
à la notable exception de celles de J. Tennent, (mais son travail
est contemporain du nôtre, qu'il recoupe). De plus, les recherches
pionnières d'avant et de pendant le protectorat étaient
limitées par les possibilités de déplacement, les routes
ou chemins, mais aussi les risques de pénétrer dans certaines
régions plus ou moins " pacifiées ". La lecture des premiers
travaux de L. Emberger, et des études botaniques faites " dans la
foulée " des troupes est édifiante. Si la diversité
constatée aujourd'hui est encore si grande, c'est qu'elle l'était
sans doute bien plus autrefois et ceci sur des territoires biens plus
étendus. Car la densité humaine et, par voie de conséquence,
animale est partout une menace (4 millions d'habitants au début du
siècle, une trentaine aujourd'hui - dont la moitié de moins
de 21 ans - et plus de 20 millions d'ovins et de caprins, 800 000 ânes,
80 000 dromadaires, etc.) (Tarrier, 1995c).
Aussi, en septembre 1997, dans un verger situé en piémont nord
du Djebel Ayachi (Haut Atlas oriental, région de Midelt), fumes-nous
étonnés de constater la forte fréquence de
Lépidoptères sensibles, tels Berberia abdelkader à
l'orée, ou Gegenes nostrodamus dans les allées sèches,
éléments devenus incompatibles dans les zones cultivées
perturbées par l'agro-chimie, comme ça aurait dû être
le cas de cet espace. Voir évoluer dans une unité d'arboriculture,
ou même en sa lisière immédiate, la plupart des espèces
propres aux " nobles " niches du proche Djebel Ayachi (Tarrier, 1997a) est
une situation qui nous est apparue comme intéressante à souligner
et à analyser. D'autres témoignages similaires ont déjà
été rapportés pour le Maghreb occidental (Tarrier, 1995b,
p. 104 ; Tarrier, 1995c, p. 154 ; Tarrier, 1998a, p. 212), alors que des
constatations inverses ont été clairement formulées
pour le Sud-Ouest européen par nous-mêmes (Tarrier, 1992a, 1992b,
1993, 1995a) et, pour bien d'autres régions, par tant d'autres auteurs.

Le verger au loim avec, en fond, le djebel Ayachi sous son
manteau nival
[R] Le verger : situation, historique et caractéristiques
Ce verger représente l'essentiel d'une propriété agricole
située dans le finage de la commune d'Aït-Oumghar (ou
Aït-Orrhar sur la carte Michelin), village berbère sur les rives
de l'Oued Ansegmir, localité qui se trouve un peu au nord-ouest de
la ville de Midelt. D'une superficie de 100 ha, cette surface est essentiellement
vouée au pommier (25 000 pieds), avec, en complément, la plupart
des autres arbres fruitiers tolérés par le sol et le climat
(poirier, prunier, abricotier, pécher, cerisier, cognassier, noyer),
ces derniers seulement à usage vivrier et familial. La production
optimale annuelle est de l'ordre de 1 000 tonnes de pommes. Elle est
menacée ou condamnée quand surviennent ravageurs, maladies,
mais surtout intempéries (gelées tardives, vent violent quasi
quotidien faisant choir les jeunes fruits, orages de grêle, et notamment
sécheresse, etc.), car les éventuels moyens préventifs
sont ici très précaires et, d'ailleurs, d'une utilité
contestée. La production fruitière est complétée
par quelques parcelles céréalières variées, un
potager et une unité de ruches. Un modeste troupeau d'ovins parcourt
le site et les alentours, quelques bovins restent en pacage sur place.
Cette région, dont l'altitude moyenne est de 1 5 00 m, se situe dans
l'écotone (3) entre le Moyen Atlas
central (2 150 m au col du Zad) qui retient la quasi totalité des
pluies apportées par les vents d'ouest, et le Haut Atlas nord-oriental,
que dominent localement les sommets de l'Ayachi (3 750 m) et du Masker (3
277 m). Elle constitue le bassin de la Haute-Moulouya, ouvert au nord-est.
Cette orientation et la situation entre deux arcs montagneux distants de
50 km font qu'il s'agit d'un bioclimat sévère de l'étage
semi-aride continental, caractérisé par les steppes d'alfa
(Stipa tenacissima). Les étés sont secs et très
chauds, (35°C et plus), et les hivers frais ou froids, avec de rares
précipitations surtout hivernales, sauf orages orographiques
d'été. Il y a moins de 40 jours annuels de pluie, pour une
hauteur inférieure à 350 mm (exactement 226 mm à Midelt,
où le quotient d'Emberger (4) est
de 22,6). Le franchissement de l'arête montagneuse proche de l'Ayachi,
permet aussitôt le contact avec les éléments d'une faune
afro-érémienne et trace la limite d'exclusion de bien des
éléments paléarctiques aux portes d'un climat
déjà saharien (Tarrier, 1995b et 1996) (5).
Du fait des possibilités d'irrigation permanente
liées au " château d'eau " de l'Atlas mitoyen, ces conditions
climatiques, pourtant inhospitalières en apparence, ont été
jugées favorables à cette arboriculture du pommier durant les
années du protectorat français.
Le sol, ici argilo-calcaire, repose sur une nappe située à
une profondeur de 50-70 m. Une irrigation autonome se fait par des puits,
et le risque d'un abaissement ou assèchement de la nappe phréatique
en été est pallié par l'apport du réseau des
séguias (6) communales
ceinturant le domaine. En période critique, un plan d'utilisation
de cette irrigation collective est ordonné. Ce type de verger est,
en été, très remarquable car il représente une
forte tache de verdure dans le morne univers d'un paysage dénudé,
au sol assez squelettique de type brun lessivé. Non présente
ici, l'irrigation au goutte à goutte est conseillée et très
utilisée au Maroc. Mais on doit se demander si un tel procédé
d'arrosage, qui permet une économie très sensible de l'eau,
n'aurait pas aussi pour conséquence, ici, une " économie "
pareillement très sensible de la biodiversité, qui dépend
absolument d'un environnement artificiellement humide du fait justement de
cette abondance de l'eau...

Abondance de coprophages
"au travail" sur des crotins de mulet
[R] Façon culturale et traitements phytosanitaires des arbres fruitiers
La gestion est ici particulièrement non agressive, tant pour des motifs
financiers liés au coût des produits que pour les tendances
(mais non des convictions avouées !) du responsable. Son attitude
d'autosuffisance minimum, proche de l'autarcie, son recours au recyclage
et son choix radical de l'énergie solaire (toute la propriété
est alimentée par une centrale photovoltaïque) sont d'autres
témoignages de cette option. Si aucune lutte biologique (apport
d'auxiliaires parasites ou agents pathogènes) n'est de toute façon
disponible localement, les structures de cette exploitation, notamment ses
diverses niches d'hibernation possibles, se prêteraient parfaitement
à plusieurs types d'introductions, notamment celle de colonies de
Coccinelles, prédateurs des Pucerons.
