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L'exposition
par
Hervé This
Physico-chimiste INRA, Laboratoire de chimie du
Collège de France
D'accord, je ne suis pas impartial : membre du
Comité scientifique de l'exposition "A table !",
l'alimentation en questions , je ne vais certainement
pas en dire du mal. Est-ce toutefois une raison
suffisante, la faute étant avouée,
pour ne pas vous dire, sincèrement, combien
je trouve cette exposition passionnante ? Le dire
ne suffit pas, je dois m'expliquer.
Il s'agit
donc d'une exposition intitulée "
A table ! ", réalisée en coproduction
par le Palais de la découverte et l'INRA
. Voilà qui est alléchant pour au
moins trois raisons.
Il y a tout d'abord ce " nous " : nous
mangeons de la culture, du munster en Alsace,
du cassoulet dans le Sud-Ouest, des galettes de
blé noir en Bretagne
Toutefois, nous
qui mangeons de la choucroute gagnons à
savoir comment mangent ceux qui se nourrissent
de cassoulet, et inversement : on connaît
les peuples, dit-on, quand on sait ce qu'ils mangent.
Au Nord, au Sud, à l'Ouest ou à
l'Est
Ce qu'ils mangent, ce qu'ils ont mangé,
ce qu'ils mangeront
Puis il y a l'INRA, institut de recherche scientifique.
Oui, science, exploration du monde, en l'occurrence
du monde alimentaire, sous toutes ses facettes.
Ce que je trouve merveilleux, à l'INRA,
c'est cet ancrage dans le réel, dans le
quotidien, des questions qu'explorent mes collègues
et moi-même. Nous ne comptons pas les anges
sur la tête d'une épingle !
Enfin, il y a le Palais de la découverte,
qui mérite vraiment le nom de palais, tant
il y de beautés dedans. Des beautés
actives : " J'écoute, j'oublie ; je
vois, je me souviens ; je fais, je comprends ",
dit le proverbe chinois. Au Palais de la découverte,
on expérimente, précisément
parce que la science n'est pas élucubration,
mais exploration du monde, du vrai monde, celui
où nous vivons. Merveilleux Palais de la
découverte qui, jour après jour,
depuis tant de décennies, accueille les
enfants, les vrais et ceux qui le sont restés,
mais aussi ceux qui ont grandi, pour leur montrer
combien la vie est belle quand le science nous
montre les beautés insoupçonnées
du monde.
Au total,
l'exposition " A table ! " ne sera donc
pas de la science contemplative et abstraite,
mais du concret actif : bien sûr, il y aura
à lire, beaucoup même, mais, surtout,
il y aura des expériences, des jeux interactifs,
des objets insolites
Une foule de choses
à faire, afin d'occuper les mains aussi
bien que la tête. Et puis, il y aura à
humer, à goûter, bien sûr.
Une exposition complète. Dans l'idée
générale, l'exposition " A
table ! " a des lignes de force : l'alimentation,
c'est la vie
même si des risques existent
; la recherche doit favoriser plaisir, sécurité,
qualité, goût, santé
sans oublier la suffisance alimentaire mondiale.
Sur
1000 mètres carrés, pendant 9 mois,
les salles permanentes bourdonneront d'activités
: café des sciences, débats, semaines
thématiques, espaces des partenaires
"L' alimentation en questions " (c'est
le sous-titre de l'exposition) examinera les points
suivants :
- d'où
vient ce que je mange ?
- est-ce que je mange bien ?
- que mangera-t-on demain, en France et dans le
monde ?
Voulez-vous faire un rapide tour des salles ?
La "
Symphonie des bouches " vous accueille, avec
son robot majordome, qui vous invite à
un ballet multimédia. Des assiettes, des
questions
auxquelles la suite de l'exposition
répond.
