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Rédaction (sauf mention contraire) : Alain Fraval
Pour le maintien de l'ordre, Course de bêtes (parues dans Insectes n° 155) * En 2010 : L’acacia imite le cri de la fourmi, Emprunt, La mineuse du biocarburant, Lucilie GM, La chrysomèle du biocarburant, Il met le grappin sur elle, Ya pas d'mâles, Lumière très réfléchie, Tabac de nuit ouvert le jour, Sans papier en rétention, Zombiptères nucléaires, Ouvrières en CDD, Entomologie spatiale (suite), Buis envahi, De la poudre jusqu'aux yeux, Maigre espoir, Regarder penser les mouches, Greffe du nez, Prolétaire sans défenses, La méfiance en héritage, Camions d'hiver, Alteroviposition, Le ver rose résiste à Monsanto, Naviguer au pif, Mme Muscle,
Droso Alzheimer, Accueillante Californie, Les voies de l’immigration clandestine,
Les Épingles de collection * Consulter, page par page, les Épingles entomologiques de 1999 et 2000, Les Épingles de 2001, Les Épingles de 2002, Les Épingles de 2003, Les Épingles de 2004, Les Épingles de 2005, Les Épingles de 2006, Les Épingles de 2007,, Les Épingles de 2008, Les Épingles de 2009
18 mars 2010
Les voies de l’immigration clandestine
Dans
plusieurs cas, on soupçonne que l’invasion d’un nouveau territoire par
un insecte (indésirable) n’est pas partie de son aire d’origine mais
d’un foyer intermédiaire. Là, une population aurait acquis les
caractères qui font dudit insecte une espèce « invasive ». C’est l’«
effet tête de pont ».
Pas facile à prouver.
Une équipe de chercheurs de Montpellier et de Sophia Antipolis s’y est attaquée, sur le cas de la Coccinelle asiatique, Harmonia axyridis
(Col. Coccinellidé). Une envahisseuse quasi cosmopolite désormais.
Analysant (par une méthode statistique de comparaison de scénarios) les variations des microsatellites (courtes séquences d’ADN
particulières) et les relevés historiques des premières observations, ils ont établi la carte des
chemins empruntés par la coccinelle.
Depuis 1916, on l’a
introduite, comme auxiliaire prédateur de pucerons ravageurs des
cultures, à partir de plusieurs prélèvements en Extrême Orient et à
plusieurs reprises en Amérique du Nord. Mais elle ne s’y est jamais
maintenue au-delà de quelques décennies. Mêmes échecs en Europe (1982)
et en Amérique du Sud (1986).
En 1988, une pullulation est
signalée en Louisiane, puis une autre en 1991 en Oregon (côte
nord-ouest des États-Unis). En 2001, le phénomène se manifeste en
Belgique et en Argentine, en 2004 en Afrique du Sud. La gentille bête à
bon dieu, le secourable agent de lutte biologique devient une peste
honnie, dévorant les coccinelles autochtones, envahissant les maisons
et dépréciant les récoltes de fruits. Les entomologistes sont
vilipendés.
Surprise : toutes ces populations proviennent de la «
souche » est-états-unienne, la tête de pont de l’invasion mondiale. En
Europe, des caractères d’une souche introduite comme auxiliaire s’y
mélangent (sans effet sur ses capacités « invasives »).
La
coccinelle a cheminé toute seule, en passagère clandestine de billes de
bois, entre autres, où elle s’était installée pour passer l’hiver.
Article source : Lombaert E, Guillemaud T, Cornuet J-M, Malausa T, Facon B, et al., 2010. Bridgehead Effect in the Worldwide Invasion of the Biocontrol Harlequin Ladybird. PLoS ONE 5(3): e9743. doi:10.1371/journal.pone.0009743. En ligne.
À (re)lire : La Coccinelle asiatique Harmonia axyridis (par Gilles San Martin, Tim Adriaens, Louis Hautier et Nicolas Ottart). Insectes n° 136 (2005-1).
Droso Alzheimer
Après avoir montré in vitro
que la protéine Affibody se lie avec le peptide A-bêta, l’empêchant de
former des agrégats, Leila Luheshi et ses collaborateurs (University de
Cambridge, Royaume-Uni) ont vérifié ce résultat chez la Mouche du
vinaigre.