Un labour a lieu chaque année en décembre, suivi d'un
émottage. L'unique engin mécanique dérangeant pour la
faune est en fait sous-utilisé. L'émondage et le binage occupent
la majeure partie de l'hiver. L'unique fauche est très grossière
et tardive (juin-juillet), laissant ainsi à la majorité des
espèces d'insectes présentes la possibilité d'accomplir
leur cycle complet, stades larvaire et imaginal, reproduction et ponte. Le
regain de la strate herbacée de fin d'été sera enterré
lors du labour hivernal. Aucun herbicide n'est utilisé. Aucun
écobuage n'aurait été pratiqué. Labour et fauche
ne sont pas systématiques ; d'importantes parcelles sont laissées
en herbe au pied des arbres, sur toute la périphérie du
pré-verger, en bermes des allées, en rives des seguias. Les
débordements récurrents des canaux d'irrigation, lors des fortes
précipitations orageuses, procurent un apport d'épandage à
base de litière organique très appréciable. Le produit
des tailles, les arbres morts, sont entreposés à long terme
à l'extérieur, dans des surfaces inexploitées. Des centaines
de kilogrammes de fruits tombés pourrissent sur place, abandonnés
au sol. Le terrain reste très irrégulier, peu épierré,
ne recevant qu'un émottage superficiel, un minimum d'essartage et
sans râtelage. Le sol n'apparaît donc pas comme aplani et "
scalpé " sans discernement, au détriment de ses valeurs physique,
chimique et biologique. Quelle aubaine pour le naturaliste ! La terre n'est
amendée que tous les deux ans et très parcimonieusement, avec
un apport de potasse, d'acide phosphorique et d'azote (les engrais azotés
sont fort néfastes aux papillons), ainsi que de chélate de
fer et de magnésium en compensation de la nature trop calcaire du
sol. La chlorose ferrique (carence en fer) est un risque local potentiel
et la photosynthèse des arbres atteints s'en trouve alors perturbée
jusqu'au dépérissement. Il n'y a pas d'épandage de lisier,
ce qui se ferait au détriment de la mésofaune
(7). Est seulement employé le peu de fumier
d'étable disponible. Quant aux traitements des arbres ci-après
énumérés, ils ne sont qu'exceptionnellement préventifs
et plus généralement pratiqués en cas d'alerte, toujours
à des doses inférieures à celles prescrites par le
fournisseur. Nous les décrivons selon les principaux stades
phénologiques et tels qu'ils nous ont été livrés,
en donnant de façon très synthétique les maladies ou
ravageurs concernés, et les produits utilisés (tab. I,
ci-dessous).
Ces produits phytosanitaires à faibles doses, et peut-être ici
en-deçà de leurs seuils de dangerosité (?), sont
censément décomposables chimiquement ou lessivés avec
les eaux d'infiltration (irrigation, précipitations). Comme chaque
pesticide possède son comportement, des recherches orientées
pourraient seules définir la quantité résiduelle tant
dans les cultures que dans les espèces botaniques adventives, les
effets objectifs sur le monde vivant du sol, ainsi que sur sa fertilité,
la quantité infiltrée dans la nappe ensuite exploitée
pour l'arrosage autonome, etc., et tout ce que les tests en laboratoires
des fabricants (certes partiaux, mais seuls interlocuteurs des agriculteurs...)
ne disent pas. En fait, l'abondance et la variété des
Rhopalocères présents, témoigne qu'à tous les
stades concernés, de la larve à l'imago, il n'y a actuellement
pas contradiction entre les moyens mis en uvre et la biodiversité.

Sorties de galeries de
Lombriciens
agents essentiels de l'humidification
Hiver : repos végétatif
Maladies cryptogamiques : Tavelure (Venturia inaequatis),
Moniliose (Monilia sp.), Cloque, Chancre ; ainsi que pontes et nymphes
d'insectes.
Traitement au Cobox : fongicide cuprique à base d'oxychlorure de cuivre
(50% de cuivre), à large spectre, en pulvérisation sur les
troncs. Le produit est donné comme non toxique et même " inoffensif
pour les abeilles ". C'est une bouillie obtenue à partir d'une poudre
mouillable. Doses : 0,4 kg/hl ; moins de 10 kg/ha.
Printemps : débourrement (mars)
Aucun traitement signalé.
Printemps : début floraison
(avril)
- Maladies cryptogamiques (rappel si nécessaire)
Tavelure du Pommier, Moniliose, Oïdium du Pommier (Podosphaera
leucotricha). Rappel au Cobox. Traitement supplémentaire au Bavistin
(carbendazim) : fongicide systémique à action préventive
et curative (2-(méthoxy-carbamoyl)- benzimidazole à 50%). Doses
: 50 g/hl ; 0,5 kg/ha. Ou (alternatif) recours au Pallinal, qui est un
mélange de deux fongicides : le métirame et le nitrothal isopropyle
(développé contre l'Odïum), poudres mouillables. Doses
: 0,4 kg/hl ; moins de 5 kg/ha.
b) Acariens
Traitement à l'Alfacid : acaricide associant le cyhexatin (400 g/l)
au tétradifon (200 g/l). Ou au Talstar : insecticide-acaricide appartenant
au groupe des pyréthrinoides à large spectre. Doses : 50 à
65 cm3/hl ; application sur la végétation et seulement en cas
d'indices.
Printemps : floraison et nouaison
(avril-mai)
Lépidoptères : surtout chrysalides du Carpocapse
(Cydia pomonella) et de l'Hyponomeute du pommier (Yponomeuta
malinellus) ; Homoptères : Pucerons comme le Puceron vert non
migrant du pommier (Aphis pomi) ou le Puceron lanigère
(Eriosoma lanigerum), très redouté car il occasionne
à l'arbre des excroissances noueuses et surfaces croûteuses
; Cochenilles comme Quadraspidiotus piri ; Insectes cécidogènes
(provoquant des galles) ; Diptères ; Acariens, tel l'Acarien rouge
des pomacées (Metatetranychus ulmi).
Traitement au Perfekthion (matière active : diméthoate) : il
s'agit d'un insecticide organo-phosphoré à action systémique
donnée de longue durée, notamment à l'encontre des insectes
piqueurs-suceurs. Indiqué comme " non dangereux pour les mammifères
et les oiseaux "... Doses : 100 cm3/hl ; 1 l/ha.
