Le compost
Une filière de valorisation des déchets organiques à
développer
Par Denys Leclercy
3 rue Pierre-Fontaine, Enfer, 95420
Wy-Dit-Joli-Village
Denys Leclercy, étudiant du DESS Déchets solides et écoconception, a préparé cet article lors du stage quil a effectué à la ME&S de mars à septembre 2002.
Les matières premières pour le
compostage
Le principe du compostage
Lutter contre lappauvrissement biologique des
sols
Améliorer les caractéristiques physico-chimiques
des sols
Refaire du sol un véritable milieu de
croissance
Les alternatives au compostage
La mise en place dune opération de
compostage : motiver la population
Le marché du compost : vers une stabilité
économique de la filière
Écoconcevoir le compostage
En conclusion
Encadré1 : Compost
Encadré2 : Compost
Encadré3 : Sensibiliser les enfants
Il est intéressant de noter qu'au Moyen âge, les pratiques
de recyclage n'étaient pas rares. Ainsi, certaines ordures
ménagères étaient réintroduites dans le processus
de production, suite à une certaine forme de tri, équivalent
de notre collecte sélective actuelle. En particulier, le verre et
les métaux étaient récupérés par des
intermédiaires chargés ensuite de les revendre aux artisans,
qui les recyclaient. De plus, jusqu'au XIe siècle, les
déchets putrescibles étaient utilisés en épandage
sur les jardins potagers (Inquiété, 1989). Nos ancêtres
n'étaient pourtant pas les derniers à jeter leurs ordures dans
les décharges béantes qu'étaient les rues des villes
de l'époque.
Ces pratiques de récupération n'avaient bien entendu pas pour
but de limiter les quantités de déchets, mais naissaient simplement
du souci de ne pas gâcher des biens dont il pouvait être tiré
un quelconque profit.
Nous avons perdu, avec l'avènement de la société de
consommation et son opulence, le sens de ce qui a encore une valeur, même
après usage. Nous considérons les objets dont nous nous servons,
plus comme des utilités que comme des biens. Ainsi, une fois qu'ils
ont rempli leur fonction, ils perdent leur utilité et deviennent
encombrants. Pourtant, dans de nombreux cas, ce que nous considérons
un peu vite comme des déchets, pourraient, avec un peu de bonne
volonté, passer pour d'intéressantes matières
premières. C'est le cas des déchets organiques qui, sous
prétexte qu'ils sont les sous-produits d'une activité quelconque,
passent pour des ordures, alors que leurs caractéristiques pourraient
en faire une formidable ressource.
Jusqu'au début du siècle dernier, les " gadoues "
ramassées chaque jour dans les rues étaient entreposées
sur des terrains à l'extérieur de la ville où, après
une période de trois ans, elles étaient vendues aux agriculteurs
des environs (Barles, 2002). L'avènement des engrais chimiques, moins
encombrants, de composition constante, et surtout meilleur marché
sonnera le glas des épandages de gadoues au profit de leur
incinération.
En redécouvrant aujourd'hui la valeur organique de certains déchets,
et en développant leur qualité et leur propreté par
des techniques comme le compostage, il devient possible d'effectuer la mutation
inverse, et ainsi de gérer intelligemment et de façon performante
une part importante de nos ordures.
[R] Les matières premières pour le compostage
On ne peut pas tout composter. Seules les matières organiques sont
susceptibles d'être dégradées en humus par le processus
biologique qu'est le compostage. Il est donc important de bien définir
les types de déchets que l'on peut utiliser, leurs sources, leurs
volumes et leurs spécificités. Car le gisement de déchets
organiques est très particulier.
On peut distinguer 8 grands types de sources, différentes entre elles
par leur origine, leur variabilité et leur composition :
- la fraction fermentescible des déchets ménagers ;
- les déchets provenant du traitement des effluents liquides
ou gazeux ;
- les déchets d'espaces verts publics et les déchets de
jardins ;
- les déchets des industries papetières ;
- les déchets des industries agroalimentaires ;
- les déchets d'abattoirs et de pêche ;
- les déchets agricoles ;
- les déchets des industries extractrices.
Tous ces déchets se présentent sous des formes différentes,
ce qui rend leur traitement encore plus difficile. Certains, comme les lisiers
agricoles ou les effluents agroalimentaires, sont sous forme liquide, tandis
que d'autres comme le bois, la paille, ou les boues déshydratées,
sont sous forme solide. Certains sont même entre les deux, comme les
boues fraîches de station d'épuration.
Le gisement de ces matières organiques se répartit annuellement
dans les proportions suivantes (en matières brutes) (ADEME, 2001 ;
Cercle national du recyclage) :
- déchets agricoles : 280 millions de tonnes ;
- déchets des industries agroalimentaires et papetières :
15 millions de tonnes ;
- fraction fermentescible des déchets ménagers :
15 millions de tonnes ;
- déchets verts : 7 millions de tonnes ;
- boues de station dépuration des eaux usées :
850 000 t.
Si l'on ajoute à cela quelques flux minoritaires, on arrive à
un gisement total d'un peu moins de 320 millions de tonnes.
Si le volume de déchets organiques produit annuellement en France
est important, la part compostée est encore très largement
minoritaire. Moins de 7% des déchets organiques ménagers sont
compostés et seulement 17% des déchets verts. Quant aux boues
d'épurations, 60% sont épandues en l'état (Cercle national
du recyclage). Ceci signifie que les réserves émises par certaines
collectivités quant à la difficulté de récolter
un flux à traiter ne sont pas fondées. La filière a
donc un fort potentiel de développement, dautant plus que la
diversité des matières premières nest pas un obstacle,
mais un avantage. En effet, leur mélange est essentiel. On peut
améliorer la qualité du produit fini, en conjuguant les
différentes catégories de déchets. Chacune a ses
particularités, une composition spécifique, une façon
de composter seule. En les mélangeant, on s'assure d'une plus grande
efficacité du processus, d'une vitesse de dégradation accrue
et d'une qualité finale du compost supérieure. L'efficacité
est améliorée sur de nombreux points : stabilisation de
la part périssable par réduction du rapport C/N (carbone/azote),
hygiénisation des composants, maîtrise des odeurs (Adler, 2001).
