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Accueil > La science et vous > Dossiers scientifiques > Biodiversité > Questions de recherche > Ressources génétiques et sélection > Étude de la diversité génétique chez les porcs européens

Fiche de dossier de presse. 01/02/2005

Étude de la diversité génétique chez les porcs européens


 Porc Piétrain
Dans le contexte d’un élevage intensif, les races porcines locales sont délaissées au profit de races commerciales plus performantes sur le plan économique mais fortement sélectionnées, ce qui entraîne un faible nombre de reproducteurs.
Des chercheurs de l’INRA1, dans le cadre du projet de recherche européen PigBioDiv, ont tenté de quantifier la diversité génétique des races porcines européennes et de comprendre les mécanismes de l’évolution de cette diversité. Ce projet a pour but de donner des outils pour maintenir ou valoriser cette diversité. Il doit aussi permettre de rechercher des gènes intéressants économiquement car impliqués dans la résistance aux maladies, liés à des facteurs d’adaptation, etc.

 

Les races porcines locales représentent de petits effectifs et ne sont maintenues que grâce à la volonté d’un nombre réduit d’éleveurs, qui exploitent leurs spécificités, liées à l’originalité de ces races ou au mode de production. Dans les grandes populations, la forte diffusion de quelques animaux d'élite se traduit par un nombre réduit de gènes différents dans les générations suivantes. Pour les races locales comme les races commerciales, on est donc en présence d’une perte de diversité due à la diminution du nombre de reproducteurs.

porc.jpg
Porc Piétrain © INRA / C. Madzak Réf. : PCD2319-IMG0074.PCD
Près de 60 races européennes de porcs recensées et étudiées

Pour décrire et mieux connaître la diversité génétique chez le porc en Europe, le projet PigBioDiv a pris en compte 58 populations porcines représentant presque toute la diversité présente en Europe : des races locales comme les races Gasconne ou Limousine, des lignées commerciales de races de grande diffusion (LargeWhite, LandRace, Duroc, Piétrain, Hampshire), quelques lignées créées à partir de croisements entre 2 races différentes , enfin 2 populations "européennes" d’une race locale chinoise (Meishan, importée dans les années 80). Pour chaque race, les chercheurs ont sélectionné au minimum un échantillon représentatif de 50 animaux (25 femelles et 25 mâles).
L’étude a été réalisée au moyen de marqueurs génétiques neutres, qui mettent en évidence la variabilité génétique globale du génome, sans rechercher un caractère particulier (comme un gène de coloration, ou un caractère de production).

Dans les races européennes, l'analyse du génome des animaux a permis de retrouver la classification des animaux en races telles que construites et définies depuis des années. Les marqueurs permettent d’assigner sans équivoque un individu à sa race, voire à sa lignée. Chacune des races considérées a une forte individualité. Les lignées d’une même race se ressemblent mais peuvent encore facilement être distinguées les unes des autres.
Cette étude suggère que toutes les races européennes considérées descendent indépendamment d’une même population ancestrale, mais elle ne permet pas de proposer de chronologie de la formation des races.

Une évolution aléatoire ?

D’une race à l’autre, la diversité présente à l’intérieur des populations est fortement variable : le nombre moyen d’allèles (formes différentes d’un même gène) présents dans une population varie du simple au double. Si certaines races locales semblent appauvries (par exemple les races française Basque, britannique Berkshire ou espagnole Manchado de Jabugo), d’autres comme la race française Créole ou italienne Nera Siciliana présentent au contraire une grande richesse allélique, supérieure à celle des races de grande diffusion commerciale.
L'étude suggère que la diversification "neutre" des races serait le résultat d’une évolution aléatoire soumise seulement à la "dérive génétique" (modèle neutraliste de l’évolution). Les races et populations actuelles représenteraient des échantillons plus ou moins incomplets d’une grande population ancestrale, selon qu’elles ont été constituées à partir d’un nombre plus ou moins petit d’animaux fondateurs. Les efforts de sélection qui ont été faits pour constituer les races et pour leur donner leur originalité ne sont visibles que ponctuellement, dans certaines zones du génome et dans certaines populations.
En étudiant plus finement ces zones du génome qui ont été sujettes à un effet de sélection artificielle dans certaines populations, les chercheurs devraient mettre en évidence d’autres formes de diversité plus liée à la variabilité des caractères, qui ont été pris en compte lors de la formation des races et de la sélection intensive des dernières décennies.
Dans une perspective de conservation ou de valorisation de diversité, ces deux formes de diversité (neutre et fonctionnelle) devront être prises en compte.

Ces études de diversité génétique ont d'ores et déjà permis d'identifier des populations à risque d’extinction (par exemple la race française Basque) et ont mis en évidence des populations/races constituant des ressources de diversité originale (la race française Créole, par exemple).
Pour le maintien de la biodiversité générale des porcs, les chercheurs recommandent de ne pas prendre en compte uniquement le critère de la diversité génétique, mais aussi des critères socioéconomiques, comme le maintien simultané d’un système de production (intérêt culturel et promotion d'un produit local), et la gestion de la variabilité de la population.
Certaines races de grande diffusion semblent avoir perdu beaucoup de variabilité génétique. Leur gestion mériterait donc une attention particulière.
Ce projet PigBioDiv a été étendu pour étudier à grande échelle les races chinoises (60 populations). La totalité des races ainsi étudiées par les 2 programmes représenteront 70% des races porcines dans le monde.
Pour élucider les mécanismes d’évolution du génome dans son ensemble, en tenant compte de plusieurs échelles de temps, et dans les régions du génome qui gouvernent (ou non) les caractères de production et d’adaptation, l’étude porte sur d’autres marqueurs fonctionnels, associés à des gènes ou proches de gènes possiblement sélectionnés, ainsi que sur des séquences qui sont héritées par la voie mâle uniquement (sur le chromosome Y) ou par la voie femelle (ADN mitochondrial).
L'objectif de ce programme est d'apporter des éléments pour une gestion durable de la biodiversité.


Collaborateurs :
PigBioDiv, coordonné par L. Ollivier, INRA Jouy-en-Josas
France : Centre de Recherches INRA de Jouy-en-Josas, Station de Génétique Quantitative et Appliquée, Labogena & Centre de Recherches INRA de Toulouse, Laboratoire de Génétique Cellulaire
En collaboration avec : Agence de la Sélection Porcine, Paris , Animal Genetics Institute, Allemagne,
DIPROVAL, Université de Bologne, Italie, Facultad de Veterinaria, Universidad de Cordoba, Espagne, Nordic Gene Bank, Universidade de Trás-os-Montes e Alto Douro, Portugal
Royaume-Uni : Roslin Institute en collaboration avec Rare Breeds Survival Trust, Pig Improvement Group Limited, (PIC)
Pays-Bas : Wageningen Agricultural University
Italie : Animal Genetic Resources Group, FAO
PigBioDiv2
France : Institut National de la Recherche Agronomique (INRA)
Royaume- Uni : PIC International Group PLC, Roslin Institute (Edinburgh)
Pays-Bas : Wageningen University
Suède : Swedish University of Agricultural Sciences
Food and Agriculture Organization of the United Nations
Chine : China Agricultural University, Jiangxi Agricultural University, Huazhong Agricultural University

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 
Magali SAN CRISTOBAL
tél : 05 61 28 51 22 mél : msc@toulouse.inra.fr
ou Claude CHEVALET
tél : 05 61 28 51 17 mél : chevalet@toulouse.inra.fr
Laboratoire INRA de "Génétique Cellulaire", département "Génétique animale", centre INRA de Toulouse

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