2 Février 2001
La recherche publique a trois missions légitimes : production
de connaissance, source d'expertise indépendante et contribution
aux processus d'innovation pour lesquelles les contributions de
la génomique sont essentielles, dès maintenant et dans le futur.
La recherche publique doit donc être très active dans ce secteur.
I - En quoi la recherche publique
en génomique est à la fois légitime et cruciale ?
I.1) acquisition de connaissances et amélioration
des techniques d'acquisition
La génomique est une source irremplaçable de connaissances. Elle
est une base de la biologie moderne. Elle interroge et renouvelle
les autres disciplines en utilisant leurs acquis : biologie cellulaire,
physiologie végétale et animale, santé des plantes et des animaux...
La génomique répond aux objectifs de l'INRA. En effet, préserver
les ressources génétiques, optimiser les pratiques culturales,
concevoir des produits nouveaux, protéger l'environnement, améliorer
les espèces supposent une compréhension approfondie du vivant
que les travaux sur la génomique vont nous aider à obtenir.
Il ne s'agit cependant pas de jouer aux apprentis sorciers ou
de se contenter d'un niveau de sécurité donné. Des études sont
en cours pour améliorer les techniques d'insertion, des marqueurs
permettent de mieux repérer les gènes étudiés. La maîtrise des
techniques de génomique s'accroît régulièrement et doit encore
être poursuivie pour en faire une science conduisant à des innovations
compatibles avec un développement durable.
I.2) Recherche, expertise publique et précaution
Au delà de la connaissance pour elle-même la recherche publique
doit maîtriser de façon correcte toutes les étapes du processus
d'innovation.
En biologie, il faut à la fois savoir et savoir-faire.
Les savoir-faire dans l'innovation variétale ou dans les méthodes
de transgenèse sont nécessaires pour fournir une expertise de
qualité, définir des critères maximaux d'exigence, notamment dans
l'évaluation du risque, indépendante et respectueuse des approches
européennes.
La science n'est jamais certaine. Il subsiste toujours un doute.
Les connaissances sont datées et se construisent sur des controverses.
Il faut explorer ces doutes et ces controverses.
La recherche a un rôle crucial dans la réflexion sur les risques
potentiels. Elle innove dans l'identification des dangers (processus
de développement d'échelle et de mise en œuvre) ou dans l'évaluation
quantitative des risques (analyse des flux de gènes, programme
sur le passage de la barrière intestinale), …).
La recherche investit aussi dans les méthodes d'évaluation (détection
d'OGM, marqueurs pour améliorer la traçabilité). La recherche
publique est une pierre angulaire des contrôles : ceux-ci n'existeraient
pas sans notre apport méthodologique.
Ces analyses et approches d'expertise publique permettent l'application
du principe de précaution.
I 3) La mission de la recherche publique
dans la diffusion des savoirs, en appui à l'innovation
La recherche publique a choisi
de publier les acquis en matière de séquences de gènes. La recherche
publique doit permettre à tous d'utiliser les nouvelles connaissances
même aux moins armés pour mener à bien les phases délicates du
développement
-les PME ;
-les PVD :
-les différents modes de production. Ainsi nous nous sommes engagés
pour le développement de méthodes lutte intégrée, pour des référentiels
d'agriculture biologique, ou d'agriculture durable.
La recherche publique finalisée n'a pas les moyens nécessaires
pour assurer tout le processus d'innovation, mais elle assure
la diffusion des connaissances scientifiques.
La recherche publique finalisée est source de variétés et évite
une concentration trop intense des moyens et des connaissances
dans un nombre restreint de firmes privées ou de pays puissants.
Elle doit permettre le développement de plusieurs objectifs, autres
que seulement rentables : valorisation des ressources génétiques
dans un but de développement local adapté ou pour une meilleure
protection de l'environnement.
L'innovation n'est pas seulement une question de connaissance
nouvelle. Elle est aussi une question de partenaires. L'INRA poursuivra
sa politique de diversification en cette matière et explicitera
comme nous venons de le faire dans la deuxième phase de Génoplante
ses modalités de relations contractuelles.
II - Quels peuvent être les liens
entre science et société
Après avoir insisté sur l'importance de la génomique , j'aimerais
insister sur une question qui est selon moi primordiale aussi
bien pour l'INRA du futur que pour la société du futur : les liens
entre science et société.
II.1) Certains constats peuvent être dressés
de façon intuitive
Le premier constat est celui de la remise en cause et du questionnement,
à la fois de toutes les formes de délégation (pouvoir, décision,
responsabilité) et de représentations (républicaines, ou administratives).
Les institutions de recherche sont parfois critiquées dans leur
rôle de délégué pour la prospective et la production de connaissances.
Le second constat est le rejet des vérités révélées et des évidences.
Les scientifiques et la science sont quelquefois perçus comme
des donneurs de leçons.
Le troisième constat est l'apparition d'un nouveau rapport à la
nature, ressentie comme moins modelable et moins modelée par l'homme.
L'INRA par ses secteurs d'activité, agriculture, alimentation,
environnement est souvent au centre de problématiques sensibles.
Ses objets de recherche deviennent même des questions de société
: modes de production agricole, gestion de l'environnement, application
de la génomique, relations entre l'homme et son alimentation.
II.2) L'ouverture déjà entreprise par l'INRA
L'INRA s'efforce depuis plusieurs années de renforcer les liens
avec la société et ses attentes.
Il s'est doté d'une comité d'éthique et de précaution qui travaille
déjà sur le bien-être animal, sur l'expérimentation, sur la brevetabilité
des inventions biotechnologiques.
Les chercheurs participent à de nombreux débats. Les derniers
en date sont les débats OGM organisés par les associations de
consommateur ou les états généraux de l'alimentation. Des documents
d'information faisant le point soit de l'état des connaissances
les plus couramment admises, soit des controverses scientifiques
ont été publiés par exemple sur les OGM ou les ressources génétiques.
Par ailleurs l'INRA s'efforce de faire s'exprimer toutes les catégories
de personnel, en organisant des débats en son sein. Des lieux
de bouillonnement culturel existent, comme la mission environnement
société.
Il faut cependant aller plus loin.
On nous dit que nous ne nous adressons qu'aux experts. Sortons
de la sphère technique, prenons en compte les remarques et critiques
des non experts, souvent empreintes de bon sens et d'intuition.
On nous reproche d'être donneurs de leçons : explicitons nos hypothèses
et montrons nos incertitudes.
On nous dénonce parfois comme apprenti sorcier et liés au secteur
privé ; soyons encore plus transparents, montrons nos apports
significatifs à la maîtrise et au contrôle de l'innovation, présentons
sans complexe la diversité de nos partenariats.
Tout ceci demande du temps, demande d'engager une ouverture réciproque
et constructive, mais aussi d'aller au delà de l'explication,
de la pédagogie ou de la prise de position. De nouvelles formes
de dialogue doivent être inventées. C'est notre objectif pour
les années à venir : expertise collective (synthèse critique des
connaissances), développement de la communication, échange avec
des partenaires diversifiés.
En conclusion, vous avez compris
que la génomique est un sujet qui nous tient à cœur. De même le
lien avec la société, que l'INRA a toujours su cultiver, entre
dans une nouvelle période et il est présent à la fois dans le
cœur des chercheurs et dans la politique de l'institut. Nous souhaitons
à la fois assumer nos responsabilités et être les promoteurs de
ce dialogue.


Institut National
de la Recherche Agronomique
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Mise en ligne : Avril
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