Le compost est un produit issu du traitement de déchets organiques,
c'est-à-dire de matières composées de macromolécules
biologiques fabriquées par des organismes vivants. Ces molécules
sont la cellulose, l'hémicellulose, la pectine, la lignine, les
protéines, les acides nucléiques ou encore la chitine. Elles
sont, pour la plupart, fournies par des plantes.
Lors du traitement des déchets, ces molécules sont
dégradées par l'action combinée de l'air, de l'eau,
des bactéries, des champignons, des hexapodes et autres petits arthropodes
comme les acariens. Il se forme alors des composés humiques. Ces
composés sont susceptibles de donner naissance à des
colloïdes, qui sont des particules formées de l'agrégation
de plusieurs molécules.
La maturation du compost est plus ou moins longue en fonction de la composition
des matières premières utilisées. Un compost de
déchets verts va, par exemple, mûrir en 3 mois, tandis qu'un
compost fabriqué à partir de la fraction organique des ordures
ménagères continuera sa maturation pendant 3 mois
supplémentaires (Houot, 2001).
Le compostage des déchets organiques peut se réaliser à
deux niveaux. Soit individuellement, dans un bac de compostage que l'on dispose
au fond de son jardin, soit collectivement, sur une plate-forme de compostage
industrielle. Ce dernier type de gestion nécessite de collecter
auprès des producteurs de déchets la matière première
pour le fonctionnement de l'installation. En particulier, la collecte
sélective des biodéchets auprès des ménages.
Le compostage individuel
La gestion domestique des déchets fermentescibles nest pas une
pratique rare et ses avantages sont nombreux, non seulement pour la personne
qui la pratique, mais aussi pour la collectivité où elle habite.
Les déchets compostés à domicile en sont autant de moins
à collecter et à traiter. Même dans le cas d'une
collectivité possédant un service de collecte des biodéchets
ou des déchets de jardin, la promotion du compostage domestique est
nécessaire.
Tous les déchets organiques produits dans le foyer sont compostables,
que ce soit les déchets alimentaires, ou les déchets d'entretien
du jardin. Cependant, tous n'ont pas les mêmes propriétés
et ne pourront pas être compostés avec la même facilité.
Globalement, on peut classer ces déchets en deux catégories :
- les déchets facilement compostables, que sont les épluchures,
les coquilles d'ufs, le marc de café, les filtres en papier,
le pain, les laitages, les restes de viande, de fruits et de légumes,
le gazon, les feuilles, les fleurs fanées, les mouchoirs en papier,
les cendres de bois, les sciures et copeaux, le papier journal
- les déchets difficiles à composter, comme les branches,
les os, les noyaux, les trognons de chou, les graines de tomates, certaines
mauvaises herbes
Bien entendu, les plastiques, les métaux et le verre sont à
bannir.
Le choix de la méthode en tas ou en bac ne modifie pas significativement
la qualité du compost final. C'est donc sur d'autres critères
qu'il faut se décider. En l'occurrence la place dont on dispose, le
volume de déchets que lon produit, et la proximité ou
non de voisins.
Un compost immature peut être utilisé autour du pied des arbres
ou sur des cultures avancées, sans l'incorporer au sol. Mais il est
préférable d'attendre la maturité du produit pour
l'utiliser. Il va servir soit d'amendement organique en étant
incorporé à la couche superficielle du sol à raison
de 1 à 5 litres par m², soit de support de culture, en
préparant un terreau en mélangeant le compost à de la
terre. Il ne faut surtout pas semer directement des graines dans du compost
seul. Ce mélange compost/terre peut être additionné d'un
peu de sable pour la culture des plantes en pots (proportion : un tiers
de chaque composant) (ADEME, 2001).
Ce type de compostage " artisanal " peut se réaliser dans
un jardin particulier, pour amender un potager, ou sur des propriétés
un peu plus importantes comme des pépinières ou des exploitations
maraîchères.
Le compostage industriel
Pour gérer les déchets organiques d'une collectivité,
le compostage individuel est souhaitable, mais il reste insuffisant. Une
gestion efficace passe nécessairement par la mise en place d'un
procédé industriel, sur une plate-forme de traitement.
Il existe deux possibilités pour traiter biologiquement les déchets
organiques. Soit la dégradation est réalisée en situation
d'aérobiose, soit en situation d'anaérobiose. La différence
est que dans le premier cas, la matière est brassée pour y
faire pénétrer de l'oxygène, tandis que dans l'autre,
le milieu est en asphyxie. Cette différence de conditions joue sur
le type de microorganismes actifs. En effet, certains sont aérobies,
et meurent en absence d'oxygène, d'autres sont anaérobies.
Les mécanismes de dégradation par ces deux types de microorganismes
sont différents. Dans le cas d'une transformation aérobie,
on parle de compostage, et dans le cas d'une transformation anaérobie,
on parle de méthanisation.
Le compostage change la matière organique en un produit stable,
hygiénisé et riche en humus, par la succession dune phase
de dégradation et dune phase de maturation.
La méthanisation transforme les déchets organiques en digestat
et biogaz. Le digestat est un résidu peu stabilisé qui, après
déshydratation, sera traité par compostage pour être
stabilisé et hygiénisé. On obtient alors un produit
aux caractéristiques proches de celles du compost. Le biogaz est
composé majoritairement de méthane. Des étapes
d'épuration permettent de l'enrichir. Il peut être utilisé
comme source d'énergie pour la production de chaleur ou
d'électricité, ou même servir de carburant.
Le compostage et la méthanisation sont deux méthodes
différentes, et le choix de l'une ou de l'autre se fera surtout en
fonction du type de déchets à traiter et du marché possible
pour les résidus : compost pour épandage ou biogaz pour
production d'énergie (Cercle national du recyclage).
Ce type de compostage en plate-forme est généralement
réalisé dans des usines collectives traitant les déchets
de plusieurs communes. On trouve également de petites plate-formes
de compostage dans certaines exploitations agricoles, ce qui permet à
lagriculteur dutiliser ses propres déchets de ferme pour
fabriquer un compost quil pourra épandre sur son domaine.
Aujourdhui, en France, 300 installations urbaines traitent 2 millions
de tonnes de déchets verts par compostage, produisant
950 000 t de compost par an. Une dizaine dautres traitent
75 000 t de biodéchets récoltés en porte à
porte pour produire 35 000 t de compost. Il existe encore près
de 80 installations de compostage des ordures ménagères brutes.