Eté : fruits (juillet)
Indices d'autres stades (imagos, larves) de Tortricidés et
d'Yponomeutidés.
Recours au Perfekthion (voir ci-avant).
Aucun type d'intervention n'aurait été jugée
nécessaire durant la maturité des fruits ou après
récolte (conservation).

Berberia abdelkader
in copula
Espèce très sensible et emblématique de la
région.
Son introduction dans cet espace a priori non favorable est dû au
fourvoiement de sa Graminée-hôte, Stipa tenacissima. Seules
les femelles viennent y pondre durant l'été torride, les
mâles s'exilant dès leur naissance vers les plus proches
collines.
[R] Végétation adventice, sites mitoyens, biocénose
Les principales allées d'accès, tout comme
l'intégralité du périmètre de cette
propriété, sont plantés de vieux arbres en rideau :
Pinacées, Cupressacées, Salicacées (dont de beaux sujets
de peupliers) et Tamarix africana. C'est une frondaison efficace contre
les vents très fréquents et un écran contre l'insolation
estivale. Ainsi se crée, au fil de la seguia ceignant le domaine,
l'équivalent d'une ripisilve. Une haie vive permanente fait office
de clôture de dissuasion. à ces halliers, s'associent aux places
les plus humides, des peuplements de roseaux, de joncs, et les osiers. Certains
espaces, notamment en angles, sont délaissés et reçoivent
alors une erme (8) assez stratifiée,
ponctuée tant par le genêt à balai que la ronce, l'ajonc
(parcelles siliceuses) et autre ligneux. L'essentiel de la friche est recouvert
de multiples espèces de Graminées formant dès
l'été un généreux brométum
(9), de Crucifères, de Légumineuses multiples,
de Composées (plusieurs Carduacées, Scabieuse, etc.). La luzerne,
qui est très utilisée dans cette région pour l'assolement,
s'est répandue çà et là et représente
un excellent support pour tout un " plancton aérien " et un attrait
trophique pour bien des insectes butineurs. L'ensemble, très
florifère, est ainsi très riche en pollinisateurs, notamment
la plupart des imagos de Lépidoptères. Quelques jachères
d'anciennes cultures céréalières ou potagères
sont investies en fin d'hiver par une végétation à base
de thérophytes (10)
pionnières.
Cette manifestation botanique spontanée côtoie ainsi une
communauté cultivée, dans un paysage steppique, sans
mitoyenneté immédiate avec d'autres espaces anthropisés
ou culturaux. L'ensemble apparaît donc comme un îlot
végétal privilégié et attractif pour la flore
et la faune environnante, un espace électif tant pour l'hibernation
que pour l'estivation, un refuge sciaphile
(11) lors des plus fortes périodes d'insolation.
Les alentours, collines discrètes au sol lapilleux
(12), sont structurés par le sparte (Alfa
tenacissima) qui est la plante prééminente d'un paysage
monotone. L'armoise blanche (Artemisia herba-alba) s'y manifeste en
alternance, ainsi qu'Erinacea anthyllis au port en coussin. L'alfa
qui s'est introduit fortuitement dans le pré-verger s'est
développée en hautes et puissantes touffes luxuriantes. En
orée, quelques pans très exposés et de modestes surfaces
sont investis par des planches d'Astagalus armatus, mêlé
de liseron du désert (Convolvulus trabutianus). Après
une pluie d'orage ou par forte nébulosité, l'air ambiant qui
règne dans cette petite " jungle " irriguée est lourd et très
humide, les lisières chaudes sont le cadre d'une dense activité,
car l'effet d'appel est grand au milieu d'un paysage environnant où
l'action d'une intense évaporation peut faire descendre le taux
hygrométrique au-dessous de 15%.
Lieu privilégié encore pour les Lombriciens dont l'abondance
est trahie par d'innombrables sorties de galeries. Les vers de terre sont
les aérateurs responsables de la structure grumeleuse par la "
construction vivante " du sol, et agents essentiels d'humification (l'humus
est à la base de l'alimentation de l'édaphon
(13)). De même, les Gastéropodes (surtout
Helix sp.), autres consommateurs primaires, se développent
en très grand nombre. Les Reptiles ne sont pas en reste et nous avons
pu recenser : Testudo graeca, Mauremys leprosa, Tarentola mauritanica,
Chamaeleo chamaeleon, Agama bibronii, plusieurs lézards et
Acanthodactyles ; nous n'avons pas noté de Seps, ni Eumeces
algeriensis, mais le Trogonophis jaune est présent ; au
moins quatre espèces de couleuvres fréquentent le site ou
l'approchent épisodiquement : Coronella girondica, Macroprotodon
cucullatus, Natrix maura et Malpolon monspessulanus (Psammophis schokari
est observable non loin), ainsi que la Vipère de Mauritanie (plusieurs
exemplaires). Quelques Batraciens comme Bufo mauritanicus, B. viridis,
Hyla meridionalis, Rana saharica ont été reconnus.
L'avifaune est essentiellement illustrée aux proches alentours par
les oiseaux de la Steppe (dont la Perdrix gambra, des Gangas, le Courvite
Isabelle, des Traquets, le Sirli, l'Alouette bilophe, le Cochevis huppé,
etc.). Dans le verger, outre de très nombreux passereaux (Moineaux,
Pinsons, Bruants, Rubiettes, Fauvettes, Rossignols, Serins, Chardonnerets,
Gobe-mouche gris, Mésanges, Bergeronnette des ruisseaux, etc.), on
rencontre le Rollier d'Europe, la Huppe, le Pic-épeiche, le Guêpier,
la Tourterelle des bois, le Merle noir, et parfois le passage d'une bande
de Pigeons bizet. La Cigogne blanche, très répandue dans toute
cette région, ne niche pas sur la ferme, censément pour des
raisons stratégiques (manque de hauteur de l'édifice). La Chouette
effraie fréquente les granges et le Petit Duc scops est résident
des grands arbres. Les Buses sont des visiteuses quotidiennes et le survol
de bien d'autres rapaces diurnes nichant dans les proches reliefs est
régulièrement aperçu. Gerbille, Gerboise, Mérion
et Psammomys sont les rongeurs spécialisés de la steppe
environnante et du pré-verger. Les Cheiroptères sont légion.
