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Fiche de Presse Info. 01/07/2004

Restaurer la biodiversité des îles en éliminant des rongeurs indésirables


Dans de nombreuses îles, l'introduction de populations de rongeurs et de petits mammifères conduit à une perte de la biodiversité des espèces autochtones qui sont alors menacées d'extinction : oiseaux, crabes, musaraignes, tortues…
En 1994, des chercheurs du centre INRA de Rennes(1) ont élaboré une méthode d'éradication qui a été appliquée avec succès pour éliminer certaines populations introduites dans 45 îles et îlots de Bretagne, de Méditerranée et des Antilles françaises. Dix ans plus tard, les chercheurs peuvent apprécier les effets positifs de ces expériences sur la sauvegarde de nombreuses espèces autochtones.

 




© INRA / M. PASCAL
De haut en bas : 3 espèces ayant bénéficié de l’expérience menée par l’INRA :
Pipit maritime (Réf. : PCD9003-IMG0112.PCD)
musaraigne des jardins, île de Béniguet en Bretagne(Réf. : PCD9003-IMG0114.PCD)
et tortues imbriquées sur l’île Fajou en Guadeloupe(Réf. : PCD9003-IMG0117.PCD)

Des invasions biologiques néfastes

Certaines invasions biologiques sont néfastes pour la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes, l'économie ou la santé publique. Parmi les modalités de gestion figure l'éradication, c'est-à-dire l'élimination totale de tous les individus d'une population.
Les îles constituent des sites expérimentaux privilégiés pour mener avec succès ces opérations d’éradication et surtout pour identifier et apprécier l'augmentation de la biodiversité insulaire après l'élimination des populations allochtones.

Expérience réussie dans les îles

La méthode d'éradication élaborée par l'équipe INRA est fondée sur l'emploi successif du piégeage et de la lutte chimique. Elle a permis l'élimination totale de populations allochtones insulaires de rats surmulots (Bretagne), de rats noirs (Corse, Martinique) et de mangoustes de Java (Guadeloupe). Non seulement aucune conséquence défavorable n'a été observée, mais l'élimination des populations allochtones a eu un effet favorable à l'égard de nombreuses populations autochtones :

  • L'accroissement spectaculaire du nombre de couples nicheurs de 4 espèces d'oiseaux terrestres en Bretagne (multiplication par 7 pour le Pipit maritime en 5 ans),
  • L'accroissement du succès de reproduction de 4 espèces d'oiseaux marins (passage en un an de 0 % à 90 % pour le Puffin d'Audubon en Martinique et de 47 à 90 % pour le Puffin cendré en Corse),
  • La réinstallation du Pétrel tempête sur l'île Malban aux Sept-Îles,
  • L'augmentation significative de l'indice d'abondance du crabe Zombi, espèce terrestre fortement menacée des Antilles,
  • L'accroissement inattendu par un facteur 20 en 4 ans de l'indice d'abondance de la Musaraigne des jardins en Bretagne,
  • La cessation de la destruction des nids de Tortues imbriquées sur l'îlet Fajou en Guadeloupe.

Toutes les espèces citées ci-dessus sont autochtones des îles où se sont déroulées les opérations et toutes bénéficient d'un statut de protection, certaines d'entre elles étant menacées.

Ces expériences ont nourri des travaux de recherche théorique, notamment en génétique des populations et en parasitologie. Elles démontrent en outre la faisabilité de l'éradication d'espèces allochtones sur le territoire français, au moins sur ses îles (plus de mille pour la France métropolitaine) qui sont souvent les derniers refuges pour nombre d'espèces. Actuellement le fruit d'initiatives locales, les opérations de restauration fondées sur l'éradication de populations allochtones devraient relever d'une politique nationale en France comme cela est le cas en Nouvelle-Zélande ou en Australie.

Au cours de ces opérations, l’équipe de l’INRA a formé une trentaine d'agents de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, des Réserves Naturelles, des Parcs Nationaux et Régionaux et du Conservatoire des Espaces Littoraux.


1Unité SCRIBE : Station commune de recherches en Ichtyophysiologie, biodiversité et environnement, équipe "Gestion des populations invasives", département d’Ecologie des forêts, prairies et milieux aquatiques, centre INRA de Rennes

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 
Michel Pascal, tél : 02 23 48 53 79 ou 50 02 / Michel.Pascal@beaulieu.rennes.inra.fr

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