[R] Lutter contre lappauvrissement biologique des sols
Le compost, avec sa structure proche d'un humus naturel n'a pas pour vocation
de nourrir la plante, mais le sol, qui lui, nourrira la plante en retour.
Aujourd'hui, on utilise le sol comme un simple support n'ayant presque plus
aucun rôle vis-à-vis des plantes. La nutrition se fait par des
engrais. Mais l'appauvrissement des sols entraîne une diminution de
leur qualité structurale et une perte d'efficacité de ces engrais,
quon est tenté dutiliser à plus fortes doses - ce
qui ne va pas sans inconvénients. Le compost apporte des réponses
a un certain nombre de ces problèmes, tant pour les agriculteurs
souhaitant préserver la fertilité de leurs terres que pour
les particuliers désireux de faire pousser de beaux légumes
dans leur potager.
Il semblerait que l'industrialisation de l'agriculture puisse aboutir à
une diminution de la biodiversité du sol (Chaussod, 1996). Cette situation
ne peut être ignorée, car elle entraînerait une perte
de rendement importante de l'agriculture, déjà compensée
déraisonnablement par une augmentation des apports en engrais et en
pesticides, dont les effets sur l'environnement sont désastreux. Le
sol est un gigantesque réservoir de presque tous les microorganismes
existants. Il est le biotope de ces êtres vivants végétaux
et animaux (pédoflore et pédofaune). La quantité de
biomasse contenue dans un sol varie en rapport avec les conditions climatiques,
le type de sol, la saison et d'autres facteurs encore, comme le type de cultures.
Cependant, elle demeure un composant non négligeable. Par exemple,
cette biomasse peut constituer jusqu'à 20% de la matière organique
d'un sol agricole en milieu tempéré. Cela représente
tout de même jusqu'à 5 t d'êtres vivants par hectare.
Le compost, fabriqué à partir de débris fermentescibles
transformés biologiquement, loge une population microorganique importante
et variée. Elle contient aussi bien des bactéries
(actinomycètes) que des champignons. Cette composition, en permettant
au compost d'agir sur la biodiversité du sol, lui octroie une valeur
biologique affectant la relation sol-plante-microbes. C'est l'humus que contient
le compost qui privilégie l'activité microbiologique dans le
sol et aide ainsi au développement des microorganismes symbiotiques
indispensables à la croissance des cultures. Il existe peu d'études
sur ce sujet. Cependant, des travaux européens ont démontré
un accroissement de la biomasse vivante de sols amendés avec du compost
urbain et agricole. On y note d'ailleurs que le compostage en andains est
plus favorable à une grande diversité biologique, puisque les
composts ainsi traités sont potentiellement colonisables par des
microorganismes extérieurs. Le compost peut donc rétablir et
améliorer la biodiversité du sol. D'autre part, le compost
empêche la prolifération de plusieurs champignons et nématodes
néfastes pour les plantes. Cet effet est principalement dû à
la charge microbiologique du compost, même si sa teneur en humus peut
également y jouer un rôle. Les populations microbiennes, en
se diversifiant et en se multipliant, occupent les niches écologiques
autour des racines des plantes, et luttent ainsi contre les pestes des cultures.
Le compost peut donc devenir un outil de lutte biologique à l'instar
des biocides.
En plus dun résultat biologique, le compost présente
un certain nombre deffets positifs sur la structure physique des sols.
[R] Améliorer les caractéristiques physico-chimiques des sols
On peut définir la structure physique d'un sol en fonction de deux
paramètres : la microporosité, qui définit la
quantité d'eau disponible pour la plante ; la macroporosité,
permettant le développement des racines (Chambres d'agriculture Picardie,
2001). Comme on peut aisément le comprendre, un sol est d'autant meilleur
que ses pores sont nombreux et homogènes. Les amendements organiques
augmentent à la fois la microporosité et la macroporosité.
Par l'humus qu'il contient, le compost va jouer le rôle de liant dans
les terres sableuses, les particules colloïdales servant de liaison
entre les constituants minéraux du sol. Au contraire, ces même
particules vont avoir l'effet inverse dans les terres compactes, en les
ameublissant par coagulation des argiles. À long terme, la période
durant laquelle le sol présente une structure friable est allongée,
ce qui signifie une augmentation du nombre de jours disponibles pour travailler
le sol dans de bonnes conditions (Bodet, 2001).
La matière organique a également un effet sur les rapports
entre le sol et leau. Elle augmente la capacité de rétention
du sol par effet éponge et augmente dans le même temps la
disponibilité de cette eau vis-à-vis des plantes. Dautre
part, le compost épandu en couche permet d'éviter les
phénomènes d'érosion, en jouant un rôle de
rétention des particules mises en mouvement par la pluie et en absorbant
efficacement les gouttes. Ainsi, le temps de résistance du sol à
la pluie (temps avant que les premières particules solides soient
emportées) est presque triplé. La perte de terre par érosion
est alors réduite de 40 à 60% (Chambres d'agriculture Picardie,
2001). Ainsi, on limite les risques de pollution des eaux superficielles
par transports de polluants par les particules érodées du sol.
La matière organique limite également les phénomènes
de croûte de battance (couche superficielle du sol tassée par
la pluie), en augmentant la stabilité structurale des agrégats
de surface (Chambres d'agriculture Picardie, 2001). L'humus réduit
également les effets du gel, sa couleur sombre améliorant le
taux dabsorption des rayons lumineux, favorisant ainsi le
réchauffement du sol.
[R] Refaire du sol un véritable milieu de croissance
L'humus présent dans le sol, à environ 2,5% dans les 20 premiers centimètres, disparaît au cours du temps. Sur les sols cultivés, il diminue d'environ 2% tous les ans, ce qui représente une masse d'une tonne par hectare (L'encyclopédie de l'agora, 2002). Cette disparition de l'humus entraîne une perte d'efficacité du sol dans son rôle de support de culture. Cette perte d'efficacité est compensée par un apport d'engrais, dont lexcédent risque de polluer à la fois le sol et les nappes souterraines. L'épandage régulier de compost compenserait les pertes dhumus et redonnerait aux sols agricoles leur fertilité naturelle.
