Le point sur la recherche d'une résistance à la
maladie du chancre coloré du platane
Les orientations actuelles
Gardarem lou platane
Une maladie fulgurante
Le chancre coloré du platane se manifeste sous la forme de lésions
de l'écorce, reconnaissables à leur aspect de flamèches
ondulées de couleur bleu-noir. L'extension généralisée
du chancre conduit à l' étiolement de la frondaison et à
la perte du feuillage.
La contamination se fait quasi obligatoirement par une blessure et gagne
l'intérieur de l'arbre par les rayons ligneux et les vaisseaux. La
production probable de toxines aggrave fortement les perturbations du
métabolisme des parties apicales de l'hôte. La maladie progresse
très rapidement . un bel arbre est tué en trois à cinq
ans.
Si la dissémination peut se faire naturellement par simple contact
racinaire inter-individuel, par voie aérienne et semble-t-il aussi,
par l'intermédiaire des eaux libres (ce qu'il conviendrait de
vérifier expérimentalement), le parasite est en Provence
principalement véhiculé par les outils infectés soit
à l'occasion d'élagages, soit lors de travaux de
terrassement.
Le champignon étant hors de portée de l'action des fongicides
à cause de sa profonde localisation dans les troncs, on ne connaît
à l'heure actuelle aucun traitement efficace. Seules des mesures
prophylactiques au demeurant difficiles à mettre en oeuvre
systématiquement, permettent actuellement de lutter contre cette maladie
et de contenir son extension en France où elle est pour l'instant
limitée au sud-est (Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et
Vaucluse).
Les recherches en cours
La création ou l'identification de clones ou d'espèces de platanes
résistants à la maladie sont deux des voies de recherches
actuellement poursuivies pour éviter que le platane, arbre symbolique,
ne disparaisse des paysage provençaux. Cette voie est soutenue, depuis
quelques années, par le Ministère de l'Environnement (Service
de la Recherche, du Traitement de l'Information sur l'Environnement - SRETIE)
et des collectivités territoriales (le Conseil Général
du Vaucluse, par exemple).
Ces recherches conduites dans les stations INRA de Montpellier et d'Avignon
et en collaboration avec certaines universités (Université
des Sciences et des Techniques du Languedoc - USTL Montpellier) se
décompose en deux volets complémentaires . la mise au point
d'un test de tri de platanes résistants ou tolérants à
Ceratocystis fimbriata et l'étude de la radio-sensibilité
des semences.
Ce second volet est destiné à préparer l'accroissement
artificiel des ressources génétiques d'une population dont
la variabilité génétique apparemment restreinte est
attribuable à l'utilisation systématique de techniques de
reproduction végétative (bouturage) depuis longtemps
préférées au semis.
Les principaux obstacles
Le programme d'identification de sujets résistants rencontre dans
l'état actuel des choses, c'est-à-dire 3 ans après le
début des travaux, quatre séries de difficultés qui
dans l'état actuel des connaissances, ont néanmoins permis
d'aboutir à des résultats intermédiaires ou marginaux
utiles.
Un arbre méconnu
En premier lieu, le programme a été ralenti par la rareté
des références sur la physiologie, la biologie et l'écologie
du platane. En effet comme bon nombre d'arbres d'ornement, le platane a
été peu étudié et ses exigences sont mal
connues.
Bien que le test doive dans l'absolu être réalisé à
tous les stades du développement du platane, les premiers travaux
ont été réalisés sur de tout jeunes plants issus
de semis. Avant tout travail pathologique proprement dit, il a donc fallu
déterminer les conditions optimales d'obtention et d'entretien des
semis, du point de vue de la température, de l'éclairement,
de l'arrosage et de la qualité du substrat de culture. Les valeurs
et les caractéristiques optimales de ces paramètres ont ainsi
pu être définies assez précisément et un système
de culture fiable est maintenant disponible.
Accessoirement, une sensibilité particulière des semis à
certaines concentrations salines semble se manifester.
