Organisme public de recherche impliqué
dans les sciences de la vie, l'INRA ne saurait rester indifférent
au débat qui se développe autour de la "brevetabilité du vivant".
Même s'il prend un relief particulier dans le domaine du génome
humain, ce débat soulève aussi, dans les domaines du végétal,
de l'animal et des micro-organismes, des questions lourdes d'enjeux
éthiques, socio-économiques, environnementaux, qui interfèrent
avec les relations science - société.
L'INRA est profondément attaché à
sa vocation de service public. Mais ceci n'est pas incompatible
avec une politique raisonnée de protection par brevets des résultats
de nos recherches qui peut contribuer à cet objectif.
- Mettre les résultats de la recherche dans le domaine public
revient en effet à les mettre gratuitement à disposition de tous,
donc aussi des oligopoles multinationaux concurrents des filières
pour lesquelles nous travaillons. Cela revient donc à ce que le
contribuable français (qui finance l'Institut) paye pour la concurrence
! De plus, cela permettrait à des entreprises concurrentes de
développer - à partir des résultats publiés de la recherche publique
- des innovations qu'elles ne manqueraient pas de protéger par
brevets et dont l'accès pourrait être interdit aux entreprises
françaises, les plaçant dans une situation de dépendance juridique
et économique.
- Le brevet n'est pas un droit de propriété sur l'invention, mais
confère un droit d'exploitation. La confusion est fréquente à
ce sujet. Or, un brevet ne donne pas une autorisation de mise
sur le marché qui relève des autres réglementations applicables
(ex. des OGM).
La qualité du détenteur du
brevet est aussi à prendre en considération. Quand l'INRA protège
ses innovations par brevet, ce n'est évidemment pas pour en interdire
l'accès, mais au contraire, comme instrument d'une politique de
transfert, de valorisation, d'ailleurs inscrite dans nos missions.
Dans notre cas, le brevet est un vecteur de concessions de licences
qui peuvent être non-exclusives, non discriminatoires et à des
conditions très avantageuses pour le plus grand nombre d'opérateurs
concernés.
- Dans le domaine du vivant,
les brevets ont des applications plus lointaines mais aussi un
rôle plus stratégique . Là encore, si seules des entreprises multinationales
étrangères détenaient des brevets "amont", nous serions, pour
les raisons précitées, dans une situation de dépendance gravement
préoccupante. A contrario, la détention de tels brevets par des
organismes publics doit permettre à la France et à l'Europe de
tenir leur place - aux plans scientifique et économique - dans
le concert des Nations et favoriser, par le biais de l'octroi
de licences, l'accès de nos filières aux innovations concernées.
- Enfin, le brevet n'est aucunement
incompatible avec des publications, une fois son dépôt effectué.
Il est d'ailleurs lui même une publication (il est publié au bout
de 18 mois) et participe donc du progrès des connaissances, qui
est aussi l'une de nos missions premières.
Ces explications n'occultent pas le fait que nous avons assisté
à des dérives dans la mise en œuvre du droit des brevets, dans
le domaine du vivant, auxquelles évidemment l'INRA ne saurait
souscrire.
En particulier, notre choix - partagé par l'ensemble de la communauté
académique - est un accès libre aux séquences de gènes, ces connaissances
devant être mises dans le domaine public. Le brevet doit être
réservé aux inventions donnant réellement une solution technique
et la différence avec les simples découvertes doit être clairement
respectée.
Les modalités d'accès à nos innovations brevetées doivent clairement
préserver l'intérêt public. Nous avons saisi le comité d'éthique
de l'INRA (Comepra) pour formuler des recommandations en ce sens.