Multiplication
végétative et amélioration des cultivars anciens
Bouturage
L'artichaut est une plante dont la rosette basale de feuilles est pérenne ;
elle renouvelle ses tiges à partir des rejets formés par
les bourgeons situés à l'aisselle des feuilles de la rosette,
sur la portion plus ou moins enterrée de la tige. Les cultures
sont le plus souvent pluriannuelles ; on ne laisse généralement
qu'une ou deux pousses par pied, pour éviter la formation de
touffes trop denses qui produisent des capitules de calibre insuffisant.
Bien que fertile, l'espèce est
multipliée par bouturage, ce qui assure théoriquement
l'homogénéité de la production. On utilise comme
boutures les rejets ; selon les régions, les saisons et
les variétés, ils sont prélevés à
l'état poussant (oeilleton) ou au repos (cabosse ou bâton).
Les plantations en août correspondent
au cycle naturel de la plante en région méditerranéenne :
croissance des rejets à l'automne, floraison au printemps et
repos végétatif estival après la récolte.
En Bretagne, pour une plantation d'avril, la récolte s'échelonne
3 années : septembre-octobre en 1e année, juillet-août
la seconde et mai-juin la 3e. En jouant sur la date de prélèvement
des boutures, leur durée de conservation en pépinière
et la précocité des variétés, il est possible
d'obtenir un certain décalage et un étalement des périodes
de production sur l'année.
Amélioration
des cultivars à multiplication végétative
Si chaque clone (ensemble d'individus
issus d'un même pied-mère) est théoriquement génétiquement
homogène, les anciennes variétés, qui sont constituées
de nombreux clones, ne le sont pas. Ces populations de clones sont d'autant
plus hétérogènes en un lieu donné et différentes
selon les zones de production que le cultivar est d'origine ancienne.
Cette diversité des clones peut,
a priori, permettre une amélioration des variétés
traditionnelles par sélection des clones les plus performants.
L'étude systématique, dans les années 60, d'un
grand nombre de clones de Violet de Provence a effectivement permis
d'en sélectionner quatre, dont le plus précoce, INRA VP45,
a été assez largement diffusé.
Ces travaux ont toutefois mis en évidence
les limites de cette approche, liées à l'importance des
variations intraclonales et interannuelles des caractéristiques
et des performances agronomiques enregistrées ; celles-ci
tiennent en effet plus à la qualité des plants et aux
conditions de culture qu'aux caractères génétiques.
Cette variabilité, préjudiciable
aux essais comparatifs comme à l'utilisation ultérieure
du matériel végétal, a pu être sensiblement
réduite grâce aux techniques de multiplication in vitro,
qui permettent maintenant de produire rapidement une grande quantité
de matériel homogène, sauf pour les variétés
précoces du type méditerranéen. La culture in
vitro permet, de plus, de régénérer des plantes
entières saines, à partir de méristèmes
(extrémités des bourgeons, dont les cellules sont indemnes
de virus même chez les plantes infestées). Cette méthode
a effectivement permis de débarrasser les cultures d'un certain
nombre de virus, dont certains, bien que ne provoquant pas de symptômes
visuels marqués, pouvaient occasionner des baisses de rendement
de l'ordre de 20 à 40%.
Reproduction
sexuée et création de nouveaux clones
Reproduction sexuée
L'artichaut se reproduit également par graines. Chaque capitule
comprend plusieurs centaines de fleurons hermaphrodites ; chacun
est incapable de s'autoféconder en raison de l'arrivée
à maturité décalée des étamines et
du pistil protandrie, mais la fécondation peut intervenir entre
fleurons d'un même pied. La pollinisation est assurée par
des insectes. Cette caractéristique facilite la réalisation
de croisements contrôlés : il suffit d'ensacher le
capitule pour l'isoler des insectes, puis de réaliser la pollinisation
au pinceau.
La production de graines, employée
jusqu'au XVIIe siècle, n'est guère utilisable comme moyen
de multiplication d'une variété, car elle fournit, même
en cas d'autofécondation, une descendance très hétérogène,
comprenant peu d'individus ressemblant au pied parental. Cette variabilité
est due au fait que les cultivars anciens sont fortement hétérozygotes
(c'est-à-dire possèdent, pour de nombreux gènes,
deux allèles différents).