Le Hérisson du désert (Aethechinus algirus) est de rencontre
facile dans ce véritable " bocage du sud ". Araignées, Solifuge
(la si spectaculaire Galéode), Scorpions (deux espèces) et
Myriapodes foisonnent. Hormis les Rhopalocères objets de notre
étude, l'entomofaune est illustrée par une grande diversité
d'arthropodes épigéniques
(14). Les Coléoptères semblent les plus
dynamiques, notamment les coprophages (parcours d'ovins et pacage de bovins),
quelques saproxyliques (occurrence du bois mort) et les détriphages
(surtout Ténébrionidés), une densité fournie
de floricoles printaniers, ainsi que quelques Carabiques (Graphopterus
serrator abonde) dont le maintien est favorisé par les nombreuses
pierres et souches éparses délaissées. Plusieurs
espèces d'Odonates (développement dans les puits et les seguias),
une diversité d'Hyménoptères, ainsi que
d'Hémiptères et d'Orthoptères spécialisés
(y compris l'inévitable Eugaster guyoni), certains probablement
endémiques au plateau de l'Arid ou à l'Atlas méridional,
peuplent aussi ce havre d'abondance.

Iphiclides feisthamelii
[R] Évaluation des Rhopalocères (bio-indication)
Les Rhopalocères inventoriés dans le verger sont
présentés dans le tableau II, ci-dessous, où sont
indiqués, en face du nom d'espèce, un indice de sensibilité
et un indicateur de fréquence en regard d'indications sur les ressources
qu'ils exploitent dans ce biotope (voir explications en fin de tableau).
Les observations et prélèvements proviennent des mois d'août
et septembre 1997, puis de mars à août 1998.
Pour ce qui est du premier critère, un astérisque signale les
espèces sensibles et incompatibles avec les méthodes agricoles
agressives (traitements intensifs, perturbations diverses) et deux
astérisques marquent les espèces sténoèces,
très fragiles, disparaissant des milieux subissant la moindre pression
ou nuisance ; ces dernières sont des bio-indicatrices emblématiques
de la valeur d'un milieu. La plupart des autres espèces sont des
ubiquistes ou migrateurs cosmopolites à large valence, éclectiques
et capables de reconquêtes, parfois même marqueurs d'une tendance
inverse vers des états de dégradation. La fréquence
est notée 1 (exemplaire isolé), 10 (au moins
dix spécimens vus au fil de quelques heures d'observation en conditions
favorables) ou 100 (populations denses).
Iphiclides feisthamelii
Tableau II. Inventaire des Lépidoptères
| Espèce | F | I E-E | Ph | SD | Plantes-hôtes | S |
| Papilionidae Papilioninae | ||||||
| Iphiclides feisthamelii Duponchel, 1832 (*) |
10 |
Atlanto-méditerranéen ub-ru-an-te |
(IV-V) (VII-VIII)(IX) |
r- |
polyphage sur Rosaceae : divers Prunus, Pyrus communis
et Crataegus oxyacantha, Malus domestica |
LR |
| Papilio machaon mauretanica Verity, 1905 (*) |
10 |
Holarctique ub-ru-an-te |
(IV-V)(VI- VII)(IX-X) |
- |
Apiacées et Rutacées
variées |
LR |
| Pieridae Pierinae | ||||||
| Pieris rapae mauretanica Verity, 1908 |
100 |
Eurasiatique ub-ru |
plurivoltin |
- |
Brassicaceae, mais aussi Tropaeolum majus,
des Resedaceae, Caparis sp. et Atriplex sp |
.LR |
| Pieris brassicae
brassicae Linné, 1758 |
10 |
Eurasiatique ub-ru |
(IV-V)(VIII -IX)(XI-XII) |
- |
Brassicacées cultivés et sylvestres,
Capparidacées et Tropaeolum majus |
LR |
| Pontia daplidice
nitida Verity, 1908 |
100 |
Eurasiatique ub-mi-er |
plurivoltin |
- |
Resedacées et Brassicacées
|
LR |
| Colotis evagore nouna Lucas, 1849 |
1 |
Afro-érémien mi-ru-xe-er |
plurivoltin |
r |
Capparis spinosa, C. droserifolia
|
LR |
| Euchloe crameri melanochloros Röber, 1907 | 100 |
Atlanto-méditerranéen ub-ru-an-te |
(III-IV)(V -VI) |
- |
un large spectre de Crucifères des genres Isatis,
Biscutella, Sinapis, Bunias, Iberis, Moricandia (Brassicacea) |
LR |
| .Euchloe belemia
desertorum Turati, 1905 (*) |
10 |
Atlanto-méditerranéen st-ru-er-an-te |
(III-IV)(IV -V) |
r |
surtout Biscutella didyma et Diplotaxis
tennuisiliqua, mais aussi d'autres Crucifères (Brassicaceae) |
LR |
| Euchloe charlonia charlonia Donzel, 1842 (*) |
10 |
Afro-érémien ub-mi-ru-er-an-te |
(III)(IV)(V) |
r |
espèce éclectique sur Moricandia
arvensis, Cleome arabica, Reseda villosa, Succowia
balaerica, Eruca vesicaria, Diplotaxis pendula (Brassicaceae), Eryngium tenue (Apiaceae). |
LR |
| Pieridae Coliadinae | ||||||
| Colias croceus croceus Geoffroy, 1785 |
100 |
Holoméditerranéen ub-mi-ru-me |
plurivoltin. |
- |
très éclectique sur de nombreux genres et
espèces de Fabaceae, pour le Maroc surtout Medicago, Trifolium, Lotus, Coronilla, Hippocrepis, Astragalus, Vicia, Colutea, Acanthyllis et Anthyllis. |
LR |
| Lycaenidae Teclinae | ||||||
| Tomares mauretanicus antonius Brévignon, 1985 (**) |
10 |
Endémique nord-africain st-xe-te |
(II-V) |
- |
Hippocrepis multisiliquosa, Hedysarum pallidum et Astragalus sp. (Fabaceae) |
LR |
| Callophrys rubi fervida Staudinger, 1901 (*) |
10 |
Eurasiatique st-xe-te |
(III-V) |
- |
Diverses Cistacées et Fabacées de terrains
pauvres |
LR |
| Lycaenidae Lycaninae | ||||||
| Lycaena phlaeas phlaeas Linné, 1761 |
100 |
Eurasiatique ub-ru-te |
(III-IV)(VI -VII)(?) |
- |
tributaire de nombreuses espèces
de Rumex (Polygonaceae) |
LR |
| Lycaenidae Polyommatinae | ||||||
| Lampides boeticus Linné, 1767 |
10 |
Subcosmopolite ub-mi-ru-an-te |
plurivoltin |
r |
large spectre trophique du domaine des Légumineuses
dont la larve est endophyte des semences. |
LR |
| Syntarucus pirithous Linné, 1767 |
100 |
Subtropical ub-ru |
plurivoltin |
r |
éclectique et notamment sur les Fabaceae (Medicago
