le recyclage des déchets ménagers : une figure de citoyenneté
Introduction
1. Une consommation citoyenne ?
2. Les mondes communs du déchet
3. Le lien plus que le bien : le consommateur et le
citoyen
4. Conclusion
Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie
(ADEME), lorsque l'on comptabilise les quantités de déchets
rejetés par les ménages stricto sensu
(1), chaque Français a produit en moyenne 365
kg d'ordures en 1998. Sur un montant annuel de 22 millions de tonnes de
déchets, 2,2 Mt ont été récupérées
pour une valorisation matière grâce aux collectes séparatives,
sous forme de verre, papiers-cartons, matières plastiques et métaux.
D'ici 2002, d'après la loi du 13 juillet 1992, seuls les déchets
ultimes devraient être acceptés en décharge,
c'est-à-dire les déchets ne pouvant faire l'objet d'une
valorisation, matière et/ou énergie, dans des conditions
techniquement ou économiquement satisfaisantes.
Le retraitement des ordures ménagères va donc connaître
dans les prochaines années une phase de forte croissance, l'ensemble
du " gisement " étant loin d'être exploité : la proportion
de la quantité récupérée par rapport au gisement
potentiel (2) est d'environ 19% pour les
papiers-cartons, 5% pour les matières plastiques et 56% pour le verre.
L'ADEME estimait en outre qu'environ 50% des ordures ménagères
étaient encore mises en décharge en 1998 (ADEME, 2000).
En dehors des pouvoirs publics et des industriels, le traitement et
l'élimination des ordures ménagères impliquent les
ménages de deux manières différentes : la réduction
des déchets à la source peut conduire, d'une part, à
mettre l'accent sur des choix de consommation plus respectueux de l'environnement
(produits " verts ", labellisés, etc.) et, d'autre part, à
inciter les individus à utiliser au mieux les infrastructures de collecte
sélective (containers en apport volontaire, déchetteries,
etc.). La première proposition relève d'une
problématique de consommation soutenable, où l'accent
est mis sur la responsabilité et la citoyenneté du
consommateur dans ses choix de consommation. La seconde proposition relève
de l'implication librement consentie des agents trieurs vis-à-vis
d'une politique venue " d'en haut ".
Les politiques publiques à mettre en uvre pour réduire
les déchets à la source ne seront pas identiques si l'on
privilégie l'une ou l'autre de ces propositions
(3). Si l'on veut inciter les agents économiques
à devenir écologiquement responsables dans leurs choix de
consommation, c'est-à-dire à prendre en considération
l'éventuel impact environnemental de leurs achats, une politique fiscale
taxant les produits polluants pourra provoquer une substitution en faveur
des biens non polluants. Dans ce cas, l'instrument économique est
privilégié. Le second cas envisageable est celui où
les agents, ne prenant pas en compte l'aspect environnemental de leur
consommation au moment de l'achat, portent leur attention sur le devenir
de leurs déchets. Une politique visant à réduire les
déchets à la source devra alors s'appliquer à optimiser
les infrastructures de collecte sélective et à inciter les
individus à les utiliser
(4).
Nous proposons d'explorer les comportements individuels sur lesquels les
politiques de réduction des déchets à la source pourraient
se fonder. La dichotomie exposée ci-dessus entre l'implication au
moment de l'achat et/ou l'implication au moment du rejet constituera notre
grille d'analyse. Nous déterminerons, dans un premier temps, dans
quelle mesure et sous quelle(s) condition(s) on peut parler de consommation
citoyenne. Dans une seconde partie, nous aborderons les motivations individuelles
des comportements de rejet de déchets. La troisième partie
s'attachera à définir le déchet comme un marqueur de
citoyenneté.
[R] 1. Une consommation citoyenne ?
L'invocation de la citoyenneté des consommateurs, comme facteur déterminant le bon fonctionnement d'activités extérieures à la consommation elle-même, n'est pas nouvelle dans les discours économiques ou politiques. Ruffat (1996) rappelle ainsi qu'un des objectifs assignés à la planification dans les années 1960 était " de permettre aux consommateurs, en tant que citoyens, de comprendre les implications de leurs comportements privés dans l'orientation des services et des équipements publics " (5). Un peu plus tôt dans l'histoire, pour ne prendre qu'un exemple, dans ses leçons professées au Collège de France puis dans ses ouvrages, Charles Gide insistait sur la responsabilité sociale du consommateur (à la fois dans le choix des produits achetés et sur l'utilisation qui en est faite) et sur le pouvoir qu'il pouvait exercer sur l'allocation des facteurs de production, par l'intermédiaire de sa demande. Le consommateur de Gide était un citoyen consommateur, actif et organisé dans des sociétés coopératives de consommation, lesquelles avaient pour objectif d'informer les individus sur la façon de satisfaire leurs besoins (voir, par exemple, Gide (1904, 1931) et Gueslin (1996) pour une présentation).
1.1. Le paradigme de la souveraineté
Le recours au concept de citoyenneté pour qualifier des agents que
l'on a l'habitude de nommer " consommateurs " en économie permet,
dans ces deux exemples, de concilier comportements individuels et enjeux
collectifs. La conception gidienne de la responsabilité repose clairement
sur la notion de souveraineté du consommateur : dans cette acception,
les termes de consommateur et de citoyen sont confondus, puisque toute la
citoyenneté des agents se traduit dans leurs choix de consommation.
