Le Courrier de l'environnement n°24, avril 1995

de la nature produite à la nature sans l'homme
quelques représentations sociales de la nature à propos du projet d'aménagement de l'Ill domaniale

Trois groupes et leurs natures
Les agriculteurs
Les protecteurs de la nature
Les pêcheurs
En conclusion

Encadré


La sociologie, science du social, peut-elle s'intéresser à la nature, principe du non-social ? Cette dichotomie apparente est bien révélée par l'évolution des sciences à partir du XIXe siècle où se sont constitués les deux pôles quasi irréductibles de la sociologie d'une part et de l'écologie d'autre part, symbolisant et renforçant en fait le divorce entre l'homme-sujet et la nature-objet dans la société occidentale. La vision cartésienne du monde ne se révèle pas seulement à travers la sociologie (l'homme pour l'homme), mais aussi à travers l'écologie (1) qui, dans bien des cas, considère l'homme (moderne) comme un perturbateur des écosystèmes.
Il s'agit là des conceptions extrêmes que l'on peut retrouver dans chacune de ces disciplines et il n'y a pas toujours eu exclusion entre les deux sciences. Au contraire, le regain d'intérêt dont bénéficient aujourd'hui la nature et l'environnement font se retrouver sociologie et écologie dans des essais d'interprétation interdisciplinaire des questions d'environnement. En d'autres termes, la sociologie (à partir de la sociologie rurale) revient à la nature, et ceci est sans doute aussi lié au fait que l'objet premier de la sociologie rurale, l'agriculteur, est en voie de raréfaction accélérée et que du coup, la campagne recommence à devenir la nature, voire la nature sauvage et hostile (extension des friches et des réactions négatives qu'elles suscitent).
Nous tenterons d'aborder une telle analyse de la nature et des enjeux perçus par différents groupes sociaux à travers l'exemple du projet d'aménagement de l'Ill domanial entre Colmar et Erstein (voir encadré page suivante).
Auparavant, revenons rapidement sur le support de cet enjeu. Ce support est le Ried, c'est-à-dire un certain paysage ou, si l'on veut, une certaine nature qu'il convient de définir. C'est un vaste débat qui est la source de bien des divergences, y compris dans les milieux scientifiques, et qui voit la nature s'orner des définitions les plus antagonistes. Il ne s'agit pas de chercher à clore ici une controverse vieille comme la philosophie ou au moins comme la sociologie et l'écologie, mais de rappeler brièvement les principales tendances à l'oeuvre dans le domaine scientifique (et qui se retrouvent dans les discours et les représentations des différents groupes sociaux - notamment des agriculteurs et des écologistes).
L'ambiguïté des termes nature et paysage qui désignent en fait la même réalité objective vient de ce que ces termes renvoient à deux écoles de pensée différentes voire opposées. Le rural " naturel " faisant référence au primat de la nature où l'homme est en quelque sorte un intrus, le rural " paysage " soulignant le caractère anthropique de notre environnement où la nature n'est qu'une sorte de substrat inerte. Ces deux conceptions, présentées ici dans leurs formes extrêmes, pourraient ressortir, de manière idéaltypique, l'une à l'écologie, l'autre à la sociologie, dans la mesure où ces deux sciences ont divergé dès leur origine quant à leur objet et quant à leur approche de la nature.