sativa, Trifolium alexandrium, Arachis hypogaea, Dorycnium sp., Genista sp., Onobrychis sp., etc.) |
LR |
| Zizeeria knysna knysna Trimen, 1862 |
100 |
Subtropical .ru-me |
(III-IV)(V -VI)(IX-X) |
r |
tributaire de quelques Fabaceae (comme Medicago sativa
et tribuloides, Melilotus messanensis et Acanthyllis sp.), ainsi que de Polygonum equisetiforme (Polygonaceae) et Tribulus terrestris (Zygophyllaceae) |
LR5 |
| .Celastrina argiolus
mauretanica Rothschild, 1925 |
1 |
Eurasiatique .sy-te |
(IV-V) (VIII-X) |
- |
les plantes nourricières de cette espèce
se rencontrent dans de nombreuses familles botaniques. Pour l'Atlas, citons comme électives : la Ronce et d'autres Rosacées, le Nerprun, le Lierre et l'Arbousier. |
LR |
| Pseudophilotes abencerragus abencerragus Pierret, 1837 (**) |
10 |
Atlanto-méditerranéen st-xe |
(III-IV). |
- |
Thymus sp. et Salvia taraxacifolia (Lamiaceae),
Medicago sp. (Fabaceae). |
LR 5 |
| Plebejus martini ungemachi Rothschild, 1926 (**) |
10 |
Endémique nord-africain st-xe-mo |
(V-VI) |
r |
oligophage sur Astragalus incanus incurvus
et A. armatus. Chenilles en symbiose avec Crematogaster sp. |
VU 5 |
| Aricia agestis cramera Eschscholtz, 1821 (*) |
10 |
Eurasiatique me |
(III-IV)(VI -VIII) |
- |
Erodium sp. et Geranium sp. (Geraniaceae).,
aussi certains Hélianthèmes (Cistaceaea) . Larves soignées par les Fourmis du genre Lasius. |
LR |
| Polyommatus icarus celina Austaut,1879 |
100 |
Eurasiatique ub-ru |
plurivoltin |
- |
les plantes-hôtes sont toutes des Fabacées
(Trifolium, Oxytropus, Astragalus, Genista, Lotus, Medicago, etc.). |
LR |
| Polyommatus punctifera Oberthür, 1876 (**) |
10 |
Endémique nord -africain st-xe |
(III-V)(VII -IX) |
Hippocrepis scabra et Onobrychis sp.
(Fabaceae). Espèce myrmécophile. |
LR |
|
| Nymphalidae Nymphalinae | ||||||
| Issoria lathonia Linné, 1758 |
1 |
Eurasiatique ub-mi |
(III-IV)(?) |
- |
inféodé aux Viola sp. relevant du
groupe des Pensées, plantes absentes du verger dont ce Papillon très instable n'est qu'un visiteur. |
LR |
| Nymphalis polychloros erythromelas Austaut, 1885 |
1 |
Eurasiatique sy |
(VI-III) |
r |
Ulmus campestris (Ulmaceae), Salix pedicellata
et Populus nigra (Salicaceae), Sorbus, Pyrus, Malus domestica, Crataegus divers (Rosaceae) . Les jeunes chenilles sont grégaires. |
LR |
| Vanessa atalanta Linné, 1758 |
10 |
Eurasiatique ub-mi-ru-sc-te |
(III-IV)(VII-?) |
- |
Urtica membranacea, U. pilulifera, U. urens,
Parietaria officinalis (Urticaceae) |
. LR |
| Cynthia cardui Linné, 1758 |
10 |
Subcosmopolite mi |
plurivoltin |
r |
large éclectisme trophique selon les régions
et les recours saisonniers dans les familles Fabaceae, Curcubitaceae, Asteraceae, Vitaceae, Malvaceae, Brassiceae Boraginaceae |
LR |
| Polygonia c-album imperfecta Blachier, 1908 (*) |
1 |
Eurasiatique st-hy-sc-te |
(V-VI)(VII -III) |
- |
oligophage au Maroc sur Ribes grossularia
et R. uva-crispa (Grossulariaceae). |
LR |
| Didymaeformia didyma interposita Rothschild, 1913 (*) |
10 |
Ponto-méditerranéen st-xe-er-te |
(IV-V)(V -VI) |
r |
au Maroc, sur des espèces de Linaria, Scrophularia,
Antirrhinum (Scrophulariaceae) ; accepte probablement aussi des Plantago (Plantaginaceae). |
LR |
| Cinclidia phoebe punica Oberthür, 1876 (*) |
1 |
Eurasiatique st-ru-xe-te |
(IV-V)(VI -VII) |
r |
espèces variées de Centaurées, aussi
donné sur Leuzea acaule (Asteraceae). |
LR |
| Nymphalidae Satyrinae | ||||||
| Pararge aegeria aegeria Linné, 1758 |
10 |
Eurasiatique st-ru-me/hy-te |
plurivoltin |
- |
divers Poaceae |
LR |
| Lasiommata megera vividissima Verity, 1923 |
10 |
Holoméditerranéen ru-xe-an-te |
plurivoltin |
- |
Poaceae |
LR |
| Hyponephele lupina mauritanica Oberthür, 1881 (**) |
1 |
Holoméditerranéen st-xe |
(V-VI) |
- |
Graminées Poaceae |
LR |
| Pyronia bathseba bathseba Fabricius, 1793 (**) |
10 |
Atlanto-méditerranéen st-xe-sc |
(V-VII) |
- |
Brachypodium sp. (Poaceae). |
LR |
| Melanargia lucasi meadewaldoi Rothschild, 1917 (*) |
10 |
Endémique nord-africain (distinction faite de galathea L.)me/hy |
(V-VI) |
- |
Poaceae non identifiées sur le site, mais
probablement variées. |
LR |
| Melanargia ines jahandiezi Oberthür, 1922 (**) |
10 |
Atlanto-méditerranéen st-xe-an-te |
(IV-VI) |
- |
quelques Poaceae de milieu sec |
LR |
| Berberia abdelkader taghzefti Wyatt, 1952 (**) |
10 |
Endémique nord-africain. st-xe-an |
(VI-X) |
r |
Stipa tenacissima (ponctuellement ici)
et plus rarement S. parviflora (Poaceae). |
VU |
| Hipparchia aristaeus algirica Oberthür, 1876 (**) |
10 |
Ponto-méditerranéen st-xe-(sy)-sc |
(V-VI/X) |
- |
plusieurs Poaceae dont Lygeum spartum.
|
LR |
| Hipparchia fidia hebitis Rothschild, 1917 (**) |
1 |
Atlanto-méditerranéen st-xe-sc |
(VII-X) |
- |
Lygeum spartum et quelques autres Poaceae
comme des espèces de Brachypodium et de Poa. |
LR |
| Chazara prieuri kebira Wyatt, 1952 (**) |
1 |
Ibéro-maghrébin st-xe-sc-te |
(VI-VII) |
r |
Lygeum spartum, Stipa tenacissima
(hautement probable) et autres Poaceae. |
EN |
Identités
éco-éthologiques (colonne
I E-E)
ub = ubiquiste (éclectique) ; st = sténoèce
(faible valence) ; mi = migrateur ; ru = rudéral (ample
permissivité anthropique) ; me = mésophile (et le plus
souvent pratéricole) ;
xe = xérothermophile
(et le plus souvent rupicole) ; mo = montigène (alpin) ; sy
= sylvicole (et parfois frondicole) ; hy = hygrophile (et parfois
ripicole) ; er = érémicole ;
an = anémophile
(préférence pour les lieux aérés) ; sc
=sciaphile (préférence pour les lieux ombragés) ;
te = territorialiste (adepte du hilltopping, perching,
ravining...).