Affibody est le nom d’une firme suédoise qui
produit cette petite protéine de synthèse, inventée sur ordinateur ; le
peptide A-bêta (ou bêta-amyloïde) est une forme anormale et
neurotoxique d’une glycoprotéine de la membrane cellulaire qui forme
des plaques (dites amyloïdes ou séniles) extracellulaires dans le
cortex des malades d’Alzheimer.
Des mouches d’une
souche génétiquement modifiée pour développer des plaques amyloïdes
dans leur « cerveau » ont été croisées avec celles d’une seconde
lignée, génétiquement modifiée pour produire la protéine Affibody. Leur
descendance produit bien l’A-bêta mais leur tissu nerveux ne montre pas
les plaques typiques d’un Alzheimer.
Une avancée due aux progrès de l’ingénierie des protéines.
D’après « Fruit flies and test tubes open new window on Alzheimer's disease », par Nick Saffell. Lu le 15 mars 2010 à www.eurekalert.org/
Voir le cerveau de la droso en 3 D
Accueillante Californie
L’Eudémis
de la vigne, après avoir, depuis l’Italie méridionale, établi il y a
longtemps ses quartiers en Europe (jusqu’en Russie), en Afrique (du
Nord et de l’Ouest), au Moyen-Orient a gagné tout récemment le Chili et
le Japon. Des papillons de Lobesia botrana (Lép. Tortricidé),
ont été pris au piège en septembre 2009 près d’Oakville (comté de Napa)
– on ignore comment ils sont arrivés là - et l’inquiétude est très
grande dans cette contrée de vignes et de vergers.
Les chenilles
de l’Eudémis, carpophages, s’attaquent surtout aux raisins mais elles
sont également potentiellement nuisibles à d’autres fruits comme, chez
nous, aux groseilles et aux cassis. En Californie, les kiwis, les
olives, les grenades et les kakis sont, en plus des raisins, menacés.
Les
autorités ont défini une zone de quarantaine (en 2 parties) : les
fruits produits à l’intérieur doivent être consommés sur place… Elles
envisagent une lutte par confusion sexuelle, au moyen d’un analogue de
synthèse de la phéromone de rapprochement des sexes de la femelle
diffusé massivement mais discrètement.
En effet… La région vient d’être envahie par la très polyphage et très vorace Pyrale brun pâle de la pomme, Epiphyas postvittana
(Lép. Tortricidé), découverte en 2006 et maintenant répandue partout.
On avait l’occasion, grâce à des épandages aériens de la « phéromone »
faits au début de l’installation du ravageur, d’éradiquer
l’envahisseuse. Mais les gens se sont opposés aux traitements aériens,
qui ont été arrêtés.
D’après « Invasive moth threatens wine grape crop”, par Peter Fimrite. San Francisco Chronicle, lu le 10 mars à www.sfgate.com/
À(re)lire l’épingle « La Pyrale de la pomme de la discorde » de 2008, en ligne à
La fiche HYPPZ de l’Eudémis de la vigne
PS : en 2008, une « terrible » mouche des fruits est apparue, venant d'Asie : Drosophila suzukii, qui a gagné l'Oregon voisin.
PPS : le vignoble californien a dû affronter la résurgence d’un américain de souche : voir « Phylloxéra, le retour », par Alain Fraval, Insectes n° 136 (2005-1).
Àvoir sur Internet :
Un hôtel à abeilles au ministère du Développement durable - une action OPIE-ONF. En vidéo.
À lire sur Internet :
Un cachet contre les poux ? Par C.D. NouvelObs.com, 10 mars 2010.
" Un nouveau médicament anti-poux pourrait faciliter la lutte contre les pédiculoses, selon des chercheurs français."
À (re)lire : "L'éradication du varron : Inquiétudes d'un biologiste", par Thierry Lecomte. Insectes n°111 (1998) et l'encadré " Bouses toxiques", p. 7, Insectes n° 149 (2008).
Quand les papillons racontent l'histoire de la vie. Ouest France, 10 mars 2010
"
L'Atlas entomologique régional a inventorié des milliers de papillons.
Le Nantais Christian Perrein, son fondateur, veut éditer une
Biohistoire des Papillons, qui peine à éclore en raison de son coût. "
Abeille et environnement, par INRA-Audiovisuel - 3 mars 2010 : restitution des exposés et des discussions, en vidéos.
