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2.
GENOMIQUE ET AMELIORATION DES PLANTES
Depuis la préhistoire, les espèces cultivées ont été modelées
en fonction des besoins et des intérêts de l’Homme. Pendant
des millénaires, cela s’est traduit par une sélection inconsciente
et artisanale des caractères favorables (et donc des gènes
qui les gouvernent). Depuis seulement quelques décennies,
l’amélioration des plantes est une activité scientifique
basée d’abord sur une exploitation de la variabilité génétique
naturelle, et depuis peu sur la connaissance croissante
du fonctionnement du génome des plantes dans leur environnement.
2.1. Domestication et sélection
L’homme a toujours cherché, de façon empirique et bien avant
de connaître les lois de l’hérédité, à domestiquer et améliorer
les végétaux qu’il consommait en sélectionnant les plantes
les mieux adaptées à ses besoins. Par exemple en découvrant
et multipliant une plante de blé dont les grains ne tombaient
pas spontanément sur le sol à maturité, il a sélectionné
un mutant affecté dans le ou les quelques gènes contrôlant
ce caractère d’égrenage. C’est une erreur dans la duplication
de l’ADN qui a pu provoquer cette nouvelle caractéristique,
héréditaire si elle touche les cellules reproductrices.
C’est l’apparition naturelle d’un nouveau « mutant ». Une
telle plante mutante livrée à elle-même dans un environnement
naturel n’a aucune chance de se maintenir dans la population
de plantes sauvages puisque toutes les graines de son épi
vont germer au même endroit, créant une situation de compétition
très forte pour le développement des plantules. Elle aura
moins de descendants que la plante non mutante qui sera,
elle, capable de disséminer ses graines sur des distances
beaucoup plus importantes. Pour l’homme, en revanche, l’apparition
suivie du choix et de l’utilisation d’un tel mutant a été
déterminante puisqu’elle lui a permis de multiplier des
plantes de blé dont la récolte des grains était grandement
facilitée.
Cette façon empirique de domestiquer les végétaux en puisant
dans la diversité spontanée des différentes espèces, ayant
pour origine des événements naturels de mutations, de recombinaisons,
d’insertions ou de réarrangements structuraux dans le matériel
génétique, s’est poursuivie jusqu’à la découverte des lois
fondamentales de l’hérédité. La compréhension des mécanismes
de transmission des caractères a permis à l’homme de cumuler
d’une façon beaucoup plus efficace les caractères agronomiques
les plus intéressants dans les variétés qu’il cultivait.
Photo J.-M. Bossennec ©
INRA
|
Mutant de pois afila.
Les feuilles sont remplacées par des vrilles. Il ne
reste que les stipules, à l’insertion des vrilles.
|
Très schématiquement, le sélectionneur qui vise à améliorer
une variété pour un caractère donné (résistance à un pathogène
par exemple ou tout autre caractère qualitatif) va tout
d’abord rechercher une plante de la même espèce, cultivée
ou sauvage, possédant ce caractère puis l’introduire par
croisement dans la variété cultivée. A partir de l’hybride
obtenu, il entreprend ensuite une série de croisements avec
la variété cultivée et sélectionne dans les descendances
successives les plantes qui possèdent à la fois les qualités
de la variété de départ et le caractère nouveau.
Cette façon de procéder est tout à fait classique et concerne
toutes les espèces cultivées. On peut donner l’exemple du
pois, espèce modèle en génétique depuis les travaux de Mendel,
où de nombreuses mutations modifiant l’architecture et la
morphologie de la plante ont été identifiées. Ces mutations
sont apparues la plupart du temps spontanément dans diverses
populations mais on a pu aussi, dans certains cas, augmenter
leur fréquence d’apparition par des traitements mutagènes
particuliers (traitements chimiques, rayonnements ionisants).
Chez des espèces sélectionnées depuis relativement peu de
temps comme le pois protéagineux destiné à l’alimentation
animale, des progrès génétiques importants et rapides ont
été obtenus par l’utilisation de telles mutations à effets
majeurs. On peut citer l’exemple des mutations le (nanisme)
ou afila (modification des folioles en vrilles) qui ont,
entre autres, considérablement amélioré la résistance du
pois à la verse (plantes couchées sur le sol et impossibles
à récolter). Le gène muté le se distingue
du gène sauvage Le, codant pour une enzyme intervenant dans
la voie de biosynthèse des gibérellines (hormones végétales
nécessaires à la croissance des plantes), par un changement
d’un seul nucléotide dans sa séquence, ce qui conduit à
la réduction considérable de l’efficacité de l’enzyme produite
dans le mutant nain. Plus petit, il verse moins.