Le principal impact des composts à ce niveau consiste en une augmentation de la potentialité du sol à alimenter les plantes en éléments nutritifs par minéralisation des matières organiques. En effet, les composts renferment des réserves significatives d'azote, de phosphore et même de soufre. La majeure partie de ces éléments aboutissent au réservoir de matière organique du sol à évolution lente. Les colloïdes peuvent ainsi servir de réserve nutritive pour les plantes de par leur pouvoir de fixation de certains éléments minéraux, qui seront relâchés dans le sol à mesure que celui-ci s'appauvrira (Bodet, 2001). Étant donné les doses d'amendements organiques habituellement épandues, il faut s'attendre à devoir patienter pendant plusieurs dizaines d'années, avant que ce supplément d'éléments nutritifs par minéralisation des matières organiques du sol se révèle significatif.
Cependant, rappelons une fois encore qu'il ne faut pas prêter aux composts des propriétés qui ne sont pas les leurs. Un compost, aussi bien traité qu'il soit, ne pourra jamais remplacer totalement un apport d'engrais, pour certains éléments, comme l'azote en particulier. En effet, rappelons encore que le rôle du compost n'est pas de nourrir la plante directement, mais de nourrir le sol, afin que celui-ci puisse ensuite assurer le développement des cultures. Un bon compost pourra néanmoins se substituer à environ un tiers des apports azotés nécessaires à une culture. Il en va de même pour le phosphore. Rappelons également qu'étant donné l'amélioration des caractéristiques du sol, ces besoins en apports minéraux sont diminués, puisque le rendement d'efficacité de l'épandage d'engrais est augmenté de façon importante. Ceci signifie donc que l'humus du compost assure une meilleure efficacité des engrais minéraux et autorise à en utiliser moins.
[R] Les alternatives au compostage
Le compost présente un double avantage, lun au niveau de la
fertilisation des sols, lautre au niveau de lélimination
des déchets organiques. Les alternatives sont donc à ranger
dans deux catégories : les amendements et les voies
délimination des déchets.
Aucun produit ne peut vraiment concurrencer le compost sur le terrain du
rétablissement de la qualité des sols. Les engrais peuvent
certes nourrir les plantes, mais leur efficacité diminue avec le temps.
Dautre part, ces engrais sont trop souvent épandus en
quantités très excédentaires et une grande part passe
directement dans les eaux souterraines ou ruisselle. Les boues, quant à
elles, présentent des caractéristiques physico-chimiques moins
favorables que celles des composts et leur innocuité est plus difficile
à contrôler. Leur mauvaise image joue également en leur
défaveur.
En dehors de la valorisation agricole des déchets organiques par
compostage, lélimination de ces déchets se fait actuellement
par le biais de la mise en décharge et par
lincinération.
La solution de la mise en décharge ne coïncide pas du tout avec
la politique environnementale actuelle. Et ce pour deux raisons. Tout
dabord, et étant donné le caractère fini de
lespace disponible sur terre, entasser les ordures est lexemple
même de ce contre quoi il faut lutter. Cest une solution à
court terme et qui posera un problème de plus en plus grand à
mesure que le temps passera et que cette pratique perdurera. Ceci vaut
évidemment pour tous les types de déchets, mais les déchets
fermentescibles présentent un inconvénient supplémentaire
lors de la mise en décharge. Nétant pas stabilisés
dun point de vue chimique, ils vont se dégrader en anaérobiose
dans un environnement asphyxiant et vont libérer à la fois
des gaz nocifs comme du méthane, puissant gaz à effet de serre,
et des lixiviats qui vont pénétrer le sol et aller polluer
les eaux souterraines. Lobjectif réglementaire étant,
de plus, de limiter à terme laccès aux décharges
aux seuls déchets ultimes, et les déchets fermentescibles
nen étant évidemment pas, la solution du stockage des
déchets organiques en décharge est à exclure.
La deuxième solution, celle de lincinération industrielle
avec les ordures ménagères, présente également
quelques inconvénients. Cela permet de faire disparaître la
plus grosse part du volume, cest son seul avantage. Car premièrement,
les déchets organiques sont rarement de bons combustibles en
létat, principalement à cause de leur fort taux
dhumidité. Et deuxièmement, les incinérer revient
à relâcher dans latmosphère tout le carbone fixé
lors de la croissance végétale. Étant donné la
préoccupation très forte que lon peut observer pour tout
ce qui concerne leffet de serre et une possible modification climatique,
il est préférable de conserver fixé tout le carbone
possible. Car si le compostage rejette également du carbone dans
latmosphère, une part sera tout de même redonnée
au sol.
[R] La mise en place dune opération de compostage : motiver la population
Le compostage est une filière dont la composante sociale est primordiale.
Lorsque l'on veut mettre en place une opération de compostage industriel
dans une collectivité, ou dans un groupement de collectivités,
il est essentiel de s'appuyer sur une bonne communication. Il faut communiquer
avant le lancement du programme, et tout au long de son déroulement
(ADEME, 2000). Car si le process industriel joue indéniablement sur
la qualité du produit, la réussite de la collecte est
également un élément essentiel.
Bien évidemment, les cibles de la communication sont aussi nombreuses
que les acteurs de la filière, chacun ayant un rôle plus ou
moins important à y jouer. Les cibles sont donc d'abord tous les
élus locaux, qui devront s'approprier le projet afin de relayer
auprès de leurs administrés les actions de niveau
départemental, régional ou national. Il ne faut surtout pas
oublier de communiquer auprès des utilisateurs potentiels du produit
fini, d'une part, pour les rassurer quant à son origine, d'autre part,
parce que ce sont eux qui permettront de pérenniser la filière.
Les techniciens employés dans la filière devront eux être
informés à la fois pour s'assurer de la cohérence de
leur travail (les informer des bonnes pratiques nécessaires à
la réussite de l'entreprise), et afin d'en faire des relais capables
d'informer la population au cas par cas. Enfin, tous les producteurs de
déchets que sont les habitants ou les entreprises, hôpitaux,
restaurants, seront informés afin qu'ils sachent pourquoi
l'opération est lancée, et de quelle façon ils auront
un rôle à jouer dans la qualité du flux de déchets
entrant dans l'unité de compostage. Il est essentiel de les sensibiliser
aux enjeux du tri, pour réveiller leur fibre citoyenne et s'assurer
de la durabilité du geste de tri. Le but est d'obtenir un gisement
de qualité en exposant bien ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut
pas faire. Il est utile également de rappeler aux personnes
réalisant déjà leur propre compost les quelques règles
simples pour une meilleure qualité de produit.
