© Photothèque INRA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'artichaut

L'artichaut est un légume populaire dans les pays du Bassin Méditerranéen, qui produisent 90% de la récolte mondiale. La production française, nettement inférieure à celles de l'Italie ou de l'Espagne, atteint toutefois 90 000 tonnes par an ; elle est assurée à 75% par la Bretagne et 22% par la région Sud-Est (Roussillon et Provence).
La production repose actuellement sur un nombre restreint de cultivars, multipliés par bouturage. Le Camus (cultivar traditionnel breton) fournit 80% du tonnage national. Le violet de Provence, variété ancienne du Sud, est aussi cultivé en Bretagne pour une production à contre saison ; en Roussillon, il est progressivement remplacé par le Blanc hyérois, qui occupe déjà 75% des surfaces.
L'INRA s'est intéressé à l'amélioration génétique de l'artichaut, dont les objectifs sont d'accroître et régulariser les récoltes, d'adapter les produits à l'évolution des conditions de culture et de commercialisation, et à la demande des consommateurs. Ces travaux ont été conduits par deux laboratoires d'amélioration des plantes maraîchères : l'unité d'Avignon, qui a cessé son activité sur cette espèce en 1999, et la station de Plougoulm (Finistère). Trois voies d'amélioration variétale ont été explorées : la sélection parmi les clones de cultivars anciens, la création de nouveaux cultivars à multiplication végétative et la création de variétés à semer.

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Multiplication végétative et amélioration des cultivars anciens

Bouturage

L'artichaut est une plante dont la rosette basale de feuilles est pérenne ; elle renouvelle ses tiges à partir des rejets formés par les bourgeons situés à l'aisselle des feuilles de la rosette, sur la portion plus ou moins enterrée de la tige. Les cultures sont le plus souvent pluriannuelles ; on ne laisse généralement qu'une ou deux pousses par pied, pour éviter la formation de touffes trop denses qui produisent des capitules de calibre insuffisant.

Bien que fertile, l'espèce est multipliée par bouturage, ce qui assure théoriquement l'homogénéité de la production. On utilise comme boutures les rejets ; selon les régions, les saisons et les variétés, ils sont prélevés à l'état poussant (oeilleton) ou au repos (cabosse ou bâton).

Les plantations en août correspondent au cycle naturel de la plante en région méditerranéenne : croissance des rejets à l'automne, floraison au printemps et repos végétatif estival après la récolte. En Bretagne, pour une plantation d'avril, la récolte s'échelonne 3 années : septembre-octobre en 1e année, juillet-août la seconde et mai-juin la 3e. En jouant sur la date de prélèvement des boutures, leur durée de conservation en pépinière et la précocité des variétés, il est possible d'obtenir un certain décalage et un étalement des périodes de production sur l'année.

Amélioration des cultivars à multiplication végétative

Si chaque clone (ensemble d'individus issus d'un même pied-mère) est théoriquement génétiquement homogène, les anciennes variétés, qui sont constituées de nombreux clones, ne le sont pas. Ces populations de clones sont d'autant plus hétérogènes en un lieu donné et différentes selon les zones de production que le cultivar est d'origine ancienne.

Cette diversité des clones peut, a priori, permettre une amélioration des variétés traditionnelles par sélection des clones les plus performants. L'étude systématique, dans les années 60, d'un grand nombre de clones de Violet de Provence a effectivement permis d'en sélectionner quatre, dont le plus précoce, INRA VP45, a été assez largement diffusé.

Ces travaux ont toutefois mis en évidence les limites de cette approche, liées à l'importance des variations intraclonales et interannuelles des caractéristiques et des performances agronomiques enregistrées ; celles-ci tiennent en effet plus à la qualité des plants et aux conditions de culture qu'aux caractères génétiques.

Cette variabilité, préjudiciable aux essais comparatifs comme à l'utilisation ultérieure du matériel végétal, a pu être sensiblement réduite grâce aux techniques de multiplication in vitro, qui permettent maintenant de produire rapidement une grande quantité de matériel homogène, sauf pour les variétés précoces du type méditerranéen. La culture in vitro permet, de plus, de régénérer des plantes entières saines, à partir de méristèmes (extrémités des bourgeons, dont les cellules sont indemnes de virus même chez les plantes infestées). Cette méthode a effectivement permis de débarrasser les cultures d'un certain nombre de virus, dont certains, bien que ne provoquant pas de symptômes visuels marqués, pouvaient occasionner des baisses de rendement de l'ordre de 20 à 40%.