Introduction
-Économie de la filière apicole - Abeilles, pollinisation et
biodiversité : les risques du déclin - Abeilles, concentrateur du
paysage.
Caractère imprévisible de l’action des pesticides à
faibles doses chez l’abeille - Abeilles et produits phytosanitaires :
exposition et évaluation des risques - Présentation du
rapport AFSSA : Mortalités, effondrements et affaiblissements des
colonies d’abeilles - Vers la construction d’une analyse globale du
déclin des abeilles intégrant les multiples facteurs explicatifs.
Au
bout des 25 000 épreuves de vol qu’ils ont fait subir à des imagos de
la Mouche du vinaigre, Frank Schnorrer et son équipe (institut
Max-Planck), ont déterminé les 2 000 gènes qui pilotent la formation de
ses muscles alaires. Des muscles qui en font une athlète hors pair,
dans les toutes premières du règne animal : ils développent en effet
une puissance de 100 W par kg (poids vif).
Chez Homo sapiens,
le coureur du Tour de France égale le culturiste avec un petit 30 W/kg.
Ces deux dernières catégories de musculeux, bien au fait que beaucoup
de gènes sont communs entre eux et le Diptère Drosophila melanogaster,
espèrent que ces recherches déboucheront sans tarder sur une
amélioration de leurs performances. D’autres y voient des pistes pour
le traitement ciblé de maladies.
D’après « Fruit Flies – A Model for Bodybuilders », lu le 10 mars 2010 à www.newswise.com/
Cataglyphis fortis
(Hym. Formicidé) est une fourmi du désert, habitante des zones salées
du Sud tunisien. Son nid souterrain s’ouvre par un petit orifice, à
peine visible. Ses capacités d’orientation, pour retrouver sa colonie,
ont été bien étudiées. Adaptée à un milieu où les traces chimiques ne
sont pas opérantes, elle dispose de plusieurs systèmes de navigation :
l’enregistrement de repères visuels, un compas solaire, un podomètre et
un lecteur de paysage olfactif.
Ce dernier équipement était
jusqu’aux tous récents travaux des myrmécologues de l’institut
Max-Plank, à Iéna (Allemagne), l’apanage de l’homme et du rat.
Des
ouvrières dressées à reconnaître 4 odeurs – différentes de celle du nid
– lâchées sur le sable sans relief retrouvent le trou d’accès au nid
dont elles sont sorties. Ceci même si ledit trou ne correspond plus à
aucun nid. Pour réussir cette performance, elles ont besoin de leurs
deux antennes (portant les organes de l’olfaction) : elles perçoivent
les senteurs et leur emplacement en stéréo.
Article source : Steck K., Knaden M., Hansson B.S., 2010: Do desert ants smell the scenery in stereo? Animal Behaviour, online first (doi:10.1016/j.anbehav.2010.01.011)
Le ver rose résiste à Monsanto
Les
planteurs de coton l’avaient bien repéré, Monsanto l’admet – et c’est
une première. Dans certaines zones de l’état du Gujarat (Inde), le
cotonnier produit par la firme ne résiste plus au Ver rose du
cotonnier. Le « pink bollworm » se rit désormais des toxines de Bacillus thuringiensis produites par la plante génétiquement modifiée.
Des
suivis pratiqués par Monsanto en novembre 2009 ont révélé des taux de
survie anormalement élevés des chenilles du ravageur. Des échantillons
ont été rapportés au labo en janvier et février : les populations de
Ver rose sont bel et bien résistantes.
Rashmi Nair, directeur
scientifique du semencier, conseille aux agriculteurs de semer du
cotton Bollgard II, qui possède deux gènes de Bt, développé pour
retarder l’apparition de la résistance. Il leur recommande en outre de
ménager des refuges (des cotonniers normaux). Mais les planteurs n’y
croient plus et n’envisagent pas de consacrer une part de leur terrain
à nourrir la peste.
D’après « Bt cotton ineffective against pest in parts of Gujarat, admits Monsanto », par Priscilla Jebaraj, The Hindu, 6 mars 2010, lu à //beta.thehindu.com/
On ne peut lire cette Épingle sans avoir pris connaissance de la précédente sur le sujet « Alteroviposition » , tout fraîche, ni sans revenir à l’articulet paru dans Insectes n° 122 en 2001 sous « En bref… », recopié tel quel ci-dessous.
