saisir la chance de l'environnement ?
les agricultures françaises au milieu du
gué
1. Les atouts fondamentaux des agricultures françaises
demeurent puissants
2. Mais les vulnérabilités des systèmes
de production sont préoccupantes
3. Le contexte actuel, particulièrement délicat,
exige de tirer parti
Conclusion : enfourcher le bon cheval
Encadré 1. Indicateurs
d'intégration des préoccupations environnementales dans la
PAC
Encadré2. Indicateurs
agri-environnementaux OCDE : état au 27/11/2000
Pour la France et l'Union européenne, la question agricole
représente beaucoup plus que sa part de produit intérieur brut
(PIB) et de démographie : le fondement de sa sécurité
alimentaire, une forte composante de son image internationale, un dossier-clef
pour sa crédibilité politique, une source d'excédent
commercial, un gros enjeu financier avec la Politique agricole commune (PAC),
un outil essentiel d'aménagement du territoire et de gestion de ses
ressources et, peut-être, la pierre de touche des motivations de
l'élargissement à l'Est. Il semble acquis et réaffirmé
que les produits agricoles ne doivent pas être considérés
comme des matières premières telles que métaux ou
pétrole, entièrement exposés aux spéculations,
mais que leur production et leurs prix doivent être suffisamment
stabilisés dans un souci de sécurité. Les aléas
climatiques confèrent en outre à cette dernière une
nouvelle dimension.
C'est pourquoi les incertitudes actuelles, de plusieurs ordres, exigent pour
" l'entreprise agricole France ", comme l'appellent certains bien que les
agricultures y soient très plurielles, une analyse stratégique
de ses atouts et de ses vulnérabilités, au regard du contexte
et de ses perspectives. Ceci est d'autant plus important que le monde agricole,
malgré la grande variabilité des systèmes de production,
des produits et des terroirs, est solidaire dans la perception qu'en ont
les citoyens et les consommateurs, en France et ailleurs.
Il sera donc peu question ici des nouvelles donnes énergétiques
de 2020 ou 2030, ni d'analyses environnementales, même si les impacts
socio-économiques des dommages constatés et prévisibles
n'échappent plus à personne, mais seulement de suggestions
économiques, à partir de trois constatations.
[R] 1. Les atouts fondamentaux des
agricultures françaises demeurent puissants
Ils sont nombreux.
Les productions agricoles contribuent à faire de l'ensemble
agro-alimentaire français le deuxième poste d'excédent
commercial national, en large majorité grâce aux produits finis
depuis 1995. Rien à voir avec la situation du Japon, grand importateur
net (1), ou celle de la
Nouvelle-Zélande, très dépendante de ses exportations
agricoles pour toute son économie
(2).
Le marché intérieur européen à 15 représente
70% des exportations françaises, ce qui est un facteur de stabilité,
et l'Europe élargie restera de loin son principal marché avec
450 millions d'habitants au total.
La diversité des systèmes de production, des produits et des
terroirs est une arme nationale contre la banalisation des produits de
commodité qui ne se concurrencent que par les prix, tirant ceux-ci
vers le bas. Cette diversité semble mal connue en dehors des
spécialistes : qui sait que l'Institut français de l'élevage
décrit 11 façons très différentes de produire
du lait de vache en Bretagne et 18 façons de faire de la viande bovine
en Limousin ?
L'image intérieure et extérieure (tradition, art de vivre,
qualité, savoir-faire, subtilité) des produits agricoles fut,
jusque très récemment, de tout premier plan. Les grandes crises
récentes (dioxine, mais surtout Encéphalopathie spongiforme
bovine - ESB - et fièvre aphteuse) affectent certes lourdement l'ensemble
de l'agriculture française mais ne lui sont pas spécifiques.
Le monde agricole a déjà fait la preuve de sa capacité
à réagir et à s'organiser face à des défis
nouveaux, à partir du moment où la voie lui en est clairement
définie. Pourquoi pas cette fois-ci encore ?
[R] 2. Mais les vulnérabilités des systèmes de production sont préoccupantes
Elles concernent, d'une part, la structure du tissu agricole et, d'autre
part, ses rapports au territoire.
