Le fichier d’empreintes
génétiques des chênes européens : un outil pour la biologie évolutive
et pour la traçabilité des produits issus du chêne
Une carte de la diversité génétique des chênes européens vient
d’être construite à l’échelle du continent, sur la base de l’étude
de l’ADN de leurs chloroplastes. Grâce à l’aide de l’Union Européenne,
treize laboratoires issus de huit pays européens ont contribué
à ces travaux, coordonnés par l’INRA (1).
Ces recherches permettent de reconstituer l’histoire de la colonisation
de l’Europe par le chêne après la dernière glaciation. Par ailleurs,
à partir du fichier d’empreintes génétiques constitué au cours
de cette étude, il est possible d’établir l’origine géographique
de tous les produits issus des chênaies : graines, grumes, meubles,
barriques œuvres d’art. L’INRA a décidé de valoriser cet acquis
en transférant son savoir-faire à une jeune start-up, SYLVABIO,
spécialisée dans la traçabilité des produits dans la filière forêt-bois.
La diversité génétique des chênes européens
L’inventaire systématique de la diversité a porté sur plus de
2600 chênaies, ce qui représente un échantillonnage moyen d’une
forêt tous les 40 à 50 kilomètres. Pour aucun autre organisme
vivant, pas même l’homme, un tel inventaire n’a été réalisé. Grâce
à des méthodes d’étude de l’ADN, les chercheurs ont relevé les
“ empreintes génétiques ” de chacune des forêts, ce qui permet
de les identifier, de les distinguer les unes des autres et ainsi
d’établir une carte de la répartition des populations de chênes
sur le continent européen.
Les chênes à la conquête de l’Europe
Les chercheurs ont comparé la cartographie génétique obtenue avec
la répartition et la datation de restes fossiles (2).
Ceci a permis de retracer les voies de migration et de recolonisation
empruntées par les chênes depuis le réchauffement consécutif aux
dernières glaciations. La chênaie européenne s’est ainsi reconstituée
à partir de trois refuges situés en Espagne, en Italie et dans
les Balkans. Ces acquis n’ont pas qu’une valeur historique : ils
sont en effet précieux pour la prédiction des modifications de
végétation dans la perspective des changements climatiques futurs.
La traçabilité moléculaire dans la filière
forêt-bois
Ces travaux font l’objet d’une valorisation plus appliquée, confiée
à SYLVABIO, start-up récemment créée et exploitant des licences
de savoir-faire de l’INRA. Le fichier d’empreintes génétiques
des chênes européens permet en effet d’établir la traçabilité
de tous les produits issus des chênaies, en effectuant des tests
génétiques. Par exemple, pour des opérations de reboisement, il
est possible de retrouver l’origine géographique d’un lot de glands;
à l’autre extrémité de la filière, des travaux sont en cours en
collaboration avec le CTBA (Centre Technique du Bois et de l'Ameublement)
visant à extraire l’ADN du bois et à en étudier les empreintes
génétiques recueillies. Ils pourraient se concrétiser par l’utilisation
de ces empreintes à des fins de traçabilité dans le domaine de
la tonnellerie ou de l’écocertification.
(1) Unité de Recherches Forestières de Bordeaux,
Département Forêts et milieux naturels, Centre de recherche de
Bordeaux-Aquitaine
(2) Ces restes fossiles sont notamment des pollens.
Pour cette étude, les chercheurs ont utilisé des données extraites
de la base de données des pollen géré par l’Université de Marseille
Contact INRA : Antoine Kremer
Contact SYLVABIO : Hugues de Cherisey
Contact CTBA : Philippe Ferro
Contact Université de Marseille : Jacques Louis de Beaulieu
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