de la nature produite à la nature sans l'homme
quelques représentations sociales de la nature à propos du
projet d'aménagement de l'Ill domaniale
Trois groupes et leurs natures
Les agriculteurs
Les protecteurs de la nature
Les pêcheurs
En conclusion
La sociologie, science du social, peut-elle s'intéresser à
la nature, principe du non-social ? Cette dichotomie apparente est bien
révélée par l'évolution des sciences à
partir du XIXe siècle où se sont constitués les deux
pôles quasi irréductibles de la sociologie d'une part et de
l'écologie d'autre part, symbolisant et renforçant en fait
le divorce entre l'homme-sujet et la nature-objet dans la société
occidentale. La vision cartésienne du monde ne se révèle
pas seulement à travers la sociologie (l'homme pour l'homme), mais
aussi à travers l'écologie (1)
qui, dans bien des cas, considère l'homme (moderne) comme un
perturbateur des écosystèmes.
Il s'agit là des conceptions extrêmes que l'on peut retrouver
dans chacune de ces disciplines et il n'y a pas toujours eu exclusion entre
les deux sciences. Au contraire, le regain d'intérêt dont
bénéficient aujourd'hui la nature et l'environnement font se
retrouver sociologie et écologie dans des essais d'interprétation
interdisciplinaire des questions d'environnement. En d'autres termes, la
sociologie (à partir de la sociologie rurale) revient à la
nature, et ceci est sans doute aussi lié au fait que l'objet premier
de la sociologie rurale, l'agriculteur, est en voie de raréfaction
accélérée et que du coup, la campagne recommence à
devenir la nature, voire la nature sauvage et hostile (extension des friches
et des réactions négatives qu'elles suscitent).
Nous tenterons d'aborder une telle analyse de la nature et des enjeux
perçus par différents groupes sociaux à travers l'exemple
du projet d'aménagement de l'Ill domanial entre Colmar et Erstein
(voir encadré page suivante).
Auparavant, revenons rapidement sur le support de cet enjeu. Ce support est
le Ried, c'est-à-dire un certain paysage ou, si l'on veut, une certaine
nature qu'il convient de définir. C'est un vaste débat qui
est la source de bien des divergences, y compris dans les milieux scientifiques,
et qui voit la nature s'orner des définitions les plus antagonistes.
Il ne s'agit pas de chercher à clore ici une controverse vieille comme
la philosophie ou au moins comme la sociologie et l'écologie, mais
de rappeler brièvement les principales tendances à l'oeuvre
dans le domaine scientifique (et qui se retrouvent dans les discours et les
représentations des différents groupes sociaux - notamment
des agriculteurs et des écologistes).
L'ambiguïté des termes nature et paysage qui désignent
en fait la même réalité objective vient de ce que ces
termes renvoient à deux écoles de pensée différentes
voire opposées. Le rural " naturel " faisant référence
au primat de la nature où l'homme est en quelque sorte un intrus,
le rural " paysage " soulignant le caractère anthropique de notre
environnement où la nature n'est qu'une sorte de substrat inerte.
Ces deux conceptions, présentées ici dans leurs formes
extrêmes, pourraient ressortir, de manière idéaltypique,
l'une à l'écologie, l'autre à la sociologie, dans la
mesure où ces deux sciences ont divergé dès leur origine
quant à leur objet et quant à leur approche de la nature.
La nature, selon que l'on prend les extrêmes des approches sociologique
ou écologique, correspond à deux visions du réel dont
l'une est la quasi-antithèse de l'autre. D'une part, l'affirmation
de la complète autonomie du social considère la nature comme
un résultat, voire un produit à la fois idéel et
matériel, de l'activité humaine. On ne renvoie en fait que
l'homme à lui-même à travers ses réalisations
dans la nature. La nature est en quelque sorte un pur produit social. Ceci
sous-entend d'ailleurs une totale malléabilité de la nature,
qui se laisserait aller à toutes les transformations imposées
par l'homme, de même que cela sous-entend une maîtrise totale
de l'homme sur la nature. De nombreux exemples montrent cependant les limites
de cette hypothèse, et l'on sait bien que, quand, dans certains cas,
des sous-écosystèmes sont transformés et apparemment
maîtrisés par l'homme, cela induit souvent des répercussions
incontrôlées (et incontrôlables) sur le système
plus vaste (2). Mais malgré ces
échecs d'aménagement patents
(3), la tendance à percevoir la nature comme une
seule production sociale persiste, peut-être également parce
qu'elle promet une maîtrise technique quasi totale sur la nature et
qu'elle contribue à chasser cette fameuse " peur de la
nature " (4).
