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Accueil > La science et vous > Dossiers scientifiques > Chimie verte > Questions à la recherche > Les défis de la filière Oléagineuse : impact sur la recherche

Les défis de la filière Oléagineuse : impact sur la recherche

Colloque "Chimie verte : questions à la recherche" 28 février 2006.


Intervention de Régine Delourme, UMR Amélioration des plantes et biotechnologies végétales, Inra de Rennes

 

Les principaux oléagineux utilisés en France à des fins non alimentaires sont le colza et le tournesol. Les principales utilisations sont : 

  • le biodiesel (esters méthyliques dérivés de l’huile ou diester) qui peut être incorporé au gazole à hauteur de 5 % (ou 30 % dans les flottes captives)
  • et les biolubrifiants (3 % des lubrifiants totaux)
  • mais on peut citer également les utilisations comme solvants, liants (encres) ou tensioactifs (produits cosmétiques).

En 2005, 300 000 ha d’oléagineux (dont 90 % de colza) ont été utilisés pour la production de diester. Les prévisions à l’horizon 2010 se situent autour de 1.5 millions d’hectares (voire 1.8 Mha) pour satisfaire les objectifs du plan Biocarburant. Avec naturellement en plus les surfaces indispensables à la production alimentaire. Donc accroissement rapide des surfaces, extension de la culture à de nouvelles régions.

Mais cet accroissement doit être durable et la production régulière pour alimenter les usines sur le long terme. 

De façon à assurer la compétitivité et à sécuriser ces filières non alimentaires, il est nécessaire d’améliorer le bilan énergétique de ces cultures et d’assurer la durabilité des systèmes de production et dans certains cas d’adapter la qualité des produits. Ceci passe par : 

  • l’amélioration du rendement en huile qui peut être réalisé par :
    • l’augmentation du rendement en graines : l’amélioration du potentiel rendement reste toujours un objectif pour le tournesol notamment, souvent cultivé en milieu difficile (ressources en eau variable et souvent déficitaire en début de floraison), il est nécessaire de réfléchir aux voies d’amélioration de la productivité dans le cadre de contraintes hydriques plus ou moins marquées.
    • l’accroissement de la teneur en huile : pas de progrès génétique pour le colza ; progrès jusqu’en 1997 pour le tournesol, baisse ensuite ; il est donc nécessaire de prendre en compte le critère teneur en huile en même temps que le critère rendement.
    • l’amélioration de l’extractibilité de l’huile chez le colza : par exemple avec l’utilisation du caractère graines jaunes ; ces graines présentent une teneur réduite en tannins ce qui améliore le rendement en huile et protéines et la digestibilité des tourteaux
    • on peut citer aussi la résistance à l’égrenage pour le colza : pertes pouvant aller jusqu’à 10 % de graines à la récolte, important aussi pour les repousses
  • l’amélioration de la résistance aux bioagresseurs est toujours nécessaire afin d’assurer une meilleure régularité du rendement et une réduction des intrants ;
    • le risque sanitaire sera d’ailleurs accru du fait de l’augmentation des surfaces donc risque pour les maladies déjà importantes (Phoma, Sclerotinia, cylindrosporiose pour le colza ; mildiou, Sclerotinia, phoma pour le tournesol
    • mais risque aussi de développement de maladies émergentes (hernie et orobanche pour le colza)
    • sans oublier les problèmes liés aux insectes (ex méligèthes sur colza)
  • l’amélioration du bilan azoté est également nécessaire notamment pour le colza :
    • colza réputé pour être une bonne pompe à nitrate et effectivement il présente une bonne absorption azotée mais
    • les résidus de la culture (feuilles, pailles) restent trop riches en azote ; la remobilisation de l’azote des feuilles vers les graines reste insuffisante en raison de l’abscission précoce des feuilles sénescentes.
    • la création de variétés à meilleure efficience en azote permettrait d’améliorer les bilans économique (intrants azotés) et environnemental de cette culture.
  • la création de variétés dont la composition en acides gras de l’huile mieux adaptée aux différentes utilisations :
    • colza à haute teneur en acide oléique et faible teneur en acide linolénique : la composition en acides gras de l’huile de colza convient bien d’ores et déjà pour la production de diester ; la création de variétés de colza à haute teneur en acide oléique et faible teneur en acide linolénique est en cours pour certains usages alimentaires et ces variétés seront aussi intéressantes pour la production de diester
    • La production de diester à partir de tournesol nécessite une huile à haute teneur en acide oléique : de telles variétés existent, elles ont occupé 170 000 ha en 2005 (+70 % par rapport à 2004), le besoin à l’horizon 2010 est estimé à 200 000 ha.
    • colza riche en acide érucique pour certaines applications telles que les tensioactifs, les détergents… Actuellement 18 000 ha de colza érucique sous contrats (besoins estimés à ~ 20 000 ha).

