Un paysage remarquable,
en pleine mutation
Le Causse de Sauveterre et le Causse Méjan constituent, avec les Gorges
du Tarn, un ensemble paysager unique, et une zone éligible au classement
par l'UNESCO comme paysage culturel, élément du patrimoine mondial
de l’humanité. Une partie de ces causses se trouve dans la zone
centrale du Parc National des Cévennes, consacré à la
protection des paysages et de la biodiversité. Cette région
est caractérisée par un relief karstique (calcaire) avec une
opposition entre les dolines et les terres labourables de fonds de vallées,
dédiées aux céréales et aux fourrages, et les
pentes, dédiées à la forêt et aux parcours.

| Le paysage initial des causses :
un espace ouvert et une forte population
© INRA / S.Lardon | L’organisation de l’espace
a été décrite par une combinaison de 3 niveaux
: les parcelles, les ha-meaux et le causse dans son ensemble. L’organisation
spatiale des hameaux est dite «auréolaire», c'est-à-dire
que les modes de gestion des terres se répartissent de façon
concentrique autour des habitations groupées, du fait des contraintes
liées à la gestion des troupeaux. Le réseau des
ha-meaux constitue l'armature du paysage. Au niveau du causse, c’est
le mode dit «alvéolaire» qui domine, chaque hameau
ayant son organisation propre et ne débordant pas sur son voisin.
Le point de départ de l’étude est la période
de la fin du XIXe siècle qui présente une forte densité
de population et un paysage dit «ouvert» c'est-à-dire
offrant des panoramas sur de larges espaces. En effet, le causse est
assez peu boisé car sa forte population exerce un important prélèvement
de biomasse végétale pour les troupeaux et pour les hommes
(bois de chauffage, de construction, défrichage).
Politiques agricoles
et forestières
La recherche a porté sur l’impact des transformations socio-économiques
du 20ème siècle, dont la première période a été
marquée par un exode important, et la seconde par des politiques agricoles
et forestières dont les effets sur le paysage ont été
marquants. Elle a conjugué enquêtes de terrain, analyses statistiques
et modélisation.
Comme tous les grands causses du sud de la France, le Sauveterre a connu à
l'échelle historique des cycles de population-dépopulation et
des cycles synchronisés de boisement et de déboisement. La première
guerre mondiale et l’exode rural qui a suivi ont eu des conséquences
importantes. Ils ont conduit à l'abandon des terres cultivées
et pâturées et favorisé les friches et les broussailles.
Après la deuxième guerre mondiale, la politique forestière
entérine la dépopulation en favorisant le boisement de cette
région perçue comme marginale pour la production agricole. La
loi de modernisation agricole de 1962 accentue cette orientation. L'objectif
politique est alors de moderniser les exploitations agricoles françaises
et beaucoup d'exploitations des hameaux du Sauveterre, trop petites, ne peuvent
s'adapter et disparaissent.
A la fin des années 1970, la PAC (Politique agricole commune) commence
à s'intéresser aux régions défavorisées.
En 1975 apparaissent les premières mesures visant à compenser
les handicaps naturels. Dans le même temps, les incitations aux plantations
forestières diminuent au gré de la crois-sance des boisements
naturels sur le territoire français. Le Parc national des Cévennes,
seul à être habité dans sa zone centrale, est crée
en 1970. Dans les années 1980, on assiste donc à un infléchissement
des politiques publiques qui, sensibles au risque de désertification
de zones rurales, affichent la volonté de maintenir l'armature des
hameaux (politique déclinée en Lozère sous le nom de
«HAMEAU 2000»), de lutter contre la fermeture des paysages et
de conserver la biodiversité.
L'homogénéisation
des paysages : quelles perceptions et quelles réactions ?
Néanmoins, l'état actuel du paysage du Sauveterre se caractérise
par une faible population répartie dans les hameaux et un taux important
de boisement au niveau global comme à celui des hameaux. La mise en
œuvre tardive d'une politique de lutte contre l'embroussaillement et
la fermeture du paysage (par les incitations aux défrichements) n'a
pu compenser l'impact de la diminution de la population commencée plusieurs
décennies plus tôt. Les politiques publiques des années
50-80 ont donc conduit à une homogénéisation du paysage
dans chaque hameau et au niveau du causse dans son ensemble. Seule une faible
partie du causse, à l'est, conserve son caractère ouvert. Quelle
est la perception de cette homogénéisation par les habitants
et les touristes ? Et comment va-t-elle orienter les choix individuels et
collectifs des gestionnaires de l'espace ?

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Le Causse du Sauveterre a connu
des cycles de population-dépopulation et de boisement-déboisement
©INRA
/ S.Lardon | L'existence dans chaque hameau
d'un noyau important de propriété foncière collective
donne indéniablement un poids important à la décision
collective locale. Il est donc possible d'envisager une inscription
de ces décisions dans un cadre d’intercommunalité.
Cette recherche a été
financée par le Ministère de l’environnement et
du développement durable. Elle s’inscrit dans le programme
«Politiques publiques et paysages : analyse, évaluation,
comparaison». Elle est conduite par une équipe pluri-disciplinaire
composée de chercheurs de l’INRA, du CEMAGREF et du CIRAD.
Pour en savoir plus :
http://www.montpellier.inra.fr/ESR/paysages/
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