
Les OGM, une technologie totalitaire ?
Vous avez dit totalitaire ?
OGM et société
Un appel aux débats
Conclusion qui n'en est pas une
Le sujet de cette séance du 25 septembre 2001 : Depuis le début
de l'été 2001, en France, le débat sur les OGM s'est
encore radicalisé. Explicitement ou délibérément,
bien des parties directement impliquées semblent y avoir mis du leur.
La recherche agronomique est maintenant ouvertement attaquée et toute
une série d'intellectuels, jusque là observateurs, prennent
parti, défendant, par exemple, la recherche bec et ongles.
Le débat qui oscillait auparavant entre l'anathème ("
Rétrograde ! ") et l'envolée lyrique (" Nous sauverons le monde
! ") s'est enrichi de références définitives au
totalitarisme, à la Terreur, à l'épuration, au Siècle
des Lumières, à l'obscurantisme, à l'Apocalypse, au
Livre
Attila, Lyssenko, Staline, Rousseau, Condorcet, Jules Ferry,
des Vandales d'opérette
sont invoqués très
sérieusement.
Derrière ces images d'Épinal, au moins trois questions de fond
se posent. (1) Les OGM sont-ils les fruits d'une technologie totalitaire
? (2) La recherche agronomique, si elle ne s'imposait pas un très
haut niveau d'exigence et une transparence accrue, ne pourrait-elle pas jouer
le rôle d'un nouveau Cheval de Troie ? (3) Cette façon de
débattre de la recherche et de la technologie, de leurs finalités
et de leurs conséquences, n'est-elle pas contradictoire avec le
désir de renouvellement du débat entre Société
et science ?
Autrement dit, les OGM ne seraient-ils pas une avancée technologique
pour le XXIe siècle, qu'on a tenté d'introduire en
société comme on le faisait au XIXe et dont on débat
maintenant avec des méthodes encore plus anciennes ?
[R] Vous avez dit totalitaire ?
Le grand mot était lâché. Comment pouvait-on espérer,
à partir de là, aboutir à un débat serein et
objectif entre partisans et adversaires des OGM ? Et pourtant ce débat
a eu lieu, courtois et modéré, preuve s'il en était
besoin des vertus du dialogue lorsque ses conditions sont claires et
prédéfinies sans ambiguïté. Mais n'anticipons
pas.
Pour beaucoup, pas de doute, le qualificatif de totalitaire convient
très bien aux OGM : ces produits sont en effet imposés aux
paysans, à la société et à la Nature, sans
consultation, ni dialogue. Quand il y a velléité de consultation,
celle-ci est biaisée au départ, car on se trouve devant la
logique du fait accompli. En témoigne cette information récente
donnée par l'Agence française de sécurité sanitaire
des aliments (AFSSA) selon laquelle la " contamination " par les OGM serait
beaucoup plus conséquente qu'on ne l'imaginait. On se trouve pris
dans une logique de la fuite en avant qui a pour objectif la
brevetabilité et le commerce du vivant (ce bien commun de
l'humanité, selon certains). De gré ou de force, l'agriculture
est prise dans cette logique qui concourt au développement du
productivisme ; il en va de même de la recherche publique qui pousse
ses chercheurs à la compétitivité. La recherche doit-elle
être un agent de la lutte économique ou favoriser la
solidarité entre les hommes ? Certains faits devraient nous faire
réfléchir : le fait que les risques liés aux OGM ne
soient pas aujourd'hui assurables, que les lobbies semenciers en Europe aient
pu obtenir la confirmation de leur déresponsabilisation... Tout
totalitarisme secrète une réaction de résistance.
Malgré la violence de leurs propos et de leurs actions, les opposants
aux OGM ne seraient ni des vandales (ils agissent à visage
découvert), ni des obscurantistes (ils aspirent au débat).
Ils se veulent dans la tradition militante de résistance à
la politique du fait accompli. Ne pas agir ce serait capituler. On n'a pas
le droit de renoncer, eu égard à la gravité des
enjeux.
