La mise en place des contrats territoriaux dexploitation
au sein des zones humides et des vallées fluviales :
lexemple du bassin de la Loire
par Adeline Sieurin et Lucien Maman
Équipe pluridisciplinaire Plan Loire grandeur nature,
BP 6339, 45063 Orléans cedex 2
adeline_sieurin@yahoo.com
l.maman@equipe-plan-loire.org
La démarche et la zone détude
Les caractéristiques des exploitations
contractantes
Que contiennent les dossiers CTE validés entre
septembre 1999 et août 2001 ?
Comment rendre aux CTE leur caractère de
multifonctionnalité ?
Suite à la révision de la loi dorientation agricole,
en juillet 1999, le ministère de lAgriculture et de la Pêche
a créé le contrat territorial dexploitation ou CTE. Ce
nouvel outil a pour objectif dencourager la multifonctionnalité
de lagriculture en adéquation avec les attentes de la
société. Ainsi, les exploitants ne sont pas seulement
rémunérés pour leur fonction de production mais aussi
pour leur fonction de gestion des espaces ruraux et naturels. Cest
pourquoi les contrats territoriaux d'exploitation se composent de deux
volets : un volet socio-économique et un volet environnemental
et territorial.
La présente étude (1) a
pour objectif dévaluer le contenu du volet environnemental et
territorial des contrats territoriaux dexploitation qui ont été
validés dans les départements du bassin de la Loire. Elle a
permis de dresser un premier bilan sur la mise en place des CTE dans les
zones humides ligériennes.
[R] La démarche et la zone détude
Lobtention des données provient des directions départementales
de lagriculture et de la forêt (DDAF), suivant une liste de communes
préétablie. Cette liste, composée des communes
concernées par des zones humides ou des vallées fluviales dans
les départements du bassin de la Loire, a permis de retrouver
lensemble des contrats validés en commission départementale
dorientation agricole (CDOA) ou signés par le préfet,
soit plus de 1 100 dossiers consultés. Cette analyse permet alors
davoir un très bon aperçu des actions engagées
au sein des exploitations susceptibles dêtre concernées
par la gestion des zones humides.
Les données qui sont retenues dans les dossiers CTE sont les
éléments constitutifs du volet environnemental et territorial,
cest-à-dire la liste des mesures agri-environnementales choisies
par lagriculteur mais aussi, le contenu du diagnostic dexploitation.
Ainsi, lanalyse porte sur les CTE dont le fermage est associé à au moins une zone humide, tous types confondus, et validés dans les départements du bassin de la Loire, de lArdèche à la Loire-Atlantique. Initialement 22 départements étaient retenus pour cette étude, mais face au refus de trois DDAF de permettre laccès aux dossiers, létude ne porte finalement que sur 19 départements, soit tout de même de plus 2 000 communes (fig. 1).
[R] Les caractéristiques des exploitations contractantes
Globalement, près de 80% des exploitations concernées par cette
analyse ont pour production principale lélevage, simple ou
associé à de la polyculture - essentiellement
fourragère. La céréaliculture, la viticulture ou encore
larboriculture représentent chacune moins de 10% de la production.
Ainsi, les exploitations concernées sont principalement orientées
vers une gestion extensive des systèmes ruraux.
On remarque aussi que les contrats qui sont validés sappliquent
globalement à une grande part de lexploitation, puisque plus
de 70% de la surface agricole utile (SAU) sont engagées dans un CTE.
Les contrats qui sont réalisés sont donc issus de projets
pensés sur la globalité de lexploitation.
[R] Que contiennent les dossiers CTE validés entre septembre 1999 et août 2001 ?
Les mesures agri-environnementales : composantes du volet environnemental
et territorial des CTE
Au sein des catalogues régionaux des mesures agri-environnementales,
au moins 29 mesures, sans dénombrer les options possibles, peuvent
se distinguer comme étant favorables à la gestion durable des
zones humides, des prairies inondables de bords de la Loire et de ses principaux
affluents, mais aussi des petits cours deau. Parmi lensemble
des MAE éligibles, seulement trois mesures appropriées à
la protection des zones humides (fig. 2) sont rencontrées dans plus
15% des dossiers validés.
Ces différentes mesures (2)
préconisent pour lessentiel le maintien de systèmes
de gestion extensive des prairies, lentretien des haies et du bocage,
lapplication de la fauche centrifuge, soit des mesures
agri-environnementales avec pour orientation la préservation de la
biodiversité, notamment lavifaune et le maintien de
lélevage extensif. Dans d'autres cas, les MAE retenues
sorientent vers une réduction des épandages de produits
phytosanitaires, en vue d'une diminution de la pollution diffuse. Ainsi,
la plupart des actions engagées répondent aux exigences de
la filière élevage plutôt quà une réelle
orientation environnementale et territoriale. En effet, la gestion et la
préservation des zones humides reste accessoire, voire absente, des
actions pouvant être engagées.