LES PAPILLONS FONT DE LA RÉSISTANCE
La
presse relaie l'information depuis un certain temps déjà : non, les
cotons transgéniques de la firme Monsanto ne sont pas si efficaces que
cela. Ils accuseraient en effet quelques faiblesses vis-à-vis des
attaques du Ver rose du cotonnier, Pectinophora gossypiella
(Lépidoptère Gelechiidé)... Par quel prodige ? Des chercheurs
américains ont étudié, au laboratoire, le mécanisme d'acquisition de la
résistance du papillon à la toxine CryiAc de Bacillus thuringiensis. En
analysant la descendance issue de croisements entre papillons
résistants et non résistants, ils ont déterminé que cette résistance
dépend de la concentration en CrylAc : plus la concentration de la
toxine est faible (moins elle est synthétisée), plus la mutation
responsable de la résistance a des chances d'apparaître en descendance.
Pour éviter l'émergence d'une telle résistance, il faut donc envisager
d'emblée une forte expression de la toxine bactérienne dans le coton.
Ce que Monsanto n'aurait apparemment pas suffisamment pris en compte
dans sa production de coton Bt...
Lu sur le Journal des biotechnologies de l'INRA
À noter :
L'INRA organise une rencontre intitulée "Abeilles et environnement" dans le cadre du salon de l'agriculture le mercredi 3 mars de 14h à 16h30.Cette rencontre sera retransmise sur le site de l'INRA.
Cartographie des fourmilions. Appel à contribution. R.A.R.E.
Effets des éléments boisés sur les populations de pollinisateurs dans les paysages agricoles. Proposition de thèse au CEMAGREF. Contact : Christophe Bouget (christophe.bouget(a)cemagref.fr)
À lire sur Internet :
De la part de l'INRA :
Les criquets : une valeur sûre pour la biodiversité
Une
méthode d’échantillonnage fiable et reproductible, destinée à estimer
le nombre de criquets présents dans les prairies d’un vaste site
d’études.
L’interaction entre pathogène et insecticide affecte la santé des abeilles
L’effet combiné induit un taux de mortalité plus élevé que chaque agent seul.
Biodiversité des pollens et santé des abeilles
La quantité et la diversité des ressources alimentaires (pollen) ont un impact direct sur la santé du pollinisateur.
Quels facteurs déterminent la biodiversité de la flore adventice en France ?
La
diversité de la flore adventice analysée à une large échelle est
favorisée par des systèmes agricoles peu spécialisés et peu intensifs.
La conservation de cette biodiversité doit être raisonnée au niveau des
territoires.
Alteroviposition
Cela
fait treize ans qu’on cultive à grande échelle des cotonniers
génétiquement modifiés, produisant des toxines de la bactérie Bacillus thuringiensis, résistants aux attaques de ravageurs. Ceci se passe notamment en Inde, en Chine et aux États-Unis.
Normalement,
les insectes « bioagresseurs » subissent une pression de sélection et,
au bout de quelques générations, apparaissent des populations
résistantes et les dégâts se manifestent. Les modèles mathématiques ont
indiqué qu’il faut une dizaine de générations si les gènes sont
dominants, un trentaine s’ils sont récessifs.
Pour éviter – ou
tout au moins ralentir fortement – le phénomène, on a mis au point et
appliqué la stratégie des refuges : des cotonniers normaux
jouxtent des cotonniers GM. Ceci pour que les populations se mélangent
en permanence et que les gènes de résistance se diluent.
Effectivement,
on n’a observé que peu de cas de résistance, au bout d’une cinquantaine
de générations des ravageurs (depuis 13 ans, les planteurs doivent
semer 20 % de coton non GM).
Mais ceci ne serait pas tellement
dû à l’installation des refuges qu’au comportement des femelles
émergées dans les champs de coton Bt. D’après l’étude conduite par
l’université de Wageningen (Pays-Bas) en collaboration avec
l’université de la Caroline du Nord (États-Unis), des femelles pondent
sur d’autres plantes. Leur descendance a une meilleure survie et la
proportion de ces individus qui ont moins d’appétence pour le cotonnier
augmente dans la population. Il en résulte des dégâts moindres, même en
présence d’effectifs similaires. Et ce de façon durable.