La nature, selon que l'on prend les extrêmes des approches sociologique ou écologique, correspond à deux visions du réel dont l'une est la quasi-antithèse de l'autre. D'une part, l'affirmation de la complète autonomie du social considère la nature comme un résultat, voire un produit à la fois idéel et matériel, de l'activité humaine. On ne renvoie en fait que l'homme à lui-même à travers ses réalisations dans la nature. La nature est en quelque sorte un pur produit social. Ceci sous-entend d'ailleurs une totale malléabilité de la nature, qui se laisserait aller à toutes les transformations imposées par l'homme, de même que cela sous-entend une maîtrise totale de l'homme sur la nature. De nombreux exemples montrent cependant les limites de cette hypothèse, et l'on sait bien que, quand, dans certains cas, des sous-écosystèmes sont transformés et apparemment maîtrisés par l'homme, cela induit souvent des répercussions incontrôlées (et incontrôlables) sur le système plus vaste (2). Mais malgré ces échecs d'aménagement patents (3), la tendance à percevoir la nature comme une seule production sociale persiste, peut-être également parce qu'elle promet une maîtrise technique quasi totale sur la nature et qu'elle contribue à chasser cette fameuse " peur de la nature " (4).
" Quel que soit le bout par lequel on prend le problème de la nature, dès qu'on force l'hypnotisme têtu des apparences, on retrouve toujours l'homme, son travail, son ordre social [...]. Telle qu'elle nous entoure, elle n'est rien d'autre que l'idée humaine de la nature devenue radicalement extérieure à elle-même et finalement incarnée, lorsque le rapport des forces sociales l'autorise, en une forêt des Landes ou en un parc de la Vanoise ". (5)
Le problème que soulève ce type de théorie n'est pas tant le fait qu'elle proclame une intervention et une transformation humaine de la nature, ce qui est bien entendu exact, mais de ce qu'elle pose la différence irréductible de l'homme et de la nature, et qu'elle nie cette dernière en la réduisant à un pur produit social. Cette manière de voir n'est pas neutre, et elle ne se retrouve pas seulement dans les débats scientifiques. Elle existe, sous des formes différentes et quelques fois moins prononcées, dans diverses catégories sociales ou groupes sociaux.
D'autre part, dans la vision " écologiste " caricaturée ici, la nature, non seulement est créditée d'une réalité extra-humaine, mais son fonctionnement peut être appréhendé en dehors de toute intervention humaine. L'écosystème est posé comme une entité auto-régulée, complexe et complète dans son essence même, tel qu'il peut être observé, et l'homme apparaît plutôt en surnombre dans un ensemble qui fonctionnerait parfaitement sans lui (6).
C'est ce courant de pensée qui porte sans doute le mieux l'idée de protection de la nature, où protéger veut dire dans certains cas soustraire de l'action humaine, comme dans l'exemple des réserves naturelles. Il faut noter, et la grande majorité des protecteurs de la nature en est consciente, que même dans le cas d'une réserve naturelle intégrale, sans aucune intervention humaine dans le fonctionnement de l'écosystème, le social n'est pas absent pour autant. Dans nos régions fortement peuplées, la portion de territoire laissée à elle-même dépend d'un choix humain qui est lui-même le résultat d'un rapport social entre des groupes à intérêts quelquefois divergents. Nous pensons, et nous essayerons de le montrer plus loin, que la définition de la nature n'est pas univoque, mais qu'elle est dépendante du niveau (de l'individu, du groupe social, de la société) auquel on se place.
Pour en revenir aux deux notions opposées évoquées ci-dessus, il apparaît que, dans un cas comme dans l'autre, la réflexion se heurte au fait qu'est proclamée, dans les deux manières de penser, une irréductibilité de l'homme et de la nature. Or la réalité montre là aussi que tel n'est pas le cas. Il suffit de penser à la critique qui est faite aux champs de maïs du Ried en raison de leur caractère manifestement anthropique, alors que par comparaison les prairies, pourtant également anthropiques, sont présentées comme naturelles et mériteraient d'être protégées. Tout se passe comme si la nature était, dans le cas de modifications nettes du milieu, assimilée à l'état antérieur.
Le fait que les deux protagonistes les plus virulents engagés dans le projet d'aménagement de l'Ill domanial se retrouvent aussi dans les sphères de deux courants de pensée radicalement différents ne relève certainement pas du hasard. Il explique sans doute pour une bonne part un certain antagonisme qui subsiste entre les deux camps, malgré le compromis matérialisé par la charte des zones inondables. Cet antagonisme s'est d'ailleurs de nouveau révélé lors de l'annulation par le tribunal administratif de la déclaration d'utilité publique des travaux de curage de l'Ill (5 juin 1992). Suite à cette annulation, les organisations agricoles, suivies par les pouvoirs publics, ont demandé l'exclusion des protecteurs de la nature du comité de pilotage. Cette attitude peut s'interpréter comme la volonté des structures agricoles de ne pas se laisser déposséder des prérogatives de gestion de l'espace rural au profit de nouveaux arrivants tels que les protecteurs de la nature (7).