La salle
suivante, " A chacun sa nourriture ",
est tapissée d'assiette, sur une grande
nappe. Les assiettes ne sont pas muettes, loin
s'en faut : touchez-les, sentez-les, observez
les images qu'elles vous donnent et découvrez
combien ce que vous mangez est votre culture.
Revenons à l'idée initiale : les
assiettes vous font faire un tour du monde de
l'alimentation des peuples. Un bain de culture,
puisque qu'histoire, religions, symbolique
sont mêlés. Au centre de la salle,
des fûts pleins des principales denrées
alimentaires mondiales présentent des objets,
des films, des jeux. Des sciences humaines concrètes,
actives !
L'approche
spatiale se complète aussitôt d'une
approche temporelle : 1000 ans d'histoire alimentaire
sont brossés. La grande nappe graphique
est ponctuée d'objets symboliques et aussi
de bandes-son. Ici, on lit, on regarde
et
on apprend ce que nous devons aux Gaulois, aux
Arabes
Et l'on
arrive dans la grande salle où l'on joue.
Le " jeu de l'assiette " dira à
chaque visiteur s'il mange de façon équilibrée.
Le calcul se fait sur quatre jours, et chacun
apprend à manger.
La salle
suivante me plaît évidemment beaucoup
: c'est une " salle du goût ",
qui pose la question " la cuisine est-elle
un laboratoire " ? Sciences et cuisine, mon
sujet favori, celui auquel je consacre ma vie,
parce que ce que nous mangeons, c'est, dans notre
assiette, le travail de celle ou celui qui nous
aime tant qu'il s'est donné du mal pour
nous nourrir. La cuisine, on ne le dira jamais
assez, c'est de l'amour donné, et de l'amour
partagé. De la technique, aussi, de sorte
que la compréhension des gestes culinaires
conduit à leur perfectionnement. De l'art,
enfin, car la pincée de noix muscade que
la cuisinière ou le cuisinier met dans
le soufflé au Roquefort n'est pas obligatoire.
C'est un choix, une façon d'exprimer sa
culture, son idée du Beau. Bref, la cuisine,
c'est cette merveilleuse alliance de tant de faits
culturels que
arrêtez-moi, je risque
de m'y éterniser.
Terminons seulement en signalant que, dans cette
salle du goût, on expérimentera beaucoup
en cuisine. Qu'est-ce que le goût ? Comment
éviter que les mayonnaises ne tournent
? Comment faire des viandes tendres ? Comment
cuisiner les légumes autrement qu'à
l'eau ? Comment faire un bon bouillon
La chaîne
de production est présentée dans
la salle suivante. Oui, parlons de l'industrie
alimentaire, sans laquelle nous ne pourrions nous
mitonner les délicieux petits plats que
je viens d'évoquer. Pour faire des spaghettis,
nous pouvons naturellement broyer de la semoule
à force de bras et, difficilement, faire
des spaghettis plus gros et moins beaux que ceux
du commerce, mais des industriels ont acquis un
savoir-faire qu'ils nous présentent ici.
J'ai parlé des spaghettis, parce que l'exposition
présente effectivement une machine à
faire des pâtes, mais nous verrons aussi
des yaourts se réaliser (qui d'entre nous,
dans sa cuisine, en fait d'aussi bons que ceux
qui figurent sur les rayonnages des commerces
?), des opérations de microfiltration du
lait, de surgélation
Nous verrons
combien de soin l'industrie prend pour nous proposer
des aliments sains et de qualité : détection
des corps étrangers, atmosphères
protégées, emballages
Des
expériences, à nouveau, des jeux,
des films, des bornes interactives
Chacun
sortira avec le produit réalisé
sur place : attention, il devrait y avoir foule
dans cette salle où vous aurez toutes les
réponses à toutes vos questions,
grâce aux animateurs présents.
Soyons
honnêtes, ne nous cachons pas derrière
notre petit doigt : personne n'a oublié
les " crises alimentaires ". Il fallait
une salle où l'alimentation soit "
en question ". Elle y est. On y évoque
les fraudes, les crises, mais aussi les précautions
qui sont prises pour éviter ces dernières.