Nos
entomologistes vont maintenant vérifier leur hypothèse issue de modèles
tournant sur ordinateur sur le terrain et étudier les préférences de
ponte des insectes du coton dans les champs.
D’après
« Oviposition behaviour of pest insects keeps Bt-cotton durably
resistant », d’après l’université de Wageningen, lu le 3 mars 2009 à www.physorg.com
À lire sur Internet :
Guerre de moustiques, par J.L. Sciences-et-Avenir.com, 23 février 2010.
"
Des moustiques génétiquement modifiés pour ne pas voler pourraient
permettre de lutter contre la propagation de la dengue selon de
nouveaux travaux. "
Les fourmis se cachent pour mourir… et protéger la colonie, par Grégoire Macqueron, Futura-Sciences, 19 février 2010.
" Chez plusieurs groupes d’animaux sociaux, les individus mourants
partent parfois finir dans la solitude. Des chercheurs allemands ont
découvert que chez les fourmis cet isolement social était une tentative
volontaire pour éviter de transmettre leur infection au reste de la
colonie. "
Le philanthrope Bill Gates
appuie ses discours par un lâcher d’insectes : après des moustiques
(symboles du paludisme), il vient de libérer un plein bocal de lucioles
(l’énergie propre…).
En Australie, le Crapaud de la canne à sucre, Buffo marinus, envahisseur envahissant originaire d’Amérique du Sud, s’avère inadapté et donc en péril face à une fourmi indigène, Iridomyrmex reburrus.
Contrairement aux grenouilles du cru, il vit le jour, ne les voit pas
et, trop pataud, ne leur échappe pas. D’après Rick Shine (université d
Sydney), l’efficacité de l’auxiliaire autochtone de lutte biologique
est grandement augmentée en disposant de la pâtée pour chats, très prisée de la fourmi, dans son habitat.
En
activant ou en désactivant le gène de la production d’une protéine
nommée Rac, chez une drosophile génétiquement préparée, une équipe
sino-états-unienne dirigée par Yi Zhong, a provoqué ou empêché l’oubli, par ladite mouche, d’une association d’odeurs avec un petit choc électrique : son cerveau efface chimiquement les souvenirs.
En
Indonésie, des ouvriers préparent une statue de bronze de Barack Obama
enfant - qui a vécu dans ce pays et doit s'y rendre en mars - avec un papillon sur le doigt.
Prolétaire
sans défenses
Le Puceron rose et vert du pois est un ravageur important des
légumineuses. Acyrtosiphon pisum (Hém. Aphididé)
est aussi l’hôte de nombreux labos pour l’étude de la symbiose, de la
transmission des virus, des relations plantes-insecte et du
polymorphisme.
Son génome a été décrypté (il comporte deux fois plus de gènes que
celui des autres insectes analysés jusque-là) et Nicole Gerado, chef de
l’International
Aphid Genomics Consortium, s’est penchée particulièrement sur les gènes
des défenses immunitaires. Surprise : ils manquent presque tous. Le
puceron affronte donc ses ennemis (de nombreux microorganismes
pathogènes, principalement des champignons, en plus des insectes
parasitoïdes et prédateurs) dépourvu de la plupart des moyens d’y
résister qu’ont les autres insectes.
Les pucerons s’en sortent pourtant et sont capables de rapides
proliférations conduisant à de belles pullulations. Ce sont d’efficaces
suceurs de sève, qu’ils digèrent avec l’aide de bactéries (Buchnera) associées
avec eux depuis 50 millions d’années. Il se pourrait que la perte de
défenses immunitaires soit nécessaire pour conserver ces symbiontes.
Les pucerons ont en même temps « fait un choix » particulier d’«
investissement » : grosso modo, toutes les
ressources du puceron – des puceronnes virginipares - sont affectées à
la fabrication de pucerons, et de plusieurs générations emboîtées.
Autrement dit, sa seule richesse est dans sa lignée (proles
en latin), c’est un vrai prolétaire.
