En arrière-plan du protocole de Kyoto, des enjeux qui dépassent la lutte contre le changement climatique...
Le contexte du développement de
l'agriculture
L'évolution est-elle réversible ? Si
oui, quelles sont les solutions que l'on peut préconiser ?
L'évolution néfaste constatée aujourd'hui est effectivement
réversible
Encadré : Extraits de l'article 3 du protocole de
Kyoto
[R] Le contexte du développement de l'agriculture
Il est important de rappeler les conditions qui ont présidé
au développement de l'agriculture mondiale. Que l'on se trouve au
nord ou au sud du Globe, l'agriculture s'est développée aux
dépens des écosystèmes naturels (forêts, prairies...)
qui représentent les stocks de carbone les plus importants (de 200
à 300 t de carbone par hectare). Plus de la moitié de ces stocks
est présente dans les sols où elle s'est accumulée durant
des centaines ou des milliers d'années. Notons que ce sont les sols
qui avec 1 500 Gt (plus du double de la végétation 650 Gt),
représentent la plus grande réserve de carbone de
l'écosystème terrestre.
On peut considérer que, durant le dernier siècle, et en plus
des pertes de biomasse végétale, plus de 40% de ce carbone
des sols a été minéralisé en CO2 lors de la mise
en culture de sols. Ce phénomène a été ainsi
jusqu'aux années 1970 l'une des premières sources anthropiques
de l'accroissement des gaz à effet de serre.
On connaît très bien maintenant les causes, la première
d'entre elles étant le labour qui accompagne la mise en culture et
expose les matières organiques protégées par la structure
du sol à l'action des micro-organismes. Ainsi le labour, qui depuis
plus de 2000 ans, est le symbole de la fertilité des sols et de
l'agriculture, se trouve remis en cause. En réalité, pour que
cet effet néfaste du labour se manifeste pleinement deux conditions
sont nécessaires :
- une cinquantaine d'années de culture continue ;
- des restitutions de matière organique au sol qui ne compensent pas
les pertes.
Ces deux conditions ont été en général remplies
au cours du XXe siècle avec le développement d'une agriculture
plus intensive au niveau mondial et, à ce titre, on peut considérer
que le système ne peut pas être durable et doit être
modifié.
En effet, on peut établir a posteriori un parallèle
entre l'accroissement des surfaces cultivées aux dépens des
prairies et forêts, les pertes en carbone et l'accroissement de la
surface de sols sensibles à la dégradation en particulier à
l'érosion ou à la désertification. Les États-Unis
ont été sans doute les premiers à en ressentir les effets
avec le développement de l'érosion éolienne, vers les
années 1930, dans les grandes plaines centrales et ce sont également
les premiers à avoir modifié leurs pratiques culturales en
introduisant le " labour de conservation ".
Les surfaces mondiales concernées par la dégradation sont de
près de deux milliards d'hectares, soit plus de 30% de la réserve
mondiale totale en terres. Si cette évolution continuait, on pourrait
s'inquiéter, à juste titre, de la satisfaction des besoins
alimentaires des 9 à 11 milliards d'habitants prévus pour
2050.
On peut, d'autre part, relier en partie la dégradation des sols
(érosion et ruissellement) et la dégradation actuelle de la
qualité de l'environnement (pollution de l'eau par les nitrates et
les pesticides, augmentation des crues, perte de biodiversité, monotonie
des paysages
).
[R] L'évolution est-elle
réversible ? Si oui, quelles sont les solutions que l'on peut
préconiser ?
L'évolution néfaste constatée aujourd'hui est effectivement
réversible.
Le contenu en carbone des sols et, donc, la quantité de matière
organique ont une importance primordiale sur toutes les propriétés
physiques (en particulier l'état d'agrégation), chimiques et
biologiques des sols. On peut dire que c'est la source de l'activité
biologique des sols, c'est-à-dire de la vie des sols et de la
biodiversité terrestre.
Les solutions passent par une reconstitution partielle des stocks de carbone
dans les sols par la conservation ou la restauration des prairies et des
forêts, mais aussi par un changement des pratiques agricoles.
Depuis une vingtaine d'années, le CIRAD expérimente, dans une
série " pays tropicaux " et, en particulier, au Brésil le
non-labour et la couverture permanente du sol par la végétation
vivante (succession de cultures) ou morte (débris de végétaux,
mulch). Le semis des différentes cultures se fait sur les débris
de la culture précédente (c'est ce que l'on appelle le semis
direct). Cela a été l'un des thèmes forts de l'exposition
à la Villette sur le " Jardin planétaire ". Un plan d'action
agrobiologique financé par le ministère de la Coopération
prévoit des expérimentations dans 5 pays en voie de
développement. Il sera nécessaire d'établir un bilan
environnemental complet de ces pratiques.