Depuis toujours le croisement spontané entre espèces différentes
et les échanges d’informations génétiques en résultant ont
contribué à l’évolution des plantes. De nombreuses espèces
actuelles proviennent d’hybridations naturelles (ou de croisements)
entre des espèces différentes. Les génomes du blé et du
colza sont par exemple constitués de la totalité des chromosomes
de leurs espèces parentales. Il est également possible de
transférer par croisement des caractères agronomiques portés
par un fragment de chromosome d’une espèce à une autre,
à condition qu’elles soient apparentées entre elles. L’introduction
d’un caractère particulier d’une espèce dans une autre après
le croisement repose uniquement sur les possibilités de
recombinaisons méiotiques. On ne transfère donc pas un seul
gène, mais un fragment chromosomique portant le gène considéré
ainsi que plusieurs dizaines, centaines ou milliers d’autres.
Chez la tomate, très sensible à des maladies parasitaires
d’origine fongique, bactérienne ou virale, une bonne trentaine
de gènes de résistance à des pathogènes variés, issus d’espèces
non comestibles de la même famille que la tomate, ont ainsi
été transférés par croisement depuis des dizaines d’années.
On peut calculer par exemple que pour la tomate cultivée,
après 10 cycles de croisements successifs avec la variété
de départ, il reste théoriquement dans le génome de la nouvelle
variété un fragment d’ADN de l’espèce sauvage d’au moins
350 000 nucléotides. Ce fragment contient bien sûr le gène
qui a fait l’objet de la sélection, mais celui-ci représente
rarement plus d’une dizaine de milliers de nucléotides.
On a très peu d’information sur la structure moléculaire
de ces “introgressions” de l’espèce sauvage dans l’espèce
cultivée, en dehors du fait qu’elles contiennent le gène
conférant la résistance au pathogène choisi et sans doute
de nombreux autres gènes dont on ne connaît rien. Le recours
à la transgénèse, s’il est un jour accepté par la société,
permettra de n’insérer que l’information génétique nécessaire
à l’expression du caractère amélioré et donc de mieux maîtriser
les conséquences du croisement.
2.2. Connaissance et gestion de
la biodiversité
L’utilisation de la diversité existante des caractères de
chaque individu, leur variabilité, est un principe majeur
de l’amélioration des plantes. De nos jours, la connaissance
des ressources génétiques, qu’il s’agisse des espèces sauvages
ou des espèces cultivées, des variétés anciennes ou récemment
créées par l’homme, est un enjeu considérable. Dans ce contexte,
il est nécessaire de disposer d’une variabilité génétique
large, qu’il faut collecter, caractériser, conserver et
gérer. La caractérisation de la variabilité passe par la
description et l’inventaire de l’ensemble des caractères
des plantes, qu’ils soient visibles (comme la taille de
l’épi, la couleur du grain…) ou invisibles (marqueurs moléculaires).
Par exemple, l’INRA est associé depuis 1983 à un programme
de recherche sur les ressources génétiques du maïs. Les
objectifs du programme sont, à partir du plus grand nombre
possible de populations de maïs, de caractériser leur variabilité
et de définir des stratégies de conservation et de gestion
de cette variabilité, afin de pouvoir l’utiliser en sélection.
La collection rassemble 1200 populations de maïs, dont 270
populations françaises, des populations d’Argentine et du
Chili n’ayant jamais été croisées avec des variétés modernes,
et des populations issues de programmes de sélection. La
biodiversité est étudiée à partir de caractères agro-morphologiques
tels que la précocité de floraison, la taille de la plante,
les caractéristiques de l’épi (longueur, largeur, diamètre)
et du grain (couleur, texture…) mais également à l’aide
d’outils d’analyse du polymorphisme de l’ADN.
L’analyse de la variabilité de l’ADN de 65 populations différentes
a mis en évidence des différences par groupes d’origines
géographiques différentes. Elle confirme la séparation déjà
connue entre les populations européennes et américaines,
et permet une distinction nette entre les populations d’Europe
de l’Est d’une part, et celles d’Europe de l’Ouest et du
Sud d’autre part. Elle montre que les populations françaises
ont vraisemblablement des origines espagnole et italienne.