Du fait des orientations des aides, une partie croissante des productions
nationales et des structures de développement correspond à
des produits de base, sans qualification particulière intrinsèque
ni territoriale, massifiés, très exposés à la
concurrence intra-européenne, voire mondiale, par les seuls prix :
c'est le cas de nombreuses céréales, viandes et productions
laitières. Ceci rappelle les situations du textile et de la
sidérurgie voici 25 ans. Toute la production animale de ce type (volailles
et porcs, notamment) est en cours de délocalisation du fait des
coûts comparés de main-d'uvre. Cette situation n'est pas
solide économiquement tant que les prix des transports internationaux
restent aussi bas qu'aujourd'hui (le lien avec la politique sur le changement
climatique est manifeste). Les crises de la vache folle et de la fièvre
aphteuse, quoique de natures différentes, éclairent d'un jour
cruel cette réalité par l'appel soudain à d'autres
productions qu'elles ont provoqué sur les marchés intérieurs
et extérieurs à l'Europe.
La grande disparité des situations et de la composition des revenus
(selon les activités, de 0 à 80% des recettes directes sont
constituées d'aides publiques, d'après les statistiques du
Bulletin d'information du ministère de l'Agriculture - BIMA)
rend la solidarité professionnelle artificielle et les
intérêts individuels très divergents. Cette fragilité
est accentuée par deux éléments :
- la mise sous dépendance du monde agricole par l'agro-industrie et
les banques en amont, par l'agro-alimentaire et la distribution en aval,
accentuée pour les produits sans caractéristiques que seule
la marque de l'entreprise agro-alimentaire ou de distribution différencie
;
- la difficulté croissante à l'installation des jeunes exploitants
(du fait de l'étendue des exploitations et de la flambée des
prix dans plusieurs régions) au profit de l'agrandissement
systématique, souvent favorisé sur le terrain.
Les dommages environnementaux vécus par plusieurs régions-phares
françaises rendent la situation coûteuse (par exemple, 2 600
F/an - près de 400 Æ - pour un ménage devant payer
l'épuration communale de l'eau et consommer de l'eau minérale),
voire insupportable pour les personnes et activités riveraines
(qualité des ressources communes trop dégradée : eau,
air, sol, pouvant provoquer des difficultés économiques et
des retraits de labels : laiteries, conchylicultures, brasseries, etc.).
Elle devient parfois critique pour l'activité agricole elle-même
(santé des agriculteurs, contaminations de cultures et d'élevages,
cahier des charges impossibles à respecter, fécondité
de la terre menacée parfois à brève échéance,
acceptabilité sociale locale affaiblie, etc.).
Pour les consommateurs, le hiatus d'image entre les représentations
traditionnelles des salons de l'agriculture et du marketing agro-alimentaire,
et ce qu'ils découvrent via les médias sur les techniques
véritables de production renforce le choc et le rejet suscités
par les informations sur la dioxine, les phytosanitaires ou l'ESB. Leurs
prises de position montrent que, pour eux, le renforcement du lien des
productions au territoire est ressenti comme un facteur de sécurité
et le respect de l'environnement comme un indice éthique du respect
du consommateur.
Les effets de l'ESB et de la fièvre aphteuse accélèrent
cette évolution et poussent financièrement, commercialement
et politiquement à envisager à brève échéance
une forte réorientation des politiques agricoles, programmée
dans les accords de Marrakech et amorcée par l'Agenda 2000 sur fond
d'élargissement de l'Union européenne.
[R] 3. Le contexte actuel, particulièrement délicat, exige de tirer parti des atouts pour surmonter les vulnérabilités
L'Organisation mondiale du commerce (OMC)
L'échéance de la " clause de paix " de l'OMC, fin 2003,
prévue par les accords de Marrakech remet en question la plupart des
soutiens publics européens aux productions agricoles (" boîtes
rouge (3) " et " bleue "). Ce n'est pas
le cas de la boîte dite " verte " qui, à côté des
thèmes de la sécurité alimentaire de chaque région
du Globe et de l'assurance-revenu des agriculteurs, tire sa
légitimité politique des problèmes environnementaux
effectivement rencontrés sur toute la Planète. S'y ajoute le
fait que ce domaine commence à être assez bien connu, voire
quantifié, quoiqu'inégalement selon les sujets (les bilans
du phosphore et de l'azote beaucoup mieux que la biodiversité, par
exemple), ce qui donne aux caractéristiques environnementales des
systèmes de production une place particulière dans les
débats.