" Quel que soit le bout par lequel on prend le problème de la nature,
dès qu'on force l'hypnotisme têtu des apparences, on retrouve
toujours l'homme, son travail, son ordre social [...]. Telle qu'elle nous
entoure, elle n'est rien d'autre que l'idée humaine de la nature devenue
radicalement extérieure à elle-même et finalement
incarnée, lorsque le rapport des forces sociales l'autorise, en une
forêt des Landes ou en un parc de la Vanoise ".
(5)
Le problème que soulève ce type de théorie n'est pas
tant le fait qu'elle proclame une intervention et une transformation humaine
de la nature, ce qui est bien entendu exact, mais de ce qu'elle pose la
différence irréductible de l'homme et de la nature, et qu'elle
nie cette dernière en la réduisant à un pur produit
social. Cette manière de voir n'est pas neutre, et elle ne se retrouve
pas seulement dans les débats scientifiques. Elle existe, sous des
formes différentes et quelques fois moins prononcées, dans
diverses catégories sociales ou groupes sociaux.
D'autre part, dans la vision " écologiste " caricaturée ici,
la nature, non seulement est créditée d'une réalité
extra-humaine, mais son fonctionnement peut être appréhendé
en dehors de toute intervention humaine. L'écosystème est
posé comme une entité auto-régulée, complexe
et complète dans son essence même, tel qu'il peut être
observé, et l'homme apparaît plutôt en surnombre dans
un ensemble qui fonctionnerait parfaitement sans lui
(6).
C'est ce courant de pensée qui porte sans doute le mieux l'idée
de protection de la nature, où protéger veut dire dans certains
cas soustraire de l'action humaine, comme dans l'exemple des réserves
naturelles. Il faut noter, et la grande majorité des protecteurs de
la nature en est consciente, que même dans le cas d'une réserve
naturelle intégrale, sans aucune intervention humaine dans le
fonctionnement de l'écosystème, le social n'est pas absent
pour autant. Dans nos régions fortement peuplées, la portion
de territoire laissée à elle-même dépend d'un
choix humain qui est lui-même le résultat d'un rapport social
entre des groupes à intérêts quelquefois divergents.
Nous pensons, et nous essayerons de le montrer plus loin, que la définition
de la nature n'est pas univoque, mais qu'elle est dépendante du niveau
(de l'individu, du groupe social, de la société) auquel on
se place.
Pour en revenir aux deux notions opposées évoquées
ci-dessus, il apparaît que, dans un cas comme dans l'autre, la
réflexion se heurte au fait qu'est proclamée, dans les deux
manières de penser, une irréductibilité de l'homme et
de la nature. Or la réalité montre là aussi que tel
n'est pas le cas. Il suffit de penser à la critique qui est faite
aux champs de maïs du Ried en raison de leur caractère manifestement
anthropique, alors que par comparaison les prairies, pourtant également
anthropiques, sont présentées comme naturelles et
mériteraient d'être protégées. Tout se passe comme
si la nature était, dans le cas de modifications nettes du milieu,
assimilée à l'état antérieur.
Le fait que les deux protagonistes les plus virulents engagés dans
le projet d'aménagement de l'Ill domanial se retrouvent aussi dans
les sphères de deux courants de pensée radicalement
différents ne relève certainement pas du hasard. Il explique
sans doute pour une bonne part un certain antagonisme qui subsiste entre
les deux camps, malgré le compromis matérialisé par
la charte des zones inondables. Cet antagonisme s'est d'ailleurs de nouveau
révélé lors de l'annulation par le tribunal administratif
de la déclaration d'utilité publique des travaux de curage
de l'Ill (5 juin 1992). Suite à cette annulation, les organisations
agricoles, suivies par les pouvoirs publics, ont demandé l'exclusion
des protecteurs de la nature du comité de pilotage. Cette attitude
peut s'interpréter comme la volonté des structures agricoles
de ne pas se laisser déposséder des prérogatives de
gestion de l'espace rural au profit de nouveaux arrivants tels que les
protecteurs de la nature (7).
[R] Trois groupes et leurs natures
Les deux versions de possibles rapports à la nature présentées
ci-dessus sont caricaturales dans le sens où ce sont des aspects
extrêmes. Ce sont des types idéaux, au sens de la définition
de Max Weber, dont on retrouve certaines caractéristiques dans des
groupes sociaux engagés dans la problématique environnementale.
C'est à partir du conflit autour de l'Ill domaniale que nous allons
examiner de manière plus précise quelles sont les
représentations de certains groupes sociaux engagés dans ce
projet. Les trois groupes retenus, à savoir les agriculteurs, les
pêcheurs et les protecteurs de la nature, ont été choisis
car ils correspondent a priori à trois approches différentes
de la nature (8).