Sans partager - loin de là - cette position tranchée, nombreux
sont ceux qui admettent pourtant le rôle de puissants lobbies,
intéressés par le retour sur les investissements qu'ils ont
consentis et, peut-être même, par les perspectives de la
brevetabilité du vivant. Mais de là à parler de
totalitarisme
Lorsqu'on utilise les grands mots, on se place dans une
position de retrait qui nie toute possibilité de dialogue. Il faudrait
d'abord s'entendre sur les mots. Que veut dire " totalitaire " ? Que les
OGM recèlent des dangers, qu'ils se soient développés
selon des processus que certains condamnent ne suffit pas à les qualifier
de totalitaires. À ce compte-là, bien d'autres technologies
pourraient être affublées de ce qualificatif (le
téléphone portable, par exemple). En fait, serait totalitaire
une technique ou une firme qui se développerait sans laisser d'autres
choix possibles (on évoque le cas de Microsoft). Est-ce le cas des
OGM ? Pas pour l'instant, en tout cas. Et quand bien même il en serait
ainsi, s'interrogent les " pragmatiques ", est-on en situation d'en arrêter
l'essor ?
Mais il faut affiner l'analyse : tous les OGM sont-ils à mettre dans
le même sac ? Certainement pas. Tout le monde s'accorde pour distinguer
au moins trois cas de figure : les OGM utilisés et confinés
en laboratoire pour les besoins de la recherche fondamentale, ceux qui entrent
dans les processus industriels, notamment pour la fabrication de nouveaux
médicaments et, enfin, les plantes génétiquement
modifiées (PGM) qui ont vocation à être cultivées
en plein champ. À quelques nuances près, on s'accorde à
reconnaître que les deux premières catégories ne posent
pas de problèmes techniques particuliers, en tout cas pas de
problèmes qui ne soient connus et pris en compte dans d'autres
activités de même nature (recherche et industrie nucléaires
ou chimiques, par exemple). En matière de recherche, il demeure des
domaines passionnants à découvrir grâce à ce qui
n'est rien d'autre qu'un outil (étude du fonctionnement des programmes
génétiques, réexamen de la notion d'espèce) ;
en pharmacologie, il peut y avoir encore débat sur les techniques
les plus pertinentes à utiliser (l'hormone de croissance obtenue par
génie génétique est irremplaçable, alors que
l'insuline recombinée occasionnerait des effets secondaires), mais
il n'existe pas d'opposition de principe. C'est donc sur les PGM que la
contestation est vive. La critique de fond porte sur les essais de plein
champ : les agriculteurs engagés dans la contestation et ceux qui
partagent leur engagement en demandent avec force l'arrêt immédiat,
en raison des risques non maîtrisés qui peuvent en résulter.
Oui mais, répondent des chercheurs, ces techniques sont récentes
et peuvent être améliorées. Rappelez-vous des craintes
engendrées par le chemin de fer, au XIXe siècle.
Et comment voulez-vous que nous répondions aux questions que vous
nous posez (les risques de dissémination en milieu ouvert) si vous
refusez les essais en condition réelle ? On ne peut pas étudier
de telles questions dans des tubes à essais ! Qui donc est totalitaire
?
Quelles que puissent être les divergences de point de vue, la discussion
montre que, sur ces aspects en tout cas, les positions sont plus nuancées
que certains ne le pensent : il n'y a pas opposition entre deux
systématismes.
Mais les aspects scientifique et technique ne sont pas tout. Bien d'autres
questions sont posées, économiques, politiques, philosophiques
et éthiques notamment. Le vivant peut-il se résumer à
un jeu de Lego ? Si le totalitarisme, réel ou supposé, ne
réside pas dans la nature des OGM, peut-être provient-il de
l'usage qui en est fait, de leur fonction dans notre société,
une société qui recherche dans la technique des solutions à
ses maux. On nous a fait croire au départ que ces produits n'avaient
que des avantages et allaient résoudre la plupart de nos problèmes.
Beaucoup se demandent si, en fait, l'hostilité aux OGM est une
hostilité de fond, ou bien une hostilité aux pratiques de certaines
grandes firmes multinationales, une hostilité aux modes de fonctionnement
et aux errements du système capitaliste : avec, en arrière-fond,
les menaces sur la santé humaine (allergies) ou sur la biodiversité,
les craintes de la brevetabilité du vivant ou de la mise en tutelle
des paysans. On fait remarquer que toutes ces craintes, souvent fort
justifiées, ne sont pas imputables aux seuls OGM. Elles leur sont
bien antérieures, dues pour partie au développement des
échanges (allergies dues aux kiwis, par exemple), à la
sélection d'un nombre réduit de plantes à fort potentiel
productif. Faut-il pour autant restreindre les échanges, arrêter
toute sélection végétale ? Quant à la
brevetabilité du vivant, cette tentation mercantile n'a pas attendu
les OGM pour se manifester. Certes, mais ces problèmes ont pris de
l'ampleur et, fort heureusement, l'opinion publique a évolué
: elle est aujourd'hui sensible à la mise en uvre du principe
de précaution et se préoccupe de la biodiversité. Dans
ce contexte, les OGM sont-ils des déclencheurs, des
révélateurs ou des boucs émissaires ?
