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DuALIne : l’alimentation durable, un nouveau champ de recherche au Nord comme au Sud


DuALIne : l’alimentation durable, un nouveau champ de recherche au Nord comme au Sud
© Andrey Kiselev Fotolia.com
Lors d'un colloque tenu le 29 mars 2011 à Paris, le Cirad et l'Inra ont présenté les résultats préliminaires de la réflexion stratégique DuALIne dont l'objectif était d'identifier les questions de recherche à privilégier sur le thème de l'alimentation durable. Un large éventail de parties prenantes (scientifiques, administration, secteur privé et associatif) était présentes lors de cette restitution et mise en débat.

 

DuALIne part du constat de la non durabilité des systèmes alimentaires des pays industrialisés. Ces systèmes contribuent en effet, par les régimes alimentaires qui leur sont liés, à générer de nouvelles pathologies nutritionnelles, malgré l’accès favorisé à une grande diversité et à une qualité sanitaire des produits inégalé. Leur généralisation à l’ensemble de la planète épuisera les ressources et accentuera les effets négatifs sur la biodiversité et l’environnement, entre autres par pollution ou émission de gaz à effets de serre. Au final, un demi-siècle d’accélération et de globalisation de l’industrialisation agro-alimentaire n’a pas évité le retour de graves crises alimentaires. Qu’entend-on alors par alimentation durable ? Les chercheurs définissent le concept comme une alimentation multifonctionnelle. Celle qui assure santé, plaisir, convivialité et identité. Elle est par ailleurs basée sur un secteur économique résilient qui favorise le bien être alimentaire de tous, crée des emplois et réduit les inégalités sociales. Un système alimentaire durable respecte également l'environnement et la diversité biologique et culturelle. Autrement dit, il s’agit d’un ou d’une combinaison de systèmes socialement plus désirables et ne pénalisant pas les générations futures.

L’alimentation durable, un nouveau champ de recherche aux questions multiples

Comment donc rendre plus "durables" les systèmes alimentaires actuels, des pays industrialisés mais aussi des pays des Suds ? Durant 18 mois, les chercheurs, une centaine d’experts au total, ont découpé cette question majeure en une multitude de problématiques de recherche. Comment mieux rendre compte de la pluralité des facteurs qui déterminent la sécurité alimentaire ? Comment mesurer les effets de l’industrialisation de la transformation agro-alimentaire sur la biodiversité des matières premières agricoles ? Quels outils utiliser pour mesurer les effets du développement de la grande distribution sur l’équité sociale ? Quelles sont les innovations susceptibles de contribuer à une sécurisation alimentaire ? Quelle est la part de la production alimentaire perdue ou gaspillée et à quelles étapes de la chaîne alimentaire ? Comment réduire ces pertes ? Quelles normes sanitaires permettraient de tenir compte à la fois des préoccupations de santé et d’équité sociale ? Comment gérer une combinaison de systèmes alimentaires variés ? Et notamment comment mieux prendre en compte dans les études les systèmes alimentaires informels ? Comment orienter les comportements du consommateur pour réduire les effets néfastes sur l’environnement et sur leur santé? Comment améliorer la résilience des systèmes alimentaires, leur capacité à résister aux crises économiques ou sanitaires ? Quelle conception de procédés et de chaîne logistiques plus économes en ressources ? Quelle localisation des activités par rapport aux lieux de production et de consommation, quelle interaction avec la production de produits pour la chimie et l’énergie plus durables ? Comment évaluer les interventions ou les politiques publiques visant à rendre ces systèmes plus durables ?

Des questions spécifiques dans les pays des Suds 

Ces questions se posent dans tous les pays qui industrialisent leur secteur agro-alimentaire. Dans les pays des Suds, bien que très hétérogènes du point de vue des systèmes alimentaires, elles doivent parfois être adaptées à un contexte spécifique. En effet, dans ces pays, la hausse récente du niveau de vie mène à l’heure actuelle à une augmentation de la consommation alimentaire alors que l’activité physique se réduit. Les chercheurs y constatent également un accroissement de la consommation d’aliments d’origine animale alors que, dans les pays du Nord les plus riches, ces surconsommations sont remises en cause du fait de leurs effets sur la santé et sur l’environnement. Aux Suds, les pays se trouvent en effet dans une phase de transition nutritionnelle très rapide et connaissaient encore, il y a quelques années, des situations de carence voire les connaissent toujours dans bien des cas. Ils doivent notamment gérer la coexistence, dans une même population, des phénomènes de sous-nutrition et d’obésité, appelée "double fardeau nutritionnel". Dans ce contexte, intégrer de nouvelles préoccupations de durabilité dans l’industrialisation de ces pays pose des questions particulières de gouvernance. Ces questions sont renforcées par la vitesse des changements qui s’opèrent. Le rythme d’urbanisation y est deux fois plus rapide qu’au Nord. Le désengagement de l’Etat après une période de libéralisation rapide et l’accélération de la pénétration du secteur privé multinational posent en outre de nouvelles questions de souveraineté alimentaire.

Dans son ensemble, l’exercice a finalement permis de constater le manque flagrant de données, notamment concernant les styles alimentaires, la pluralité des acteurs de la transformation et de la distribution alimentaire dans les pays des Suds et leurs effets sur la durabilité des systèmes ou leur résilience face aux crises.

Le travail commun Cirad-Inra que constitue DuALIne a ainsi ouvert un nouveau champ de recherche sur l’alimentation durable. Il a en outre mis en exergue les convergences et la diversité des questions dans ce domaine. Les résultats de cette réflexion doivent maintenant être pris en charge par les équipes de recherche et valorisés au plan international. Un ouvrage, en préparation, présentera les résultats de l’exercice.

 

Rédaction :  Inra - Cirad
Contact scientifique :  Catherine Esnouf, directrice scientifique adjointe Alimentation, Inra et Nicolas Bricas, département Environnements et sociétés, Cirad
Date de création : 03 Mai 2011
Date de dernière mise à jour : 28 Septembre 2011

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