Ne pas oublier le co-produit tourteau dont la quantité va s’accroître et qui peut être valorisé à la fois en alimentation animale et en non alimentaire (adhésifs, tensioactifs, mousses…) : il est donc nécessaire d’être vigilant sur le maintien d’une bonne teneur et bonne qualité en protéines. 

Ces travaux s’appuient sur les programmes de recherches développés par l’Inra en partenariat avec la filière (Cetiom, Onidol, obtenteurs privés) et bénéficient entre autres du soutien : 

  • de programmes nationaux soutenus par Promosol (association Inra, Cetiom, Onidol et l’Amsol :obtenteurs privés) : ceux-ci ont concernés dans les années récentes et concernent encore des programmes sur la génétique de la résistance aux maladies (colza et tournesol), un programme visant à acquérir des connaissances sur les mécanismes de nutrition azotée chez le colza (absorption, répartition, remobilisation) et d’élaborer des modèles de fonctionnement de la plante et du couvert pour à terme fournir des outils (grille d’analyses, indicateurs) utilisables pour la sélection et la création variétale.
  • de programmes nationaux ou internationaux de génomique tel que Génoplante ou Gabi-Génoplante. Ces programmes, menés à la fois sur des espèces modèles et cultivées, permettent d’élucider le déterminisme génétique des caractères ciblés et dans certains cas d’aller jusqu’à l’identification de la fonction des gènes impliqués. Ceci fournit des outils d’aide à la sélection pour la création variétale.
  • de programmes interdisciplinaires réunissant des agronomes, des écophysiologistes, des généticiens, des pathologistes, des économistes… On peut citer ici :
    • le projet ‘Tournesol 2010’ sur la recherche de stratégies agronomiques et génétiques pour améliorer la productivité du tournesol en présence de contraintes hydriques et thermiques
    • le projet ‘Cèdre’ soutenu dans le cadre de l’action pluridisciplinaire "Agriculture et développement durable" dont l’objectif est de proposer des stratégies de gestion durable des résistances variétales en prenant en compte la diversité des systèmes de cultures et les questions d’acceptabilité et de réglementation : cela concerne le colza pour le Phoma et le tournesol pour le mildiou ;
    • Projet Européens : on peut citer ici le réseau d’excellence Endure qui a pour objectif de structurer la recherche européenne et de proposer des stratégies durables en matière de protection des plantes contre les bioagresseurs au sens large (agents pathogènes et adventices).

Ces orientations de recherches ne sont pas nouvelles et ne sont pas spécifiques à la filière non alimentaire mais elles deviennent très importantes pour le développement et la sécurisation de cette filière. 
Les efforts de recherche déjà engagés doivent donc être soutenus, ce qui bénéficiera à la filière oléagineuse dans sa globalité (alimentaire et non alimentaire) mais est crucial pour la filière non alimentaire.

 

Rédaction :  Régine Delourme, UMR Amélioration des plantes et biotechnologies végétales, Inra de Rennes
Contact scientifique :  Régine Delourme
Unité :  UMR Amélioration des plantes et biotechnologies végétales
Département :  Génétique et amélioration des plantes
Date de création : 20 Juillet 2006
Date de dernière mise à jour : 22 Septembre 2006

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