La reproduction sexuée au sein
d'un clone et les croisements entre variétés peuvent en
revanche être utilisés pour créer des individus
originaux, dont les plus intéressants deviendront des têtes
de clones, multipliés ensuite par bouturage.
Création
de nouveaux clones
L'INRA a effectivement procédé
à de tels croisements et hybridations entre cultivars existants
pour obtenir de nouveaux clones.
L'unité d'Avignon a ainsi créé
plusieurs cultivars :
- des variétés plus précoces
que Blanc hyérois (caractéristique souhaitée par
des producteurs du Sud-Est), à capitules globuleux : Caribou
(dont les capitules verts ont toutefois tendance à diverger en
fin de récolte), Salambo (à capitules rougeâtres,
dont les rendements élevés peuvent atteindre 20 t / ha) ;
- des variétés très
productives, mais plus tardives que Blanc hyérois : Salanquet
(à capitules globuleux violets), et Carlite (à capitules
allongés violets).
- des clones en expérimentation
: Popvert, Vertu, Calico, Cric.
La station de Plougoulm a procédé
à l'amélioration du Camus. Elle a créé la
variété Castel, qui, par rapport au Camus apporte un progrès
pour le rendement en fond (coeur), la durée de conservation,
la ramification.Ce clone représente
actuellement plus de 10 % de la production bretonne. Les travaux de
sélection se poursuivent et de nombreux clones sont encore en
expérimentation pour diversifier la gamme variétale :
Be15 pour le coeur, Cari pour les fonds épais.
Création
de variétés à multiplier par semis
A l'heure actuelle, l'INRA s'est engagé
dans une voie qui devrait modifier la culture de l'artichaut :
la création de variétés à semer. Cette technique
présente plusieurs avantages :
- la possibilité de disposer
d'un matériel de départ pour les plantations à
n'importe quelle période de l'année,
- l'absence de transmission de maladie
et de parasites internes, les semences sont indemnes de virus,
- la réalisation de cultures
annuelles évitant les opérations délicates et coûteuses.
La suppression des rejets dans les cultures pluriannuelles pourra se
mécaniser en Bretagne, car la récolte d'oeilletons ne
sera plus nécessaire,
- la diffusion rapide des nouveautés,
qui peut inciter les sociétés grainières à
entreprendre des travaux d'amélioration.
Les variétés à semer
seront des variétés hybrides F1 (c'est-à-dire de
première génération, issues du croisement entre
deux lignées parentales pures différentes). L'expérimentation
des premiers hybrides et leur production de semences ont été
confiées à la société Nunhems. Ces travaux,
démarrés à la station d'Avignon, se poursuivent
à Plougoulm.
L'amélioration variétale
de l'artichaut n'en est qu'à ses débuts. Elle devrait
devenir plus efficace grâce à la création progressive,
chez les rares sélectionneurs de cette espèce, de matériel
végétal amélioré. La sélection reste
toutefois difficile, en raison de l'influence sur la plante de facteurs
mal contrôlés comme la qualité du plant et les conditions
de culture.
La production industrielle butte sur le
manque d'attractivité de certains géniteurs pour les insectes
pollinisateurs.
De nouveaux objectifs de sélection
apparaissent, en particulier la résistance à des maladies
comme le mildiou et les viroses. Pour ces dernières, l'obtention
d'une résistance constituerait une meilleure solution que la
régénération de plants sains par culture in
vitro, qui n'empêche pas les recontaminations. Ces caractères
de résistance sont recherchés chez les espèces
sauvages génétiquement proches de l'artichaut et chez
le cardon.
Pour en savoir plus :
Gallais A., Bannerot H. 1992. Amélioration des espèces
végétales cultivées. Objectifs et critères
de sélection. INRA Editions.
Laboratoires :
INRA - Rennes : Laboratoire d'Amélioration
des plantes maraîchères
Domaine de Kerdevez ; 29 250 Plougoulm
e-mail : Jean.Corre@rennes.inra.fr
Tél. 02 98 29 98 87 - Fax 02 98 29 82 29
Participation au maintien des ressources
génétiques par le maintien des anciennes variétés.
Magalie Delalande - GEVES Cavaillon
Tél : 04 90 78 66 60 - Fax : 04 90 78 01 61