Les indicateurs élaborés à l'OCDE (voir encadré
1, ci-dessous) fournissent à ces négociations des
références communes, qualitatives et quantitatives (description
des situations, seuils, questions prioritaires, etc.). Ces documents montrent,
par exemple, que les agriculteurs français sont ceux qui, de loin,
ont vu leur revenu moyen croître le plus entre 1986 et 1998.
Les interventions nationales y reflètent, souvent de façon
documentée et quantifiée, les préoccupations prioritaires
des États et les avantages comparatifs de leurs systèmes de
production, notamment dans leurs caractéristiques environnementales
: ainsi la Nouvelle-Zélande proposa-t-elle comme indicateur d'utilisation
d'azote le pourcentage en prairies de la surface agricole utile (SAU)...
Les éléments concrets et validés permettant d'alimenter
une vision globale claire du domaine ne se trouvent pas facilement : ils
sont très fournis sur quelques points mais, en général,
éparpillés, parfois recueillis au hasard d'autres
problématiques, ou très récents et manquant de recul
statistique ou temporel. Le cas national n'est pas unique mais la position
économique de la France se traduit par des vulnérabilités
et donc des exigences induites. Même en tablant sur un vraisemblable
accord bilatéral entre l'Europe et les États-Unis avant les
négociations plénières, toute faiblesse de l'argumentaire
européen sera exploitée, en particulier devant les pays en
développement. Or, aujourd'hui, les États-Unis sont, sur le
papier, dans une meilleure situation que l'Union européenne sur ce
thème environnemental : 20 à 25% de leurs aides directes sont
motivées par des mesures environnementales, contre 5% en moyenne pour
l'Union. Ceci ne signifie pas que les pratiques agricoles américaines
soient, en pratique, environnementalement plus vertueuses que les
européennes mais que leur argumentaire sur ce point est plus facilement
partageable par d'autres États en salle de négociation.
Quant aux revenus agricoles, qui interviennent aussi dans les débats
sur la " boîte verte ", les statistiques publiées de l'OCDE
montrent aujourd'hui une France largement en tête sur la période
1990-1995, avec une progression moyenne réelle de 8% ; par comparaison,
le Danemark affiche 5,5%, les États-Unis 0,5%, les Pays-Bas 0% et
le Canada -1,5%. Les soutiens aux producteurs, en pourcentage des recettes
brutes moyennes des exploitations, ont diminué dans tous les pays
cités par l'OCDE sur les 10-15 dernières années, sauf
pour le Mexique et la Norvège, qui connaissent un accroissement, et
pour l'Union européenne où ils sont stables. Et si les aides
par agriculteur sont légèrement plus élevées
aux États-Unis, les aides à l'hectare sont 9 fois plus fortes
dans l'Union européenne (4). Certes,
il ne s'agit que de moyennes et la dispersion est grande. Mais l'effet
international est garanti : pas question d'apitoyer les négociateurs
sur le sort du " paysan français moyen " ni de prouver avec ces chiffres
une bonne application par l'Europe des accords de 1994...
La Politique agricole commune
Au niveau communautaire, les propositions des États-membres sont
également en phase avec leurs positions stratégiques en
matière de structures et d'options agricoles. En effet, l'horizon
OMC 2003 se double de celui de l'élargissement et de la redistribution
d'un budget PAC peu extensible : étendre le régime actuel à
la Pologne, à la Hongrie, à la Tchéquie et à
la Slovénie le renchérirait de 15 milliards d'euros par an,
pour un total de 42, ce qui n'est pas envisageable. La part française
y est évidemment convoitée. Dans ce contexte, si nous ne savions
pas faire valoir les atouts agri-environnementaux effectifs de nombre de
nos systèmes agricoles (et donc reconnaître et corriger les
excès des autres), ce qui constitue aujourd'hui un registre diplomatique
fort, la crédibilité de la France et ses retours financiers
futurs pourraient se voir très exposés.