Le programme de communication doit être lancé à l'initiative
de la collectivité. Il sera réalisé soit par la
collectivité elle-même, soit par un prestataire
spécialisé. La communication doit débuter avant le programme
de collecte et la distribution des bacs, afin de s'assurer d'un démarrage
immédiat de l'opération. Pour autant, l'information du public
ne doit en aucun cas s'arrêter ensuite. Elle doit s'inscrire dans la
durée du projet. Un bon moyen de soutenir l'action citoyenne est de
publier à intervalles réguliers un bulletin d'information reprenant
les principes du tri et présentant les résultats de la
collecte : qualité du tri, volume recueilli, objectifs atteints
ou non. Ceci permet de motiver la population en montrant à chacun
le résultat de ses efforts. Il ne faut pas oublier que le tri est
une activité supplémentaire et ressentie parfois comme
contraignante. La motivation des " trieurs " est donc un aspect
essentiel de réussite de l'opération. Pour autant, la communication
ne doit pas se confiner à un seul type de support. Elle doit être
plurielle. Affiches, guides, autocollants, ambassadeurs de tri ou même
concours sont autant de " piqûres de rappel " qui permettent
d'immerger le public ciblé dans l'idée de tri, afin de rendre
ce concept naturel.
Il faut garder également à l'esprit que les cibles sont multiples
et que la communication à long terme doit toucher continuellement
chaque acteur de la filière.
[R] Le marché du compost : vers une stabilité économique de la filière
Comme pour toute opération visant à un meilleur respect de
notre environnement, le compostage ne peut faire fi de considérations
économiques aujourdhui indissociables de toute entreprise
denvergure. Pour simposer, une idée écologique
doit soit sinscrire dans la loi, soit prouver sa légitimité
économique. Un industriel ne consentira pas à un effort qui
ne lui est pas imposé, si celui-ci ne lui rapporte rien. Dans ces
conditions, il est important de démontrer lintérêt
financier du compostage, tant pour les fabricants, que pour les
utilisateurs.
Dans un premier temps, il est indispensable de bien établir les
différents coûts inhérents à lopération.
Et en premier lieu le coût de collecte. Il faut noter que plus la zone
couverte par cette collecte est de type rural, plus le coût de celle-ci
exprimée en euros par tonne de déchets augmente. Ceci, bien
évidemment, du fait des distances plus grandes à parcourir
entre les habitations ou entre les villages. Par contre, la production moindre
de déchets tend à égaliser le coût par habitant.
Ce coût va être fonction du circuit et de la fréquence
de la collecte principalement. L'ADEME dispose des chiffres concernant les
27 collectivités ayant mis en place une collecte des biodéchets.
Ceux-ci varient entre 40 et 100 Æ/t hors-taxe (ADEME, 2000).
Comme pour les coûts de collecte, l'ADEME ne dispose que des chiffres
concernant les 27 collectivités réalisant un traitement par
compostage des biodéchets. Ils varient entre 30 et 50 Æ/t
(HT) de déchets traités (ADEME, 2000).
On peut tirer de ces chiffres trois remarques :
- les coûts d'investissements représentent une forte part
du coût total ;
- le coût de traitement diminue avec l'augmentation de la
quantité de déchets traités ;
- pour des volumes comparables, le compostage est moins cher que
l'incinération (tab. I).
L'investissement de départ étant lourd, des aides financières
existent afin d'encourager ce type d'initiatives au sein des
collectivités :
- l'ADEME finance une partie des investissements selon le type de produit
traité : déchets verts seuls, 30% HT avec un plafond de
1 524 000 Æ ; autres déchets organiques,
40 % HT et plafond de 3 810 000 Æ ;
- le FCTVA (fond de compensation TVA) permet une récupération
de la TVA sur les dépenses réellement engagées ;
- enfin, des aides complémentaires (variables) peuvent être
allouées par les conseils généraux ou régionaux.
Linconvénient reste aujourdhui que le coût de collecte
et de traitement reste supérieur aux recettes issues de la vente du
produit fini. Autrement dit, le compostage ne peut être
considéré comme une activité rémunératrice.
Le compost est un produit difficile à vendre, en raison de la concurrence
dautres matières organiques à épandre comme les
boues dépurations, gratuites. Le compost fabriqué ne
trouve pas toujours preneur. Il est donc primordial de s'assurer de possibles
débouchés auprès des utilisateurs potentiels avant de
lancer un programme de compostage. Cependant, même si des
débouchés existent, ils ne seront pas forcément profitables.
Le compost peut être distribué gratuitement, dans un unique
but environnemental. S'il est vendu, le compost ne dépasse guère
un prix compris entre 7,5 et 40 Æ/t (ADEME, 2000). Pourtant, dans
le cadre dune collectivité devant traiter ses ordures, la solution
du compostage apparaît comme financièrement plus intéressante
que lincinération. Le coût de traitement est moindre et
la vente du compost peut être un petit plus non négligeable.
Le compostage est donc économiquement justifiable.
Le sujet de lintérêt financier pour lutilisateur
nest que rarement abordé. Pourtant, il est essentiel. On ne
pourra jamais rendre lusage du compost obligatoire. Il est donc
nécessaire dexpliquer en quoi il peut amener un agriculteur
à réaliser un profit financier. Tout dabord, comme nous
lavons dit plus tôt, le compost améliore la
disponibilité des engrais dans le sol. Il est même en mesure
de se substituer à une part de lapport. Lépandage
de compost limite donc nettement les quantités dengrais à
épandre. Dautre part, en améliorant les qualités
du sol, il participera à lamélioration des rendements
de récolte. Cest un point à souligner dans loptique
dune revalorisation de ce produit dont la valeur marchande est encore
presque nulle.