D'un point de vue plus théorique, les préférences du
consommateur-souverain constituent la justification ultime de la science
économique, de Walras (1874) à Debreu (1959)
(6). D'un point de vue historique, en décrivant la
construction progressive de la figure du consommateur comme agent autonome
à partir, notamment, des discours et écrits de Charles Gide,
puis de l'émergence des mouvements de consommateurs (consuméristes)
proprement dits, Pinto (1990) souligne également la ressemblance formelle
qui existe entre les catégories de consommateur et de citoyen,
caractérisées chacune par ce que l'on pourrait appeler
un paradigme de la souveraineté (" un choix pur effectué
par un acte souverain ", note Pinto), où l'autodétermination
du choix est conditionnée par l'impératif d'information.
L'information parfaite est déterminante pour le sujet qui nous
intéresse ici. Pour qu'une consommation citoyenne soit réalisable,
il ne suffit pas que les individus expriment une préférence
pour les produits verts : encore faut-il que les caractéristiques
environnementales des produits soient mesurables, objectives et connues des
consommateurs. Les politiques publiques de taxation des produits polluants
seront donc efficaces si deux conditions préalables sont
vérifiées : d'une part, les agents économiques expriment
une préférence environnementale dans leurs choix de consommation
(aspect subjectif de la consommation citoyenne) et, d'autre part, les individus
disposent d'informations crédibles sur les caractéristiques
intrinsèques des biens (aspect objectif de la consommation
citoyenne) (7). Le respect de ces deux
conditions définit ce que nous appellerons la rationalité
environnementale continue des agents économiques : les individus
intègrent la variable environnement dans leur choix de consommation,
dès l'achat de produits sur le marché. Le respect de
l'environnement se traduit alors " du berceau à la tombe ". Nous
définirons la rationalité environnementale discontinue de
manière symétrique, lorsque l'environnement ne rentre pas comme
paramètre dans le choix du consommateur. L'action individuelle de
protection de l'environnement, postérieure aux décisions d'achats,
relève dans ce cas de motivations que la seule rationalité
économique a des difficultés à prendre en compte.
Nous nous occuperons d'abord de l'aspect objectif de la consommation citoyenne,
concernant l'information sur les caractéristiques des biens de
consommation. L'enquête " Conditions de vie et aspiration des
Français " du Centre de recherche pour l'étude et l'observation
des conditions de vie (Credoc, 2000) servira de point de départ. Une
enquête qualitative, dans la commune de Maurepas (Yvelines), sur la
responsabilité perçue par les consommateurs de leur environnement
et leurs déchets, permettra ensuite de cerner l'aspect subjectif de
la consommation citoyenne.
1.2. Consommation et rationalité environnementale
Si le Credoc (2000) rappelle que l'achat de produits verts est conditionné
par l'information disponible pour le consommateur, les personnes
interrogées dans son enquête annuelle jugent que l'information
sur les produits présentés comme respectant mieux l'environnement
est insuffisante à 71%, peu claire (63,7%) et non scientifiquement
fondée (49,7%). Les logos et éco-labels, censés garantir
la qualification environnementale des produits, présentent le même
déficit : 69% des enquêtés ne connaissent ni le logo
" NF environnement ", ni l'" éco-label européen " ; 61% estiment
même ne pas avoir la garantie que les éco-produits respectent
effectivement l'environnement. Nous sommes donc dans une situation d'information
incomplète et imparfaite, alors qu'en majorité, les
enquêtés se déclarent prêts à modifier leurs
habitudes de consommation pour diminuer la quantité de déchets
produits (8). Les auteurs du rapport concluent
que " l'insatisfaction des enquêtés ne traduit rien d'autre
qu'une demande croissante d'informations plus complètes, plus nourries,
plus explicatives, de la part de consommateurs que l'on sait de plus en plus
avertis " (Credoc, 2000, p. 20).
Cette conclusion caractérise une rationalité environnementale
continue de la part des consommateurs, limitée dans la pratique par
une information insuffisante, voire peu crédible. Selon cette optique,
les préoccupations environnementales des agents se traduisent
potentiellement (sous condition d'information) dans leurs choix de consommation
: nous avons affaire à ce que Rochefort (1997) appelle des
consommateurs entrepreneurs, qui investissent leur consommation d'une
recherche de sens. La rationalité environnementale continue implique
ici une consommation engagée, définie comme " celle de produits
qui engagent l'adhésion à une valeur collective [
]. On
peut aussi l'appeler consommation citoyenne " (Rochefort,
op.cit., p. 217).
Sagoff (1988) distingue au contraire le consommateur du
citoyen, en défendant l'idée que les préoccupations
environnementales relèvent des valeurs du second et non des
préférences du premier. La poursuite de
l'intérêt individuel et la satisfaction des préférences
guidant le comportement du consommateur sont alors séparées
des valeurs historiquement fondées d'une communauté politique,
sur lesquelles repose l'intérêt collectif (ici, en matière
d'environnement).
Cette distinction soulève un problème d'incommensurabilité
entre l'éthique environnementale, d'un côté, et les choix
de consommation, de l'autre. Les résultats de l'enquête que
nous avons menée à Maurepas
(9) en 1998-1999 vont dans cette direction ; à partir
d'une série d'entretiens qualitatifs basés sur la méthode
de l'entretien compréhensif (Kaufmann, 1996), nous avons mis en
évidence une complète déconnexion entre les comportements
d'achat des ménages (révélant leurs préférences
économiques) et leurs préoccupations vis-à-vis de
l'environnement. L'activité de gestion domestique des
déchets (10) intervient à
la suite de l'activité de consommation, une fois le choix des produits
effectué ; mais la préoccupation vis-à-vis du déchet
(et, par extension, de l'environnement) ne constitue pas un paramètre
de choix pour le consommateur. Les trois exemples de réponses ci-dessous
illustrent cette déconnexion (11)
:
" C'est vrai que je suis à l'écoute de la toxicité de
mes produits une fois qu'ils sont jetés dans la poubelle, mais je
ne suis peut-être pas assez à l'écoute de ce que
j'achète comme produit final ".