De ce point de vue, la distinction entre les différents types d'OGM
(techniquement acceptables ou non acceptables) perd de sa pertinence. Ce
qui est en jeu c'est le sens du progrès et de son contrôle.
C'est en particulier le maintien de la cohérence de la filière
du progrès qui va de la recherche au consommateur final. Toute rupture
de cohérence induit une dilution des responsabilités et des
dysfonctionnements qui peuvent s'avérer dommageables, voire
catastrophiques. Les OGM constituent un cas typique où les logiques
d'acteurs (chercheurs, producteurs agricoles, industriels et consommateurs)
s'opposent a priori : ce qui est perçu comme progrès
par les uns ne l'est pas nécessairement pour les autres. Par exemple,
il faudra convaincre les consommateurs que le renoncement au " progrès
" que constituent les OGM aura un coût pour eux. Pour ce qui concerne
les chercheurs, on s'accorde à reconnaître leur indispensable
liberté de recherche. Encore faut-il que cette liberté soit
accompagnée des moyens nécessaires dans le cadre de priorités
démocratiquement et clairement définies. À cet égard,
certains s'inquiètent de l'impérialisme des biotechnologies
dont les dotations financières se développent au détriment
des autres sciences de la nature : la Recherche aurait " choisi son camp
" et, par conséquent, ne pourrait plus être un arbitre objectif.
Les agriculteurs, de leur côté (du moins certains d'entre eux),
sont réticents à l'usage de technologies susceptibles, selon
eux, de porter atteinte à la santé humaine et à
l'environnement naturel, et de conduire à un " monde sans paysans
". Les entreprises, pour leur part, réclament bien évidemment
la liberté d'entreprendre en laissant le marché sanctionner
la justesse de leurs choix (1).
Théoriquement, le consommateur serait alors l'arbitre de ces choix.
Mais encore faut-il que le consommateur soit bien informé. La
cohérence tout au long de cette chaîne d'acteurs suppose donc
que soient bien définies et reconnues les orientations et les
responsabilités.
A défaut de cette perspective globale, chacun campe sur ses positions.
On se trouverait dans la situation d'une guerre de tranchées
longue et épuisante, où nul vainqueur n'apparaît
clairement. Y a-t-il des intérêts qui poussent à la
pérennisation de cette guerre ? Mais certains récusent cette
image : ce serait plutôt la lutte du fantassin contre le rouleau
compresseur des multinationales.
Sur ce sujet très controversé, passionnel et passionné,
on est tout étonné de découvrir un point de consensus
très fort : la nécessité d'ouvrir le débat.
Les lecteurs du Courrier se souviendront peut-être que ce fut,
avec le souci de la transparence, un leitmotiv de plusieurs
précédents Cinq à Sept de la
ME&S (2). L'importance donnée
à cette question mériterait qu'on y attache un minimum d'attention
et qu'on en tire des conséquences pour l'avenir : il ne suffit pas
de réclamer pour se donner bonne conscience, il faut construire ce
débat.
Il faut donc substituer une logique de choix réfléchis à
une politique du " mange et tais-toi ", du " circuler, il n'y a rien à
voir ", opposer un débat public construit à un affrontement
manichéen. Ce serait alors un véritable changement culturel.
Mais ne nous méprenons pas, ce n'est pas un simple débat de
" cicatrisation " qui est revendiqué, c'est un réel débat
opérationnel portant sur les choix de société qui s'imposent
à nous. Cela commence à l'amont par une réflexion sur
les finalités et les orientations de la recherche, que réclament
également les syndicats de chercheurs. Mais il faut bien en peser
les termes, car on craint qu'une opération du type des Assises de
la recherche et de la technologie, en 1982, ne passe très largement
" au dessus de la tête " de la grande masse de nos concitoyens. Cette
réflexion sociale devrait porter sur l'ensemble des problèmes
du vivant et ne pas se cantonner au cas des OGM. Mais, s'agissant des OGM,
elle doit être menée sans pressions et sans a priori :
ils ne constituent ni un tabou, ni une fatalité. Les diverses commissions
d'éthique font probablement bien leur travail (encore que certains
en doutent), mais ne suffisent pas à couvrir l'ensemble des questions.