[R] Écoconcevoir le compostage
Lécoconception a pour but dintégrer une composante
environnementale dans la réflexion sur la conception dun produit,
dun service ou de quelque activité que ce soit. La démarche
est simple et systématique. Dans un premier temps, on se borne à
décrire le plus fidèlement possible et dans les moindres
détails lobjet de la réflexion. Puis, cela fait, on
réalise une description du cycle de vie de lobjet, en recherchant
à chaque étape les nuisances possibles. Il ne reste plus
quà se fixer des priorités sur les nuisances à
supprimer en premier, et à chercher des solutions.
Pour lister les impacts dun produit ou dun process sur
lensemble de son cycle de vie, il existe plusieurs méthodes.
La plus exhaustive est lanalyse du cycle de vie (ACV). Celle-ci est
lourde à manipuler, et demande de nombreuses données
chiffrées. Elle nest pas adaptée dans le cas du compostage.
LESQCV (évaluation simplifiée et qualitative du cycle
de vie) est une méthode plus simple, qualitative et non quantitative
comme lACV, sélective, permettant de se faire une bonne idée
des problèmes sans pour autant rentrer dans le détail.
Le tableau II ci-dessous représente une vision globale des
contributions dues au compostage tout au long de son
déroulement :
On note par un " 0 " les cases correspondant à un sujet
sans objet et par un " 1 " celles où un problème
est potentiellement présent. Globalement, on peut analyser ce tableau
en regroupant les problèmes en trois catégories : ceux
dus au transport, ceux dus à lutilisation et ceux dus à
la fabrication. Nous allons voir comment apporter un début de
réponse à chaque type de problème.
Pour le transport, la difficulté se situe au niveau de la collecte
et du rapatriement des déchets vers la plate-forme de compostage.
Le transport des déchets, tous domaines confondus, emploie la route
à 80%. Le transport des déchets organiques dans le cadre d'une
collecte sélective en vue d'un compostage utilise bien évidemment
cette voie de manière encore plus majoritaire. Il n'est pas envisageable
de réaliser une collecte porte à porte autrement qu'avec des
camions, dont la consommation approche les cent litres de fioul aux cent
kilomètres. Il est possible, dans une logique environnementale, de
passer à des véhicules fonctionnant au gaz ou à
l'électricité, comme cela est déjà le cas pour
les bus de certaines communautés urbaines. Il faut veiller à
ce que le gain environnemental du recyclage ne soit pas annihilé par
le surplus de rejets atmosphériques qu'il entraîne.
Parfois, dans des zones dhabitation très peu denses, une collecte
au porte à porte peut savérer être une mauvaise
solution. Une favorisation de lapport volontaire permettra de réduire
les distances parcourues. Dautre part, une fréquence adaptée
des ramassages est nécessaire : il est inutile et coûteux
de faire tourner des camions à moitié vides. D'autre part,
il faut tenir compte d'un principe de proximité. Plutôt que
de construire une nouvelle plate-forme de compostage sur le territoire de
la commune, pourquoi ne pas agrandir celle, plus proche, de la commune voisine.
Il ne faut pas hésiter à sortir des circonscriptions
administratives existantes (Conférence européenne des ministres
des transports, 1999).
Pour les deux autres contributions, tant la fabrication que lusage,
cest lhygiène du compost qui est essentiellement la clé
du problème. Non seulement afin de préserver les sols dune
éventuelle pollution, mais aussi afin de sassurer de la confiance
des utilisateurs.
Le premier pas devra être de stopper la fabrication de compost
dordures ménagères brutes. Depuis dix ans, dans le but
d'écarter les produits comportant des indésirables comme le
verre ou les plastiques, le monde agricole se ferme à l'utilisation
de ces composts urbains. En particulier, les producteurs de champignons ou
les producteurs de champagne, qui composaient, en 1990, 50% des utilisateurs
n'utilisent plus ce type de compost. Des cahiers des charges qualité
sont rédigés de plus en plus fréquemment par les industries
agroalimentaires, afin de s'assurer de la qualité des produits
utilisés sur les cultures. Les usines de tri-compostage des ordures
ménagères réalisant un compost d'ordures brutes devront
donc dans l'avenir réfléchir à une reconversion vers
le traitement de déchets sélectionnés. L'ADEME apporte
un soutien dans ce but aux usines les plus récentes (ADEME, 2000).
Au-delà des prescriptions réglementaires parfois en retard
sur la réalité des exigences des consommateurs et des agriculteurs,
le but de l'hygiénisation est d'éradiquer tous les microorganismes
potentiellement pathogènes des composts. Pour s'assurer de l'hygiène
d'un produit, il faudrait analyser tous les microorganismes présents.
Ceci n'étant pas possible, on se contente de rechercher certains
microorganismes dits témoins. Étant réputés pour
leur résistance, leur disparition indique que les conditions
d'hygiénisation ont été sévères, et que
le produit peut être considéré comme hygiénisé.
Ces microorganismes témoins sont par exemple les salmonelles (ADEME,
2000).
Les éléments pathogènes pouvant être présents
dans les déchets sont nombreux. Ils sont surtout susceptibles de causer
de nombreuses affections si l'on ne prend pas soin de les éliminer.
À titre d'exemple, les déchets issus de déjections animales
peuvent contenir des microorganismes responsables d'infections
gastro-intestinales, oculaires ou respiratoires, de cryptosporidies, de
toxoplasmoses, de méningites, de salmonelloses, de gastro-entérites,
de dysenteries, de poliomyélites, de pneumonies, ou encore
d'hépatites (Epstein, communication orale ; Becquart, 2001).
Mais fort heureusement, tous les microorganismes responsables de ces maladies
parfois effrayantes sont éliminables par traitement hygiénisant.
Ceci pour dire que si les risques sont évitables, ils sont suffisamment
graves pour nécessiter une attention soutenue. Si la probabilité
d'un accident n'est jamais nulle, il est tout de même possible de tendre
vers une sécurité maximale. Ceci passe par trois étapes
principales, qui sont la clé de toute hygiénisation
réussie : la vérification de la qualité des
déchets entrants, la conformité du traitement aux recommandations
et aux procédures établies et enfin, la vérification
du produit fini avant sa distribution aux utilisateurs (ADEME, 2000). Le
soin apporté à ces trois étapes influera de façon
déterminante sur la qualité de l'amendement fourni.
En ce qui concerne les polluants chimiques, métaux lourds et pesticides,
leur élimination n'est pas assurée par le compostage. Leur
absence n'est donc assurée que par un bon contrôle de la composition
des produits entrants. Ces polluants sont peu représentés ou
très contrôlés, ce qui assure la qualité du compost
fini.