Du point de vue méthodologique il a fallu s'assurer que les groupes
en question, ou du moins les personnes interrogées, développaient
bien une culture de groupe en ce qui concerne l'objet de l'étude.
L'analyse a porté sur des personnes appartenant à des réseaux
de connaissance étroits (agriculteurs du Ried, protecteurs de la nature
responsables actifs de la fédération Alsace Nature ex-AFRPN,
pêcheurs responsables au sein de la Fédération de pêche
du Bas-Rhin). Il convient de noter d'emblée que deux des trois groupes
fonctionnent comme des utilisateurs directs de la nature dans le cadre des
activités de leur groupe, l'un à titre professionnel
(agriculteurs), l'autre à titre ludique (pêcheurs) alors que
les protecteurs de la nature ne sont pas des utilisateurs directs de la nature
dans le cadre de leur engagement. Ils le sont bien évidemment à
d'autres titres mais qui ne sont socialisés ni de la même
manière, ni au sein de l'activité du groupe. Cet aspect est
à prendre en compte dans l'étude des représentations
de la nature dans la mesure où les pratiques n'y sont pas liées
de la même façon selon le groupe.
La méthode a consisté à interviewer les représentants
de chacun des groupes sociaux au moyen d'un questionnaire et de la
présentation de trois photographies (voir ci-contre) de rivières
allant de la plus aménagée à la plus " sauvage ". Les
questions visaient à cerner quel type de nature était
spontanément évoqué par les répondants, mais
également quel degré d'intervention humaine était jugé
compatible avec la perception de la nature du répondant. Les propositions
ont ensuite été testées avec une échelle de valeur
appliquée à des concepts dont certains évo-quent une
nature non maîtrisée par l'homme (inondations, friches, ma-rais).
A partir de cette analyse, nous tenterons de construire un idéal-type
des représentations de la nature propre à chaque groupe.
3 photos
Les réponses permettent de constater des différences sensibles dans l'approche de la nature en fonction de l'appartenance à tel ou tel groupe. Les réponses sont rela-tivement homogènes au sein de chaque groupe et permettent de dé-gager des aspects caractéristiques. Sur les graphes de la page suivantes tableaux ci-après sont ré-sumés les éléments les plus signifi-catifs. Pour chaque terme et photo-graphie on a demandé aux répon-dants de donner leur appréciation sur une échelle comprise entre très négatif (- 2) et très positif (+ 2)
Ci-contre, de bas en haut :
- la rivière domestiquée : rives entretenues, abords cultivés
;
- la rivière sauvage : le Bornen, diffluence de l'Ill ;
- la rivière aménagée : le plan d'eau du parc de la
Citadelle à Strasbourg.
Pour l'agriculteur, la nature repré-sente essentiellement ce qui est
autour de l'homme.
" La nature est un tout, un en-semble dans lequel vivent et tra-vaillent
des gens. "
Elle est en fait le cadre de vie, l'outil et le lieu de travail pour les
agriculteurs et à ce titre il paraît normal qu'elle évolue
en fonction des techniques agricoles. Les agri-culteurs disent se sentir
à l'aise dans leur cadre de vie (notamment en comparaison avec les
gens de la ville), mais ce cadre de vie est plutôt une campagne
humanisée que la nature sauvage.
La nature est avant tout ce qui existe autour de l'homme-agricul-teur,
c'est-à-dire ce qui est travaillé. C'est sans doute pour cette
raison que l'entretien de la nature est un élément important
dans la per-ception esthétique de la nature. Puisque la nature est
produite par l'agriculteur, elle doit être entrete-nue. On pourrait
dire que la na-ture est belle parce qu'elle est entretenue. Les broussailles,
les friches ne sont pas natu-relles, ou plutôt elles ne font pas partie
de la nature de l'agriculteur.
a : agriculteurs ; p : pêcheurs ; e : protecteurs de la nature.
Le jugement des photographies de rivières montre également
très nettement que l'interventionnisme humain dans la nature est en
général très apprécié.