D’après, notemment, « Pesky aphid
thrives despite weak immune system », lu le 22 février 2001 à www.eurekalert.org/
Le Grillon automnal, Gryllus pennsylvanicus
(orth. Gryllidé nord-américain), a tout à craindre de l’araignée-loup Hogna
helluo (Lycosidé). Les individus rescapés de ses tentatives
de prédation, et ceux des populations qui sont en contact avec elle, se
protègent mieux contre ses assauts. Et les enfants des rescapées aussi,
de façon innée. Telle est la découverte faite par Jonathan Storm et
Steven Lima (université de l’Indiana, États-Unis), publiée dans American
Naturalist.
Ils ont déposé des femelles dans un terrarium occupé par une araignée
affamée mais aux chélicères neutralisées par de la cire. Puis observé
le comportement des grillons de leur descendance (il n’y a pas de soins
maternels), dans les mêmes conditions. Par rapport à des témoins dont
la mère n’avait pas connue l’araignée-loup, ils se protègent mieux,
restant deux fois plus longtemps à l’abri et sont repoussés par les
déjections et les fils de soie de leur ennemie.
C’est la première fois qu’on met en évidence ce phénomène. La
transmission de facteurs de résistance à un pathogène était connue. Le
mécanisme reste mystérieux.
D’après « Grillen
warnen via Ei », lu le 18 février 2010 à www.scienceticker.info/
[R]
18 février 2010
À lire sur Internet :
Le
SPIPOLL - suivi photographique des insectes pollinisateurs. Programme
de science participative lancé par le Muséum National d’Histoire
Naturelle, l’OPIE, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme
et la Fondation Nature & Découvertes.
Première
présentation.
Quand la mouche remplace le diamant sur le crâne de Damien Hirst, 20 minutes, 4 février 2010.
La
diversité des paysages au service des papillons, par Grégoire
Macqueron, Futura-Sciences,
13 février 2010.
"
Quand l'environnement est varié, les papillons se portent mieux. C'est
ce que démontre une équipe de chercheurs britanniques. Moralité : les
paysages devraient être inclus dans les programmes de conservation et
il ne serait pas inutile d'en créer. "
L'OPIE-MP investit le camp militaire du Larzac. Midi Libre, 13 févrer 2010.
Une
coccinelle télécommandée, par par Isabelle Burgun. Lien
multimédia, 11 février 2009.
"
Ce n’est pas un robot. Mais une véritable coccinelle qui, le temps
d’une « couvaison », abrite une larve de guêpe pour en assurer sa
survie. Et, une fois la mission accomplie, la coccinelle retrouve sa
liberté ! "
[Dinocampus
coccinellae, Hym. Braconidé]
À noter :
La biodiversité: qu'est ce que c'est ? par
Laurent Pélozuelo et Le naturaliste et les fourmis,
par Laurent Cournault. Conférences de l'OPIE-MP, samedi 6
mars, 14h30, à Gaillac (Tarn); Contact : lpelozuelo@yahoo.fr
Greffe
du nez
Un bon moyen de répertorier les odeurs auxquelles les insectes sont
sensibles (les aimant ou les détestant) est de transposer leurs
sensilles olfactives – situées sur leurs antennes – une par une à des
œufs de grenouille. Lesquels sont plongés dans une solution de la
substance chimique en examen. On enregistre les variations de potentiel
électriques induites en cas de réaction. On a ainsi étudié l’odorat de
papillons de nuit, de l’Abeille domestique, de la Mouche du vinaigre.
L’outil ne convient pas pour des produits volatils, comme ceux qui
guident les moustiques vecteurs vers leur repas de sang. D’où la mise
au point d’un nouveau dispositif, certes plus long à mettre en œuvre.
Il est constitué d’une drosophile mutante anosmique à laquelle on a
greffé un par un les gènes des récepteurs olfactifs du moustique.
La méthode se révèle capable de repérer aussi les composés chimiques
qui inhibent l’olfaction. On a pu ainsi montrer qu’Anopheles
(Dip. Culicidé) possède des sensilles spécialistes à côté de
généralistes et inventorier 27 substances « olfactoactives »
spécifiques de la peau humaine.
Travaux conduits aux États-Unis par les équipes de Laurence Zwiebel
(œufs de grenouille, à Vanderbilt) et de John Carlson (droso, à Yale).