[R] Trois groupes et leurs natures

Les deux versions de possibles rapports à la nature présentées ci-dessus sont caricaturales dans le sens où ce sont des aspects extrêmes. Ce sont des types idéaux, au sens de la définition de Max Weber, dont on retrouve certaines caractéristiques dans des groupes sociaux engagés dans la problématique environnementale. C'est à partir du conflit autour de l'Ill domaniale que nous allons examiner de manière plus précise quelles sont les représentations de certains groupes sociaux engagés dans ce projet. Les trois groupes retenus, à savoir les agriculteurs, les pêcheurs et les protecteurs de la nature, ont été choisis car ils correspondent a priori à trois approches différentes de la nature (8).
Du point de vue méthodologique il a fallu s'assurer que les groupes en question, ou du moins les personnes interrogées, développaient bien une culture de groupe en ce qui concerne l'objet de l'étude. L'analyse a porté sur des personnes appartenant à des réseaux de connaissance étroits (agriculteurs du Ried, protecteurs de la nature responsables actifs de la fédération Alsace Nature ex-AFRPN, pêcheurs responsables au sein de la Fédération de pêche du Bas-Rhin). Il convient de noter d'emblée que deux des trois groupes fonctionnent comme des utilisateurs directs de la nature dans le cadre des activités de leur groupe, l'un à titre professionnel (agriculteurs), l'autre à titre ludique (pêcheurs) alors que les protecteurs de la nature ne sont pas des utilisateurs directs de la nature dans le cadre de leur engagement. Ils le sont bien évidemment à d'autres titres mais qui ne sont socialisés ni de la même manière, ni au sein de l'activité du groupe. Cet aspect est à prendre en compte dans l'étude des représentations de la nature dans la mesure où les pratiques n'y sont pas liées de la même façon selon le groupe.
La méthode a consisté à interviewer les représentants de chacun des groupes sociaux au moyen d'un questionnaire et de la présentation de trois photographies (voir ci-contre) de rivières allant de la plus aménagée à la plus " sauvage ". Les questions visaient à cerner quel type de nature était spontanément évoqué par les répondants, mais également quel degré d'intervention humaine était jugé compatible avec la perception de la nature du répondant. Les propositions ont ensuite été testées avec une échelle de valeur appliquée à des concepts dont certains évo-quent une nature non maîtrisée par l'homme (inondations, friches, ma-rais). A partir de cette analyse, nous tenterons de construire un idéal-type des représentations de la nature propre à chaque groupe.

3 photos

Les réponses permettent de constater des différences sensibles dans l'approche de la nature en fonction de l'appartenance à tel ou tel groupe. Les réponses sont rela-tivement homogènes au sein de chaque groupe et permettent de dé-gager des aspects caractéristiques. Sur les graphes de la page suivantes tableaux ci-après sont ré-sumés les éléments les plus signifi-catifs. Pour chaque terme et photo-graphie on a demandé aux répon-dants de donner leur appréciation sur une échelle comprise entre très négatif (- 2) et très positif (+ 2)

Ci-contre, de bas en haut :
- la rivière domestiquée : rives entretenues, abords cultivés ;
- la rivière sauvage : le Bornen, diffluence de l'Ill ;
- la rivière aménagée : le plan d'eau du parc de la Citadelle à Strasbourg.

[R] Les agriculteurs

Pour l'agriculteur, la nature repré-sente essentiellement ce qui est autour de l'homme.
" La nature est un tout, un en-semble dans lequel vivent et tra-vaillent des gens. "
Elle est en fait le cadre de vie, l'outil et le lieu de travail pour les agriculteurs et à ce titre il paraît normal qu'elle évolue en fonction des techniques agricoles. Les agri-culteurs disent se sentir à l'aise dans leur cadre de vie (notamment en comparaison avec les gens de la ville), mais ce cadre de vie est plutôt une campagne humanisée que la nature sauvage.
La nature est avant tout ce qui existe autour de l'homme-agricul-teur, c'est-à-dire ce qui est travaillé. C'est sans doute pour cette raison que l'entretien de la nature est un élément important dans la per-ception esthétique de la nature. Puisque la nature est produite par l'agriculteur, elle doit être entrete-nue. On pourrait dire que la na-ture est belle parce qu'elle est entretenue. Les broussailles, les friches ne sont pas natu-relles, ou plutôt elles ne font pas partie de la nature de l'agriculteur.

a : agriculteurs ; p : pêcheurs ; e : protecteurs de la nature.