Une technique de culture in vitro a simultanément été
étudiée et mise au point (travaux du laboratoire d'Histophysiologie
de l'USTL) à partir de plantules issues de semis ; la voie du bouturage
de jeunes tiges de platanes adultes a rencontré moins de succès,
mais des améliorations des processus de multiplication permettront
à court terme de compléter la panoplie des techniques
indispensables tant pour disposer d'un matériel d'expérience
connu et standardisé que pour multiplier en fin de programme, les
individus dont la résistance aura pu être mise en
évidence.
Champignon standard en bouteille
En second lieu, il a fallu mettre au point l'inoculation artificielle du
parasite sous le double aspect de la production de l'inoculum et de la
méthode d'inoculation. Cette phase a conduit à définir
un dispositif de culture adapté, permettant de disposer d'une suspension
d'endoconidies d'âge et de concentration suffisamment constants. Elle
a aussi permis de préciser des procédures d'inoculation standard
sur plaie reproductible, déclinables suivant l'organe testé
et l'âge du sujet-support ; ces procédures permettent de pallier
l'irrégularité des résultats obtenus sur plaie
pétiolaire.
Cherche platane résistant
La troisième source de difficultés touche à
l'indisponibilité de matériel résistant susceptible
de fournir une référence, notamment pour l'évaluation
du test.
En effet les espèces de platanes croissant en France et en Europe
sont globalement sensibles au chancre coloré. Ces différentes
espèces sont d'ailleurs botaniquement assez proches puisque certains
auteurs comme Spach (1841) les regroupaient toutes en une seule : Platanus
vulgaris...
Trop jeune pour être honnête
La dernière difficulté s'est révélée lors
des premières expériences il s'agit de la
non-représentativité du matériel juvénile.
Compte tenu du très faible taux de mutation envisageable (compris
entre 1/50000 et 1/100 000), un très grand nombre d'individus devait
pouvoir être passé en revue. Afin de réduire les durées
des tests exploratoires et les surfaces nécessaires aux cultures de
plants, il avait été décidé de travailler sur
des jeunes semis. Les travaux ont donc d'abord porté sur les feuilles,
la jeune tige et les radicelles de tout jeunes plants. Ils ont permis de
mettre en évidence que, si les radicelles se montraient très
réceptives et induisaient une infection irréversible, sur les
feuilles comme sur la jeune tige herbacée, l'infection ne progressait
que pendant quelques jours et sur 1 à 2 centimètres. I1 semble
donc qu'au niveau des tissus verts et à l'opposé de ce qui
se passe pour les tissus ligneux âgés de plant adulte le début
d'infection provoqué par l'inoculation artificielle induise la mise
en place de mécanismes de résistance efficaces.
Paradoxalement, si ces réactions donnent des indications
intéressantes sur le plan des relations hôte-parasite (il semble
que dans une certaine mesure les ormes connaissent le même
phénomène) qu'il est d'ailleurs prévu d'étudier,
ce phénomène de résistance induite aggrave les
difficultés de mise au point du test et prolonge les délais
d'expérimentations (allongement très sensible du cycle de test
semis/inoculations/lecture des résultats). En l'absence de
références, les différences de la vitesse d'apparition
de cette résistance sont difficilement comparables et
significatives.
Cet obstacle a conduit à travailler principalement sur des tissus
suffisamment lignifiés, c'est-à-dire en l'occurrence la tige
et à abandonner les inoculations sur feuilles qui pourtant en permettant
l'installation de plusieurs foyers sur le même individu auraient
donné une meilleure précision. L'utilisation de plants plus
agés comme matériel expérimental a, en contre-partie,
imposé de rechercher simultanément le stade. d'inoculation
le plus précoce susceptible d'induire une lésion à
développement normal.
Les travaux menés dans la 2ème année de la recherche
sur des plants un peu plus âgés que les semis n'ont pas encore
permis de lever l'hypothèque de la non-représentativité
du matériel juvénile par rapport à son état adulte.
[R] Les orientations actuelles
Bien que les travaux dé jà réalisés n'aient pas
permis d'identifier des individus résistants, ils ont permis de mettre
au point des techniques, d'aboutir à des résultats incomplets
mais de portée générale et de préciser les
orientations des recherches à venir pour définir un test
efficace.