" Je ne choisis pas en fonction de l'emballage, s'il y a un sur-emballage
je ne me pose pas la question, c'est en fonction du produit que je cherche,
qui me plaît, c'est aussi impulsif, le plaisir de l'achat, et puis,
après, on se retrouve à la maison avec plein d'emballages,
c'est deux actions bien différentes. J'avais lu des articles qui disaient
de faire attention aux produits sur-emballés, pour moi c'est pas
gérable ce genre de choses, déjà entre tout le choix
des produits qu'on a, il faut penser, je suis en face, je ne fais pas attention
aux emballages, je me vois mal le faire, déjà j'ai toujours
l'impression de ne pas avoir le temps. Si je regarde les emballages je ne
m'en sors plus ".
" Je ne réfléchis pas trop à ça, c'est purement
du consommable, des choses qui vont disparaître, ce qui va rester c'est
l'emballage, un pot de yaourt ce sera toujours un pot de yaourt, on a beau
réfléchir il y aura toujours un container [sic], qu'il soit
en verre, en plastique ou en un autre matériel, on peut se poser la
question si on peut recycler l'un ou l'autre, mais il y aura toujours le
contenant ".
D'après les réponses des enquêtés, la réduction
des déchets à la source ne concerne pas la consommation en
tant que telle : " Ce n'est pas un choix d'achat ". Les préoccupations
vis-à-vis de l'environnement ne s'expriment pas dans les
préférences du consommateur, ce que nous avons appelé
rationalité environnementale discontinue des agents
économiques. Dans une telle situation, l'éventuelle
citoyenneté des individus ne se traduisant pas dans leurs choix de
consommation, il convient d'aborder sous un autre angle le comportement de
rejets de déchets
[R] 2. Les mondes communs du déchet
Les développements précédents conduisent à rechercher les motivations du geste de tri des ordures ménagères en l'absence d'incitations économiques apparentes. Nous avons montré que deux conditions d'existence d'une consommation citoyenne n'étaient pas satisfaites : d'une part, les consommateurs ne disposent pas de l'information suffisante sur les caractéristiques environnementales objectives des biens et, d'autre part, le paramètre " environnement " ne rentre pas dans le choix de consommation mais intervient une fois que le déchet est produit. Il semble donc nécessaire de justifier un discours qui reconnaît le lien entre consommation et production de déchets, mais qui sépare ces deux éléments dans la pratique. Nous utiliserons dans un premier temps le modèle de la pluralité des régimes d'action (ou modèle des cités) conceptualisé par Boltanski et Thévenot (1991), qui explique les formes de justification des individus au sein des espaces publics, dans lesquels il peut exister de fortes contraintes de légitimité sur les discours et les actes. Nous disposerons alors d'une grammaire des registres de justification, chacun d'entre eux renvoyant à une conception spécifique du bien commun et des modalités d'évaluation des actions correspondantes. Nous montrerons ensuite en quoi une analyse de la gestion individuelle des déchets peut s'inspirer du modèle des cités et définir une forme particulière de citoyenneté des consommateurs-producteurs-trieurs de déchets.
2.1. Le modèle des cités
Le modèle des cités a pour objectif d'" explorer les rapports
qu'entretiennent les efforts de coordination déployés dans
des situations ordinaires avec les constructions d'un principe d'ordre et
d'un bien commun " (Boltanski et Thévenot, 1991, p. 85). Une cité
constitue le cadre référentiel d'un accord collectif, reposant
sur un principe supérieur commun à tous ses membres,
sur lequel une échelle de grandeur (c'est-à-dire une norme
d'évaluation) est définie afin de soutenir la justification
des actes en son sein. La légitimité, comprise comme sens reconnu
par tous à l'action, est soumise aux contraintes de commune humanité
(équivalence ex-ante des membres de la cité) et d'ordre
sur cette humanité, fondé sur des épreuves de grandeurs
(hiérarchisation ex-post reposant sur les actions entreprises
par chaque membre). Les auteurs proposent différents registres de
justification (ou cités) qui permettent à travers leurs
épreuves spécifiques de mesurer la grandeur des personnes :
- la justification inspirée s'attache au lien entre la personne
et une totalité (Dieu, l'art, etc.). La grandeur repose sur
l'humilité, le sacrifice et l'oubli de soi. C'est une forme de
transcendance, de grâce, qui lie l'action à son objet, transcendance
irréductible à toute autre forme de légitimité
;
- la justification domestique relève des relations personnelles
de confiance et de dépendance entre les membres d'une communauté
restreinte. La grandeur est liée au statut que l'on occupe dans une
lignée, à la constitution et à la transmission d'un
patrimoine identitaire : " l'analogie familiale fait moins référence
ici aux liens du sang qu'à l'appartenance à une même
maison, comme territoire [nous soulignons] dans lequel s'inscrit la
relation de dépendance domestique "
(op. cit., p. 116) ;
- la justification par l'opinion requiert la reconnaissance par les
autres, la notoriété publique. La grandeur est liée
au regard d'autrui, à la quantité et la qualité des
signes distinctifs que l'on concentre sur sa personne ;
- la justification civique repose sur la volonté collective
et l'égalité des citoyens qui fondent de manière
démocratique l'action collective visant le bien commun,
l'intérêt général. Cet intérêt
général n'est pas réductible à la somme des
intérêts individuels, c'est-à-dire que les individus
en tant que citoyens ont la capacité de définir un bien commun
au-delà de leurs désirs particuliers. La grandeur réside
ici dans la capacité de chacun à faire passer l'intérêt
général avant les intérêts particuliers ;
- la justification industrielle se constitue autour des figures
d'efficacité et de compétence. La satisfaction des besoins
fonde le principe supérieur commun. L'efficacité et la
productivité constituent les figures de la grandeur. La gestion
et la production sont les termes qui caractérisent le mieux
la cité industrielle ;
- la justification marchande considère que la paix sociale
(principe supérieur commun) peut être atteinte par
l'intermédiaire de la coordination marchande. Le marché, comme
révélateur d'un consentement à payer, établit
de manière efficace les ordres de grandeurs entre les personnes.
