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Edouard Despois

préserver et valoriser l'élevage guadeloupéen

08/06/2006


© Inra, G. Paillard

Édouard Despois est technicien de recherche en expérimentation animale dans le centre d’Antilles-Guyane. Responsable d’équipe, il s'est consacré notamment à l’étude d’une race locale, le porc créole, utilisée comme modèle d’adaptation au chaud. Dans le prolongement de son activité d’expérimentation, il a contribué à la sauvegarde de cette race en Guadeloupe et a joué un rôle essentiel dans le partenariat avec les professionnels de l’agriculture. Aujourd'hui, il anime le réseau "élevage alternatif porcins en Guadeloupe". Durant toute sa carrière, il s’est engagé au sein des instances paritaires de l'Inra.

Plus jeune, Édouard Despois rêvait de travailler dans l'électronique et ne se doutait pas qu'après une formation dans une école d'agriculture, il deviendrait technicien en expérimentation animale à l'Inra et contribuerait aux recherches et à la sauvegarde du porc créole. "Bien sûr, il n’y a pas que le porc créole !" prend-t-il soin de préciser. En effet, outre cette race, utilisée par les éleveurs traditionnels en Guadeloupe, il travaille aussi sur des races européennes élevées par les éleveurs hors-sol. Mais c’est quand-même autour du porc créole, porteur de valeurs à la fois culturelles et économiques, que s’articule l’essentiel de son l’activité.


La sauvegarde du porc créole, un travail au contact des éleveurs

Pour permettre les études comparatives entre les différents modèles de porcs, Édouard Despois constitue dans les années 70 un troupeau de porcs créoles dans l’Unité de recherches zootechniques de l’Inra. Pour cela, il inventorie les porcs créoles sur l’ensemble de l’archipel guadeloupéen, crée des échantillons et un référentiel de données zootechniques, obtenues au cours d’enquêtes chez les exploitants. Pour sauvegarder cette race, alors menacée de disparition, il crée et assure la présidence d'une association appelée "SOS PIG" : "Sauve Garde Organisée et Sélection des Porcs Indigènes de la Guadeloupe". Interlocuteur privilégié de l’Inra, cette association garantit la conservation du porc créole. En Guadeloupe, le porc créole fait partie de la culture, pour ne pas dire de la famille. Tout le monde a son "cochon tirelire" attaché à un piquet, nourri par les enfants avec les restes familiaux ou les produits du jardin. On casse la "tirelire" pour les grandes occasions ou pour en tirer bénéfice. Édouard Despois aide les familles à élever plusieurs cochons. Il les guide dans le choix du terrain, l’alimentation, la conduite d’élevage... et parfois, il s’occupe lui-même des relations avec les bouchers qui achètent le surplus. Il se fait technicien, soigneur, économiste, travailleur social pour gagner la confiance des éleveurs : "Il faut avoir réponse à tout et en plus, il faut les écouter, sinon, ils vous virent !", relève t-il avec humour. C’est pour répondre à leurs questions qu’Édouard Despois passe ses soirées à étudier des ouvrages de zootechnie.


De la comparaison des races à l'expérimentation d'un système d'élevage pionnier

Ces élevages "à la maison" couvrent presque la moitié des besoins locaux, soit plus que la production organisée en élevage hors-sol. Ce deuxième type d’élevage pratiqué en Guadeloupe utilise les races européennes : large white, et des croisements entre large-white et landrace ou piétrain. En tant que technicien d’expérimentation et chef d’équipe, Édouard Despois a participé aux études comparatives menées à la station expérimentale de l’Inra. Ces études ont montré que si le porc large-white est plus prolifique que le porc créole, ce dernier a beaucoup d'autres atouts. Pubère plus tôt que le large-white, le porc créole se plaît en conditions d’élevage semi-extensif, sans lourds investissements en bâtiments, accepte une alimentation variée et démontre une adaptation au climat tropical remarquable.

Depuis peu, Édouard Despois expérimente de façon pionnière un système d’élevage intégré à l’exploitation. Les porcs créoles sont nourris avec de la canne à sucre mélangée à de la mélasse, valorisant ainsi les sous-produits de cette culture. Une fois la canne broyée et mâchée par les porcs, les résidus secs servent de litière. Le mélange de litière et de déjections est utilisé comme engrais pour les cultures maraîchères (igname et patate douce). L’agriculteur-éleveur doit seulement acheter un complément alimentaire azoté pour enrichir la ration des porcs. Le porc créole donne une viande persillée et un jambon particulierement goûteux pour lequel l’équipe d’Édouard Despois espère obtenir un label.

 

Un intermédiaire essentiel entre les professionnels et les chercheurs

En l'absence d'interprofession organisée, Édouard Despois assure un travail essentiel d'interface entre les éleveurs familiaux, les professionnels, les chambres d’agriculture, la Direction de l’agriculture et de la forêt, la Direction des services vétérinaires et les chercheurs de l’Inra. Il répertorie les caractéristiques et l’évolution des différents élevages dans une banque de données. L’analyse de cette masse de données apporte des informations précieuses aux scientifiques qui en tiennent compte pour élaborer leurs programmes de recherche. Le travail d’Édouard Despois contribue ainsi à la reconnaissance de l’Inra comme acteur incontournable d’appui au développement dans le secteur de l’élevage. L'institut lui a remis, le 8 juin 2006, un laurier "appui à la recherche" qui récompense sa contribution exceptionnelle au service de la recherche.

Sensible aux conditions socio-économiques de son pays, qui compte près de 40 % de chômeurs, Édouard Despois s’est engagé pour développer les ressources de la Guadeloupe. Son engagement l’a aussi conduit à mener une expédition humanitaire en Haïti pour le repeuplement en porc créole après une épidémie de peste porcine. Sa plus grande satisfaction est d’avoir su se faire accepter des éleveurs familiaux comme des professionnels en Guadeloupe et dans les Caraïbes avec un travail reconnu et salué, particulièrement par "la grande famille de l’Inra".




Bref CV

  • 61 ans
  • technicien de recherche
  • formation : Lycée agricole en Guadeloupe, Marmillat à Clermont-Ferrand, ENA de Grignon
  • diplômes : Brevet d'études agricoles, Brevet de capacité pour l’Enseignement primaire
Rédacteur :  Mission communication
Date de création : 07 Juin 2006
Date de dernière mise à jour : 14 Septembre 2007
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