Des aptitudes remarquables pour l’élevage en zone tropicale
Le bovin Créole présente tout d’abord d’excellentes facultés d’adaptation au milieu. Il s’acclimate aux contraintes thermiques et tolère une période de sous-alimentation sans diminution des performances (fertilité et croissance des veaux). Il a également acquis une résistance exceptionnelle aux tiques et aux maladies dont elles sont responsables (dermatophilose, cowdriose, etc). Les performances zootechniques sont par ailleurs très honorables. Les vaches Créoles possèdent de très bonnes qualités maternelles (fertilité, longévité). Les taux d’avortement et de mortalité des veaux avant sevrage sont faibles, malgré la conduite en plein air intégral. Par ailleurs, les croissances enregistrées aussi bien en allaitement qu’en engraissement, traduisent un potentiel de croissance important pour une race rustique en milieu tropical. L’analyse de ces informations se poursuit et ce travail permettra ainsi de contribuer à mieux exploiter le bovin Créole, et orienter la gestion de la population en relation avec les conditions d’élevage et les objectifs de production.

| Vaches Créoles et leurs veaux nouveaux nés Le bovin Créole présente des caractéristiques métisses © INRA / M. Naves Réf. : PCD 9030-IMG0177.PCD | Les origines du bovin Créole de Guadeloupe
Les principales espèces domestiques élevées dans la Caraïbe et sur le continent américain n’existaient pas jusqu’à l’arrivée de Christophe Colomb. Le bétail des Antilles tire ses origines des bovins ibériques amenés par les premiers colons espagnols et portugais. Le cheptel bovin de Guadeloupe est aussi le résultat de métissages variés intervenus tout au long de la période de colonisation, et principalement durant le XVIIIe siècle. Des apports importants de bovins d’Afrique de l’Ouest ont en effet également été réalisés. Enfin, quelques introductions de bovins issus des colonies anglaises d’Amérique du Nord, de taurins européens et dans une moindre mesure de zébus indiens, sont venus compléter le cheptel. Le bovin Créole de Guadeloupe présente ainsi des caractéristiques originales, héritées de ces différents animaux et de leur croisement. Il a également été influencé par les conditions d’élevage auxquelles il a été soumis, et son isolement géographique.
La caractérisation génétique du bovin Créole
Les origines métisses du bovin Créole de Guadeloupe ont été confirmées par l’analyse de marqueurs biochimiques (protéines sériques, groupes sanguins, BoLA) ou de marqueurs moléculaires (microsatellites). Ainsi, les travaux de recherche à l’INRA ont permis de mettre en évidence dans cette population des caractéristiques génétiques (allèles ou haplotypes) propres à ses différentes origines. Par exemple, l’observation des caryotypes de bovins mâles révèle chez 86 % d’entre eux une forme particulière du chromosome Y (acrocentrique), caractéristique des zébus. D’autres marqueurs génétiques situent le bovin Créole en position intermédiaire entre les races taurines européennes, notamment des races ibériques, et, des races bovines africaines, comme le zébu ou le N’Dama d’Afrique de l’Ouest. Ces analyses se poursuivent, notamment par l’intégration de nouveaux marqueurs génétiques, comme la structure de l’ADN mitochondrial, qui apportera un nouvel éclairage sur les origines des bovins Créoles de la région, par la voie maternelle.

| Vache Créole sur prairie irriguée © INRA / M. Naves Réf. : PCD 9030-IMG0176.PCD | Vers le maintien et l’amélioration de la race bovine Créole
Le bovin Créole représente aujourd’hui près de 60 % du cheptel bovin de Guadeloupe, soit environ 45000 têtes, dont 20000 vaches environ. Il est généralement exploité en race pure dans des exploitations de type familial, de petite taille et pratiquant un mode d’élevage peu intensifié. Dans ces conditions, ses qualités de rusticité sont appréciées. L’intensification des systèmes et la spécialisation d’éleveurs bovins s’accompagnent le plus souvent de l’utilisation de croisements avec des races à viande. Les vaches Créoles constituent en effet une excellente souche maternelle support de croisements. Pour répondre aux besoins de ces différents éleveurs, un programme d’amélioration génétique a été initié par l’INRA. Ses objectifs sont de stabiliser la race Créole et de maintenir ses effectifs, tout en améliorant ses aptitudes pour la production de viande. Les objectifs principaux concernent donc l’amélioration de la croissance et de la conformation des animaux, ainsi que le maintien des qualités maternelles et de l’adaptation. Mis en œuvre à partir de 1995, ce programme fait appel à une association rassemblant aujourd’hui une cinquantaine d’éleveurs. Un organisme technique est chargé de la réalisation des contrôles de performances en ferme, jusqu’au sevrage. L’évaluation des reproducteurs est ensuite basée sur la croissance au pâturage, en station de contrôle. Ces conditions d’évaluation permettent de tenir compte des qualités d’adaptation à l’élevage en plein air. Le but de ce programme est de promouvoir l’exploitation de la race bovine Créole, pour augmenter la productivité aussi bien en race pure qu’en croisements.
Les travaux réalisés sur le bovin Créole de Guadeloupe illustrent la situation des populations locales de la zone Caraïbe. Ils démontrent l’originalité de ces populations au regard de leurs caractéristiques génétiques, héritées de leur ascendance. Ils montrent également l’intérêt de maintenir et de valoriser les ressources génétiques locales, compte tenu de leurs caractéristiques zootechniques, pour le développement de systèmes d’élevage durables en zone tropicale.
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