Phénologie (colonne Ph)
Les mois de vol sont en chiffres romains ; chaque
génération entre parenthèses.
Ces données sont très relatives, ne concernant que les sites
atlasiques dont celui du verger étudié, qui plus est fort variables
d'une année à l'autre selon les conditions
climatiques.
Stratégies
démographiques (colonne
SD)
r (stratèges-r)
= taux d'accroissement intrinsèque (espèces opportunistes)
;
K (stratèges-K) = capacité maximale dans l'espace
donné (espèces d'équilibre) ;
La seule notation faite : (r) placé après les
données phénologiques, l'est pour les espèces typiquement
opportunistes, eu égard aux conditions éco-climatiques (notamment
pluviosité), d'un impact essentiel au Maghreb (espèces
providentialistes).
Plantes-hôtes
Ces données ne concernent que le Maroc atlasique moyen,
et parfois exclusivement la région concernée de
Midelt.
Statut IUCN (1994) (colonne
S)
CR (critically endangered)
= au bord de l'extinction, ou disparu ; EN (endangered) = en danger
; VU (vulnerable) = vulnérable ; LR (lower risk) = peu
menacé ; DD (data deficient) = insuffisance de
données.
Cet inventaire compte 39 espèces, dont 21
sensibles à très sensibles, sur les 67 répertoriées
dans les habitats plus préservés et reculés du tout
proche Djebel
Ayachi (Tarrier, 1997a et 1998b). Les Hesperiidés, avec plusieurs
espèces dont certaines en effectif fourni, évoluant dans les
grandes allées favorables aux héliophiles, n'ont pas
été pris en compte. Les Hétérocères
dérangés s'envolent nombreux, parfois en nuées, surtout
en fin d'été.
Dans des vergers à base d'abricotiers, de figuiers, d'amandiers et
d'oliviers, de similaires respectueuse gestion et conservation, du village
proche de Ksabi mais d'un tout autre microclimat encore plus steppique (à
l'est de Midelt), à ce type de cortège s'ajoutent, dans un
concept alors nettement oasien, la Piéride érémicole
Euchloe falloui Allard, 1867 (**) (en présence de sa
crucifère-hôte Moricandia arvensis), ainsi que les Tarucus (*)
(sur Jujubiers). Un autre site agricole très proche (pommiers,
céréales), comme celui d'Aït-Oufella, en ressaut du versant
sud du Moyen Atlas (Tarrier, 1997b, p. 94), qui bénéficie de
l'influence sylvatique de la cédraie mixte, contient aussi Aporia
crataegi mauretanica Oberthür, 1909, Zegris eupheme maroccana Bernardi,
1950 (**), Gonepteryx rhamni meridionalis Röber, 1907 (*), G. cleopatra
cleopatra Linné, 1767 (*), Satyrium esculi mauretanica Staudinger,
1892, Aricia artaxerxes montensis Verity, 1928 (**), Polyommatus atlanticus
weissi Dujardin, 1977 (**), Pandoriana pandora seitzi Fruhstorfer, 1908 (**),
Mesoacidalia aglaja lyauteyi Oberthür, 1920 (**) et Melitaea cinxia
eupompe Hemming, 1933 (**) (ces trois derniers pratinicoles en bordure de
champs extensifs de céréales !), Hyponephele maroccana nivellei
Oberthür, 1920 (*), Hipparchia alcyone caroli Rothschild, 1933 (**),
Chazara briseis major Oberthür, 1876 (*) et Pseudochazara atlantis colini
Wyatt, 1952 (**), dont la femelle est très commune sur les inflorescences
des Carduacées ségétales. Dans les Atlas marocains,
il est bien d'autres exemples d'agriculture extensive avec d'autres
cortèges incluant des papillons sténoèces. On peut aussi
noter que la Zygène Z. trifolii mideltica Reiss, 1970, fréquente,
dans la région proche de Midelt, des mouillères d'immédiate
proximité agricole.
Sur ce plateau intra-atlasique, la multiplication de ce type d'espaces
évoque la configuration d'un archipel, et semble pouvoir autoriser,
de proche en proche, les échanges et les renouvellements souhaitables
contre les risques d'effondrement dus à une trop stricte insularité

Chazara prieuri
Bien des Rhopalocères recensés dans cet habitat sont
considérés comme sensibles et la comparaison avec les inventaires
très récents du cortège originel d'autres habitats proches
et non exploités en montre bien la valeur d'indicateurs
écologiques.
En se maintenant dans ces lieux, de pair avec les plantes-hôtes dont
ils sont tributaires et qui sont pour la plupart tout aussi sensibles, ils
montrent qu'un tel verger présente les qualités indispensables
à leur survie, dans des conditions suffisamment stables pour que cet
équilibre, qui a perduré depuis de nombreuses années,
semble être à même de durer encore. En ce sens, il y a
là un enseignement précieux. Dans des vergers voisins dont
la gestion est plus " rationnelle et rigoureuse ", on fait le constat du
manque des mêmes espèces indicatrices parce que très
vulnérables, et ce, selon deux cas de figure :
1- Une perte partielle (non encore consommée) avec des exploitations
à gestion " intérieure " plus radicale, notamment pour ce qui
concerne la " propreté " du sol, si ce n'est un recours plus
systématique au phytosanitaire. Ces espaces sont alors vidés
de leurs composantes faunule et flore adventice, sauf en orée où
elle n'est que banalisée : marges des cultures, bermes des chemins,
fossés et rives des seguias, voire quelques jachères ou autres
espaces " oubliés ". Les espèces de papillons qui se maintiennent
ainsi en marge sont évidemment biffées des meilleurs
bio-indicateurs, des sténoèces et de leurs plantes-hôtes.
