Le Vietnam est une région reconnue d'intérêt mondial pour la richesse de sa biodiversité, même si les inventaires sont récents et encore incomplets. La diversité animale est cependant particulièrement menacée par les activités humaines : destruction des milieux, braconnage et développement des méthodes d'élevage intensif. Ces dernières favorisent un petit nombre de races hautement productives aux dépens de races locales souvent mieux adaptées aux conditions difficiles de la région. Caractériser et valoriser la biodiversité animale domestique et sauvage
Pour répondre durablement à ces menaces écologiques, économiques et sociales, les autorités vietnamiennes, en partenariat avec le Ministère des Affaires Étrangères français et le Fonds Français pour l’Environnement Mondial, ont mis en place un programme scientifique, intitulé BIODIVA. Ce programme a pour objectifs principaux la caractérisation génétique des populations animales d’intérêt économique et patrimonial et la réalisation de projets pilotes de conservation et de valorisation de la biodiversité de plusieurs espèces domestiques. Il associe des chercheurs de l'INRA et du CIRAD à des chercheurs de deux organismes vietnamiens, l'Institut National d'Elevage (NIAH) et l’Académie des Sciences et Technologies du Vietnam (VAST). Une équipe de l’INRA étudie avec des chercheurs du VAST de Hanoï les conditions de conservation des génomes d'espèces en voie de disparition par l'application de biotechnologies de l'embryon.

| Le Saola (Pseudoryx Nghetinhensis) : sa population est évaluée à une centaine d'individus sauvages |
Le Saola : un mammifère menacé
C’est le cas tout particulièrement du Saola (Pseudoryx Nghetinhensis), un taxon exceptionnel à caractère emblématique pour le Vietnam. Ce grand mammifère classé dans la famille des bovidae a été découvert tout récemment dans la Cordillère annamitique. Il a été décrit pour la première fois en 1994 dans la revue "Nature" et son effectif actuel est évalué à seulement une centaine d'individus sauvages. Les quelques exemplaires capturés vivants n’ont pas survécu mais les chercheurs vietnamiens ont recueilli des cellules qu’ils ont réussi à maintenir en culture. La collaboration entre l’INRA et le VAST vise dans un premier temps à caractériser le fonctionnement du génome d’embryons de Saola obtenus après fusion des cellules de cette espèce avec le cytoplasme d’ovules d’une espèce phylogénétiquement proche, le bovin. L’objectif est d’enrichir les données phylogénétiques actuellement connues et d’étudier comment évoluent, entre espèces voisines, les relations nucléo-cytoplasmiques au début du développement.
Des embryons ont déjà été produits et les premières analyses cellulaires et moléculaires sont en cours.
La photo à gauche montre deux de ces embryons obtenus après introduction de noyaux de cellules de Saola dans des ovocytes énuclées de bovin ; à ce stade, les embryons ont déjà environ 100 cellules. Les deux images du bas montrent les noyaux d’un de ces embryons marqués en rouge par un colorant spécifique de l’ADN (photo dessous à gauche) et en vert par un colorant qui témoigne d’un activité de synthèse (ARN) de l’embryon (photo dessous à droite).
Dans un deuxième temps, une stratégie intégrant les données de la phylogénie moléculaire, de la biologie du développement et de la physiologie de la reproduction sera mise en œuvre pour étudier le développement fœtal de cette espèce, en vue d’aboutir, éventuellement, à des naissances après transfert des embryons dans une mère porteuse de la sous-famille des bovinae (bovin).
|