L'évolution de la demande des consommateurs et de la société
vis-à-vis du monde agricole, accélérée par la
crise de l'ESB, est aussi traduite par la grande distribution européenne
dans ses cahiers des charges aux producteurs
(EUREP(5)). En voici quelques recommandations
: pas d'antibiotiques de croissance, traçage des aliments
génétiquement modifiés des animaux ; compteurs et plans
d'économie d'eau pour les irriguants, analyse des teneurs de l'eau
d'irrigation en azote et phosphore, métaux lourds, phytosanitaires
et autres polluants avant toute application ; formation appropriée
obligatoire des manipulateurs de produits traitants et assistance par des
conseillers certifiés reconnus, etc.
Toutes les voix convergent donc pour revoir les règles du jeu. Plusieurs
documents communautaires récents (COM2000(20) de janvier 2000,
notamment ; voir encadré 2) en développent les futures
orientations, confirmées par les discussions de l'année en
cours. Tous ces travaux sur les caractéristiques environnementales
de systèmes de production, de niveau OCDE ou communautaire, affichent
fréquemment l'échéance de 2002-2003, soit la fin de
la " clause de paix ".
[R] Conclusion : enfourcher le bon cheval
Les agricultures françaises doivent prendre en compte cette
évolution de fond pour ne pas succomber à leurs
vulnérabilités et rebondir sur leurs atouts propres dans ce
nouveau contexte caractérisé, répétons-le, par
une forte convergence entre les demandes sociales relayées par
l'agro-alimentaire et l'évolution des discours politiques sur les
scènes de l'OMC et de la PAC. La protection des ressources naturelles,
du capital pédologique et de la santé des êtres humains
n'y résumeront certes pas les politiques agricoles mais les orienteront
fortement. Rappelons la déclaration du directeur de l'Agriculture
à l'OCDE, G. Viatte, en conclusion du colloque OMC et agriculture
(SFER-INRA) des 6 et 7 février 2001 : " Les politiques environnementales
auront un impact peut-être plus fort sur l'agriculture que les politiques
agricoles ".
Cette analyse ne date pas d'hier : on la trouvait déjà au
début des années 1970 (CENECA, 1971, par exemple), chez quelques
acteurs notamment universitaires et associatifs, alors peu écoutés
et qui n'auront attendu que
trente ans ! Les agriculteurs sont aujourd'hui
de plus en plus nombreux à avoir pris conscience de cette situation
et d'un certain manque d'orientations structurées et lisibles autour
d'eux. Leur inquiétude s'est muée en désarroi sous le
choc de l'ESB et de la fièvre aphteuse. Avec une ligne aussi claire
que celle qui lui fut donnée dans les années 1960, le monde
agricole saurait sans nul doute (pas tout seul, mais très activement)
réorganiser efficacement ses techniques, ses formations, la
représentation qu'il se fait de ses rôles sociaux et, par
conséquent, l'image qu'il donne de lui-même et de ses produits
à ses contemporains. Les agriculteurs en retireraient, outre des
conditions de concurrence moins fondées exclusivement sur les prix,
une moindre sensibilité aux délocalisations, une autonomie
d'image et de revenu plus importante et une signification sociale enrichie.