Le jugement des photographies de rivières montre également très nettement que l'interventionnisme humain dans la nature est en général très apprécié.
" Si vous prenez une forêt coupée, où après rien n'est fait, il y aura des haies des ronces, des lianes, mais sans doute plus de beaux arbres (...), il faut replanter. "
On peut rappeler ici que cet interventionnisme n'est pas le seul fait des agriculteurs, mais qu'il se retrouve de manière très nette dans d'autres catégories et en particulier chez les cousins (ne serait-ce que du point de vue de l'étymologie) des agriculteurs : les sylvi-culteurs. Là aussi la forêt sauvage est soit impossible, soit à amé-nager de toute urgence. La forêt sans l'homme est une sorte de hantise du forestier car une né-gation de sa mission d'aménageur, et de là a dérivé très vite la notion selon laquelle la forêt ne peut pas exister sans le forestier (9). Cette idéologie, car il s'agit d'une idéologie, dé-note une volonté de main mise sur la nature et se tra-duit par des aménagements (plantations rectilignes, engrillage-ments...), aussi influencés par l'école allemande du début du XIXe siècle, et qui subliment la notion d'ordre et de hiérarchie. Il est curieux de constater que cette idéologie là n'est ni critiquée, ni même évoquée, par les actuels pourfen-deurs de l'écologie.
La nature agricole idéaltypique est un espace autour de l'homme, géré, d'autant plus beau qu'il est plus entretenu.

[R] Les protecteurs de la nature

La nature représente principalement ce qui est non humain ou mieux, ce qui est sans humains. Les termes " sauvage " et " non-intervention humaine " reviennent fréquemment. Tout se passe comme si la quantité de nature était inversement proportionnelle au degré d'intervention humaine.
" La nature, c'est la vie sauvage, l'ensemble des choses pas in-fluencées par l'homme. "
Même si la nature sauvage est, en général, préférée à la campagne humanisée, cette dernière n'est pas totalement rejetée, mais son intérêt dépend du degré perceptible de l'intervention humaine. Ainsi, le Ried tel qu'il était encore il y a 30 ans est un compromis acceptable entre nature et activité humaine. L'ambiguïté du caractère naturel de la nature est bien perçue, surtout concernant des milieux anthropisés comme le Ried, mais elle est levée par des critères scientifiques tels que la biodiversité qui est considérée comme un indicateur de " naturalité ". Bien que l'être humain soit perçu comme faisant partie de la nature, il est de plus en plus assimilé à un perturbateur du milieu. Il n'est donc pas étonnant de constater que la nature est d'autant plus belle qu'elle est moins entretenue.
" Pour moi, une forêt est belle parce qu'elle n'est pas entretenue... L'absence d'entretien permet la diversification de la vie... et apporte l'inattendu. "
Les choix portés sur les photographies résument bien l'attitude vis-à-vis de l'interventionnisme humain dans la nature. L'excès d'intervention, quand il est perçu, est condamné, tandis que la " symbiose équilibrée " (10) est appréciée au même titre que la nature sauvage. Les protecteurs de la nature se caractérisent également par leur sentiment d'être une espèce animale parmi d'autres et par le fait que le besoin d'être en contact et de voir vivre ces autres espèces semble très présent.
" Ce que je veux c'est que partout où on pourrait être, il existe encore des milieux qui soient à développement spontané, qu'on ne maîtrise pas complètement ... et qui apportent l'émotion, en fait ".
La nature écologique idéaltypique est un espace sauvage, sans intervention humaine, d'autant plus intéressant qu'il est moins aménagé.

[R] Les pêcheurs

La nature évoquée par les pêcheurs concerne essentiellement l'eau en tant que milieu de vie des poissons, mais également le milieu environnant de la rivière. La pêche est en même temps une passion et un " prétexte " pour approcher une nature relativement sauvage. Le degré d'intervention humaine acceptable dans la nature est perçu de manière moins homogène que dans les deux autres groupes. Alors que la nature sauvage semble être préférée à la campagne, cette nature mérite quand même d'être entretenue. Mais les opinions sont contradictoires à ce sujet.
" Il faut que la forêt soit entretenue, il y a des gens compétents pour le faire. "
" Chez nous en Alsace, l'entretien de la forêt ne paraît pas indispensable, mais elle doit être surveillée. "

Pour les rivières la préférence va nettement à la rivière moyennement aménagée, mais la rupture est moins nette que chez les protecteurs de la nature entre la rivière canalisée et la rivière embâclée. Si l'intervention dans la nature est perçue moins négativement chez les pêcheurs que chez les protecteurs de la nature, cela est peut-être dû au fait qu'à la différence des protecteurs et à l'instar des agriculteurs, les pêcheurs se placent dans l'écosystème en tant que partenaires directement actifs (et non pas contemplatifs). L'intervention est donc une fonction normale de l'activité (pêche, alevinage, tendance à la régulation des prédateurs - hérons, loutres).
La nature idéaltypique du pêcheur est un espace relativement sauvage mais néanmoins contrôlé et géré.