Enfin, elle révèle que la présence en Europe de l’Est de
populations proches du matériel américain résulte probablement
d’introductions de maïs datant du XIXème ou début du XXème
siècle. L’étude du polymorphisme de l’ADN permet donc de
retracer la généalogie des différentes populations de maïs.
Ce type d’études est indispensable pour constituer des collections
représentatives de la variabilité d’une espèce qui serviront
de réservoirs de gènes aux générations futures.
2.3. Sélection assistée par marqueurs
La Sélection Assistée par Marqueurs (SAM) utilise les données
de la génomique pour améliorer l’efficacité du processus
de sélection et réduire sa durée. Les méthodes classiques
de sélection nécessitent le plus souvent d’attendre le stade
adulte des plantes issues d’un croisement pour identifier
les plantes porteuses des caractères intéressants (taille
de la plante, de l’épi, qualité de la graine…). Par ailleurs,
la détection de certains caractères nécessite la mise en
oeuvre de tests lourds (composition biochimique des graines,
résistance aux maladies).
Certains caractères sont gouvernés pas l’action d’un seul
gène et sont dits de type “qualitatifs” (présence ou absence).
Les caractères de ce type sont transmis de façon simple
dans la descendance de croisements, puisqu’il suffit que
le gène responsable soit transmis à une plante pour qu’elle
ait le caractère désiré. Même si le gène responsable d’un
caractère intéressant n’est pas identifié, il peut être
localisé sur une carte génétique, et encadré par des marqueurs
moléculaires.
D’autres caractères correspondent à la combinaison de l’action
de plusieurs gènes et sont dits “quantitatifs” : le rendement
ou la hauteur des individus peuvent ainsi prendre toutes
les valeurs entre deux extrêmes. Les régions chromosomiques
impliquées dans ces caractères quantitatifs (QTL : Quantitative
Trait Loci) peuvent être localisées sur une carte génétique
à l’aide de méthodes statistiques, et repérées par des marqueurs
moléculaires. Ce travail est réalisé en étudiant la transmission
conjointe des caractères et de marqueurs moléculaires dans
la descendance d’un croisement. Lorsque les QTL sont identifiés
le sélectionneur peut repérer les plantes intéressantes
dans la descendance d’un croisement en se basant sur la
présence des marqueurs moléculaires proches des gènes contrôlant
les caractères recherchés. Les marqueurs moléculaires présentent
l’avantage de pouvoir être détectés facilement et d’être
visualisables à partir d’échantillons d’ADN extraits de
plantes très jeunes. La SAM permet ainsi dans certains cas
de réduire de moitié la durée de la sélection de nouvelles
variétés : de 10 ans pour le colza par exemple, on passe
à 4-5 ans pour la sélection de variétés améliorées pour
la qualité, dans la mesure où la sélection peut se faire
en conditions artificielles à raison de deux générations
de sélection par an, au lieu d’une génération au champ.
A titre d’exemple, un programme européen, débuté en janvier
1998 et prévu sur quatre ans, est en cours pour obtenir
par « sélection assistée par marqueur », grâce aux nouvelles
connaissances et techniques, des pommiers résistants de
manière durable à deux maladies : l’oïdium et la tavelure.
Il s’agit d’une part d’identifier parmi les variétés conservées
dans plusieurs collections de pommiers, dont le Conservatoire
du centre INRA d’Angers, de nouvelles sources de résistance
et d’estimer leur durabilité. D’autre part, les régions
chromosomiques impliquées dans la résistance sont balisées
par des marqueurs moléculaires. La variabilité du pathogène
(différentes races, agressivité variable) est prise en compte
dans cette étude pour identifier les régions spécifiques
d’une race et les régions conférant une résistance à spectre
large. A terme, l’objectif est de cumuler les régions à
spectre large et certaines régions spécifiques dans des
nouvelles variétés pour obtenir un niveau de résistance
satisfaisant et durable. Des résistances fortes monogéniques
peuvent masquer des résistances partielles mais éventuellement
plus durables dans des tests réalisés en vergers ou en serre.
L’utilisation de marqueurs moléculaires, sans lesquels ce
travail n’aurait jamais pu être envisagé, permet de suivre
dans une descendance de croisement toutes les régions chromosomiques
impliquées dans la résistance et de sélectionner les plantes
contenant le plus grand nombre possible de gènes de résistance,
tant les gènes majeurs que les gènes de résistance partielle.
2.4.