Pour ce faire, comme tout secteur économique désirant conserver
et accentuer sa reconnaissance commerciale et sociale en matière de
qualité et de sécurité, le pays (et à son niveau,
l'Europe) doit pouvoir assurer aux agriculteurs les conditions d'un saut
qualitatif conforme aux perspectives économiques, commerciales et
physiques du siècle. Ceci signifierait, par exemple :
- une formation technique suffisamment diversifiée et
renouvelée pour ouvrir le plus largement possible les marges de
manuvre de progrès et d'adaptation aux modifications très
diverses en cours (demandes des consommateurs, évolution climatique,
tensions sur les ressources en eau et en sol, concurrences qualitatives
renouvelées ) ;
- un cadre strict à la fois de répression des fraudes et
de promotion des innovations de qualité qui, d'une part, protège
les agriculteurs respectueux de leurs clients et de la société
contre les distorsions de concurrence et, d'autre part, accroisse la
reconnaissance des efforts faits par le monde agricole, ce qui les ferait
bénéficier d'une part plus grande de valeur ajoutée
; il ne peut y avoir, dans la durée, revendication reconnue de
qualité et protection des " moutons noirs " ;
- une ouverture plus large, aujourd'hui amorcée, du monde agricole
aux collaborations et aux confrontations avec ses contemporains,
indispensable facteur d'adaptabilité et de crédibilité
;
- un discours interne et externe portant explicitement la valorisation
conjointe du travail de l'agriculteur, de la bonne gestion des ressources
à partir desquelles il travaille et d'un ancrage territorial très
encadré des produits qu'il propose, ce qui replacerait la France
en pointe de l'évolution européenne ;
- un positionnement communautaire défendant d'abord la
sécurité alimentaire et une qualité justement
rémunérée des produits matériels et immatériels
de l'agriculture, ce qu'attendent la clientèle européenne,
sur tous les produits et la clientèle non européenne sur les
produits finis et de qualité qui fournissent les véritables
excédents nets commerciaux ; une organisation nationale crédible
et cohérente d'évaluation et de suivi serait une bonne garantie
pour que la France maintienne sa position au sein de l'Union dans le contexte
PAC-OMC ;
- un rôle international renforcé par cette cohérence
interne vis-à-vis de toutes les clientèles solvables ; pour
les autres, il s'agit d'aide alimentaire, qui constitue une politique
particulière ;
et, last but not least, une recherche publique qui confirme ses axes
nouveaux, tels qu'énoncés, par exemple, par l'INRA : "
préserver l'environnement et produire durablement " et " adapter
espèces, pratiques et systèmes à des contextes changeants
".
[R] Encadré 1. Indicateurs d'intégration des préoccupations environnementales dans la PAC
COM2000(20), janvier 2000
Politiques agri-environnementales (1.1.3)
" Les bonnes pratiques agricoles correspondent au type d'agriculture que
pratiquerait un agriculteur sensé dans la région concernée.
" (1.3.1.3)
" Les agriculteurs doivent respecter le niveau minimum d'exigences
générales en matière de protection de l'environnement
sans recevoir de rémunération particulière pour ce faire.
Cela signifie que tous les agriculteurs sont tenus de respecter les dispositions
législatives contraignantes quant à l'utilisation des pesticides,
des engrais, de l'eau et, le cas échéant, les orientations
nationales et régionales relatives aux bonnes pratiques agricoles.
" (1.3.1.3)
" Toutefois, lorsque la société leur demande de réaliser
des objectifs à caractère environnemental allant au-delà
du niveau de base des bonnes pratiques agricoles et que les agriculteurs
de ce fait supportent des dépenses ou subissent une perte dans leur
revenu, la société devra alors les rémunérer
pour ce service rendu à la collectivité
Selon le principe
pollueur-payeur, les agriculteurs supportent les frais de mise en
conformité jusqu'à un niveau de référence de
'bonnes pratiques agricoles' qui se reflète dans les droits de
propriété ". (1.3.1.3)
Réforme de la PAC (1.3.1.4)
" Ce règlement comporte trois niveaux d'actions. Le premier vise à
appliquer des restrictions contraignantes. Ces mesures sont déjà
obligatoires dans les États membres en ce qui concerne, par exemple,
la pollution de l'eau par les nitrates. Deuxièmement, les États
membres peuvent appliquer une éco-conditionnalité en subordonnant
les paiements directs versés au titre de la PAC au respect des exigences
en matière de protection de l'environnement. Troisièmement,
