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publiées dans "La lettre de
l'Inra" n°11, juillet 2005
Quels sont les effets de la mise en place de l’ANR dans le paysage de la recherche agronomique française ? Marion Guillou : Les programmes mis en place par l’Agence nationale de la recherche vont permettre de mobiliser les compétences de tous les acteurs de la recherche sur des sujets prioritaires comme l’agriculture et le développement durable ou l’alimentation humaine. Le nouveau dispositif devrait limiter l’émiettement des budgets de la recherche agronomique. En effet, le montant de l'aide accordée aux projets qui seront sélectionnés sera conséquent. Il permettra aux équipes de ne plus passer leur temps à multiplier les réponses à des appels d'offres pour des montants financiers faibles. Le partenariat entre équipes devrait accroître l’efficacité de l’effort national de recherche et favoriser l’interdisciplinarité. Quant aux objectifs de chacun des programmes, ils ont été choisis après d’importantes réflexions prospectives et consultations animées par l’Inra. Au bilan, l’Institut a joué un rôle de réflexion et d’ouverture dans le dispositif. L’ANR lui a délégué l’animation de plusieurs programmes, reconnaissant qu’il satisfaisait aux critères de crédibilité, continuité, légitimité et économie d’échelle. La continuité est assurée par exemple entre les programmes fédérateurs nationaux (alimentation, agriculture durable, écologie et gestion des écosystèmes) que l’Inra avait initiés, avec d’autres partenaires (Inserm, CNRS, Cirad, Cemagref, ACTA…), avant la création de l’ANR, et les programmes du nouveau dispositif.
L’Inra sera donc animateur de programmes nationaux alors que ses équipes pourront répondre aux appels d’offre. Comment cela va-t-il se passer concrètement ? Marion Guillou : Dans le cadre de la réflexion sur l’avenir du système français de recherche, l’Inra avait dès juillet 2004 suggéré au Gouvernement de confier à des organismes de recherche finalisée un double rôle, de programmation (« faire faire ») en coopération avec d’autres acteurs, et d’opérateurs de recherche (« faire »). Ceci suppose de bien articuler et distinguer ces deux rôles complémentaires. Cela exige pour l’Inra d’assurer l’impartialité des procédures de sélection. Dans l’animation des programmes, il devra veiller à la fonction de prospective, à l’ouverture européenne et à l’évaluation. Concrètement, la conception des programmes implique toutes les parties intéressées. Les membres des conseils scientifiques des différents programmes sont nommés intuitu personae indépendamment de leur appartenance institutionnelle. Le choix a été fait qu’ils soient très minoritairement membres de l’Inra. Des règles déontologiques sont en place afin d’éviter tout favoritisme dans l’information sur les appels d’offres ou dans la sélection des projets. Par ailleurs, l’institut en tant qu’opérateur de recherche reste concerné par les investissements à moyen et à long terme, le maintien des compétences, la réflexion sur les priorités de demain, ou la conception et l’entretien d’un réseau d’infrastructures lourdes indispensable au maintien d’une recherche exigeante, bref en charge d’une responsabilité scientifique nationale.
L’Inra coordonne trois programmes de recherche qui mobilisent des partenaires publics et privés sur l’alimentation, sur les semences et les génomes végétaux, et sur les génomes animaux. Leur prise en charge par l’ANR va-t-elle les bouleverser ? Marion Guillou : Sur l’essentiel, ces trois programmes conservent leurs objectifs et leurs partenariats. Les règles de parité entre partenaires publics et privés dans les instances de pilotage, mises en place par l’ANR sont favorables à la dynamique amorcée. Ainsi Genoplante 2010 et Agenae sont l’expression d’une ambition nationale stimulant toutes les compétences scientifiques intéressées. Ils se prolongent désormais dans des coopérations avec l’Allemagne ou l’Espagne dans le même esprit. L’Inra a beaucoup gagné en terme de développement scientifique à la constitution de ces communautés scientifiques ouvertes. Il en sera de même, j’en suis convaincue, dans le cadre de l’ANR qui apporte des moyens financiers importants. La réussite du nouveau dispositif ainsi dessiné dépendra, à mon avis, de son efficacité, de son ouverture internationale et de l’équilibre entre moyens incitatifs sur projets de court terme, et moyens apportés à la constitution et au maintien de compétences et d’outils scientifiques à travers les établissements dans une perspective plus longue.
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