Les formes de bien commun, de sens ordinaire du juste, constitutifs
de chacune des cités sont dégagées par les auteurs de
différents textes canoniques de philosophie politique. Le modèle
des cités stricto sensu reste au niveau des principes de
coordination des acteurs ex-ante, qui reposent sur une communauté
d'argumentation s'appuyant sur les figures idéales de biens communs
et d'ordres de grandeurs, en dehors de toute référence aux
circonstances de l'action. Afin de passer d'une rhétorique à
une pratique de la justification, Boltanski et Thévenot proposent
d'élargir le modèle des cités à un modèle
des mondes communs, véritable structure de la justification
dans la pratique, " qui rende compte de l'affrontement avec des circonstances,
avec une réalité, c'est-à-dire de l'engagement, dans
une action, d'êtres humains et d'objets " (op. cit.,
p. 163). Comme dans le modèle des cités, la définition
des mondes communs va requérir un principe supérieur
commun dans lequel l'ensemble des acteurs impliqués va se
reconnaître et des états relatifs de grandeur qui qualifient
la hiérarchie des personnes par rapport au principe supérieur.
Cela implique, pour les individus, un principe de commune dignité,
qui exprime l'égal accès de chacun aux différents
états de grandeur, et un principe d'investissement qui fonde
l'économie de la grandeur, c'est-à-dire qui soumet le passage
à un état hiérarchique supérieur à un
véritable engagement de la part des individus. Ces mondes communs
fournissent autant de cadres de légitimité aux acteurs
concrètement engagés dans l'action collective.
2.2. Les formes de justification pratiques : des cités aux univers
de références
Dans notre cas des consommateurs-producteurs de déchets, il ne s'agit
pas tant d'action collective ou de théorie de la justice que de principes
de justification auxquels les acteurs se réfèrent pour
légitimer leurs modalités individuelles de gestion des ordures
ménagères. C'est en ce sens que nous utiliserons le terme
d'univers de référence : ces derniers empruntent certains
aspects aux mondes communs de Boltanski et Thévenot, sans pour autant
constituer chacun un système autonome de justification. Il ne s'agira
pas pour nous d'un mode de coordination ou d'argumentation entre des acteurs
situés dans des mondes de justification
différents (12), mais plutôt
d'un référentiel invoqué par les agents (les
producteurs-trieurs) pour justifier leur action individuelle. Notre
démarche ne consiste donc pas à décrire l'interaction
effective entre tous les agents impliqués dans le processus de recyclage
mais la manière dont un individu peut recourir à différents
univers de justification pour restituer la cohérence de son
action (13). Ce qui importe alors n'est
plus tant la coordination d'agents situés dans des mondes différents
que la conception qu'a chaque personne de son rapport à la cité,
" entre une attente insatisfaite et la nécessité d'identifier
les êtres sur la capacité desquels on doit pouvoir compter pour
réaliser une action qui convienne " (op. cit., p. 428). L'analyse
des entretiens nous conduit à souligner quatre univers de
référence évoqués par les ménages pour
justifier leurs actions.
Déchets et univers domestique
Les modalités de gestion domestique des déchets ont pour objectif
de rendre l'espace " propre "(14), "
net ", de ne pas " vivre sous un tas d'ordures ". Le principe de justification
ne se limite pas à la cellule familiale, c'est l'ensemble des membres
de la communauté qui est mobilisé pour respecter l'environnement
proche et visible. La propreté et la netteté requises dans
l'espace ménager apparaissent au niveau collectif comme condition
d'existence et de pérennité d'un patrimoine commun. L'épreuve
de grandeur consiste à ne " pas jeter ses déchets n'importe
où, n'importe comment ". Dans le long terme, apparaît la
préoccupation vis-à-vis du patrimoine " qu'on va léguer
à nos enfants ", du " futur environnement de la planète ".
Déchets et univers marchand
L'action menée dans le monde marchand reposant sur le seul principe
de concurrence, le lien avec notre étude est ici ambigu : la
préoccupation vis-à-vis des déchets ne relève
pas d'évaluation marchande, ni d'ordres de grandeurs des actions
fondés sur le prix (en d'autres termes, il n'existe pas de
rationalité environnementale continue vis-à-vis du déchet).
Néanmoins, les coûts associés à l'objet-déchet
sont bien compris sur l'ensemble du cycle de vie, comme coûts de
production, d'achat et de gestion des rebuts. L'univers marchand revêt
ici un aspect purement fonctionnel de liaison entre l'activité de
consommation et la gestion technique des déchets, selon une logique
de couverture des coûts.
Déchets et univers industriel
Il se dégage des entretiens que les ménages délèguent
tout ou partie de la gestion des déchets à un univers industriel
qu'ils ne connaissent pas, ou peu, mais qu'ils supposent efficace. C'est
en cela que les déchets, une fois évacués de l'espace
ménager, ne posent plus de problème : leur prise en charge
par autrui les fait disparaître selon des modalités techniques
propres au monde industriel. Dans le cadre de notre recherche, cela consiste
à considérer l'objet-déchet en tant que nature
spécifique à exploiter (ce n'est pas le déchet comme
rebut ultime de l'activité de consommation qui pose problème,
mais ce qu'il en advient ensuite). Le registre de justification industrielle
assure que le ménage n'a " pas d'état d'âme " quant à
sa production de déchets, puisqu'il suppose l'existence d'un processus
technique cohérent au-delà de l'espace ménager. La phrase
: " si c'est bien fait, c'est recyclé, donc je n'ai pas le sentiment
de polluer " constitue la figure-type de cet ordre de justification.
