Identification
d'un gène à effet majeur sur la qualité de la viande de porc
Le gène RN impliqué dans la qualité de la viande de porc a été
identifié par un consortium de laboratoires européens. Ces travaux
sont publiés cette semaine dans la revue Science (édition du 19
Mai) et ont fait l'objet d'un dépôt de brevet. La mutation de
ce gène entraîne une altération du fonctionnement énergétique
du muscle, ayant une influence néfaste sur la qualité de la viande
et l'aptitude à la fabrication de jambon. Un test génétique a
été mis au point et permet de détecter les animaux porteurs de
la mutation. L'identification de ce gène apporte de nouveaux éléments
sur la connaissance du métabolisme énergétique en général et pourrait
avoir des retombées dans le traitement de maladies génétiques
chez l'homme, telles que certains diabètes.
Des recherches antérieures avaient montré que la forme mutée et
dominante de ce gène (appelée allèle RN-) est fréquente dans le
monde dans les populations de porcs de race Hampshire, ainsi que
dans les lignées contenant du sang Hampshire. L'effet défavorable
de cet allèle RN- a été montré à l'origine sur le rendement à
la cuisson du jambon blanc. L'allèle RN- a également un fort effet
négatif sur la qualité de la viande (acidité et capacité de rétention
d'eau), ainsi que probablement sur la tendreté de la viande. L'effet
primaire de la mutation du gène RN est un fort excès de glycogène
musculaire (le glycogène est la forme de stockage des sucres,
principalement dans le foie et le muscle). Malgré un effet positif
limitant les dépôts de graisse chez l'animal, cet allèle muté
RN- est globalement défavorable, et les sélectionneurs porcins
souhaitent sélectionner des animaux porteurs de l'allèle normal
rn+.
A l'issue d'une étude détaillée, le consortium a identifié le
gène RN responsable des effets observés : c'est un gène (PRKAG3)
codant pour une forme encore inconnue et spécifique du muscle,
d'une sous unité de la protéine AMPK (kinase AMP-dépendante).
La mutation RN- correspond à la substitution d'un acide aminé
de la protéine. Un test diagnostique sur l’ADN a été développé
et est proposé aux sélectionneurs porcins. La méthode est simple
et efficace et permet de détecter les animaux porteurs de la mutation.
La protéine AMPK est considérée comme un régulateur majeur du
métabolisme énergétique de la cellule eucaryote. Il a par ailleurs
été montré que des mutations du gène équivalent chez la levure
(SNF1) induisaient des défauts graves du métabolisme glucidique
et notamment de l'utilisation du glycogène. Le gène PRAKG3 est
exprimé spécifiquement dans le muscle. Le rôle exact de ce gène
et l'effet de la mutation sur son fonctionnement restent à déterminer,
mais il est possible que ce gène ait un rôle clé dans la régulation
de la capture de glucose par la cellule musculaire, lors de la
contraction musculaire. Il est bien connu que la quantité de glycogène
est un paramètre important de la capacité musculaire et de l'endurance.
Des recherches complémentaires devront déterminer si le gène PRKAG3
influe sur les performances musculaires. Par ailleurs si la protéine
PRKAG3 régule la capture cellulaire de glucose, il sera important
d'évaluer son utilisation possible comme médicament pour le traitement
de certains diabètes non insulino-dépendants de l'homme se caractérisant
par une altération de la pénétration du glucose dans la cellule
ainsi que de la synthèse de glycogène.
Le consortium RN est composé de chercheurs de l'Institut National
de la Recherche Agronomique (INRA, Toulouse, INRA-CEA, Jouy en
Josas ; INRA, Jouy en Josas ; France), de l'Université Suédoise
des Sciences Agricoles (Uppsala, Suède), et de l'Université Christian
Albrechts (Kiel, Allemagne)
Contacts scientifiques :
Dr. Denis Milan, France
Dr. Leif Andersson, Suède
Dr. Christian Looft, Allemagne
Communiqué de presse -
Mai 2000
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