La domestication du lapin remonte seulement au XVIIIe siècle. Aujourd’hui coexistent encore des races domestiques et sauvages. Les premières races, appelées races patrimoniales, ont surtout été créées pendant le XIXe siècle et la première moitié du XXe. Les associations nationales d’éleveurs répertorient aujourd’hui environ 60 races patrimoniales de lapins domestiques, présentes dans plusieurs pays d’Europe. Aujourd’hui, la production mondiale de viande de lapin est de 1,5 millions de tonnes par an, dont 65% proviennent d’Europe. Depuis la deuxième partie du XXe siècle, de nouvelles souches, issues de croisements de ces races de lapins, ont été créées pour l’élevage et la production de viande. En effet, l’élevage utilise rarement les races patrimoniales pour la production commerciale et s’appuie sur des souches spécialisées créées à partir de moins de 10 races. Pourtant les races domestiques patrimoniales recèlent une grande variété de caractéristiques et constituent une réserve de diversité génétique : taille, croissance, couleur, type de fourrure… Pendant 4 ans, les chercheurs ont étudié différentes races domestiques européennes dans un but d’inventorier leur diversité génétique, de la caractériser, l’évaluer et la conserver, en collaboration avec les associations d'éleveurs, notamment la FFC (Fédération Française de Cuniculiculture).

| Lapin géant des Flandres, race patrimoniale © INRA / J. Weber Réf. : PCD0015-IMG0022.PCD | Premier inventaire des ressources génétiques Dans un premier temps, leur travail a consisté à réaliser un inventaire des différentes races de lapin d’Europe. 150 races ou populations domestiques provenant de 11 pays y ont été identifiées. Parmi les races patrimoniales, selon des critères d’importance économique et de caractéristiques primaires, 10 ont été choisies : l’Argenté de Champagne, le Bélier Français, le Blanc de Vienne, le Chamois de Thuringe, le Chinchilla, le Fauve de Bourgogne, le Géant des Flandres, le Lièvre Belge, le Papillon anglais et Russe, auxquelles s'ajoutent le Géant de Hongrie et le Géant d'Espagne. Ces races ont fait l’objet d’une étude plus approfondie. 10 races patrimoniales passées au crible
La caractérisation génétique de ces 10 races a montré une importante différenciation entre elles, mais une certaine structuration génétique à l’intérieur des races. L'analyse du polymorphisme de différents marqueurs génétiques montre que la diversité dans l’ensemble des races domestiques est faible par rapport aux populations sauvages dont elles sont issues. L’étude des caractéristiques zootechniques, en comparaison avec une souche de lapin témoin, montre qu’il existe une forte variabilité du potentiel de croissance, de la carcasse et de qualité de la viande. Les performances de reproduction sont faibles pour quasiment toutes les races.
Certaines ont des caractéristiques originales qui pourraient présenter un intérêt économique, notamment en ce qui concerne la croissance et la composition corporelle. Une banque de données a été constituée, comportant les caractéristiques historiques, démographiques, morphologiques et zootechniques de chaque race. Ces données, mises à jour régulièrement, sont à la disposition des éleveurs de lapins et consultables sur internet3. Conservation des races pures
La dernière étape de ce travail a consisté en la constitution d’une cryobanque qui permet en premier lieu de conserver des animaux bien caractérisés : 1 500 embryons et des semences de 8 races sont déjà rassemblés. Dans un deuxième temps, cette cryobanque pourra recueillir les semences et embryons de races menacées d’extinction. Cette étude donne de nouveaux éléments de connaissance des races domestiques et devrait permettre de développer leur rôle dans la création de souches d’élevage. 1 programme coordonné par l’INRA et financé par l’Union Européenne réunissant des équipes de recherche de 8 pays (France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Belgique, Portugal, Autriche)
3 sur les sites Web du Bureau de Ressources Génétiques (http://www.brg.prd.fr) et sur celui de la FEZ (Fédération Européenne de Zootechnie) (http://www.tiho-hannover.de/einricht/zucht/eaap/index.htm)
L’histoire d’un lapin Néo-Zélandais Blanc, né en Californie, qui est devenu le premier lapin élevé en France
La création de cette souche de lapins d’élevage remonte à la fin des années 60. Des chercheurs du centre INRA de Jouy-en-Josas comparent plusieurs races productives disponibles en France. Le choix se porte sur une souche de lapins Néo-Zélandais, mieux adaptés aux conditions d’élevage commercial. Les chercheurs de l’INRA importent cette souche depuis un élevage de Californie. La sélection débute en 1975, avec la mise en place d’un plan d’accouplement en groupes de repro-duction, pour limiter l’augmentation de la consanguinité. Dès l’année suivante, la diffusion débute. Cette souche est utilisée en croisement par les éleveurs de lapins pour produire de la viande. Grâce au dynamisme des partenaires professionnels, cette souche devient la première souche utilisée en France et en Europe à la fin des années 80. C’est également la souche de référence pour les études sur le lapin à l’INRA. Après une trentaine de générations pour améliorer la prolificité, la sélection du lapin est orientée aujourd’hui vers un objectif complexe, intégrant entre autres le poids individuel au sevrage comme indicateur des qualités maternelles des lapines. La mortalité périnatale, la fertilité des lapines et la résistance aux maladies sont par ailleurs des enjeux importants pour l’avenir. La carte génétique du lapin, actuellement en cours de développement, sera l’outil de choix pour étudier la variabilité génétique de ces caractères. |
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