Déchets et univers civique
La grandeur d'une action réside ici dans son caractère collectif
et dé-singularisé. Dans notre étude, les devoirs civiques
consistent à mettre ses déchets " là où ça
doit aller ", puisque la municipalité " a fait l'effort de mettre
des containers qui servent à ça, si personne ne fait l'effort
d'y aller, de les remplir, on est dans un monde absurde à ce
moment-là ". L'engagement civique, quand il existe (certains
déléguant totalement la gestion de leurs ordures
ménagères à l'univers industriel), traduit de manière
active les préférences individuelles sur le devenir des
déchets. L'équipement civique (qui s'exprimerait dans un
modèle de citoyenneté élective à travers les
bureaux de vote, isoloirs, etc.) se traduit ici dans les infrastructures
de collecte des ordures mises à disposition par les pouvoirs publics
: " Le consommateur, il ne sait pas gérer ses déchets, donc
c'est à la ville de l'aider ". L'épreuve de grandeur réside
dans la capacité à trier ses déchets, même si
cela constitue " une contrainte " en termes de temps passé ou de volume
à stocker chez soi, parce que " ce petit effort ça fait de
grands résultats ".
Du point de vue individuel, la grandeur civique établit un lien entre
la grandeur domestique (conserver un patrimoine qui ne soit pas envahi sous
les ordures) et la grandeur industrielle (considérer l'objet-déchet
comme une nature spécifique à exploiter de manière efficace
à travers le recyclage). Mais ce lien, et c'est ici que notre analyse
diffère de celle du modèle des cités, ne prend pas la
forme d'un accord collectif explicite traduit par un pouvoir de
représentation délégué à un membre de
la cité : il est construit, imaginé, (re)présenté
individuellement par chaque membre, comme une forme de défi lancé
à l'existence d'un collectif. Chaque citoyen-trieur, assumant sa part
de responsabilité, va attendre en retour une réponse de la
collectivité. C'est dans l'interaction entre l'acte individuel et
la réponse d'un collectif supposé qu'il faut chercher une
définition à la citoyenneté.
[R] 3. Le lien plus que le bien : le consommateur et le citoyen
Après avoir mis en évidence les différents registres de justification légitimant le geste de tri des ordures ménagères, nous proposons de définir la façon dont un agent, considérant son environnement à préserver, va articuler son action aux modalités de fonctionnement supposées de la collectivité à laquelle il appartient. La figure du producteur-trieur de déchets ne convoque pas de processus de négociation entre les membres de la cité, qui permettrait de dégager un " groupe patrimonial " (Godard, 1990) ou une " justification écologique " (Lafaye et Thévenot, 1993) collectivement constituée. Nous avons montré dans la partie précédente qu'il fallait comprendre les différents principes de justification du point de vue individuel en tant qu'univers de référence auxquels chaque personne peut faire appel pour expliquer son geste. C'est donc dans les formes du civisme ordinaire (Pharo, 1985), dans les modalités pratiques d'existence de ce que Leca (1986) appelle la citoyenneté pour soi, que nous allons chercher à définir le concept de citoyenneté.
3.1. La citoyenneté comme système d'échange
Dans son étude sur la citoyenneté à la
française, Duchesne (1997) cherche à dégager la
manière dont les individus se représentent ce qu'ils sont et
ce qu'ils font en tant que citoyens. Elle remarque tout d'abord que " le
citoyen [y] est défini moins par son rapport au pouvoir que par les
relations qu'il entretient, qu'il assume, avec ces concitoyens " (Duchesne,
loc. cit., p. 14). La citoyenneté se traduit par une forme
de co-dépendance entre les membres de la cité et une volonté
d'assumer ce lien. À partir du matériau empirique recueilli,
l'auteur expose deux modèles analytiques de la citoyenneté
: la citoyenneté par héritage et la citoyenneté
par scrupules.
Dans le modèle de l'héritage, est citoyen celui qui
participe (reçoit et transmet) à un héritage du patrimoine
commun dans l'État-nation. La transmission des éléments
hérités dans le temps et dans le cadre national (i.e.
l'histoire, le sol, etc.) est ici constitutive de la citoyenneté,
définie selon un modèle d'appartenance communautaire. La
responsabilité individuelle consiste à s'engager dans la
transmission d'un héritage, en respectant ce qui a été
légué. La citoyenneté prend la forme d'un engagement
permanent, quasi quotidien, de l'individu vis-à-vis de son groupe
d'appartenance : " tout ce qu'un citoyen fait a une incidence, même
infinitésimale, sur le sort de ses concitoyens. L'avenir de la France
dépend de chaque Français, à la fois de l'importance
qu'il accorde à chacune des choses qu'il a à faire - les faire
'bien' - et de la façon dont il oriente tous ses comportements vers
la communauté qu'il forme avec ses concitoyens " (op. cit.,
p. 68).
D'après le modèle des scrupules, est citoyen celui qui
rend compatible son agir avec celui de tous les autres membres de la
société, en dehors de toute forme d'exclusion a priori.