Mieux encore, on apprend en jouant, à l'aide
d'un réfrigérateur modèle
(au fait, êtes-vous certain que le vôtre
soit bien à une température assez
basse ? et quelle doit être cette température
? rendez vous dans la salle " du danger au
risque ", pour l'apprendre, parmi mille autres
connaissances.
Crise,
crise
Il y a aussi ce grand débat
sur la génétique. Je ne vous assénerai
pas ici que l'agriculteur a toujours sélectionné
les animaux et végétaux destinés
à la consommation, je ne redirai pas que
le blé de nos ancêtres préhistoriques
était une chétive plante qui a été
domestiquée, pour devenir les remarquables
blés modernes. Non, car cette salle n'a
pas non plus cette prétention de vous faire
croire ce que vous refusez peut-être. Cette
salle " transformations génétiques
", c'est, à mon sens, la salle de
la véritable démocratie. Un film
montre les diverses positions vis-à-vis
de la génétique, des OGM, dont on
parle tant. D'abord on explique comment on peut
introduire un ou des gènes dans le patrimoine
d'un organisme, puis des personnalités
représentatives de divers courants discutent
du bien fondé de cette " transgenèse
" qui fait tant peur à certains.
Un vieux
dicton allemand dit : " Man ist was man isst
" , nous sommes ce que nous mangeons. Ce
n'est pas vrai, car je ne suis pas une vache si
je mange de la vache .En revanche, il est exact
que les molécules qui composent l'aliment
sont transformées par mon organisme, qui
les modifie chimiquement (oui, nous-mêmes
sommes tout entier chimie !) pour construire et
entretenir notre organisme. D'où deux salles
indispensables. La première sur les nutriments,
et qui répond à la question "
de quoi les aliments sont-ils composés
" et à quoi servent les aliments ?
Plusieurs réponses sont données.
La première est expérimentale :
nous mettrons littéralement les mains dans
un système digestif grossi, dans l'estomac,
dans l'intestin grêle, dans la bouche, pour
digérer les aliments. C'est la partie physiologique,
qui s'enrichit d'une foule de dispositifs et d'objets.
Des éprouvettes présentent ces fameux
" nutriments ", dont nous apprenons
-enfin !- ce qu'ils sont. Nous pédalons
pour calculer l'énergie que nous dépensons,
et nous apprenons à manger sainement. Puis
une seconde salle, " dans le corps ",
montre ce que ces nutriments deviennent dans l'organisme.
Une salle gonflable, oui, vous verrez, qui nous
donne la sensation d'être dans le corps
mangeant.
Et
demain ? Que mangerons-nous ? Aurons-nous tous
à notre suffisance ? La planète
sera-t-elle assez grande pour nourrir toute l'humanité
? Mangerons-nous des tablettes nutritives, comme
le prévoyaient des chimistes du siècle
passé ? Comment perfectionner les aliments
? Est-ce souhaitable ? Mieux encore, quel futur
alimentaire voulons-nous ? Deux salles, "
et demain ? " et " la planète
nourricière ", ce n'est pas de trop
pour examiner ces questions auxquelles la population
française tout entière ne pourra
échapper.
Ah,
j'oubliais une précision importante : je
n'ai évoqué que les expériences,
les jeux, les films, mais tous les murs sont des
rendez-vous où l'on apprend. Il y a aussi
à lire, à contempler, à entendre,
à méditer, à comprendre.
Les espaces d'exposition sont complétés
par la librairie, par des fiches que chacun emportera
s'il veut continuer de comprendre ce qu'il mange.
Le Palais de la découverte s'ouvre aux
enfants, mais aussi aux adultes, pour une exposition
que nous avons voulu appétissante, comestible
et digeste.
Bonne visite.
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