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Extrait du dossier publié par l'INRA en mai 1998 |
La transgénèse, une voie alternative à la lutte chimique pour la protection des plantes ?
La maîtrise des ennemis des cultures est une des clefs qui conditionnent léquilibre alimentaire mondial. La chimie a longtemps fourni lessentiel de leffort dans la lutte contre les ravageurs. Dautres méthodes sont aussi utilisées : la lutte biologique et la création de variétés résistantes pour laquelle la transgénèse constitue un outil de choix. Seule lintégration de ces différents moyens de lutte pourra garantir une protection durable des plantes cultivées.
Guy Riba
Directeur Scientifique, Plantes et Produits du Végétal, INRA
Paris
L es prévisions démogra phiques font état dun doublement de la population mondiale dici à quelques décennies. Nourrir le monde est le défi majeur du siècle à venir. Pour cela, deux voies sont possibles : défricher et irriguer pour accroître les surfaces cultivables là où cest possible, mais les limites seront vite atteintes (97 % de la production agricole sont obtenus sur 3 % de la surface de la terre !), ou produire davantage dans le respect de l'environnement et du bien-être du consommateur dans les zones déjà en culture.
Lamélioration de la productivité et de la qualité des variétés cultivées passe par l'absolue nécessité de mieux protéger les plantes et les récoltes puisque aujourd'hui encore 40 % des productions végétales sont perdues. Sans intrants les rendements en Europe et aux Etats-Unis chuteraient d'environ 50 % aussi bien pour les céréales que pour les fruits ou les légumes. En parallèle à ces exigences agronomiques, la protection des plantes est soumise à des contraintes environnementales croissantes liées à la protection des ressources naturelles, à lutilisation raisonnée de produits phytosanitaires mieux ciblés et moins polluants, au bien-être du consommateur et à la préservation des paysages.
La protection intégrée qui combine lutte chimique, utilisation dauxiliaires biologiques et mise au point de variétés résistantes, concilie au mieux ces contraintes. C'est un concept globalisant et évolutif qui vise à la gestion équilibrée des différents moyens de réguler les populations des ennemis des cultures (mauvaises herbes, micro-organismes parasites et insectes ravageurs).
La lutte chimique : un outil de plus en plus précis
Une protection efficace des cultures repose sur le diagnostic précis des problèmes phytosanitaires posés. Les techniques classiques d'identification sont aujourd'hui complétées par la caractérisation biologique, sérologique ou moléculaire de lagresseur, ce qui permet de caractériser finement les sous-populations dune même espèce dennemis de culture que lon sait inféodées à une espèce, voire une variété végétale particulière.
Par ailleurs, la prévision des dégâts est aujourd'hui facilitée à la fois par des méthodes d'échantillonnage des parasites plus précises et par des modèles mathématiques fiables qui intègrent un nombre croissant de paramètres (cinétique d'efficacité de la matière active, dynamique des populations de l'ennemi, élaboration du rendement par la plante, etc.). Il est donc plus facile de savoir à quel moment intervenir contre les ravageurs et ainsi doptimiser les traitements.
Les nouvelles molécules proposées par les firmes phytosanitaires sont généralement sélectionnées pour des actions de plus en plus ciblées sur les groupes de parasites à détruire et pour leur élimination rapide dans lenvironnement. Leurs effets secondaires indésirables sont ainsi réduits.
Enfin, le suivi de lévolution de la résistance des insectes aux produits phytosanitaires peut se faire plus finement, grâce à létude des déterminismes biochimiques et génétiques.
La lutte biologique : une méthode douce en expansion
Bien qu'encore très marginale (moins de 5 % des interventions phytosanitaires), la lutte biologique ne cesse de diversifier ses outils et gagne du terrain auprès des agriculteurs. Le principe en est simple : combattre les ravageurs des cultures en introduisant dans le milieu où ils vivent un de leurs ennemis, appelé «auxiliaire». Cette méthode de lutte accomplit peu à peu sa percée avec lapparition de préparations à base de virus, de champignons ou dinsectes capables de limiter les populations de certains ennemis des plantes cultivées.
Autre piste : la confusion sexuelle qui consiste à leurrer les mâles en diffusant en de nombreux points de la parcelle agricole les hormones femelles reproduites par synthèse, ce qui diminue le nombre daccouplements jusquà bloquer le cycle biologique de linsecte avant la phase larvaire, nuisible aux cultures.
Une autre approche consiste à aménager lenvironnement végétal de la culture de manière à enrichir le cortège dauxiliaires actifs sur les principaux ravageurs. Les premiers essais portent sur la plantation en bordure de verger de haies composites formées dessences qui hébergent la faune auxiliaire.
Création de variétés végétales résistantes : amélioration classique et transgénèse
De nombreux pathogènes de plantes d'origine virale, bactérienne ou phytoplasmique ne sont pas sensibles aux pesticides actuellement commercialisés. La seule solution consiste alors à utiliser des variétés végétales résistantes. Par ailleurs, certains champignons pathogènes, acariens, nématodes ou insectes peuvent supporter sans dommage de fortes doses de pesticides.