Le respect de l'être humain constitue " le fondement de
la représentation du monde qui préside à cette conception
de la citoyenneté " (op. cit., p. 113). La communauté
citoyenne se traduit ici par l'inscription des comportements individuels
dans le processus de la vie collective. Les scrupules interviennent pour
caractériser la relation entre l'individu et la communauté
: être citoyen, c'est éprouver des scrupules à ne pas
participer au bon fonctionnement de la cité, ce bon
fonctionnement étant compris comme un système d'échanges
liant les parties au tout. Le processus de participation, d'échange
et de réciprocité crée la citoyenneté, évitant
ainsi la vision atomisée d'une société composée
d'individus respectueux les uns des autres, mais sans référentiel
commun : le citoyen " est un individu qui vit en société ",
qui a " le respect de l'être humain ", qui " participe à
l'évolution de la cité ", c'est-à-dire que " la
citoyenneté, c'est un système d'échange " (Duchesne,
loc. cit., chap. 2).
Les deux modèles de citoyenneté proposés par l'auteur
sont assez contradictoires tant que l'on reste sur le plan des valeurs, de
la conception qu'a chacun de la citoyenneté ; la conception holiste
et identitaire d'une communauté citoyenne fondée par l'histoire
et le patrimoine hérité du premier modèle s'oppose à
l'individualisme et l'universalisme du second. Au-delà de ces conceptions
politiques divergentes de la citoyenneté ordinaire, ce qui retient
notre attention est que les contenus et les formes de citoyenneté
proposés par Duchesne viennent légitimer les discours tenus
sur le tri des ordures ménagères. Que l'individu gère
ses déchets dans une optique de préservation, de valorisation
ou de transmission (modèle de l'héritage) ou dans une optique
de respect, d'échange, de participation individuelle à la
création des conditions de citoyenneté (modèle des
scrupules), " c'est bien, dans les deux cas, la conscience, la volonté,
le sentiment de responsabilité qui animent le citoyen " (op.
cit., p. 194). Nous pouvons donc définir avec l'auteur la
citoyenneté comme la conscience qu'a chaque individu de sa
dépendance vis-à-vis des autres, de son rôle d'acteur
dans des univers en interactions. Le terme de citoyen, qui exprime l'appartenance
à une communauté politique, traduit moins le contenu et la
forme d'une relation au pouvoir que d'une relation entre une personne et
ce(ux) qui l'entoure(nt).
Dans notre cas des consommateurs-trieurs, c'est cette forme de lien qui va
rendre possible l'existence de la cité. Quelles que soient les motivations
du geste de tri (et donc le modèle de citoyenneté auquel on
se réfère), quelles que soient les informations dont on dispose
sur ce qu'il advient des déchets, le bon fonctionnement de la cité
requiert un échange, une circulation qui évite l'envahissement
par le déchet. Nous avons proposé le terme de défi
lancé par l'individu à ce et ceux qui l'entourent, dans
la mesure où le traitement du déchet par d'autres univers que
l'univers domestique est souhaité, demandé, mais non
réellement connu. La citoyenneté est un défi lancé
à l'existence du collectif, elle n'a de sens que si les autres univers
répondent au geste individuel. La responsabilité pratique du
ménage intervient au niveau du tri, mais il s'agit là d'un
effort symbolique, tant la participation de tous est nécessaire au
bon fonctionnement de la cité.
3.2. Le déchet, valeur de lien
Echange, défi, attente de réponse, participation
symbolique, ces termes convoquent naturellement l'abondante littérature
sur le don-contre-don initiée par Marcel Mauss. Donner, selon cette
approche, c'est penser que l'autre ne peut pas refuser, parce que " ce qui
oblige à donner est précisément que donner oblige "
(Godelier, 1996, p. 20). Le don implique un double rapport de
réciprocité (partage de l'objet, voir de son être propre)
et de défi (celui qui accepte contracte une dette vis-à-vis
du donataire tant qu'il n'a pas rendu), il rapproche et éloigne
simultanément les parties, il peut signifier générosité
ou violence (déguisée). En proposant d'expliquer le geste de
tri à la fois comme un défi lancé à l'existence
d'un collectif et comme la création d'une condition de citoyenneté,
nous pouvons placer l'engagement des citoyens sur le terrain du don, où,
dans le geste créateur qui lie et qui oblige, il y a " le but d'obtenir
le 'retour' et de régénérer ainsi la vie individuelle
et celle du groupe social " (O'Connor et Arnoux, 1992). Douglas (1989) ne
dit pas autre chose quand elle affirme que le système du don " fournit
aux individus des motivations personnelles qui permettent la contribution
de tous au bon déroulement des échanges au niveau collectif
".
En nous inspirant de ces auteurs, le comportement du
consommateur-producteur-trieur ne s'analyse pas seulement par ce qu'il prend
et ce qu'il garde (c'est-à-dire par un calcul d'utilité du
consommateur), mais également par la conscience qu'il a de participer
à un processus plus large, en faisant circuler le déchet pour
s'inscrire dans une logique de continuité qui permet d'asseoir durablement
la citoyenneté. La reconnaissance d'une co-dépendance entre
l'individu et son environnement s'exprime d'un point de vue instrumental
(ne serait-ce que parce que le geste de tri dépend des infrastructures
de collectes disponibles), mais également d'un point de vue moral,
i.e. d'un point de vue responsable
(16). En l'absence de rationalité environnementale
continue, le consommateur n'est pas responsable des produits qu'il achète,
mais des déchets qu'il rejette : la citoyenneté ne peut
apparaître qu'une fois le produit consommé, à travers
des modalités de rejets cohérentes avec le processus de traitement
supposé.
Rappelons, pour conclure, les limites dans lesquelles nous employons la
métaphore du don : nous avons retenu, au long de cette analyse, le
déchet comme marqueur de la citoyenneté individuelle, comme
lien entre le consommateur et les univers constitutifs de la cité.