Iphiclides feisthamelii, directement lié à certains des arbres
fruitiers, en est l'absent emblématique, mais Papilio machaon, ubiquiste
d'Ombellifères de fourvoiement peut s'y maintenir si le seuil de pollution
n'est pas trop accentué. Même exemple et son contraire avec
Plebejus martini (tributaire de fragiles Astragales) et Zizeeria knysna
susceptible de se replier sur la végétation résiduelle
des bords des canaux d'irrigation. Etc. La liste de ce type de vergers ne
tolérant plus que des vétilles sur leur périmètre
est hélas déjà trop longue.
2- Une totale vacuité quand surgit une arboriculture intensive sur
un espace " très bien entretenu ", pratiquant une " hygiène
" pointilleuse par un recours, " à l'Occidental ", tant à
l'agrochimie qu'à la lutte radicale contre les " mauvaises herbes
". Ces terrains sont rendus abiotiques et représentent de fort dangereux
" voisins " à haut risque de contamination pour des exploitations
mitoyennes plus respectueuses. Et ici réside un réel problème
qui pourrait faire l'objet d'une étude et d'une réglementation,
car il n'existe pas de " frontière " entre les deux types de producteurs
(agressif / non agressif). Tout protocole d'observation de ces vergers "
qui ne chantent plus " est ici rendu inutile par l'existence d'un " désert
biologique " si documenté sous nos latitudes. Dans la région
intra-atlasique concernée, ce n'est (encore) que l'exception et ce
modèle de rendement à tout prix et à court terme est
très généralement le fait de "gros " propriétaires
citadins ne cultivant pas eux-mêmes. Les malheureuses expériences
pionnières vécues par le Nord ne servent hélas pas
d'exemples pour le Sud, lequel, bien au contraire, doit reconstituer à
l'heure de son développement et à ses dépens un identique
parcours erroné. Le développement durable serait ainsi une
suite à une première phase d'inévitables destructions,
suite quasi " cosmétique " ou vux pieux quand une gestion aux
effets irréversibles l'a précédé.
Notre longue expérience du terrain nous a procuré une connaissance
" intime " des Rhopalocères sensibles à la pollution (et de
toute faune et flore d'intérêt) et de leur absence des
différents types d'exploitations agricoles, dont celles d'arbres
fruitiers, soumises aux méthodes intensives en vigueur, tant au Maroc
qu'en France, en Espagne ou ailleurs. C'est pourquoi un autre enseignement
tout aussi précieux, mais plus paradoxal, vient de ce que les conditions,
qualités et équilibre évoqués, sont aussi et
d'abord ceux d'une exploitation agricole dont la rentabilité doit
être assurée, et l'est effectivement. Nous parlerions sinon
de " réserve " de " parc " ou même de " ferme aux papillons
", qui ne sont souvent que les alibis ou les gratifications que nous nous
donnons. Ici, et depuis longtemps, ce qui est en question est d'abord la
survie d'une population humaine. La manière douce et respectueuse
dont celle-ci est assurée, s'ajoute à la situation du verger
au sein d'une vaste zone aride pour constituer un îlot d'hospitalité.
La superficie, 100 ha, est un premier élément favorable, car
déjà suffisante pour offrir une gamme très complète
de tous les refuges les plus précieux à la faune et à
la flore. Nous les avons énumérés aux précédents
chapitres. Le souci de préserver un sol si fragile dans ces régions
amène à éviter un défrichage systématique,
ce qui du point de vue de la faune et flore et du sol lui-même,
épargne un considérable gâchis des matières
nutritives. C'est ici un deuxième élément très
favorable, alors que l'activité pastorale, en de nombreux pays
méditerranéens, dans sa phase actuelle de surpâturage,
a si souvent l'érosion pour corollaire. Un troisième aspect
positif est le recours mesuré aux engrais minéraux, fertilisants,
fongicides, acaricides, insecticides. Leur refus serait illusoire, car faute
de ce recours, il n'est pas évident que l'habitat principal, support
de l'ensemble biologique évoqué, puisse se maintenir avec tant
de vigueur. Quatrième point précieux, l'utilisation "
généreuse " de l'eau, en l'absence d'irrigation par goutte
à goutte. Ce pourrait être ici le maillon faible de cette
chaîne écologique, tant l'eau est elle-même une ressource
à préserver et le passage à une irrigation moins
coûteuse est souvent une priorité écologique, elle aussi.
Si dans cette région, il semble que cette " générosité
" soit le prix à payer pour une " générosité
" de la biodiversité, la proximité du " château d'eau
" de l'Atlas permet heureusement d'y faire face à moindre coût.
Au Maroc, pays de traditions, mais de traditions vivantes et en évolution,
de tels modèles sont fréquents où agriculture et milieux
naturels sont étroitement liés. Ils démontrent
concrètement et sur des surfaces encore considérables que peuvent
se manifester des associations viables entre les activités humaines
et des espèces précieuses, et non pas seulement les espèces
rudérales ubiquistes ou cosmopolites, habituellement notées.
Et ils nous démontrent aussi qu'à la question posée
d'une protection efficace, ici, plus que scientifique, ou écologique,
la réponse est culturelle.
Remerciements
Nous savons gré à notre ami Jilali - Abdeljalil
Abdellah -, propriétaire du verger étudié, de nous avoir
si souvent reçu avec tant de complaisance dans sa propriété
; à Jean-François Binagot (F - Le Lavandou) pour les points
de vue échangés ; à la Direction de l'Institut scientifique
(université Mohammed-V, Rabat) pour son infaillible appui à
nos recherches au Maroc.
Dessins de Claire Brenot,
d'après des photographies de l'auteur.
[R]
Notes
(1) La science
des Insectes, l'entomologie, use d'un vocabulaire particulier pour décrire
un monde et des relations très complexes. La classification est très
ardue mais sa précision est nécessaire
Il est question
ici d'Insectes de l'ordr des Lépidoptères (larve = chenille,
nymphe = chrysalide, imago = papillon) Hétéroneures Monotysiens
Rhopalocères (antennes en massue, meurs diurnes), de la super-famille
des Papilonoidea, qui regroupe les familles des Papilionidés, des
Piéridés, des Lycénidés et des Nymphalidés.
Ce sont généralement de très beaux " papillons de jour
".[VU]
(2) Qui ont des exigences écologiques assez
strictes.[VU]
(3) Ecotone : ici, milieu de transition soumis à deux
influences.[VU]
(4) Quotient d'Emberger : quotient pluviothermique servant
à définir les 5 différents types de climats
méditerranéens, depuis le plus aride, jusqu'à celui
de haute montagne, climats que seul le Maroc dans la région
méditerranéenne, possède en totalité.