Malgré tout, les actions qui sont engagées sur les exploitations
ne sont pas préjudiciables au bon fonctionnement des zones humides
puisquelles préconisent une gestion extensive des milieux.
Toutefois, il est bon de souligner que dautres mesures, plus contraignantes
mais mieux adaptées à lentretien des zones humides, existent
et sont aussi choisies. Il s'agit essentiellement de la mesure 18.6 (gestion
contraignante de milieux remarquables) qui représente près
de 11% des contrats mais reste très localisée aux
départements et territoires où des actions collectives sont
engagées. Cest le cas, par exemple, du Marais poitevin
(Vendée) et des tourbières du haut plateau ardéchois
(Ardèche) ou encore dautres départements où il
existe un minimum de concertation entre les organismes de protection de la
nature et de lenvironnement et les administrations agricoles comme
lIndre, la Loire-Atlantique, les Deux-Sèvres ou la Loire.
Des diagnostics environnementaux dexploitation brefs.
Les diagnostics dexploitation ont pour but initial dinciter
lexploitant à une réflexion sur les actions quil
peut envisager de façon concrète et constructive sur son
exploitation par le biais des CTE. Le diagnostic permet de faire un état
des points forts et faibles du mode de gestion de lexploitation et
du territoire qui lui est associé. Il contribue ainsi à
concrétiser les attentes du contractant vers la réalisation
dun CTE adapté aux exigences de la production, de la situation
économique de lexploitation ainsi qu'aux problématiques
environnementales du territoire.
Pourtant, la réalité sur la mise en uvre des diagnostics
dexploitation est bien moins ambitieuse. Tout comme le contrat, ce
diagnostic qui consiste plutôt en un auto-diagnostic réalisé
par lexploitant seul ou avec lassistance des techniciens des
chambres dagriculture ou des association départementales
daménagement des structures dexploitation agricole (ADASEA),
se compose de deux parties : une orientée sur les aspects sociaux
et économiques de lexploitation et lautre tournée
vers les aspects environnementaux et territoriaux de lexploitation.
La partie économique constitue en fait le plus gros du diagnostic,
tandis que le diagnostic environnemental, plutôt paysager,
nexcède pas deux pages. En plus dêtre succinct,
ce document diagnostique généralement les zones humides et
les espaces naturels concernés par une protection comme les ZNIEFF,
les ZICO ou les sites Natura 2000 (les SIC).
[R] Comment rendre aux CTE leur caractère de multifonctionnalité ?
Face aux résultats de cette enquête, il apparaît manifeste
que loutil CTE, tel quil est mis en place aujourdhui, a
besoin dêtre amélioré. En effet, le manque
dintégration des zones humides dans la réalisation des
diagnostics et des contrats ainsi que la faible concertation existant entre
les différents intervenants potentiels sur les zones rurales sont
des freins à la démarche territoriale et environnementale des
CTE. Plusieurs préconisations peuvent être proposées.
Tout dabord, lélaboration de projets territoriaux avec
une orientation de gestion des milieux humides. Sur lensemble du bassin,
actuellement, seulement cinq contrats de ce type existent. Ils sont pour
la plupart issus danciennes opérations locales qui ont pu être
mises en place à partir de 1992 suite à la réforme de
la Politique agricole commune (PAC). Compte tenu de la richesse en zones
humides du bassin de la Loire, il est certain que dautres secteurs
peuvent bénéficier de ce type de contrat.
Pour réussir ce genre de démarche, il convient en premier lieu
de réaliser des diagnostics environnementaux sur un vaste territoire.
Ensuite, au sein de chaque exploitation dapporter un complément
à lauto-diagnostic qui doit être une excellente base pour
la réalisation a posteriori de diagnostics approfondis suivis
par des écologues. Mais pour quun tel dispositif se mette en
place, il est nécessaire quune réelle concertation
sétablisse entre les associations de protection de la nature
(qui peuvent réaliser des diagnostics moins coûteux que les
bureaux d'études), les DIREN (qui, avec la mise en place du dispositif
Natura 2000, vont devoir sinvestir dans le processus des CTE
), les conservatoires régionaux des espaces naturels, les services
de lenvironnement des DDAF et tous les organismes professionnels agricoles
comme les ADASEA, les chambres départementales et régionales
de lagriculture et les services de l'économie agricole des DDAF
ou des directions régionales de lagriculture et de la forêt
(DRAF)