Ce n'est d'ailleurs pas leur vocation.
Poser le problème en ces termes ne le résout pas ; il demeure
encore beaucoup d'obstacles à lever. Citons en vrac et pour mémoire
un certain nombre d'idées ou de thèmes de réflexion
qui ont été avancés : réunir toutes les
sensibilités, lister les sujets de désaccord, respecter la
dignité de chacun, éviter les mots et les attitudes extrêmes,
analyser les situations au cas par cas sans esprit de système, jouer
la transparence, distinguer entre utilité et acceptabilité
(des OGM), etc. Des questions se posent : sur quel nouveau système
représentatif fonder une telle opération (les " conférences
de consensus " n'ayant pas fait, en France, la preuve de leur efficacité),
de quelles expériences s'inspirer, quelles procédures adopter,
quelles conditions poser au débat public, quels liens peut-il y avoir
entre débat social et décision publique, comment désamorcer
la violence ? Et, au-delà du débat, se pose également
la question du contrôle. Mais il ne faudrait surtout pas que la
problématique de l'échange exonère les responsables
de leurs responsabilités : ne pas s'engager dans aucune voie qui
compromette un avenir encore incertain. Il y aurait de très grands
risques à vouloir casser notre potentiel de recherche et de
développement en matière de biotechnologie. Il est bien
évident que l'initiative d'un tel débat ne peut être
que du ressort des pouvoirs publics. Pourtant, sans attendre, la
Confédération paysanne semble décidée à
entreprendre une telle démarche pour son propre compte. Mais une des
craintes manifestées est l'interférence qu'il pourrait y avoir
avec les échéances électorales futures.
[R] Conclusion qui n'en est pas une
Deux heures de discussions, c'est beaucoup et c'est peu. Comme à
l'accoutumée, le Cinq à Sept de ce jour a démontré
les vertus d'échanges ouverts et sans a priori. Oui, on peut
confronter des opinions réputées inconciliables. Oui, on peut
dégager des pistes de réflexion commune sur des sujets qui
ne semblaient devoir donner lieu qu'à invectives, quand ce n'était
pas actions violentes. Les oppositions ne sont pas aussi systématiques
qu'il y paraît et l'apparence qu'elles nous donnent participe davantage
d'un jeu d'acteurs tendant à asseoir la prééminence
de leur message. Une première conclusion qu'on peut en tirer est qu'il
est urgent de se mobiliser, de faire preuve de créativité,
afin de construire ce débat social que chacune des parties appelle
de ses vux. Ce ne sera pas chose aisée. C'est évidemment
aux pouvoirs publics d'en prendre l'initiative. Mais le sauront-ils,
paralysés qu'ils sont par leur traditionnelle pesanteur ? Dans cette
perspective, il serait malvenu de conclure ici sur les questions posées
pour introduire cette réunion. Quels que puissent être nos a
priori sur ce problème, il faut honnêtement admettre qu'il
n'est pas aussi simple (aussi simpliste, peut-être) que certains veulent
nous le faire croire. Il ne se résoudra pas en arrachant des pieds
de maïs, ni en faisant le siège des supermarchés, ni par
la tentation de la politique du fait accompli. Il est d'autant plus difficile
de conclure que beaucoup de questions de fond n'ont pu être abordées
ou bien l'ont été trop succinctement. On évoquera ici
trois d'entre elles.
Observons d'abord que le thème de la technologie totalitaire n'a
été que superficiellement abordé. Pourtant, en plusieurs
fois, l'analogie avec le débat sur l'énergie nucléaire
a été avancée. En fait la controverse alors n'était
pas uniquement focalisée sur les aspects économiques et techniques,
ni sur les seuls risques technologiques. On s'interrogeait aussi sur le type
de société que supposait la nécessaire concentration
des moyens mis en uvre : une société hyper-centralisée,
soumise à de très stricts contrôles, policiers notamment.
Il est probable - mais il faudrait en débattre - que la
société des OGM participe de la même logique, eu égard
à l'importance des moyens à mettre en uvre et des
précautions à prendre.
