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Accueil > La science et vous > Dossiers scientifiques > Biodiversité > Questions de recherche > Agriculture et territoires > Gestion du paysage par l’agriculteur et biodiversité

Gestion du paysage par l’agriculteur et biodiversité

(22/02/2005)

La configuration des éléments du paysage (notamment leur connexion) construit et maintient la biodiversité
© Inra, J. Baudry
Les haies, les talus installés, supprimés ou réimplantés par les agriculteurs ont façonné le paysage rural. Leur densité mais aussi leur diversité et leurs relations dans l’espace, entretenues par la diversité des pratiques agricoles, contribuent à la biodiversité.

 

Élément de la structure et de la diversité du paysage, brise-vent, ressource de bois, gêne pour le passage des machines, ombrage pour les animaux d’élevage, barrière contre l’érosion, communauté d’espèces végétales et animales, limite de propriété… la haie appartient à la fois à l’agriculture, au paysage, à la culture et à l’identité territoriale. Les haies ont été malmenées ou délaissées par les politiques agricoles, elles sont désormais promues par les politiques environnementales et d’aménagement du territoire. Des recherches sont menées pour analyser les relations entre les activités agricoles et la dynamique des paysages et comprendre leurs conséquences sur la biodiversité et les flux d’eau ou de nutriments. Leur finalité est d’aider à la négociation et à la décision pour le développement territorial des exploitations agricoles, ainsi que pour la gestion des paysages et de leur biodiversité. Les différents niveaux de la biodiversité et leurs relations doivent être analysés: diversité des espèces au sein d’un habitat, diversité des milieux, rôle du paysage et facteurs culturels.

La communauté de communes de la Baie du Mont-Saint-Michel : un "site atelier" pour des recherches pluridisciplinaires


© Air Papillon
Nord du site atelier "Pleine-Fougères" et polders de la Baie du Mont Saint-Michel
Étudier le rôle des activités d’aménagement, d’entretien, et d’utilisation sur les éléments du territoire (haies, fossés, etc.) et leurs propriétés écologiques, analyser les contraintes qui pèsent sur ces activités au sein de l’exploitation agricole et comprendre l’organisation écologique de larges territoires ne peut se faire en laboratoire ou en parcelles expérimentales. Des méthodes d’évaluation agri-environnementales sont développées à deux niveaux : l’exploitation agricole et le territoire agricole. La communauté de communes de la Baie du Mont-Saint-Michel regroupant polders, paysages ouverts et bocages permet l’analyse de territoires agricoles diversifiés qui ont évolué dans le temps. Ce "site atelier" est un élément d’un réseau de recherches en environnement visant non seulement à comprendre les situations présentes mais à comprendre et éventuellement prévoir les évolutions.

Les études sont conduites par des équipes pluridisciplinaires faisant appel à des écologues, géographes, agronomes, sociologues au sein du Centre armoricain de recherche en environnement (Caren), fédération de laboratoires de recherches de l’Inra, du CNRS, des universités de Rennes 1 et 2 et d’Agrocampus Rennes. Elles font appel à la participation des agriculteurs.

Les haies favorisent la diversité des communautés d’espèces végétales et animales

La stabilité écologique de nombreux paysages modernes a été façonnée par l’agriculture qui a influencé – positivement ou négativement – l’évolution de la flore et de la faune sauvage. Le bocage façonné par les haies n’y fait pas exception. Les haies abritent de nombreuses espèces animales et végétales qui ne peuvent survivre dans les parcelles agricoles. Ces espèces ne leur sont pas spécifiques mais proviennent des bois, des landes et des prairies. Une haie est une juxtaposition de micro-habitats, certains plus ombragés, plus humides, etc. qui peuvent abriter ou nourrir différentes espèces animales. La présence d’un talus, d’un fossé ou encore les opérations de taille ou de désherbage chimique à proximité des haies influencent leur composition floristique et faunistique. Conserver une diversité de pratiques agricoles et donc de types d’exploitations permet une diversité de niches écologiques favorable au maintien d’une biodiversité dans les paysages.

configurationpaysagei.jpg
© Inra, C. Codet, J.C. Baudry
La diversité des éléments du paysage (notamment les éléments pérennes : haies et autres bordures de champs, bois, prairies permanentes, etc) et la configuration des éléments du paysage (notamment leur connexion) construisent et maintiennent la biodiversité.

De la haie au bocage : une dimension essentielle à la compréhension et à la gestion de la biodiversité

La haie n’est pas un écosystème autonome: l’étudier isolément ne suffit pas à expliquer la flore et la faune qu’elle abrite. La place des haies dans le paysage et leurs relations avec les haies voisines doivent également être prises en compte. Ces études et ces constats ont contribué à fonder une nouvelle discipline: l’écologie du paysage. Un paysage bocager est constitué d’un ensemble de parcelles agricoles, de zones non cultivées (bois, landes, friches, bâti, cours d’eau et haies). Les haies peuvent jouer un rôle de corridor entre les différentes zones permettant les déplacements d’espèces animales et de semences. La structure du paysage a d’autres effets : «effet carrefour», dû aux intersections des haies qui présentent une végétation plus dense et une faune plus variée; effets de mosaïques dus à la géométrie et à l’utilisation des parcelles adjacentes; effets de barrière.

Cette évolution des théories écologiques a des implications importantes pour la gestion de la biodiversité. Aux questions initiales – quel type de haies et quelle densité de haies – ont succédé la question de l’organisation des corridors, puis une perspective de gestion des territoires intégrant agriculture et biodiversité. Les bocages peuvent jouer un rôle important dans le maintien et la gestion de la biodiversité à condition que cette gestion soit pensée et menée à l’échelle du paysage.

 

 

Rédaction :  Mission communication
Contact scientifique :  Jacques Baudry
Unité :  UR980 SAD Armorique – Rennes (35)
Département :  Sciences pour l’action et le développement (SAD)
Date de création : 22 Février 2005
Date de dernière mise à jour : 31 Mai 2005

 

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