Création de plantes transgéniques améliorées
Nous avons vu comment on pouvait transférer, par croisements
et sélections successifs, des gènes conférant des caractères
d’intérêt agronomique dans une variété. Cette façon de procéder,
même si elle a fait ses preuves, n’est pas dénuée dans certains
cas d’inconvénients. Tout d’abord, on ne transfère pas seulement
le gène choisi mais un grand nombre d’autres gènes de fonction
non identifiée. A cela peuvent s’ajouter les problèmes de
stabilité des chromosomes engendrés par des introgressions
de taille trop importantes. Dans bon nombre de cas encore,
des caractères plus ou moins indésirables sont liés au gène
gouvernant le caractère recherché. Il est alors très difficile
de s’en débarrasser et les programmes d’amélioration ne
peuvent pas aboutir.
Le transfert de gène consiste, lui, à introduire une information
génétique nouvelle, déterminée et connue par sa séquence
d’ADN, dans le génome des cellules d’une plante. Le processus
dans ce cas est différent : au lieu de “mélanger” les informations
génétiques de deux plantes et de “trier” dans les descendants
de cet hybride les plantes possédant le caractère recherché,
on introduit seulement le gène conférant le caractère intéressant
dans la variété de départ. Le grand avantage est qu’il est
ainsi possible d’introduire un gène isolé d’une espèce très
éloignée et lui seulement. En contrepartie, il faut avoir
au préalable isolé et caractérisé le gène responsable du
caractère recherché, ce qui n’est pas nécessaire lorsqu’on
utilise les méthodes classiques d’amélioration des plantes.
De plus ces approches sont encore difficilement envisageables
lorsque le caractère à introduire est contrôlé par plusieurs
gènes.
Les plantes obtenues par transgénèse diffèrent donc essentiellement
des plantes pour lesquelles un caractère a été introgressé
par reproduction sexuée par la connaissance précise de l’information
génétique ajoutée ainsi que par la nature de cette information
qui n’est plus nécessairement limitée aux espèces proches.
Il est ainsi possible de faire exprimer chez une plante
un gène conférant un caractère particulier issu d’une espèce
d’un autre règne (animaux, bactéries). De nombreux exemples
sont déjà connus, comme certains gènes de résistance à des
herbicides ou à des insectes, originaires de bactéries.
Des études sont actuellement en cours pour faire produire
par des plantes des molécules pharmaceutiques de diverses
origines difficiles ou coûteuses à produire par d’autres
méthodes ou dans des conditions de sécurité satisfaisantes
(vaccins, polypeptides à usage médical etc.).
|
Plantes
transgéniques et réglementation
En
raison de la nouveauté des procédés mis en oeuvre,
mais surtout de la rapidité avec laquelle le génie
génétique permet de créer des caractéristiques nouvelles,
l’utilisation des organismes trangéniques est réglementée.
En Europe ce sont deux directives, et leurs traductions
pour les différents états membres, qui régissent l’utilisation
du génie génétique des premières étapes de laboratoire
jusqu’à l’éventuelle mise en culture.
Les utilisations en laboratoire sont soumises au régime
de l’agrément par le ministre en charge de la recherche,
et par le ministre en charge de l’environnement, sur
l’avis de la commission de Génie Génétique.
Ensuite les expérimentations en plein champ doivent
être autorisées par le ministre en charge de l’agriculture,
et par le ministre en charge de l’environnement, sur
avis de la commission du Génie Biomoléculaire. Cette
commission préconise au cas par cas des contraintes
d’isolement biologique ou géographique de façon à
minimiser les impacts éventuels de ces expérimentations.
Les procédures d’autorisations de mise en marché,
pour l’importation de produits dérivés de plantes
transgéniques ainsi que pour l’autorisation de culture,
reposent sur les avis de l’ensemble des comités d’experts
européens après l’analyse de l’ensemble des éléments
disponibles sur la composition des produits et leur
innocuité (toxicité, allergénicité...).
Voir le site officiel du gouvernement : http://www.finances.gouv.fr/ogm
|
2.5. Connaissance du fonctionnement
des végétaux
La variabilité génétique existante au sein de l’espèce et
de ses apparentées constitue la base de travail du sélectionneur.
Cependant, tout aussi cruciale est sa connaissance de la
plante, de sa physiologie et de ses réponses aux différentes
contraintes imposées par le milieu. Le travail de sélection,
qui porte souvent sur un grand nombre de caractères complexes
en interaction, repose donc dans une large mesure sur les
connaissances de base acquises dans les disciplines fondamentales.
Ces connaissances permettent d’aborder de façon plus efficace
et raisonnée les stratégies d’amélioration des plantes cultivées.