La sélection classique
On peut obtenir des variétés résistantes par l'exploitation conventionnelle des gènes repérés lors de recherches exhaustives dans les collections de plantes. Une attention particulière est accordée aux résistances qui sont sous la dépendance de plusieurs gènes : en effet, celles-ci sont plus difficiles à contourner par les parasites mais elles sont aussi, du fait de leur complexité, moins aisées à manipuler par le sélectionneur.
La transgénèse
La transgenèse élargit ce potentiel d'investigation en permettant d'une part, l'exploitation de gènes issus dautres variétés, dautres espèces, voire dautres genres, dautre part, par le contrôle quantitatif (moduler lintensité de lexpression du gène) et qualitatif (faire exprimer le gène dans telle partie de la plante) de leur expression. Les premiers résultats, notamment la création de variétés résistantes à des maladies virales (résistance au court-noué de la vigne), à des nématodes ou à des ravageurs (maïs résistant à la pyrale) sont particulièrement prometteurs. Dans ce contexte où les grands groupes semenciers ou de lagrochimie sont fortement présents, des missions spécifiques incombent aux instances publiques de recherche et de développement : outre le travail fondamental didentification des gènes de résistance, de compréhension de la structure et du fonctionnement des génomes des plantes, une mission essentielle de lINRA est lévaluation de lefficacité agronomique et environnementale des plantes transgéniques (cf le texte «Le maïs transgénique résistant à la pyrale favorise-t-il lapparition de résistance chez les insectes ?»). Il sagit notamment de mesurer lefficacité de ces nouvelles variétés et ses limites, les risques de contournement de la résistance par les parasites et enfin les effets non intentionnels sur la faune auxiliaire. La responsabilité des firmes doit également être engagée.
Promouvoir la protection intégrée
Cet arsenal diversifié de stratégies qui intègre lutte chimique, lutte biologique, variétés résistantes, est l'assurance d'une protection indispensable, efficace et durable des plantes. La prise de conscience de ce fait, du producteur au consommateur en passant par le chercheur, l'industriel et le phytopraticien traduit une évidente évolution des mentalités et des conduites de culture. De nombreuses initiatives sont prises aussi bien par les pouvoirs publics, les organisations techniques, l'industrie phytopharmaceutique ou les producteurs eux-mêmes pour la formation des personnels, ou la conception d'itinéraires intégrés et validés.
La transgénèse apparaît dans ce cadre comme une méthodologie efficace, nécessaire mais non suffisante.
[R] Pour en savoir plus
PHILIPON P., 1997. Plantes transgéniques. Biofutur, 164 11-24
Les plantes transgéniques : enjeux et risques. BIO - La Lettre des Sciences de la vie. CNRS 70, avril 1997
ESTRUCH JJ. et al. 1997. Transgenic plants : an emerging approach to pest control. Nature Biotechnology (15) 137-141
WILLIAMSON M., 1996. Can the risks from transgenic crop plants be estimated ? TIBTECH 14 : 449-450.
[R] DES «BACULOVIRUS» POUR LA LUTTE BIOLOGIQUE
Les baculovirus sont de gros virus à ADN qui ne sont pathogènes que chez les invertébrés et principalement les insectes. Comme tous les virus, ce sont des parasites intracellulaires obligatoires, cest-à-dire quils ne peuvent se reproduire que dans une cellule dune espèce hôte. Ils présentent la particularité de synthétiser en fin de multiplication deux protéines en très grande quantité dont lune, la polyédrine, forme des corps dinclusion, les polyèdres, permettant dassurer la survie des virus dans lenvironnement. Lautre, la P10, assure en partie la destruction de la cellule. En culture cellulaire au laboratoire, ces deux protéines sont inutiles pour la multiplication virale ; par contre, dans la nature, les polyèdres sont indispensables pour assurer une transmission du virus dinsecte à insecte.
La modification du génome des baculovirus sinscrit dans deux axes de recherche. Le premier concerne la lutte biologique (voir le deuxième dans le texte «Médicaments, aliments-santé, xénogreffes»). Certains baculovirus sont déjà utilisés en lutte biologique pour lutter efficacement contre des ravageurs des cultures. Il sagit essentiellement de lutter contre les chenilles qui sattaquent aux végétaux, par exemple la pyrale du maïs, le carpocapse du pommier... Lidée est de rendre plus efficace encore ces virus en introduisant dans leur génome un gène codant pour une toxine par exemple. Cest ainsi que lon a introduit des toxines de scorpion ou dautres insectes. On a aussi pensé à modifier la spécificité du virus. Certaines souches sont très virulentes mais ne détruisent quun très petit nombre despèces de ravageurs. Peut-on élargir cette spécificité ? Aujourdhui on sait le faire dans quelques cas.
Pour linstant, toutes ces souches modifiées sont dans les laboratoires et aucun essai en grandeur nature na été réalisé. Beaucoup de travail reste à faire pour vérifier la stabilité et la durée de vie des souches dans la nature. Il faudra certainement encore plusieurs années avant davoir des candidats potentiels utilisables dans les champs.
Gérard Devauchelle
Unité de recherches de Pathologie Comparée
INRA Montpellier
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