Nous avons fait nôtre l'hypothèse de Godbout (1992) selon laquelle
le don, sous une forme transposée qui ne se réduit pas à
celle de Mauss (mais en s'appuyant néanmoins sur l'uvre fondatrice
que représente L'essai sur le don), peut éclairer le
fonctionnement des sociétés modernes. Nous espérons
avoir montré que les logiques propres à chaque univers ne peuvent
suffire, à elles seules, à socialiser les individus, alors
que l'esprit du don pouvait permettre de surmonter " l'opposition entre
l'individu et le collectif, en posant les personnes comme membres d'un ensemble
concret plus vaste. [
] Le don, ainsi caractérisé comme
mode de circulation des biens au service du lien social, constitue un
élément essentiel à toute société " (Godbout,
op.cit., p. 32).
Toutefois, nous n'avons placé notre réflexion que du point
de vue individuel de l'agent qui trie ses déchets, en essayant de
dégager la manière dont son comportement pouvait être
mû par l'esprit du don : nous avons défini le don comme mise
en forme pratique d'une éthique de la responsabilité
individuelle (Arnsperger, 2000 ; Jolivet, 1999). Nous n'avons
considéré la consommation et le rejet de déchets ni
sous l'angle de l'utilisation ou de la destruction des ressources, ni sous
celui du gaspillage (potlatch ou consumation, c'est-à-dire destruction
de richesses à des fins sociales spécifiques : prestige, pouvoir,
etc.). Cette problématique " macrosociale ", à l'origine
de nombreux écrits (17), prolongerait
notre questionnement initial, qui était de comprendre le comportement
d'un individu qui s'engage dans une activité particulière de
gestion de ses ordures. Nous nous sommes limité à montrer ici
que le produit devenu déchet n'a plus d'autre valeur pour celui qui
le rejette qu'une valeur de lien " valeur symbolique qui s'attache
au don, reliée à ce qui circule sous forme de don " (Godbout,
op. cit., p. 246).
Nous avons voulu dégager la logique selon laquelle les individus s'engagent dans un processus de tri de leurs ordures ménagères. Partant d'un raisonnement micro-économique qui fait du consommateur un être souverain dont les choix expriment les préférences, nous avons souligné qu'une éventuelle " consommation citoyenne " reposait sur des hypothèses fortes et peu réalistes définissant une rationalité environnementale continue des consommateurs (information parfaite, préférence environnementale s'exprimant dès l'achat de biens). Les comportements de tri des déchets traduiraient plutôt une rationalité environnementale discontinue, les agents économiques n'intégrant pas leurs préoccupations vis-à-vis de l'environnement dans leurs choix de consommation. La rupture analytique intervient lorsqu'on passe du produit au rebut : le consommateur rationnel s'efface alors devant le citoyen engagé. Cette rupture n'aboutit pas, selon nous, à un conflit entre les préférences du consommateur et les valeurs du citoyen : elle trouve sa résolution dans l'esprit du don qui anime les individus, à la fois citoyens engagés et consommateurs souverains. Le conflit des logiques décrit par Passet (1979) consisterait ici à placer la citoyenneté sur le même plan que l'activité de consommation. Or, le comportement économique du consommateur ne synthétise pas à lui seul les préoccupations vis-à-vis de la société et de l'environnement ; comme le remarque Horellou-Lafarge (1996), du consommateur ou du citoyen, seules les pratiques nous indiquent à qui l'on a affaire.
Notes
(1)
C'est-à-dire sans compter les
déchets des artisans, commerçants et bureaux collectés
dans les mêmes conditions que les ordures ménagères.
[VU]
(2) Défini comme l'ensemble des journaux, magazines
et emballages mis sur le marché.[VU]
(3) Qui ne sont pas mutuellement
exclusives.[VU]
(4) Ce second type d'incitation peut également prendre
une forme économique, lorsqu'une commune remplace la taxe
d'enlèvement sur les ordures ménagères (indépendante
des déchets produits) par une taxe individualisée proportionnelle
à la masse des ordures ménagères rejetées. Le
principe technique consiste à placer sur les bacs de collecte une
puce électronique mesurant la masse des poubelles à chaque
ramassage, puis à appliquer une taxe proportionnelle pour chaque foyer.
Les producteurs de déchets sont alors financièrement incités
à utiliser les bacs municipaux de collecte sélective. Ce type
d'expérimentation reste cependant très marginal en France et
l'utilisation des containers de collecte en apport volontaire revêt
une forme " gratuite " d'un point de vue
économique.[VU]
(5) D'après C. Gruson, 1968. Origines et espoirs de
la planification française. Dunod, Paris, p.
326.[VU]
(6) Pour une présentation des différentes
conceptions de la souveraineté du consommateur en économie,
voir Norton (1994). [VU]
(7) Les biens comme collection de caractéristiques
intrinsèques sont entendus ici au sens de Lancaster (1966, 1991).
[VU]
(8) 78% des personnes interrogées sont d'accord pour
acheter davantage de produits sous forme d'éco-recharges, et 58% à
acheter davantage de produits 'en vrac'.[VU]
(9) Voir Jolivet (1999) pour une présentation et les
principaux résultats.[VU]
(10) Le parallèle que nous faisons ici entre les
préoccupations vis-à-vis de l'environnement et l'activité
de gestion domestique des déchets est important : le CREDOC (loc.