les États membres peuvent avoir recours à des programmes
agri-environnementaux pour protéger ou mettre en valeur l'environnement
en allant au-delà des bonnes pratiques agricoles. "
" La société dans son ensemble n'acceptera pas que le financement
de la PAC conduise à une dégradation de l'environnement dont
elle devrait à son tour subir le coût. Il sera néanmoins
nécessaire de suivre et d'analyser avec soin l'évolution de
tous les secteurs agricoles, indépendamment du niveau d'intervention
de la PAC. "
Enjeux pour l'avenir : environnement et commerce, consommateurs,
élargissement (1.3.2)
" Il faudra entièrement respecter les engagements internationaux souscrits
dans le cadre des Accords multilatéraux sur l'environnement. "
5 objectifs à l'intégration de l'environnement dans la PAC
(1.4)
- Identifier les principales questions agri-environnementales ;
- comprendre, suivre et évaluer les relations entre pratiques agricoles
et environnement ;
- évaluer la mesure dans laquelle les politiques agricoles répondent
à la nécessité de promouvoir une agriculture respectueuse
de l'environnement et de le faire savoir aux décideurs et à
l'opinion publique " ;
- suivre et évaluer au niveau local la contribution des programmes
communautaires à l'agriculture durable ;
- dresser la carte de la diversité des écosystèmes agricoles
dans les États membres et les pays candidats. Cela est
particulièrement pertinent lorsqu'il s'agit d'expliquer aux partenaires
commerciaux de l'UE la spécificité de l'environnement agricole
en Europe. "
Spécificités locales (2.5)
- "
nécessite une approche différenciée qui
reflète la diversité des structures économiques selon
les régions et la diversité des conditions naturelles " ("
les données agrégées pouvant prêter à
confusion, notamment biodiversité et qualité de
l'eau ") ;
- " l'impact de nombreux processus dépendra des caractéristiques
spécifiques locales telles que la géologie, la topographie
ou le climat. Enfin, une approche axée sur les spécificités
locales permet d'étudier les écosystèmes de manière
holistique et de traiter des caractéristiques systémiques,
comme la qualité et la vulnérabilité des milieux. Un
contexte systémique d'indicateurs agri-environnementaux pertinent
peut être fourni par le concept de paysage, en tant qu'espace cultivé
et en partie semi-naturel à l'intérieur duquel la production
agricole prend place et qui est caractérisé par l'ensemble
de ses caractéristiques biophysiques, géophysiques et culturelles.
"
Utiliser le paysage pour classer les écosystèmes européens
(4.4)
" Identifier les zones vulnérables ou menacées
Un travail
de ce type a déjà été entrepris par certains
États membres et pourrait être étendu à
l'échelle européenne
D'un point de vue politique, cinq
groupes de paysages au moins " :
" - paysages de grande valeur naturelle et culturelle menacés par
l'intensification de l'agriculture et où la qualité
environnementale dépend fortement de contraintes strictes exercées
sur l'activité agricole ;
- paysages de grande valeur naturelle et culturelle liés à
l'activité agricole, menacés par la marginalisation de
l'agriculture et où l'agriculture joue un rôle particulier sur
le plan de l'amélioration de la qualité environnementale ;
- paysages caractérisés par une agriculture à faibles
intrants, une faible pollution et une raréfaction des ressources,
ainsi que par la valorisation des habitats et de la biodiversité ;
- paysages caractérisés par de bonnes pratiques agricoles
intensives ou extensives, présentant un rapport équilibré
avec la terre et permettant de conserver les ressources naturelles, la
biodiversité et les écosystèmes semi-naturels ;
-paysages caractérisés par une surexploitation, par la pollution
et une raréfaction des ressources, entraînant la
détérioration des ressources naturelles, de la biodiversité
et des écosystèmes semi-naturels. "
" Les groupes et citoyens doivent être assurés du fait que
l'élaboration des indicateurs tient dûment compte de connaissances
scientifiques solides. " (4.5)
L'agriculture comme activité biophysique (2.3)
- " L'agriculture fait partie des écosystèmes locaux plutôt
qu'elle ne coexiste avec eux. "
- " Développer des indicateurs qui captent les tendances-clés
dans l'activité agricole : expansion-retrait,
intensification-extensification, spécialisation-diversification,
marginalisation-concentration, disponibles à des niveaux
géographiques différents. "
ELISA : 22 indicateurs d'état (sols, eau, air, biodiversité,
paysage), 12 indicateurs de pression (ECNC, NL).
