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Untitled Document Texte proposé par Marie-Claude Roland. Les idées défendues par l'auteur ont trouvé leurs sources dans ses longues années d'expérience dans de nombreux organismes de recherche, en France et à l'étranger, et dans une bibliographie abondante.

La communication scientifique : au delà de la technique et de la reproduction de pratiques existantes

" La science n'existe pas sans communication. Cette caractéristique la distingue de toutes les activités conduites dans la société. Bien plus, la science est fondamentalement communication. Une avancée théorique ou un résultat expérimental n'acquièrent valeur de science que par leur communication à d'autres scientifiques, et par là même la confrontation à la critique. L'installation de la science moderne au cours des cinquante dernières années avec la création d'organismes de recherche structurés, dotés de budgets, de personnels qualifiés et d'objectifs planifiés s'est accompagnée de la mise en place systématique de publications spécialisées qui ont formalisé cette communication publique des résultats scientifiques. La validité d'un résultat a dès lors été conditionnée à sa publication écrite, après avoir subir examen d'arbitres pris parmi les pairs. C'est cette pratique qui donne à la science sa légitimité et sa dimension universelle. " Martine Barrère, Science et société, quelle raison partager? Les Cahiers de GOBAL CHANGE N° 6 - Février 1996

Tous les manuels de communication scientifique commencent par là : la communication scientifique est essentielle au sens fort du terme puisqu'on sait que si elle n'est pas communiquée, la recherche n'existe pas.

"Science exists because scientists are writers and speakers. We know this, if only intuitively, from the very moment we embark upon a career in biology, physics, or geology. As a form of knowledge, scientific understanding is inseparable from the written and the spoken word. There are no boundaries, no walls, between the doing of science and the communication of it; communicating is the doing of science." Scott L. Montgomery,The Chicago Manual , 2003

Cette affirmation pour triviale qu'elle soit a de sérieuses conséquences et mérite d'être commentée surtout dans le contexte actuel où la technique semble de plus en plus prendre le pas sur la réflexion.
Je m'explique :
Dans de nombreux cas la difficulté à publier ou la faiblesse des publications sont liées à l'absence de question ou d'hypothèses clairement formulées ; on voit là aussi des motifs essentiels de rejet des publications ( Analyse des pratiques scripturales des scientifiques, M.C Roland, 1995) ou des projets de recherche (Analyse des faiblesses des articles et projets scientifiques, M.C Roland, A.Van Vossel, 2000). Dans ces conditions, les chercheurs peuvent-ils parler de résultats ou ne se contentent-ils pas souvent de données ? On peut se demander ce qu'ils cherchent alors à communiquer, et quel sens ont leurs écrits ? Un simple exemple suffira à faire comprendre les doutes qui peuvent surgir à la lecture de dizaines de revues et de centaines d'abstracts qui se contentent de mentionner le matériel et méthode et les " résultats ", passant sous silence la justification de la recherche, ses objectifs et son intérêt.

Parallèlement, quand elles existent, les formations à la communication scientifique traditionnellement se contentent d'enseigner des techniques, se gardant bien de remettre en cause le contenu même. Elles sont d'ailleurs souvent assurées par des personnes extérieures, qui ne connaissent pas vraiment le fonctionnement de la recherche et n'osent mettre en question le savoir et le savoir-faire des chercheurs.

Quant à la formation des jeunes chercheurs - doctorants et post doctorants - elle est encore largement faite sur le tas, c'est à dire en principe assurée par des seniors, encadrants ou chercheurs confirmés qui n'ont le plus souvent ni le temps ni les compétences pour assurer une telle formation, n'ayant pas eux mêmes reçu de formation. Ce qui autorise d'ailleurs des chercheurs de plus en plus nombreux à dénoncer un " système de reproduction, voire de clonage " de la communauté scientifique. Les colloques sont prétendument des lieux de formation : je dis bien " prétendument " car les acquis des doctorants ne sont pas souvent évalués au retour des conférences, et ayant eu à évaluer des affiches et résumés, j'en ai vu de nombreux qui ne mettaient pas vraiment en valeur le travail fait au labo. Quant aux réunions de labo du lundi ou du jeudi, elles ne font que renforcer des pratiques mêlant langage et pouvoir: on y entraîne " le jeune " à présenter ses " résultats ", on se garde bien d'y débattre des questions et enjeux de la recherche . Confidentialité exacerbée par la compétition, manque de temps, de disponibilité, de ressources pédagogiques ?

Enfin, nombreuses sont les critiques adressées à la communication des chercheurs ; Ecoutons-en quelques unes :

Les chercheurs à mon avis ne se soucient pas suffisamment de communication scientifique : habitués à jargonner pour leurs pairs, peu soucieux d'éprouver la pertinence des écrits de toutes sortes qu'ils manipulent chaque jour, ils laissent volontiers le soin à d'autres de parler en leur nom. Les journalistes ne s'y trompent pas puisqu'ils invitent les chercheurs à les rejoindre dans un projet qui a pour but d'échanger sur leurs pratiques respectives :l'AJSPI (Association des journalistes scientifiques de la presse d'information), a organisé avec le soutien du Ministère délégué à la Recherche, les troisièmes échanges chercheurs / journalistes de septembre à décembre 2004.L'objectif de ce programme est d'améliorer le dialogue entre chercheurs et journalistes, en faisant découvrir aux uns et aux autres les us et coutumes d'un environnement qui ne leur est pas familier).

Les enjeux et les difficultés liés à la communication de la science sont tels qu'il faut trouver d'autres solutions. Mais en fait, les chercheurs ne sont-ils pas les mieux placés pour communiquer leurs travaux ? Et nous sommes ramenés à la première affirmation " la recherche n'existe que communiquée ".

Traiter de communication scientifique implique d'aller bien au-delà des aspects purement techniques et des recettes pour entrer dans le domaine de la conception de la recherche, s'intéresser à la quête du chercheur, à ses attentes, à ses incertitudes.
Prendre au sérieux la formation des jeunes chercheurs, un défi que nous avons tenté de relever en travaillant avec les chercheurs eux-mêmes sur ce qu'ils ont de plus intime, leurs questions et leurs pratiques.


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