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Les recherches menées depuis 2003 par l’Inra et le Cirad ont permis d’établir des connaissances sur la contamination des végétaux par le chlordécone. Le point sur les résultats présenté ici a fait l’objet d’une diffusion par le Groupe Régional d’Etude sur la Pollution par les produits Phytosanitaires (Guadeloupe) de juin 2010.
Aucune plante n’a pour l’instant été identifiée comme interdisant l’entrée de la chlordécone : tous les végétaux sont sujets à la contamination de leurs racines. Pour autant, aucune accumulation active, laissant l’espoir d’une phyto-remédiation, n’a été identifiée.
Ensuite, tout semble dépendre de l’interposition, dans le circuit de la sève, de tissus végétaux jouant le rôle de filtre avant remplissage des légumes ou fruits. Schématiquement, la sève brute, l’eau et les éléments puisés dans le sol, circule des racines vers les feuilles, tandis que la sève élaborée qui contient des molécules synthétisées au niveau des feuilles, circule en sens inverse jusqu’à l’ensemble des organes de la plante.
Chez les plantes de la famille des Solanées (tomate, aubergine, poivron, piment…), la sève brute véhicule la chlordécone vers les tiges et les feuilles, qui sont fortement contaminées. Mais les fruits se remplissent essentiellement à partir de sève élaborée, qui se trouve protégée par le filtre des feuilles. Ainsi, la chlordécone n’envahit pas les fruits, qui sont les organes récoltés et consommés.
Chez les Cucurbitacées (giraumon, pastèque, melon, concombre, courgette), les fruits se remplissent en grande partie sur le circuit de la sève brute, et comportent des tissus avec une certaine affinité pour la chlordécone. Les fruits peuvent donc se contaminer à des degrés divers, dépendant de la position des vaisseaux qui alimentent le fruit lors de sa croissance : plutôt centraux chez le concombre et la courgette (pulpes moyennement contaminables), en grande partie périphériques chez le giraumon (pulpe peu contaminable).
Chez la plupart des Poacées ("herbes"), la chlordécone se trouve arrêtée à la base des tiges, les jeunes feuilles ne se montrent pas significativement contaminées.
L’ananas, la plupart des fruits d’arbres, la christophine (Cucurbitacée, mais dont les fruits sont à grande distance du sol), la banane, suivent un schéma analogue : chez cette dernière, les bulbes se contaminent fortement, plus que les tiges, les feuilles contiennent peu de chlordécone, qui n’est plus quantifiable dans la pulpe des fruits.
Le cas des organes souterrains récoltés ("légumes racines") est plus complexe : leur contamination a d’abord été expliquée par le contact direct avec le sol. Cet effet demeure la principale cause de contamination du cortex (la peau), cependant la pulpe peut présenter une contamination variable. Chez les ignames, les jeunes tubercules, en contact avec le sol, sont contaminés à des valeurs intermédiaires entre les racines et les tiges. Mais lorsqu’ils grossissent, ils apparaissent de moins en moins contaminés : la part du cortex, toujours contaminé par contact avec le sol, diminue tandis que la pulpe, remplie à partir des assimilats venant des feuilles, est de moins en moins contaminée. Au stade de récolte, la pulpe des ignames présente une contamination en général inférieure à la Limite Maximale de Résidu européenne (LMR). Pour la patate douce, la contamination se maintient à des valeurs élevées, car la barrière de son mince épiderme est peu efficace, et les vaisseaux dispersés qui irriguent la pulpe ont encore une certaine affinité pour la chlordécone venant des feuilles toutes proches.
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