Des pratiques similaires, dites " labour de conservation ", sont également
développées aux États- Unis pour lutter contre
l'érosion (par l'eau ou le vent), au Canada, en Australie et en Argentine.
Le nombre d'hectares concernés atteint déjà plus de
40 millions d'hectares, mais les surfaces s'accroissent considérablement
chaque année. Aux États-Unis les surfaces concernées
représentent 37% de la surface cultivée et devraient doubler
en 2020 avec une augmentation conséquente du stock de carbone (1 Gt),
ceci explique la position prise par les États-Unis vis-à-vis
des puits (qui ne doit évidemment pas être un prétexte
à la limitation des émissions de CO2).
La FAO voudrait généraliser ces pratiques appelées "
agriculture de conservation " dans l'hémisphère sud. Seule
l'Europe, avec moins de 1 million d'hectares, reste actuellement en dehors
de cette évolution alors que de telles pratiques plus extensives
pourraient représenter une solution durable à la dégradation
des sols et à la pollution.
Des solutions existent pour le stockage du carbone par la restauration des
prairies ou pâturages dégradés, en particulier dans les
zones arides (plus de 2 milliards d'hectares). Pour les pays européens,
l'augmentation de la surface des prairies serait une solution pour une nourriture
plus naturelle du bétail.
Bien sûr, il faut essayer de conserver les forêts tropicales
dont le défrichement (avec 17 millions d'hectares annuels)
représente encore une source importante de l'émission de CO2
et une perte énorme au niveau de la biodiversité. Le
développement de l'agroforesterie (alternance d'arbres de prairies
ou de cultures) représente un moyen de freiner la déforestation
en favorisant le développement économique.
Tous ces enjeux essentiels au niveau mondial ne sont pas assez mis en avant
dans les discussions sur le changement climatique, en particulier, le fait
que l'on puisse relier les trois conventions sur le climat, la
désertification et la biodiversité, en agissant sur le stockage
du carbone dans les forêts mais aussi dans les prairies et, plus
généralement, les sols.
C'est donc une occasion unique à saisir pour la durabilité
de notre développement. Cela justifie, qu'à côté
de la limitation des émissions qui doit rester la première
priorité, on mette l'accent sur ces opportunités au travers
des articles 3.3 et 3.4 appliqués à la forêt et aux pratiques
agricoles, et au niveau mondial (c'est-à-dire aux pays en voie de
développement).
Note
(1) Rapport
d'expertise : " Soils and carbon sequestration. Proposals for land management
tropical and arid area ". Michel Robert, FAO-AGL, Rome 2000, 50 p. (en
cours de publication). [VU]
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[R] Encadré : Extraits de l'article 3 du protocole de Kyoto
3.3. Les variations nettes des émissions de gaz à effet de
serre par les sources et de l'absorption par les puits résultant
d'activités humaines directement liées au changement d'affectation
des terres et à la foresterie et limitées au boisement, au
reboisement et au déboisement depuis 1990, variations qui correspondent
à des variations vérifiables des stocks de carbone au cours
de chaque période d'engagement, sont utilisées par les Parties
visées à l'annexe I pour remplir leurs engagements prévus
au présent article. Les émissions des gaz à effet de
serre par les sources et l'absorption par les puits associées à
ces activités sont notifiées de manière transparente
et vérifiable et examinées conformément aux articles
7 et 8.
3.4. Avant la première session de la Conférence des Parties
agissant comme réunion des Parties au présent Protocole, chacune
des Parties visées à l'annexe I fournit à l'Organe
subsidiaire de conseil scientifique et technologique, pour examen, des
données permettant de déterminer le niveau de ses stocks de
carbone en 1990 et de procéder à une estimation des variations
de ses stocks de carbone au cours des années suivantes. À sa
première session, ou dès que possible par la suite, la
Conférence des Parties agissant comme réunion des Parties au
présent Protocole arrête les modalités, règles
et lignes directrices à appliquer pour décider quelles
activités anthropiques supplémentaires ayant un rapport avec
les variations des émissions par les sources et de l'absorption par
les puits des gaz à effet de serre dans les catégories
constituées par les terres agricoles et le changement d'affectation
des terres et la foresterie doivent être ajoutées aux
quantités attribuées aux Parties visées à l'annexe
I ou retranchées de ces quantités et pour savoir comment
procéder à cet égard, compte tenu des incertitudes,
de la nécessité de communiquer des données transparentes
et vérifiables, du travail méthodologique du Groupe d'experts
intergouvernemental sur l'évolution du climat, des conseils fournis
par l'Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique
conformément à l'article 5 et des décisions de la
Conférence des Parties. Cette décision vaut pour la deuxième
période d'engagement et pour les périodes suivantes. Une Partie
peut l'appliquer à ces activités anthropiques supplémentaires
lors de la première période d'engagement pour autant que ces
activités aient eu lieu depuis 1990.
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