Dans cette optique, l’INRA a défini des cibles prioritaires
et développe de nombreux programmes de recherche fondamentale,
dans des domaines aussi divers que la biologie du développement,
la physiologie et la biochimie végétale, ou encore la pathologie
végétale. La génomique fonctionnelle, par la puissance des
outils qu’elle apporte, permet un gain considérable de précision
et d’efficacité pour l’étude de ces problèmes.
2.5.1. Identification des gènes et
de leurs fonctions
• Un exemple de mutagenèse insertionnelle : les gènes
impliqués dans la synthèse de cellulose chez Arabidopsis.
La mutagenèse insertionnelle consiste à provoquer une mutation
par l’insertion dans un gène d’un nouveau fragment d’ADN.
Les collections de mutants permettent en principe d’identifier
tous les gènes impliqués dans un processus particulier en
recherchant tous les mutants affectés dans ce processus.
C’est ainsi qu’un ensemble de gènes responsables de la synthèse
de cellulose dans les cellules végétales a été caractérisé
en analysant des mutants d’insertion d’Arabidopsis présentant
un défaut de croissance. La cellulose est, en effet, un
constituant de la paroi des cellules végétales. Elle est
nécessaire à l’allongement des cellules qui forment les
fibres. Les gènes mutés sont isolés en recherchant les séquences
dans lesquelles est intégré l’ADN-T d’Agrobacterium tumefaciens.
La démonstration que ces gènes sont bien impliqués dans
la synthèse de la cellulose est faite en vérifiant que les
plantes mutantes dans lesquelles on introduit une copie
active du gène retrouvent une croissance normale.
• Inactivation spécifique de gènes
La transgénèse permet d’inactiver un gène de façon spécifique,
en introduisant dans la plante une construction particulière
qui va conduire à la dégradation spécifique de l’ARN messager
du gène cible, et donc à l’absence de production de la protéine
correspondante.
A l’INRA, cette stratégie a été employée avec succès pour
déterminer le rôle d’une enzyme, la C-O-Méthyl transférase
(COMT) dans la synthèse de la lignine. La lignine est un
composé organique qui rigidifie la paroi de certaines cellules
végétales, en particulier dans les vaisseaux conducteurs.
La lignine des plantes à fleurs est constituée essentiellement
de deux types de molécules : les unités G et les unités
S. Des expériences biochimiques réalisées en tubes à essais
suggéraient que la COMT était impliquée dans la synthèse
des unités G et S. Des peupliers transgéniques contenant
une construction inhibant l’expression de cette enzyme produisent
des unités G mais pas d’unités S, démontrant que, contrairement
à ce que suggéraient les résultats obtenus in vitro, la
COMT intervient uniquement dans la production des unités
S de lignine.
• Clonage positionnel de gènes d’intérêt agronomique
Un autre exemple d’utilisation des approches de génomique
concerne l’isolement, chez le melon, d’un gène conférant
aux plantes qui le portent une résistance marquée aux pucerons.
L’intérêt d’un tel gène pour l’agriculture est ici évident,
mais il est également intéressant d’un point de vue fondamental,
puisqu’on ne connaît presque rien des mécanismes mis en
jeu dans une telle résistance. Dans le cadre de Génoplante
(voir p10), un programme de recherche visant à la caractérisation
moléculaire du gène en cause a été entrepris. La première
étape a consisté à réaliser une carte génétique du melon,
à déterminer entre quels marqueurs se trouvait le gène recherché
puis à affiner la carte dans cette zone. Par ailleurs une
banque du génome du melon a été construite. Les chercheurs
travaillent actuellement à identifier le fragment d’ADN
de la banque portant le gène de résistance en utilisant
les marqueurs les plus proches de ce gène et espèrent isoler
ce dernier dans un proche avenir.
2.5.2. Régulation de l’expression
des gènes
• Les fusions de promoteurs
L’expression de l’ensemble des gènes d’un organisme vivant
est régulée de façon précise. Certains gènes sont exprimés
dans les cellules d’un organe particulier ou pendant une
période donnée ou encore sous l’action d’un stimulus spécifique.