Pour ce qui est des polluants biologiques, le compostage est un très
bon moyen de les éliminer. En effet, lors du processus de
décomposition de la matière organique en humus, il se produit
une forte production de chaleur. Cette chaleur est la principale fonction
hygiénisante du compostage. La température peut monter
jusqu'à 70°C, ce qui fait disparaître coliformes,
streptocoques, salmonelles et autres ufs d'helminthes. Pour que
l'hygiénisation soit optimale, le compost doit être
régulièrement retourné, de façon à soumettre
toute la masse du compost à la température maximale atteinte
au cur du tas (Déportes, 2001). En fin de compostage, la moisissure
Aspergillus fumigatus est un bon indicateur du degré
d'hygiène atteint. Sa forte résistance lui permet d'être
l'un des derniers microorganismes à disparaître.
Un certain nombre de précautions sont nécessaires afin de s'assurer
de la tenue de l'hygiène atteinte lors du compostage (Déportes,
2001). Tout d'abord, il faut éviter de stocker le compost trop longtemps.
En effet, si les quantités de microorganismes sont très fortement
réduites lors du processus, les quelques souches restantes sont capables,
par leur pouvoir reproducteur extrêmement rapide, de recoloniser le
milieu. D'autre part, un stockage trop long expose le compost à une
contamination aérienne par des bactéries ou champignons
amenés par le vent. Il faut veiller également à
protéger le compost des animaux tels que chiens, chats ou rongeurs,
attirés par l'odeur et porteurs de germes. Enfin, il est primordial
de ne pas transporter le compost propre avec un véhicule ayant
transporté auparavant les produits bruts. Ceci pourrait arriver sur
de petites plates-formes n'ayant pas assez de fonds pour l'achat de
matériel. Le compost fini ne présenterait plus aucune
fiabilité quant à sa propreté.
Le problème de lhygiène du compost ne concerne pas que
sa propreté, mais aussi labsence dimpact sur les individus
habitant à proximité ou travaillant sur la plate-forme.
Lors de la maturation du compost, il faut veiller à ce qu'il ne
s'assèche pas trop. Il faut qu'il conserve une humidité minimum
de 40%. Ceci évite le dégagement de poussières fines
qui risqueraient d'être respirées, et pourraient dans ce cas
entraîner des irritations pulmonaires (ADEME, 2000).
Des études ont montré qu'à proximité des
installations de compostage, les concentrations de spores augmentent lors
de certaines étapes. Ces concentrations diminuent également
très vite par la suite. D'autres études, menées auprès
de travailleurs de longue date ne montrent aucun effet néfaste sur
leur santé. Parmi les spores rencontrées, celle
dAspergillus fumigatus paraissent être source
d'inquiétude. Pourtant, il s'agit d'un des microorganismes les plus
répandus sur le globe, et on le trouve aussi bien en extérieur
qu'à lintérieur des bâtiments, sans que les personnes
exposées n'en subissent aucune conséquence. Malgré tout,
il a été montré que si les individus en bonne santé
ne prennent aucun risque à travailler ou à vivre près
d'une station de compostage, les personnes très sensibles aux microbes
par suite d'une prise de médicaments ou d'une maladie doivent éviter
de travailler sur un tel site (Conseil canadien du compostage).
Une plate-forme de compostage à l'air libre génère de
faibles odeurs, au moment des retournements. Une mauvaise gestion du compostage
peut entraîner une surproduction d'odeurs, en particulier le manque
d'aération du compost. Il faut donc veiller à retourner les
tas régulièrement et à étudier la position du
site en fonction du sens du vent et des zones d'habitation. Un site couvert
résout aussi le problème des odeurs (ADEME, 2000).
Si le compostage existe depuis toujours, il nen est pas pour autant
toujours bien effectué aujourdhui. De gros progrès sont
en cours, comme la reconversion des anciennes unités de compostage
des ordures ménagères brutes, mais le chemin est encore long.
Étant donné les nombreux intérêts du compostage
tant en amont (recyclage des déchets) quen aval (reconstitution
des sols) et la quantité énorme de déchets potentiellement
utilisable, la structuration de la filière devrait poursuivre son
développement. Dautant plus que si la limite de juillet 2002
a été repoussée pour la mise en décharge des
déchets non-ultimes, elle nen reste pas moins un but primordial
dans loptique duquel le compostage a son rôle à jouer.
Lun des objectifs majeurs pour les années à venir est
de créer un marché pour le compost. Ceci passe par trois
obligations :
- développer les méthodes de caractérisation de
la composition, de la maturité et des effets attendus dun compost,
afin de guider les acheteurs dans leur choix ;
- augmenter la traçabilité du compost et standardiser
les méthodes de compostage afin de responsabiliser les producteurs
et de sassurer dun contrôle pointu de
linnocuité ;
- décomplexifier la réglementation et renforcer les normes
afin de restaurer la confiance des utilisateurs.
Si le premier point est en bonne voie de réalisation, avec une
multiplication des recherches sur le sujet, les deux autres sont en revanche
loin dêtre atteints. La multiplication des normes dapplication
obligatoire faisant du compost un produit ôte toute possibilité
de contrôle sur les matières premières utilisées
lors du process. Et cette situation ne saméliore pas, bien au
contraire. Quant au dernier point, il semble représenter une volonté
forte des instances européennes, qui préparent plusieurs textes,
dont une directive sur le traitement des biodéchets.
À lheure où le concept de développement durable
tient le haut de laffiche et commence à simmiscer dans
lesprit de chacun, il devient de plus en plus impossible dignorer
que le compostage en représente un parfait exemple de réalisation.
Mélange de résidus divers de la ferme : balayures de cour,
fonds de grenier, sciure, déchets de ménage, matières
fécales, mauvaises herbes, débris de paille, déchets
de boucherie, épluchures de légumes, curures de mares et de
fossés, gazons, cadavres d'animaux, etc., en un mot tous les débris
d'origine végétale ou animale. Ces résidus sont soumis
à une transformation lente, ayant pour but d'augmenter
l'assimilabilité des matières fertilisantes qu'ils
renferment.