" Si vous prenez une forêt coupée, où après
rien n'est fait, il y aura des haies des ronces, des lianes, mais sans doute
plus de beaux arbres (...), il faut replanter. "
On peut rappeler ici que cet interventionnisme n'est pas le seul fait des
agriculteurs, mais qu'il se retrouve de manière très nette
dans d'autres catégories et en particulier chez les cousins (ne serait-ce
que du point de vue de l'étymologie) des agriculteurs : les
sylvi-culteurs. Là aussi la forêt sauvage est soit impossible,
soit à amé-nager de toute urgence. La forêt sans l'homme
est une sorte de hantise du forestier car une né-gation de sa mission
d'aménageur, et de là a dérivé très vite
la notion selon laquelle la forêt ne peut pas exister sans le
forestier (9). Cette idéologie,
car il s'agit d'une idéologie, dé-note une volonté de
main mise sur la nature et se tra-duit par des aménagements (plantations
rectilignes, engrillage-ments...), aussi influencés par l'école
allemande du début du XIXe siècle, et qui subliment la notion
d'ordre et de hiérarchie. Il est curieux de constater que cette
idéologie là n'est ni critiquée, ni même
évoquée, par les actuels pourfen-deurs de l'écologie.
La nature agricole idéaltypique est un espace autour de l'homme,
géré, d'autant plus beau qu'il est plus entretenu.
[R] Les protecteurs de la nature
La nature représente principalement ce qui est non humain ou mieux,
ce qui est sans humains. Les termes " sauvage " et " non-intervention humaine
" reviennent fréquemment. Tout se passe comme si la quantité
de nature était inversement proportionnelle au degré d'intervention
humaine.
" La nature, c'est la vie sauvage, l'ensemble des choses pas
in-fluencées par l'homme. "
Même si la nature sauvage est, en général,
préférée à la campagne humanisée, cette
dernière n'est pas totalement rejetée, mais son intérêt
dépend du degré perceptible de l'intervention humaine. Ainsi,
le Ried tel qu'il était encore il y a 30 ans est un compromis acceptable
entre nature et activité humaine. L'ambiguïté du
caractère naturel de la nature est bien perçue, surtout concernant
des milieux anthropisés comme le Ried, mais elle est levée
par des critères scientifiques tels que la biodiversité qui
est considérée comme un indicateur de " naturalité ".
Bien que l'être humain soit perçu comme faisant partie de la
nature, il est de plus en plus assimilé à un perturbateur du
milieu. Il n'est donc pas étonnant de constater que la nature est
d'autant plus belle qu'elle est moins entretenue.
" Pour moi, une forêt est belle parce qu'elle n'est pas entretenue...
L'absence d'entretien permet la diversification de la vie... et apporte
l'inattendu. "
Les choix portés sur les photographies résument bien l'attitude
vis-à-vis de l'interventionnisme humain dans la nature. L'excès
d'intervention, quand il est perçu, est condamné, tandis que
la " symbiose équilibrée "
(10) est appréciée au même titre que
la nature sauvage. Les protecteurs de la nature se caractérisent
également par leur sentiment d'être une espèce animale
parmi d'autres et par le fait que le besoin d'être en contact et de
voir vivre ces autres espèces semble très présent.
" Ce que je veux c'est que partout où on pourrait être, il
existe encore des milieux qui soient à développement
spontané, qu'on ne maîtrise pas complètement ... et qui
apportent l'émotion, en fait ".
La nature écologique idéaltypique est un espace sauvage, sans
intervention humaine, d'autant plus intéressant qu'il est moins
aménagé.
La nature évoquée par les pêcheurs concerne essentiellement
l'eau en tant que milieu de vie des poissons, mais également le milieu
environnant de la rivière. La pêche est en même temps
une passion et un " prétexte " pour approcher une nature relativement
sauvage. Le degré d'intervention humaine acceptable dans la nature
est perçu de manière moins homogène que dans les deux
autres groupes. Alors que la nature sauvage semble être
préférée à la campagne, cette nature mérite
quand même d'être entretenue. Mais les opinions sont contradictoires
à ce sujet.
" Il faut que la forêt soit entretenue, il y a des gens compétents
pour le faire. "
" Chez nous en Alsace, l'entretien de la forêt ne paraît pas
indispensable, mais elle doit être surveillée. "
Pour les rivières la préférence va nettement à
la rivière moyennement aménagée, mais la rupture est
moins nette que chez les protecteurs de la nature entre la rivière
canalisée et la rivière embâclée. Si l'intervention
dans la nature est perçue moins négativement chez les
pêcheurs que chez les protecteurs de la nature, cela est peut-être
dû au fait qu'à la différence des protecteurs et à
l'instar des agriculteurs, les pêcheurs se placent dans
l'écosystème en tant que partenaires directement actifs (et
non pas contemplatifs). L'intervention est donc une fonction normale de
l'activité (pêche, alevinage, tendance à la régulation
des prédateurs - hérons, loutres).
La nature idéaltypique du pêcheur est un espace relativement
sauvage mais néanmoins contrôlé et géré.