D’après « Scientists
Transplant Nose of Mosquito, Advance Fight Against Malaria », lu le 16
février 2010 à //www.sciencedaily.com
Regarder
penser les mouches
Une équipe du Caltech (Institut californien de technologie) vient de
réussir à enregistrer les variations d’activité de neurones du «
cerveau » de la Mouche du vinaigre. Un peu (un tout petit peu) comme
une IRM fonctionnelle.
Un groupe de cellules nerveuses qui participe au maintien de la
stabilité du vol en réponse à des stimulus visuels voient leur
réactivité doubler brusquement dès que la mouche se met à voler. Ce
résultat était connu du criquet, bien plus gros ; la droso est
avantageuse car son génome est parfaitement connu, ce qui permet
d’aller plus loin.
Pratiquement, l’insecte dont les circuits neuronaux intéressants ont
été marqués génétiquement, est scalpé ; une électrode de mesure est
insérée au travers d’une sorte de casque renversé plein de liquide
physiologique et collé à la fois à la cuticule et à un support. Devant
notre patiente, un écran panoramique de diodes électroluminescentes lui
présente un « paysage survolé » (schématique). Derrière elle, une
soufflerie dispense un courant d’air qui lui fait battre des ailes. Sur
le côté, des capteurs et une caméra infra-rouge.
D’après, entre autres,
« Scientists record fruit fly brain waves », lu à
www.upi.com/Science_News/ le 15 février 2010.
Article source (en
ligne) : Maimon G., Straw A.D., Dickinson M.H., 2010. Active
flight increases the gain of visual motion processing in Drosophila. Nature
Neuroscience, 14 février 2010 - doi:10.1038/nn.2492
Un
asticot de Mouche du vinaigre (c’est encore elle qui expérimente)
plongé dans un tube avec différentes sortes de carbone sous forme de
nanoparticules s’en sort sans aucun dommage. Une mouche adulte moins
bien. Les nanotubes monofeuillets (SWNT) lui sont fatals, mais le banal
noir de fumée aussi. Dans tous les cas, elle contamine un tube propre.
Aveuglée,
étouffée et n’arrivant pas à faire convenablement sa toilette, elle
meurt au bout de quelques heures. Ce qui ressemble à l’effet de bien
des poudres.
Des expériences plus fines sont sans doute en cours.
Faut-il avoir peur, suite à cette manip ? Les nanoparticules font
l’objet d’oppositions virulentes. Déjà incorporées dans de nombreux
produits dont elles améliorent les qualités, elles sont fabriquées et
mises en œuvre dans des conditions très contrôlées ; elles ne s’offrent
pas aux asticots pour s’y vautrer ni aux mouches pour s’y baigner.
D’après, entre autres,
« Dangerous Nanoparticles Can be Transported by Insects », lu le 12
février 2010 à www.naturalnews.com/
C'est une vieille manip, épinglée en 2007 : " Nanotuber les mouches "
La
droso (toujours et encore elle) est plus attirée par le sucre le jour
que la nuit. En détruisant une fonction « horloge » contenue dans les
sensilles de sa trompe, on la rend gourmande en permanence. Son cerveau
n’intervient que pour commander en réponse l’acte de lécher les jus
sucrés.
Si jamais Homo sapiens possédait aussi une horloge
dans ses papilles, si on arrivait à la dérégler…
D’après
« Tiny Tongue of a Fruit Fly Could Offer Big Clues in Fight Against
Obesity, Researcher Says », ScienceDaily, 11 février 2010, lu à //www.sciencedaily.com/
9 février 2010
À lire sur Internet :
Des fourmis sous contrôle video, par caroline Depecker. Le Temps, 6 février 2010.
Les papillons migrateurs gardent le cap dans le vent dominant, par Hervé Morin. Le Monde, 5 février 2010.
La fructueuse
rencontre d'une orchidée
et d'un criquet, par C.D.
Sciences-et-Avenir.com,
12
janvier 2010.
"Pour la première fois, un criquet a été observé se nourrissant du
nectar d’une orchidée, œuvrant du même coup à la pollinisation de cette
plante."
[Glomeremus sp.
(Orth.
