Le risque d'infestation d'une
essence forestière par un insecte ravageur est significativement
plus élevé quand cette essence est conduite en peuplements
purs qu'en peuplements mélangés. Dans le cadre du projet
ISLANDES, les chercheurs de l'INRA ont évalué l'effet
des plantations d'îlots de feuillus sur les niveaux d'infestation
des pins. Les peuplements de Pin maritime sont attaqués principalement
par deux insectes ravageurs : la Pyrale du tronc et la Processionnaire
du pin. Les ennemis naturels de ces insectes ravageurs sont les oiseaux
et arthropodes prédateurs, et les insec-tes parasitoïdes.
Les chercheurs ont donc étudié les facteurs clés
de mise en place de ces communautés d'agents de contrôle
biologique à l'échelle de l'îlot lui même
et du paysage environnant.
La diversité des essences
forestières réduit le nombre et l'accessibilité d'arbres
hôtes pour les insectes ravageurs, par exemple en générant
des barrières chimiques à la colonisation. En effet, de nombreuses
espèces d'insectes forestiers utilisent des signaux olfactifs pour
repérer leurs arbres hôtes ; du fait de la diversité,
des interférences se produisent avec d'éventuels signaux masquants
ou répulsifs émis par les essences non hôtes. La diversité
augmente également l'efficacité des ennemis naturels des ravageurs,
favorisés par l'existence de proies de substitution, de ressources
alimentaires de complément, de sites de ponte ou d'abris. La présence
d'essences forestières hôtes plus sensibles permet aussi dans
certains cas de faire diversion aux attaques des ravageurs.
Une relation entre biodiversité
et santé des forêts
La présence des bois de feuillus en mélange induit une réduction
significative des attaques par la pyrale du tronc et des niveaux de défoliation
par la processionnaire dans les plantations de pin maritime voisines. La portée
de cette diminution, de l'ordre de 150 m à l'intérieur du peuplement
voisin pour la processionnaire et de plus de 400 m pour la pyrale du tronc,
peut être observée au voisinage de plantations nouvelles (10
ans) d'essences feuillues et semble plus importante dans le cas des boisements
de feuillus âgés.
Dans le cas
de la processionnaire du pin, une réduction similaire des niveaux
d'infestation est observée dans les peuplements purs de pin maritime
bordés par une haie d'essences feuillues quand cette dernière
présente une hauteur égale ou supérieure à
celle des pins.
La proximité de feuillus en lisière peut limiter l'accès
de la processionnaire aux pins situés en bordure de plantations,
les plus souvent exposés aux attaques du défoliateur.
Les boisements de feuillus constituent également des refuges
aux ennemis naturels, notamment les oiseaux insectivores comme la Huppe
qui trouvent davantage de sites de nidification dans les vieux chênes.

| La proximité de feuillus en lisière
peut limiter l'accès de la processionaire aux pins
© INRA / C. Pere |
L'effet de voisinage des
feuillus renforce l'impact des ennemis naturels de la pyrale du tronc.
Le nombre de chenilles de pyrale du tronc parasitées est en effet
plus important dans les plantations de pins voisines de feuillus. Les
bois de feuillus abritent les plantes ou essences forestières
naturel-lement infestées de pucerons producteurs de miellat.
Ce miellat constitue une nourriture de complément, riche en glucides
et acides aminés, permettant de multiplier par 3 à 5 la
longévité des adultes parasites femelles et donc d'améliorer
leur succès de ponte sur les chenilles de pyrale.
La sensibilité des peuplements de pin maritime à la pyrale du
tronc et à la processionnaire du pin n'est donc pas seulement liée
au mode de gestion sylvicole mais également à la nature des
parcelles environnantes. L'aménagement de la mosaïque forestière,
au sens de la distribution dans le temps et dans l'espace des parcelles de
différentes compositions en essences exerce donc une influence tangible
sur la dynamique des infestations de ces deux importants insectes ravageurs.
Dans le cas de la processionnaire du pin, le maintien ou la plantation de
haies de feuillus peuvent être recommandés. S'agissant d'obtenir
un effet de barrière physique à la colonisation, il conviendrait
alors de privilégier l'utilisation d'essences à croissance rapide,
comme le bouleau ou le robinier.
Les chercheurs préconisent
donc de restaurer la biodiversité par la création d'îlots
d'essences forestières en mélange, constituant des habitats
favorables au maintien de communautés d'espèces auxiliaires,
sans bouleverser les pratiques de gestion dans les forêts de plantation.
Cet aménagement forestier est une nouvelle piste de réflexion
pour la mise en œuvre d'une lutte intégrée contre les insectes
ravageurs, fondée sur la préservation ou la restauration de
la biodiversité. Cette stratégie pourrait s'appliquer à
la forêt monospécifique de pin maritime des Landes de Gascogne,
première région de France pour la production de bois mais aussi
pour les traitements insecticides en forêt.
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