Préparation : Les résidus sont saupoudrés avec de la
chaux éteinte ou, mieux encore, mélangés avec de la
chaux vive en morceaux, environ un dixième en volume. On dispose sur
le sol une couche de ce mélange, au-dessus une couche de terre, puis
une couche de mélange et, ainsi de suite, jusqu'à une certaine
hauteur ; le tout est maintenu humide par des arrosages.
La chaux favorise la décomposition des matières organiques
et leur nitrification : l'azote organique se transforme en azote ammoniacal,
puis en azote nitrique. Les composts sont donc de véritables
nitrières artificielles. Il ne peut y avoir de pertes d'ammoniaque,
à cause du pouvoir absorbant de la terre. Au bout de quelques mois,
pour aérer le mélange et le rendre plus intime, on recoupe
le tas, on le divise verticalement avec une bêche et on le reforme
à côté.
Dans les départements de l'Ouest, on fabrique les composts avec de
la terre, du fumier et de la chaux, et on leur donne le nom de tombes ; à
la fin de l'automne, on enlève la terre superficielle des herbages
le long des haies, on y ajoute des curures de fossés, des vases de
mares, etc., et des morceaux de chaux. Les proportions que l'on emploie pour
faire une tombe sont à peu près les suivantes : 3 à
4 mètres cubes de terre, 2 mètres cubes de fumier et 1 mètre
cube de chaux.
Au bout de quelque temps, on recoupe la masse ; on procède à
un nouveau recoupage à la fin de l'hiver et à une nouvelle
addition de fumier. Le fumier apporte beaucoup de matières organiques
et des microbes bienfaisants. Au lieu de fumier, on peut, d'après
Müntz et Lainé, employer avantageusement de la tourbe. Les composts
et les tombes ne contiennent comme éléments fertilisants que
ceux qui ont été apportés par les matériaux entrant
dans leur composition, mais sous une forme beaucoup plus assimilable pour
les plantes. S'ils perdent de l'azote ammoniacal, ils en gagnent aussi,
grâce à certains microbes fixateurs de l'azote libre de l'air.
Les composts à base de feuilles, de gazons (loams), de mousses (terres
à polypodes), sont employés en horticulture pour la multiplication
des fleurs délicates : bégonias, azalées, rhododendrons,
orchidées, etc. V. aussi TERREAU.
(Larousse Agricole, 1922).
[R] Encadré 3 : Sensibiliser les enfants :
un bénéfice pour aujourd'hui et pour demain
Les enfants sont très souvent les agents du changement, qui
véhiculent des idées nouvelles auprès de leurs parents,
assurant la transmission d'un message de génération en
génération. Ils n'ont, en plus, pas encore pris de mauvaises
habitudes, et nous pouvons donc plus facilement les amener au geste du tri.
C'est préférentiellement à l'école que l'on pourra
les informer et les sensibiliser. D'abord parce qu'il n'y a que là
qu'ils sont réunis, ensuite parce qu'un enfant accorde naturellement
de l'importance et de la crédibilité à ce qu'on lui
enseigne en classe. Les programmes de l'école primaire intègrent
d'ailleurs maintenant des objectifs d'enseignement relatif à
l'environnement, ce qui prouve que l'on a pris conscience de l'importance
de l'auditoire qu'ils représentent. Cette communication peut se
présenter sous la forme d'activités pédagogiques liées
au concept de valorisation organique des biodéchets : geste de tri,
compostage individuel, et même utilisation du compost en jardin
pédagogique.
Sensibiliser les enfants, c'est s'assurer qu'ils grandissent en considérant
le tri des déchets comme une contrainte naturelle. Cela représente
autant d'efforts économisés pour l'avenir.
[R] Sites internet
Si le sujet vous intéresse, retrouver dautres articles sur les
boues et les composts consultables à ladresse
www.inra.fr/dpenv - rubrique Pages
spéciales.
ADEME, 2000. La gestion biologique des déchets municipaux
Questions-réponses à l'usage des collectivités
locales. 1ère édition, 64 p..
ADEME, 2001. Les boues dépuration municipales et leur
utilisation, dossier documentaire. 58 p. + fiches.
Adler E., 2001. Traitement combiné des déchets organiques
fermentescibles : aspects généraux et étude de
cas. Conférence internationale sur les traitements biologiques
ISWA-AGHTM, Pollutec. Sur
www.atoutboues.fr
Barles S., 2002. De la gadoue aux ordures ménagères. Le
journal des villes et de l'écologie urbaine. À
www.courrierinternational.com/dossier/soc/
ratp_01/ratp_05.htm
Becquart P., 2001. Des virus et des boues d'épuration.
Biofutur, 212, 62-65.
Bodet J.M., Carioli M., 2001, Modalités pratiques d'emploi des composts
élaborés à partir de produits d'origine non agricole.
Les nouveaux défis de la fertilisation raisonnée. GEMAS,
Comifer, 183-193.
CEMT - Conférence Européenne des ministres des transports,
1999. Transports de déchets. Conclusions de la table ronde
116 des 16 et 17 décembre.
Cercle national du recyclage. Le traitement biologique des déchets
organiques.
www.cercle-recyclage.asso.fr/publi/dossiers/divers/bio01.htm
Chambres d'agriculture de Picardie, 2001. Guide d'utilisation des effluents
organiques en agriculture. 1 fasc. Np + 50 fiches.
Chaussod R., 1996. La qualité biologique des sols : évaluation
et implications. Étude et gestion des sol. Association française
pour létude des sols (AFES), numéro spécial,
3(4), 261-275.
Déportes I., 2001. Les risques biologiques : influence des
procédés de traitements. Les nouveaux défis de la
fermentation raisonnée. GEMAS, Comifer, 165-172.
Encyclopédie de l'agora, 2002.
Humus.
agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Humus
Houot S., 2001. Gestion de la maturité des composts :
conséquences sur leur valeur agronomique et leur innocuité.
Les nouveaux défis de la fertilisation raisonnée. GEMAS,
COMIFER, 173-182.
Inquiété L., 1989. Assainissement et protection de l'eau
à Paris au cours de l'histoire.
www.chez.com/loran/eau_paris/eau_fen.htm
Le conseil canadien du compostage. 25 questions que vous vous êtes
toujours posées sur le compostage.
www.compost.org/frqna.html