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La parcelle après la destruction des plants OGM
© J.F. Frey
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Décrite depuis 160 ans, la maladie du court-noué est provoquée par un virus qui raccourcit les tiges du cep de vigne (d’où le nom), décolore ses feuilles et fait baisser drastiquement le nombre de grains. En France, la maladie du court-noué touche environ 60 % du vignoble pour des pertes estimées à au moins 300 millions d’euros par an. Une fois malade, un plant doit être arraché et la terre laissée au repos pour dix ans.
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Il n’aura fallu que deux heures pour réduire à néant sept années de recherches, d’échange et de concertation. Dimanche 15 août à l’aube, soixante-deux "faucheurs volontaires" découpent à la pince la clôture du centre Inra de Colmar, pénètrent dans la parcelle expérimentale, arrachent soixante-dix plants de vigne et saccagent ainsi une expérience pilote exemplaire pour le dialogue entre science et société dans le domaine très sensible des plantes transgéniques. Leurs motivations ? Empêcher un essai "inutile et inabouti (…) dont les gens ne veulent pas".
Ces porte-greffes de vigne arrachés étaient génétiquement modifiés pour résister au virus du court noué, maladie des vignobles très répandue (cf encadré). Testés en plein air depuis 2005 (voir l'historique), ils devaient permettre d’évaluer en conditions réelles cette résistance décrite en serre à la fin des années 90 et d’estimer les impacts de la transgénèse sur l’environnement.
"Plein air confiné"
L’essai des porte-greffes de Colmar était exemplaire sur tous les points. Outre le respect pointilleux de la réglementation en vigueur, on retrouvait autour de cet essai les mesures de confinement drastiques de la parcelle qui avaient fait dire à Jacques Muller, sénateur Vert du Haut-Rhin qu’on se trouvait là dans des conditions de "plein-air confinés". Enfin, exemple unique au monde dans le domaine de l’expérimentation sur les OGM, un comité de suivi local - dont l’existence découle elle aussi d’une méthodologie scientifique menée en 2001- réunissant seize personnes issues du monde politique, associatif, scientifique et de la filière viticole a participé de bout en bout à la surveillance et la présentation des résultats en toute transparence mais aussi à la co-construction du protocole de recherche.
Du bon usage du principe de précaution
Les données scientifiques produites par l’Inra à Colmar devaient éclairer la puissance publique sur les risques réels des OGM, selon le principe de précaution. Car celui-ci, souvent invoqué par les faucheurs anti-OGM pour justifier leurs actes, est avant tout un principe d’action. Cela ne signifie donc pas d’interdire (ou détruire…) sans preuve mais au contraire mettre les moyens nécessaires pour lever les doutes et aider à la décision. Après la destruction de l’essai de Colmar, impossible donc de conclure scientifiquement sur l’efficacité de la transgenèse contre le court-noué, sur les disséminations éventuelles du transgène dans le sol… En attaquant la science au nom de la société, les faucheurs n’ont rendu service ni à la science ni à la société.
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