Comme beaucoup de débats sur ce thème, la discussion fut trop
" datée " et trop " hexagonale ", comme si la seule réalité
valable était la France d'aujourd'hui. Il est bien évident
que notre pays ne peut décider d'une attitude qui ne tienne pas compte
du reste du monde. Si, par hasard, nous décidions d'arrêter
toute recherche fondamentale et appliquée sur les OGM, les
Américains et même les Chinois, déjà bien
avancés en ce domaine, en feraient-ils autant ? Par ailleurs, chacune
des thèses opposées appelle à la barre des témoins
les pays du Tiers Monde, les unes pour dénoncer le pillage de leurs
ressources génétiques et la déstructuration de leurs
agricultures paysannes, les autres pour faire miroiter l'espoir d'éradiquer
la faim dans le monde. Et si on leur demandait tout simplement leur avis
? L'expérience montre cruellement que les pays nantis sont de bien
mauvais interprètes (ou des interprètes intéressés)
de leurs besoins et de leurs aspirations réelles.
Dernière observation et non des moindres : le conflit sur les OGM
constitue un excellent révélateur des dysfonctionnements de
notre société contemporaine. L'exemple le plus flagrant est
celui de l'usage de la violence comme mode de résolution des
antagonismes. Oublier ce fait est d'autant plus étrange que nous sommes
suspendus à une actualité qui en est emplie
(3). Le vivant est devenu de nos jours l'enjeu et le
terrain d'affrontement de passions adverses. Ainsi des automobilistes, furieux
de ne pouvoir commettre des excès de vitesse sans risque, vont-ils
tronçonner les arbres le long des routes ; ainsi des chasseurs,
mécontents qu'on leur interdise de traquer le gibier d'eau pendant
la période de reproduction, vont-ils massacrer symboliquement des
espèces d'oiseaux protégées. Contre les nuisances qui
nous affectent une seule solution : l'éradication. À mort les
ours et les loups dévoreurs de troupeaux. Au crématoire, les
bovins seulement suspectés d'être atteints d'une maladie, pourtant
guérissable et qui peut être prévenue par la vaccination
(la fièvre aphteuse) (4). La violence
de l'arrachage sauvage de quelques malheureux pieds de maïs ou de colza
qui n'ont, pour l'instant encore, fait de mal à personne, répond
à la violence, moins visible, de firmes " se trompant " dans
l'étiquetage de leurs semences ou faisant " fliquer " les agriculteurs.
Les prospectivistes se trompent souvent : Alvin Toffler (Les nouveaux
pouvoirs) avait pronostiqué, il y a plus de dix ans, que le pouvoir
de l'argent, qui a succédé à la force brutale, serait
à son tour supplanté par le pouvoir de l'intelligence et de
la connaissance. Erreur, la violence est de retour !
Notes
(1) Ce dernier mot donné au
marché n'est évidemment pas accepté de
tous.[VU]
(2) La récapitulation des chroniques des 5 à
7 figure dans l'encadré en tête de cet article. Voir, notamment,
" OGM, essais et désir de transparence.
".[VU]
(3) Remember 11 septembre 2001.[VU]
(4) En fait, il s'agit là d'un problème
économique : la vaccination systématique serait trop coûteuse
et les animaux vaccinés non exportables. Encore un bel exemple qui
montre que la société contemporaine est organisée de
telle sorte que le respect du vivant passe après celui de
l'argent.[VU]
[R]
Les Cinq-à-sept® de la mission Environnement-Société réunissent, entre 17 et 19 heures, en nos locaux, un peu dans la bibliothèque, un peu dans le stagiairarium, trente à quarante individus de tous horizons (invités expressément une semaine avant), assis plus ou moins confortablement pour écouter deux exposés introductifs brefs puis passer, toujours sous la houlette (légère) de Patrick Legrand, à une discussion libre mais ordonnée, en veillant à conserver pour d'autres occasions langue de bois et messages convenus. Pierre Marsal écoute et prend des notes pour sa chronique (exemples ci-dessous) où il tentera de restituer l'agitation neuronale de ces cent-vingt minutes ; il n'y citera personne pour conforter la liberté des débats. Puis, à 19 heures, les participants se lèvent et se laissent servir le " vin de ME&S ", blanc et frais, qui, tout en ramenant leurs axones, dendrites et synapses à une température moindre, leur inspire visiblement des sujets de débats complémentaires et supplémentaires. Les plus passionnés finissent (leur discussion) sur le trottoir.
Précédentes chroniques : - La Bataille de La Villette (Courrier n° 36) ; - Mériter la confiance du consommateur et du citoyen ; - OGM, essais et désir de transparence (Courrier n° 37) ; - Les experts et la vache folle (Courrier n° 39).