Sa formule est : Q = 1000 P / (M-m)(M+m)/2 = 2000 P / M² - m²
où P est la moyenne des précipitations annuelle en mm ; M est
la moyenne des températures maximales du mois le plus chaud en °K
; m est la moyenne des minima du mois le plus froid en °K (T en °C
+ 273).Le quotient croît évidemment avec les hauteurs des
précipitations, mais décroît avec les écarts
thermiques (ou amplitudes annuelles).[VU]
(5) à Er-Rachidia, un peu plus au sud, la
pluviométrie tombe à 140 mm et le quotient d'Emberger à
12,2 ; plus à l'est du Plateau oriental, à Missour, cette
pluviométrie est de 150 mm, le quotient de 13,2,
etc.[VU]
(6) Canaux d'irrigation à l'air
libre.[VU]
(7) Animaux de taille moyenne peuplant le sol : Hexapodes
(Insectes et Entognathes), Acariens, Annélides,
Mollusques
[VU]
(8) Erme : formation herbacée basse, plus ou moins
discontinue, à rythme saisonnier très
marqué.[VU]
(9) Brométum : Prairie sèche constituée
de Graminées du genre Bromus (bromes).[VU]
(10) Thérophyte : type biologique de plantes annuelles
qui complètent leur cycle, de la germination jusqu'à leur mort,
durant une seule saison favorable, par exemple ici, des pluies d'automne
jusqu'avant l'été.[VU]
(11) Sciaphile : à l'ombre (du grec skia = ombre,
et philos = ami).[VU]
(12) Lapilleux : caillouteux (du latin lapis, lapidis =
pierre).[VU]
(13) Édaphon : ensemble de la flore microbienne et
de la faune vivant dans l'eau interstitielle des sols,
[VU]
(14) Vivant à la surface du
sol.[VU]
[R] Références bibliographiques
Binagot J.-F., Lartigue D., 1998.Une nouvelle entité
subspécifique de Zerynthia rumina (Linné, 1758) dans
le sud-ouest marocain (Lepidoptera : Papilionidae). Linneana
Belgica, 16(8), 323-334.
Blab J., Rückstuhl Th., Esche Th., Holzberger R.R., Luquet G. Chr.,
1988.-Sauvons les Papillons. Paris et Gembloux : Duculot, 192 p.,
398 illustr. coul.
Dajoz R., 1985. Précis d'écologie. Dunod, Paris, 432
p.
Descimon H., Nel J., 1986.Tomares ballus F. est-il une espèce
vulnérable en France ? (Lepidoptera Lycaenidae). Alexanor,
14(5), 219-231.
Emberger L., 1971. Travaux de Botanique et d'Ecologie. Masson,
Paris.
Heinrich D., Hergt M., 1993.-Atlas de l'Écologie. Librairie
Générale Française, Paris, 284 p.
Hamon J., 1997.-A quoi ressemblera la France métropolitaine dans un
siècle ? Quel avenir pour son entomofaune ? Bulletin de la
Société linnéenne de Bordeaux, 25(2), 53-69.
Rungs Ch., 1981.Catalogue raisonné des Lépidoptères
du Maroc. Inventaire faunistique et observations écologiques,
2. Travaux de l'Institut Scientifique, Rabat, 40, 278 p.
Sauvage Ch., 1962.Le coefficient pluviothermique d'Emberger, sa signification
et son utilisation au Maroc. Compte-rendu de la Société
des Sciences naturelles et physiques du Maroc, 28(5-6), 101-102.
Tarrier M., 1992a. Protection des Lépidoptères en Espagne,
1. Vu du Sud. Alexanor, 17(5), 299-302.
Tarrier M., 1992b. Protection des Lépidoptères en Espagne,
2. Le Saviez- vous ? Alexanor, 17(6), 323-328.
Tarrier M., 1993.L'adieu aux biotopes de la province de Málaga (Espagne),
avec un recensement lépidoptérologique actualisé et
commenté. Alexanor, 18(4), 213-256.
Tarrier M., 1995a. Protection des Lépidoptères. Tout doit
disparaître... Alexanor, 19(1), 19-26.
Tarrier M., 1995b.Compte-rendu de deux cents jours de
lépidoptérologie au Maroc (Lepidoptera Papilionoidea).
Alexanor, 19(2), 67-144.
Tarrier M., 1995c.Protection d'habitats lépidoptériques dans
les Atlas marocains. 1ère partie : généralités
et inventaire initial. Linneana Belgica, 15(4), 146-171.
Tarrier M., 1996.-Diversité des niches et préférences
écologiques dans un biotope du Moyen Atlas (Maroc) (Lepidoptera
Papilionoidea). Alexanor, 19(5), 261-270.
Tarrier M., 1997a.Biodiversité et préférences
écologiques des Rhopalocères Papilionoidea du Djebel Ayachi
(Haut Atlas marocain) (Lepidoptera). Bulletin de la Société
entomologique de France, 102(3), 233-239.
Tarrier M., 1997b.Trois cents nouveaux jours de lépidoptérologie
au Maroc (Lepidoptera Papilionoidea). Alexanor, 20(2),
81-127.
Tarrier M., 1998a.Protection d'habitats lépidoptériques au
Maroc. Seconde partie : nouvelles considérations et inventaire final.
Linneana Belgica, 16(5), 197-215.
Tarrier M., 1998b.Une nouvelle localisation de Plebejus
(Maurus) vogelii (Oberthür, 1920) dans le Haut Atlas oriental
(Maroc)(Lepidoptera : Lycaenidae). Linneana Belgica, 16(8), 339-340.
Tarrier M., 2000a. Cartographie des Rhopalocères Papilionoidea
du Maroc. Linneana Belgica, 17(5), 197-210 ; 17(6), 255-268 ;
17(7), 301-312 ; 17(8), 349-358 (100 cartes et de très nombreuses
illustrations couleur).
Tarrier M., 2000b.Sept cents derniers jours de lépidoptérologie
au Maroc (Lepidoptera Papilionoidea). Alexanor (sous presse).
Tarrier M., Leestmans R., 1997.-Pertes et acquisitions probablement liées
aux effets du réchauffement climatique sur la faune
lépidoptérique en Méditerranée occidentale
(Lepidoptera, Papilionoidea). Linneana Belgica, 16(1), 23-36.
Tennent J., 1996. The Butterflies of Morocco, Algeria and
Tunisia. Tennent & Gem publishing Company, Wallingford, 252 p., 52
pl. coul.
Tolmant., 1997. Butterflies of Britain & Europe. Harper Collins
Publishers, Londres, 20 p., 104 pl. coul. de R. Lewington, 420
cartes.