A travers un indicateur principal qui est la perception de l'intervention
humaine dans la nature, nous avons tenté de dégager trois types
de nature correspondant à trois groupes sociaux. Ces trois natures
pourraient être :
- la nature produite pour les agriculteurs,
- la nature sans l'homme pour les protecteurs de la nature,
- la nature contrôlée pour les pêcheurs.
Il s'agit bien entendu de types idéaux qui n'ont pas la vocation de
présenter toutes les facettes de la réalité. Celle-ci
est évidemment plus complexe et plus diverse. Cette analyse ne concerne
pas non plus l'ensemble des schèmes de pensée et de perception
qui sont à l'oeuvre face à la nature, ni une conception historique
avec toutes ses variantes des représentations de la nature. Si l'approche
de la nature peut être modelée par l'appartenance à tel
ou tel réseau ou groupe social, elle procède également,
du moins au plan théorique, d'un rapport individuel
(11) et de normes imposées par la société
globale.
Cet article a été publié dans la Revue des sciences sociales de la France de l'Est, n° 20, 1992/93, université des Sciences humaines, Strasbourg, sous le titre " Les constructions imaginaires de la nature en Alsace. Quelques aspects de leur diversité ".
Le conflit autour de l'aménagement de l'Ill s'est cristallisé au début des années 1980 entre, d'un côté, les agriculteurs promoteurs d'un projet d'aménagement de la rivière afin de favoriser la culture du maïs dans une zone inondable traditionnellement prairiale (le Ried) et, de l'autre, les protecteurs de la nature, opposés au projet et promoteurs d'une agriculture herbagère respectant le Ried inondable. D'autres groupes ou agents sociaux ont participé au conflit, comme les pêcheurs, les chasseurs, les kayakistes, les scientifiques, l'Etat (direction de l'Agriculture en tant que maître d'oeuvre de l'aménagement) et les élus (communes et conseil régional). Le conseil régional a tenté d'arbitrer le conflit et de trouver un consensus entre les différentes parties. Il a mis en place un comité de pilotage regroupant les différents protagonistes, chargé de contrôler les travaux de curage sur l'Ill et de mettre en oeuvre la charte des zones inondables de l'Ill dont l'objectif est le maintien des prairies du Ried par le soutien à une agriculture intégrée.
Notes
(1) Il s'agit ici de l'écologie
au sens scientifique dans son appréciation classique du fonctionnement
des écosystèmes. Il n'est pas question à ce niveau d'entrer
dans le débat à travers lequel certains voudraient faire croire
que l'écologie est porteuse de tous les totalitarismes. Ces tentatives
de diabolisation de l'écologie relèvent davantage d'une attitude
défensive de la part d'une idéologie dominante face à
des courants de pensée perçus comme menaçant cette
domination.[VU]
(2) Voir les fameux exemples des aménagements hydrauliques
où chaque intervention en appelle un autre qui chaque fois ne fait
qu'amplifier les problèmes plus en aval, et dont les innondations
récentes (1995) sont pour partie une nouvelle illustration.
[VU]
(3) ces aménagements ne sont pas promus en tant que
tels par la sociologie, mais il nous semble qu'ils procèdent de la
même démarche intellectuelle. [VU]
(4) Terrasson F., la peur d ela nature, Paris, 1998.
[VU]
(5) Delbos et Jorion, 1968. Le naturel ou le réel
forclos. in Cadoret et al.: Chasser le naturel... Ecole des hautes études
en sciences sociales, Paris. [VU]
(6) Tout comme certains sociologues, le rapprochement des
deux disciplines à travers les travaux interdisciplinaires a, dans
certains cas, contribué à relativiser ces approches qui sont,
répétons-le présentées ici dans le cadre de cet
article.[VU]
(7) Le développement de cette analyse, qui fait l'objet
d'une recherche en cours, nous mènerait trop loin dans le cadre de
cet article.[VU]
(8) La différence de perception de la nature a pu
être approchée à l'occasion des interventions de ces
différents groupes sociaux lors du conflit autour du projet
d'aménagement. [VU]
(9)Cette présentation est idéaltypique, tout
comme pour les autres groupes sociaux. Nous ne prétendons pas que
tous les forestiers perçoivent la forêt de cette manière,
mais la grande majorité des écrits et des discours émanant
par exemple de l'ONF sont très nettement liés à une
telle perception.[VU]
(10) Il resterait à définir ce qu'est une
symbiose équilibrée dont la perception varie très
certainement en fonction des individus et des
groupes.[VU]
(11) Sur la question du rapport individuel à la nature,
voir le remarquable ouvrage de François Terrasson, la peur de la
nature, op.cit.[VU]
[R]