Reproduction sexuée et création de nouveaux clones

Reproduction sexuée

L'artichaut se reproduit également par graines. Chaque capitule comprend plusieurs centaines de fleurons hermaphrodites ; chacun est incapable de s'autoféconder en raison de l'arrivée à maturité décalée des étamines et du pistil protandrie, mais la fécondation peut intervenir entre fleurons d'un même pied. La pollinisation est assurée par des insectes. Cette caractéristique facilite la réalisation de croisements contrôlés : il suffit d'ensacher le capitule pour l'isoler des insectes, puis de réaliser la pollinisation au pinceau.

La production de graines, employée jusqu'au XVIIe siècle, n'est guère utilisable comme moyen de multiplication d'une variété, car elle fournit, même en cas d'autofécondation, une descendance très hétérogène, comprenant peu d'individus ressemblant au pied parental. Cette variabilité est due au fait que les cultivars anciens sont fortement hétérozygotes (c'est-à-dire possèdent, pour de nombreux gènes, deux allèles différents).

La reproduction sexuée au sein d'un clone et les croisements entre variétés peuvent en revanche être utilisés pour créer des individus originaux, dont les plus intéressants deviendront des têtes de clones, multipliés ensuite par bouturage.

Création de nouveaux clones

L'INRA a effectivement procédé à de tels croisements et hybridations entre cultivars existants pour obtenir de nouveaux clones.

L'unité d'Avignon a ainsi créé plusieurs cultivars :

- des variétés plus précoces que Blanc hyérois (caractéristique souhaitée par des producteurs du Sud-Est), à capitules globuleux : Caribou (dont les capitules verts ont toutefois tendance à diverger en fin de récolte), Salambo (à capitules rougeâtres, dont les rendements élevés peuvent atteindre 20 t / ha) ;

- des variétés très productives, mais plus tardives que Blanc hyérois : Salanquet (à capitules globuleux violets), et Carlite (à capitules allongés violets).

- des clones en expérimentation : Popvert, Vertu, Calico, Cric.

La station de Plougoulm a procédé à l'amélioration du Camus. Elle a créé la variété Castel, qui, par rapport au Camus apporte un progrès pour le rendement en fond (coeur), la durée de conservation, la ramification.Ce clone représente actuellement plus de 10 % de la production bretonne. Les travaux de sélection se poursuivent et de nombreux clones sont encore en expérimentation pour diversifier la gamme variétale : Be15 pour le coeur, Cari pour les fonds épais.

Création de variétés à multiplier par semis

A l'heure actuelle, l'INRA s'est engagé dans une voie qui devrait modifier la culture de l'artichaut : la création de variétés à semer. Cette technique présente plusieurs avantages :

- la possibilité de disposer d'un matériel de départ pour les plantations à n'importe quelle période de l'année,

- l'absence de transmission de maladie et de parasites internes, les semences sont indemnes de virus,

- la réalisation de cultures annuelles évitant les opérations délicates et coûteuses. La suppression des rejets dans les cultures pluriannuelles pourra se mécaniser en Bretagne, car la récolte d'oeilletons ne sera plus nécessaire,

- la diffusion rapide des nouveautés, qui peut inciter les sociétés grainières à entreprendre des travaux d'amélioration.

Les variétés à semer seront des variétés hybrides F1 (c'est-à-dire de première génération, issues du croisement entre deux lignées parentales pures différentes). L'expérimentation des premiers hybrides et leur production de semences ont été confiées à la société Nunhems. Ces travaux, démarrés à la station d'Avignon, se poursuivent à Plougoulm.

L'amélioration variétale de l'artichaut n'en est qu'à ses débuts. Elle devrait devenir plus efficace grâce à la création progressive, chez les rares sélectionneurs de cette espèce, de matériel végétal amélioré. La sélection reste toutefois difficile, en raison de l'influence sur la plante de facteurs mal contrôlés comme la qualité du plant et les conditions de culture.

La production industrielle butte sur le manque d'attractivité de certains géniteurs pour les insectes pollinisateurs.

De nouveaux objectifs de sélection apparaissent, en particulier la résistance à des maladies comme le mildiou et les viroses. Pour ces dernières, l'obtention d'une résistance constituerait une meilleure solution que la régénération de plants sains par culture in vitro, qui n'empêche pas les recontaminations. Ces caractères de résistance sont recherchés chez les espèces sauvages génétiquement proches de l'artichaut et chez le cardon.


Pour en savoir plus :

Gallais A., Bannerot H. 1992. Amélioration des espèces végétales cultivées. Objectifs et critères de sélection. INRA Editions.

Laboratoires :

INRA - Rennes : Laboratoire d'Amélioration des plantes maraîchères
Domaine de Kerdevez ; 29 250 Plougoulm
e-mail : Jean.Corre@rennes.inra.fr
Tél. 02 98 29 98 87 - Fax 02 98 29 82 29

Participation au maintien des ressources génétiques par le maintien des anciennes variétés.
Magalie Delalande - GEVES Cavaillon
Tél : 04 90 78 66 60 - Fax : 04 90 78 01 61

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