[R] En conclusion :

A travers un indicateur principal qui est la perception de l'intervention humaine dans la nature, nous avons tenté de dégager trois types de nature correspondant à trois groupes sociaux. Ces trois natures pourraient être :
- la nature produite pour les agriculteurs,
- la nature sans l'homme pour les protecteurs de la nature,
- la nature contrôlée pour les pêcheurs.
Il s'agit bien entendu de types idéaux qui n'ont pas la vocation de présenter toutes les facettes de la réalité. Celle-ci est évidemment plus complexe et plus diverse. Cette analyse ne concerne pas non plus l'ensemble des schèmes de pensée et de perception qui sont à l'oeuvre face à la nature, ni une conception historique avec toutes ses variantes des représentations de la nature. Si l'approche de la nature peut être modelée par l'appartenance à tel ou tel réseau ou groupe social, elle procède également, du moins au plan théorique, d'un rapport individuel (11) et de normes imposées par la société globale.

Cet article a été publié dans la Revue des sciences sociales de la France de l'Est, n° 20, 1992/93, université des Sciences humaines, Strasbourg, sous le titre " Les constructions imaginaires de la nature en Alsace. Quelques aspects de leur diversité ".


[R] Encadré

Le conflit autour de l'aménagement de l'Ill s'est cristallisé au début des années 1980 entre, d'un côté, les agriculteurs promoteurs d'un projet d'aménagement de la rivière afin de favoriser la culture du maïs dans une zone inondable traditionnellement prairiale (le Ried) et, de l'autre, les protecteurs de la nature, opposés au projet et promoteurs d'une agriculture herbagère respectant le Ried inondable. D'autres groupes ou agents sociaux ont participé au conflit, comme les pêcheurs, les chasseurs, les kayakistes, les scientifiques, l'Etat (direction de l'Agriculture en tant que maître d'oeuvre de l'aménagement) et les élus (communes et conseil régional). Le conseil régional a tenté d'arbitrer le conflit et de trouver un consensus entre les différentes parties. Il a mis en place un comité de pilotage regroupant les différents protagonistes, chargé de contrôler les travaux de curage sur l'Ill et de mettre en oeuvre la charte des zones inondables de l'Ill dont l'objectif est le maintien des prairies du Ried par le soutien à une agriculture intégrée.


Notes
(1) Il s'agit ici de l'écologie au sens scientifique dans son appréciation classique du fonctionnement des écosystèmes. Il n'est pas question à ce niveau d'entrer dans le débat à travers lequel certains voudraient faire croire que l'écologie est porteuse de tous les totalitarismes. Ces tentatives de diabolisation de l'écologie relèvent davantage d'une attitude défensive de la part d'une idéologie dominante face à des courants de pensée perçus comme menaçant cette domination.[VU]
(2) Voir les fameux exemples des aménagements hydrauliques où chaque intervention en appelle un autre qui chaque fois ne fait qu'amplifier les problèmes plus en aval, et dont les innondations récentes (1995) sont pour partie une nouvelle illustration. [VU]
(3) ces aménagements ne sont pas promus en tant que tels par la sociologie, mais il nous semble qu'ils procèdent de la même démarche intellectuelle. [VU]
(4) Terrasson F., la peur d ela nature, Paris, 1998. [VU]
(5) Delbos et Jorion, 1968. Le naturel ou le réel forclos. in Cadoret et al.: Chasser le naturel... Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris. [VU]
(6) Tout comme certains sociologues, le rapprochement des deux disciplines à travers les travaux interdisciplinaires a, dans certains cas, contribué à relativiser ces approches qui sont, répétons-le présentées ici dans le cadre de cet article.[VU]
(7) Le développement de cette analyse, qui fait l'objet d'une recherche en cours, nous mènerait trop loin dans le cadre de cet article.[VU]
(8) La différence de perception de la nature a pu être approchée à l'occasion des interventions de ces différents groupes sociaux lors du conflit autour du projet d'aménagement. [VU]
(9)Cette présentation est idéaltypique, tout comme pour les autres groupes sociaux. Nous ne prétendons pas que tous les forestiers perçoivent la forêt de cette manière, mais la grande majorité des écrits et des discours émanant par exemple de l'ONF sont très nettement liés à une telle perception.[VU]
(10) Il resterait à définir ce qu'est une symbiose équilibrée dont la perception varie très certainement en fonction des individus et des groupes.[VU]
(11) Sur la question du rapport individuel à la nature, voir le remarquable ouvrage de François Terrasson, la peur de la nature, op.cit.[VU]

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