Étudier l'évolution de la nécrose
Sur un plan général, la connaissance de l'évolution
de la nécrose a progressé. Avec le système d'inoculation
retenu et sur jeunes plants, les premiers signes de nécrose mesurables
sont observables quatre jours après l'inoculation. Si une stabilisation
de l'évolution de la nécrose intervient souvent sur des semis
ayant 15 et même 20 feuilles, l'inoculation provoque rapidement une
infection de toute la section de la tige. Dans les 10 à 12 jours suivant
l'apport d'inoculum, elle provoque le dessèchement des parties
supérieures. Ensuite seule la nécrose descendante continue
d'évoluer. Cette évolution est confirmée si l'on se
réfère à l'évolution des lésions naturelles
sur arbre adulte : la progression du parasite et des lésions est nettement
plus importante vers le haut que vers le bas. L'importance de l'extension
basipète de la nécrose tissulaire observable est donc peu
discriminante et assez peu représentative des relations
hôte-parasite.
Travailler sur les racines
La réceptivité importante des racines, même assez jeunes,
mise en évidence notamment sur jeunes semis ouvre une autre voie pour
évaluer le niveau potentiel de résistance des individus. Comme
sur les autres organes, on peut escompter qu'une fois acquise une
référence de résistance, la variation inter-individuelle
de l'ampleur de l'infestation, qui traduit des différences dans la
vitesse d'apparition de la résistance, permettra, pour peu qu'on dispose
d'une base de référence de résistance, de discriminer
des ensembles d'individus.
La difficulté de la notation des résultats ainsi que la
complication liée aux opérations d'inoculation et de repiquage
avaient dans un premier temps conduit à écarter cette voie
pourtant facilitée par la maîtrise de la technique de contamination
des racines lors du repiquage qui présente des analogies avec celle
utilisée avec succès pour une maladie vasculaire de l'abricotier,
la verticilliose.
Au stade actuel de l'exploration de cette voie, les essais d'inoculation
sont entamés, les stades possibles d'inoculation au repiquage ayant
été préalablement définis.
Un test standard pour individu adulte
Simultanément, la valorisation de la technique standard d'inoculation
a été entreprise en vue de son application à l'estimation
rapide de la sensibilité de tout arbre adulte paraissant a priori
intéressant. La méthode consiste à inoculer des branchettes
de 1 cm de diamètre et de 30 cm de long conservées en sacs
plastique à 25°. La longueur de la nécrose des tissus
obtenue après 20 jours, au niveau du cambium semble constituer
un bon critère de degré de sensibilité de l'individu
testé. La vérification de la reproductibilité des
résultats est en cours et la comparaison systématique à
la réaction d'un étalon sensible permettra de mieux
interpréter les résultats.
Reproduire in vitro
Sur le plan de la multiplication végétative in vitro,
les travaux ont outre la mise au point des techniques de bases adaptées
au bouturage des jeunes plantules et de jeunes tiges de platanes adultes,
ouvert la voie à des projets à plus long terme comme l'isolement
et le développement in vitro d'apex de platane, et
l'embryogenèse somatique à partir de cals tissus d'organes
jeunes.
Induire des mutations
En ce qui concerne les travaux sur la radio-sensibilité des semences
de platanes dans une perspective de mutagenèse forcée (qui
en l'absence de géniteurs résistants répond à
l'accroissement souhaitable des ressources génétiques), ils
ont permis sur la base de premières expériences effectuées
en 1965 (à l'époque où certains chercheurs
s'intéressaient au débourrement des glomérules, source
de manifestations allergiques diverses) de déterminer la fourchette
des niveaux d'exposition au rayonnement gamma du Cobalt 60 les plus
adaptés.
I1 est donc possible maintenant d'intervenir sur des semences issues de
provenances diverses, française et étrangères afin
d'augmenter les chances d'obtention d'un clone résistant à
la maladie.
Par ailleurs, l'un des pieds-mères obtenus antérieurement a
fourni des semences de deuxième génération elles seront
soumises aux épreuves de résistance et permettront la reprise
du traitement mutagène par sélection récurrente.