cit.) souligne que l'élimination et le tri des déchets constitue
la première action à laquelle les Français pensent pouvoir
contribuer en matière d'environnement.[VU]
(11) La question posée était : Est-ce que
vous pensez aux déchets et/ou à l'environnement lorsque vous
faites vos courses ? Dans la suite du texte, les parties entre guillemets
renverront aux réponses obtenues lors de cette
enquête.[VU]
(12) Les rivalités et les formes de compromis entre
les acteurs des différents mondes constituant le cur de l'ouvrage
sur lequel nous nous appuyons ici.[VU]
(13) Nous nous situons donc plus près du programme
de recherche que se fixent Boltanski et Thévenot dans leur postface
intitulée Vers une pragmatique de la réflexion que du corps
de l'ouvrage lui-même, traitant des principes de justification dans
l'action collective.[VU]
(14) Les parties entre guillemets sont tirées de
réponses faites lors de l'enquête.[VU]
(16) Nous retrouvons cette notion de responsabilité
partagée dans la réponse suivante d'un enquêté
: " Il y a plusieurs niveaux de responsabilité, chacun est responsable
de ce qu'il jette, dans la nature ou dans la poubelle, trié ou pas,
et puis il y a l'ensemble du traitement qui est lié
".[VU]
(17) Voir, par exemple, Bataille (1967), Baudrillard (1970),
Lassudrie-Duchene (1984), Weber
(1985).[VU]
Ademe, 2000. Déchets municipaux : les chiffres
clés. ADEME, Données et références, Paris.
Arnsperger C., 2000. Mauss et l'éthique du don : les enjeux d'un altruisme
méthodologique. Revue du MAUSS semestrielle, n°15,
99-119.
Bataille G., 1967. La part maudite. Éditions de Minuit, Paris,
283 p.
Baudrillard J., 1970. La société de consommation. Gallimard,
Paris, 304 p.
Boltanski L., Thévenot L., 1991. De la justification : les
économies de la grandeur. Gallimard, Paris, 485 p.
Credoc, 2000. Quelques opinions sur la pollution atmosphérique,
la gestion des déchets et la consommation des éco-produits.
Enquête " Condition de vie et aspirations des Français ".
Credoc, Paris.
Debreu G., 1959. Theory of Value. An Axiomatic Analysis of Economic
Equilibrium [trad. fr. : Théorie de la valeur. Bordas,
Paris, 1984, 121 p.].
Douglas M., 1989. Il n'y a pas de don gratuit. Introduction à
l'édition anglaise de l'Essai sur le don de Marcel Mauss. La
revue du MAUSS, 4, 99-115.
Duchesne S., 1997. Citoyenneté à la française.
Presses de Sciences-Po, Paris, 330 p.
Gide C., 1904. Les sociétés coopératives de
consommation. Armand Colin, Paris, 192 p.
Gide C., 1931. Principes d'économie politique. Librairie du
recueil Sirey, Paris, 682 p.
Godard O., 1990. Environnement, modes de coordination et systèmes
de légitimité : analyse de la catégorie de patrimoine
naturel. Revue économique, 41(2), 215-242.
Godbout J., 1992. L'esprit du don. Éditions La Découverte,
Paris, 344 p.
Godelier M., 1996. L'énigme du don. Fayard, Paris, 315 p.
Gueslin A., 1996. Usager-consommateur et économie sociale au XIXe
siècle. In C. Horellou-Lafarge : Consommateur, usager, citoyen
: quel modèle de socialisation ? L'Harmattan, Paris, 253 p.
Horellou-Lafarge C. (dir.), 1996. Consommateur, usager, citoyen : quel
modèle de socialisation ? L'Harmattan, Paris, 253 p.
Jolivet P., 1999. Le consommateur responsable ? Étude du cas des
déchets ménagers. Humanisme et Entreprise, 238, 33-46.
Kaufmann J.C., 1996. L'entretien compréhensif. Nathan, Paris,
127 p.
Lafaye C., Thévenot L., 1993. Une justification écologique
? Conflits dans l'aménagement de la nature. Revue française
de sociologie, XXXIV(4), 495-524.
Lancaster K., 1966. A New Approach to Consumer Theory. Journal of Political
Economy, 84, 132-157.
Lancaster K.J., 1991. Modern Consumer Theory. Edward Elgar, Vermont,
242 p.
Lassudrie-Duchene B., 1984. La consommation ostentatoire et l'usage des
richesses. Revue du MAUSS, 11, 115-133.
Leca J., 1986. Individualisme et citoyenneté. In P. Birnbaum &
J. Leca : Sur l'individualisme. Presses de la FNSP, Paris, 159-209.
Mauss M., 1923-1924. Essai sur le don. Forme et raison de l'échange
dans les sociétés archaïques. L'année sociologique,
repris dans Sociologie et anthropologie, 1950, 9e édition
: 1985, PUF, Paris, 482 p.
Norton B., 1994. Economists' Preferences and the Preferences of Economists.
Environmental Values, 3(4), 311-332.
O'Connor M., Arnoux R., 1992. Écologie, échange inéluctable
et éthique de l'engagement. Revue du MAUSS, 15-16, 288-309.
Passet R., 1979. L'économique et le vivant. Payot, 2nde
édition,1996, Economica, Paris, 287 p.
Pharo P., 1985. Le Civisme Ordinaire. Librairie des Méridiens,
Paris, 236 p.
Pinto L., 1990. Le consommateur : agent économique et acteur politique.
Revue française de sociologie, XXXI, 179-198.
Rochefort R., 1997. Le consommateur entrepreneur : les nouveaux modes
de vie. Odile Jacob, Paris, 302 p.
Ruffat M., 1996. Mouvements de consommateurs et démocratie. In C.
Horellou-Lafarge : Consommateur, usager, citoyen : quel modèle
de socialisation ? L'Harmattan, Paris, 253 p.
Sagoff M., 1988. The Economy of the Earth: Philosophy, law and the
environment. Cambridge University Press, 274 p.
Walras L., 1874. Éléments d'économie politique
pure. Réédition Economica, Paris, 1988, 888 p.
Weber J., 1985. C = R - I, my god, my gold ! Réflexions sur la
portée du concept de consumation. Le bulletin du MAUSS, 13,
81-105.