- " Quatre indicateurs principaux d'état de l'environnement ont
été retenus : adéquation biophysique de l'utilisation
des terres, ouverture/fermeture, adéquation des principales
caractéristiques culturelles, territoire présentant un
intérêt paysager ou scientifique particulier. "
Indicateurs-clés proposés (4.6)
| Facteurs et réponses influençant les pratiques agricoles | Amélioration allant au-delà des bonnes pratiques agricoles | Dépenses afférentes aux programmes agri-environnementaux et superficie couverte |
| Pratiques agricoles |
Consommation rationnelle de moyens de production | Risques liés à l'utilisation de pesticides
(production intégrée) |
| Processus préjudiciables et bénéfiques | Bilans | Bilan azote |
| État spécifique local | Santé des écosystèmes | Espèces d'oiseaux sur les terres agricoles |
| Impact environnemental global | Richesses des écosystèmes | Diversité des paysages |
Groupe 1 : " Indicateurs pertinents politiquement dans tous les pays de l'OCDE,
non ambigus, mesurables et faciles à interpréter "
Utilisation d'engrais, utilisation de phytosanitaires, utilisation
d'énergie
SAU et évolution de l'occupation du territoire, usages agricoles de
l'espace (répartition)
Utilisation totale d'eau
Émissions d'ammoniac, émissions de gaz à effet de serre
Groupe 2 : " Indicateurs pertinents politiquement dans tous les pays de l'OCDE,
mais dont les indicateurs ne sont pas totalement non ambigus, mesurables
ni faciles à interpréter "
Gestion globale de l'exploitation (y compris agribio), gestion des engrais,
des phytosanitaires, de l'eau, des sols et de l'espace
Vulnérabilité à l'érosion (eau et vent),
fertilité des sols, MO des sols, C des sols, biodiversité des
sols
Qualité de l'eau et risques (N, P, phytosanitaires, MES), usage et
renouvellement des eaux souterraines
Puits de carbone
Biodiversité génétique, biodiversité en espèces
(sauvages, domestiques et cultivées), habitats semi-naturels, matrices
des habitats (milieux + biodiversité, et configuration spatiale)
Groupe 3 : " Indicateurs pertinents politiquement dans certains groupes
régionaux de pays de l'OCDE, touchant des domaines non couverts par
les autres indicateurs "
Pollution des sols par métaux lourds et produits chimiques, compaction,
acidification, salinisation, basification
Typologies de paysages, évaluation
Capacité de rétention hydrique du sol, risques de glissement
de terrain
Pathogènes dans l'eau venant des élevages, salinisation
Capacité épuratrice
Tension sur l'eau due à l'irrigation
Espèces invasives
Notes
(1) 12,5% de
ses importations contre 0,4% de ses exportations en 1998 (OCDE).
[VU]
(2) 48,5% de ses exportations en 1998 ; à titre de
comparaison, la France affiche 12,8% et les Pays-Bas 19,2% pour ce poste
(OCDE).[VU]
(3) Les aides publiques à l'agriculture ont
été, en 1994, répertoriées en trois catégories
appelées " boîtes ". La " boîte rouge " rassemble les
soutiens aux prix à l'exportation, condamnés en 2004 aux termes
des accords de Marrakech. La " boîte bleue ", constituée des
aides directes à la production (soutiens proportionnels aux quintaux
produits ou à la tête de bétail, même au travers
de références régionales de productivité à
l'hectare) était une catégorie transitoire destinée
à être progressivement réduite entre 1994 et 2004. La
" boîte verte " concerne les soutiens découplés de la
production et considérés comme n'introduisant pas de distorsions
dans les échanges et donc légitimes au regard de la concurrence
commerciale.[VU]
(4) À titre d'exemple, en dollars US à l'hectare
pour 1997-1999, on trouve 5 en Nouvelle-Zélande, 36 au Canada, 85
aux États-Unis, 211 en moyenne OCDE, 801 pour l'Union européenne,
9 823 pour la Corée et 10 671 au Japon (OCDE).
[VU]
(5) www.cmi-plc.com/eurep.htm
[VU]
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(cf cohenc33.htm)