Expérimenter in vivo
Au nombre des travaux à entamer, mais déjà
préparés et rendus possibles après cette phase exploratoire,
il faut citer l'inoculation, en conditions extérieures
protégées, de platanes de grande taille qui se seraient
révélés résistants. Les techniques sont disponibles
; elles ont déjà été utilisées pour
préciser certaines des mesures de prophylaxie imaginées contre
la maladie.
Une collaboration transatlantique
L'obstacle le plus contraignant reste l'absence de référence
de matériel résistant ; il est d'autant plus gênant que
les différences de comportement entre stades jeune et adulte peuvent
être très importantes.
Les efforts de prospection ont donc aussi porté sur la recherche de
sources de résistance dans des régions et chez des espèces
éloignées des nôtres, entre autres aux États-Unis,
berceau de la maladie.
Ce travail d'enquête a permis d'entrer en contact avec un pathologiste
américain, travaillant sur le chancre coloré, qui a
repéré expérimentalement sur quelques clones .de platanes
d'Amérique (P. occidentalis) de 15 ans des réactions
notables de résistance. Ce matériel, qui par ailleurs
présente une variabilité génétique beaucoup plus
importante que celle de nôtre P. acerifolia, serait donc susceptible
de fournir des références de tolérance et aussi de clarifier
les relations entre les réactions de l'état juvénile
et celles enregistrées à l'état adulte.
Par ailleurs, il pourrait, sans constituer une alternative immédiate
puisque P. occidentalis se développe mal en Europe, fournir
une source de résistance à inclure au patrimoine
génétique de nos platanes locaux.
Un groupe de travail interdisciplinaire, rassemblant des chercheurs des
départements Recherches Forestières et Pathologie
Végétale de l'Institut, vient d'être créé
pour conduire au mieux l'introduction du matériel américain
intéressant et le programme d'hybridation à réaliser
à partir de ce matériel. L'existence en France d'arbres presque
prêts à être hybridés va permettre de gagner un
temps précieux, même si le test de tri déjà
élaboré devra sans doute être amélioré
à la lumière des réactions observées sur P.
occidentalis.
La recherche sur les platanes résistants au chancre coloré
n'a donc pas encore abouti. Cependant, malgré un vide assez marqué
de connaissances en la matière, les premières phases exploratoires
ont permis de mieux cerner la problématique et les alternatives. Elle
a aussi permis de préciser quelques hypothèses
détaillées aux plans des mécanismes pathologiques et
des modalités de l'induction de phénomènes de
résistance. Des débouchés concrets devraient donc se
dessiner à court terme. Et l'on peut espérer obtenir un clone
proche de notre P. acerifolia notablement résistant au chancre
coloré d'ici 5 à 10 ans.
Ces travaux, qui permettent de combler un retard certain en matière
de recherche sur les arbres d'ornement, complètent donc l'action
prophylactique plus opérationnelle et pragmatique menée par
bien des services dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur.
Les délais inhérents à la recherche et aggravés
par le manque relatif de connaissances préalables commandent cependant
que cette lutte directe contre l'extension de la maladie se poursuive
énergiquement.
L'INRA y contribue aussi tant en participant aux actions de repérage
de l'extension de l'épiphytie, de formation et de sensibilisation
des décideurs et des professionnels de l'élagage qu'en suscitant
des prises de conscience de la part d'intervenants qui contribuent
involontairement à la dissémination du chancre coloré.
Pour en savoir plus
Vigouroux A. - 1986 Les maladies du Platane, avec
référence particulière su chancre coloré : situation
actuelle en France - Hull. OEPP. 16, 527?532.
Vigouroux A. - 1987 : Les eaux courantes, moyen de diffusion possible de
la maladie du chancre coloré du platane -Phytoma n° 388 p.
45-46.
Vigouroux A. , Rouhani H. - 1987 . Observations de sensibilités
différentielles de quelques organes de Platanus acerifolia (
..)
à Ceratocystis fimbriata f. platani - Eur. J. For. Path. 17,
181-184.
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