Gryllacrididé / Angraecum
cadetii]
L'article source est en ligne ici
(en anglais) : Claire Micheneau et
al., 2009. Orthoptera, a new order of pollinator. Annals of Botany ;
doi:10.1093/aob/mcp299
Entomologie
spatiale (suite)
Le 2 février, une fusée iranienne propulsait dans l’espace un rat, deux
tortues et des « vers ».
L’occasion de rappeler que :
- le premier animal jamais envoyé dans
l’espace fut
une drosophile ; c’était en 1947, la fusée était d’un modèle allemand
(V2) recyclé aux Etats-Unis et la mission de ces héroïques et anonymes
Diptères était d’étudier l’effet des radiations ;
- Félix fut le premier chat spationaute.
Lancé à bord
d’une fusée française, il a été récupéré en bonne forme sur le plancher
des vaches ; des électrodes plantées dans le cerveau, il a rapporté des
informations inédites sur la transmission de l’influx nerveux ;
- Parmi de nombreux programmes
gouvernementaux avec
drosophiles, œufs de phasme et de Bombyx disparate, Vers à soie,
abeilles charpentières et autres fourmis moissonneuses, il faut retenir
l’expédition privée Genesis de 2006. Elle fut en effet l’occasion pour
la chenille du Lépidoptère Tortricidé Cydia
deshaisiana (= Laspeyresia
saltitans) d’orbiter (sa chenille habite et meut les pois
sauteurs) ;
- le dernier envol d’insectes, en
novembre 2009, a
été épinglé ici.
Belles Dames et
Monarques ont travaillé sur le développement.
Graines
et pois sauteurs, par Remi Coutin. Insectes n° 132
(2004-1)
Buis envahi
Le buis dont on fait les rameaux, les bordures des jardins de curé et
des pièces d’échecs est-il menacé ? Originaire d’Asie, Diaphania perspectalis
(Lép. Crambridé) a été repérée en Allemagne en 2007. Comme signalé ici
en 2009, elle a colonisé les buis alsaciens depuis 2008 et devrait
étendre rapidement son aire.
La chenille est glabre, vert clair avec des lignes vert foncé et deux
rangées de verrues noires pourvues de longues soies claires.
Elle
se développe en 5 semaines (il y plusieurs générations par an) aux
dépens des feuilles. Elle en réunit plusieurs par des fils de soie pour
constituer son abri de nymphose. La chrysalide est vert jaune avec deux
bandes latérales parallèles brun noir.
Le papillon, nocturne, est de couleur générale blanche (il existe des
formes brunes) avec des bandes brunes sur les ailes ; son envergure est
de 4 cm.
D’après Feldtrauer
J.F,
Feldtrauer J.J, Brua C., 2009. Bull.
Soc. ent. Mulhouse, 65(4), 55-58.
Fiche
Pyrale du buis (illustrée) par la Société alsacienne
d'entomologie.
Le buis est déjà victime de plusieurs ravageurs installés
: la
Tordeuse de l’if (Ditula
angustiorana,
Lép. Tortricidé), la Cochenille virgule du pommier (Lepidosaphes ulmi,
Hém.
Diaspididé), et deux espèces européennes qui se sont répandues en
Amérique du Nord, la Cécidomyie du buis (Monarthropalpus buxi,
Dip.
Cécidomyidé) et le Psylle du buis (Psylla
buxi, Hém. Psyllidé).
Réf. : Alford D.
V., 1994 - Ravageurs
des végétaux d'ornement -
Version française :
Commeau M. F., Coutin R., Fraval A., Quae (ex-Éd. INRA), 464 p. En
ligne partiellement sur Google books.
Ouvrières en CDD
Pour une période d’essai d’un an et dans le cadre de l’effort général
pour soutenir les Abeilles domestiques et la pollinisation, deux ruches
seront installées à Gwent près de Cwmbran (Pays de Galles,
Royaume-Uni).
La situation de l’apiculture est mauvaise, 60% des abeilles ont
disparu. Le site est idéal : il donne sur un vaste parc, le Jardin du
souvenir, géré en bio.
On salue donc la décision du comité directeur du crématorium, qui
escompte un meilleur classement aux concours des établissements les
plus verts et a tenu à préciser que cela n’affectera pas le
fonctionnement normal de l’entreprise.
D’après « Honey
bees plan for
crematorium », BBC News,
lu
le 7 février 2010 à //news.bbc.co.uk/