Ce sont des séquences de l’ADN appelées régulatrices, situées
en général dans le promoteur d’un gène, qui déterminent
le profil d’expression de celui-ci. L’étude de ces régions
régulatrices est fondamentale lorsqu’on veut comprendre
la fonction d’un gène. Un moyen simple pour cela consiste
à construire un gène chimérique constitué du promoteur du
gène dont on veut étudier la régulation et de la séquence
codante d’un gène “rapporteur”, c’est-à-dire un gène codant
une protéine facilement repérable dans les tissus de la
plante. On transforme ensuite la plante avec ce gène chimérique
et on peut directement observer le profil d’expression d’un
tel gène rapporteur dans les tissus ou organes de la plante
transgénique.
Certains outils de génomique permettent de systématiser
ces études. Par exemple, certaines collections de mutagenèse
insertionnelle ont été réalisées avec des constructions
qui permettent de mettre en évidence ces éléments de régulation
dans tout le génome. On parle alors de « piège à promoteurs
» (voir encadré). De nombreux promoteurs, contrôlant l’expression
de gènes dans divers organes ou différentes conditions,
ont ainsi été découverts dans le génome d’Arabidopsis. Ces
collections sont également utilisées pour identifier et
isoler de façon systématique des promoteurs actifs dans
tel ou tel organe ou en réponse à tel ou tel stimulus. Leur
étude permettra non seulement de mieux comprendre les mécanismes
de régulation des gènes mais fournira également des outils
précieux pour mieux maîtriser l’activité de transgènes dans
des plantes.
Pièges
à promoteurs
Photo
P. Mollier © INRA
Expression du gène GUS
dans des grains de pollen d'Arabilopsis.
|
L’ADN-T utilisé pour
créer la collection de transformants d’Arabidopsis
au centre INRA de Versailles contient la séquence
codant la protéine GUS (qui à partir d’un substrat
incolore, catalyse la formation d’un produit bleu
facilement observable), sans promoteur. Si cet ADN-T
s’intègre dans le génome d’un transformant en aval
d’un promoteur, l’expression du gène GUS sera induite
et régulée de la même façon que le gène auquel ce
promoteur appartient. On saura ainsi comment est régulé
le gène gouverné par ce promoteur.
|
Photo : P. Hilson © INRA
|
Cette image illustre
la comparaison entre ARN messagers présents dans les
feuilles et dans les fleurs de l’arabette, grâce à
une puce à ADN.
|
Chaque point correspond
à un gène distinct. Les ARN messagers de feuille sont
représentés en vert, ceux de fleur en rouge. Les points
verts indiquent donc les gènes préférentiellement
exprimés dans la feuille, les points rouges ceux exprimés
dans la fleur. Les points jaunes indiquent les gènes
exprimés également dans les deux organes, les points
non colorés les gènes qui ne sont pas exprimés. L’expression
comparée de plus de 100 gènes est mesurée sur cette
image.
|
•
Les puces à ADN
Une
approche prometteuse de la génétique fonctionnelle consiste
à identifier de façon exhaustive tous les gènes actifs dans
un organe donné, ou en réponse à des conditions environnementales
particulières (sécheresse, attaque de pathogène...). Pour
cela, on fabrique une “puce à ADN” c’est-à-dire un support
sur lequel sont fixés et ordonnés tous les gènes identifiés
dans le génome de l’espèce. C’est d’ores et déjà réalisé
pour des organismes comme la levure dont le génome est entièrement
séquencé depuis plusieurs années, mais également pour Arabidopsis
dont le séquençage du génome vient d’être terminé. Sur ce
support, on applique ensuite un mélange des ARN messagers
isolés à partir de l’organe étudié, ayant
ou non subi le stress que l’on étudie. Ces ARN reconnaissent
les séquences d’ADN auxquelles ils correspondent et s’hybrident
avec elles. On peut par exemple soumettre un lot de plantes
à un stress hydrique puis extraire les ARN messagers des
racines de ces plantes. On aura extrait par ailleurs les
ARN messagers des racines d’un lot de plantes arrosées normalement.
Dans les ARN messagers obtenus pour chaque lot, seuls seront
représentés les gènes qui sont actifs dans la racine dans
les conditions données. Si on utilise ces ARN comme sonde
sur une puce à ADN portant l’ensemble des gènes de la plante,
on peut révéler en une seule expérience l’ensemble des gènes
qui sont exprimés dans la racine. Si on compare les résultats
obtenus avec les ARN extraits des plantes stressées et ceux
obtenus avec les ARN des plantes cultivées en conditions
normales, on peut identifier les gènes dont l’expression
est induite par le stress, ceux où elle est inhibée et ceux
pour lesquels elle est inchangée.
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Institut National de
la Recherche Agronomique
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Mise en ligne : Avril
2001
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