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Discours de Marion Guillou, présidente directrice générale

Conclusion de la cérémonie des Laurier 2008

Nous célébrons aujourd’hui des parcours, des réalisations des personnalités qui ont mis leur passion, leur inventivité, et finalement aussi une partie de leurs rêves au service de l’avancée de la science agronomique...

Mesdames, Messieurs les parlementaires, les présidents, les directeurs, les responsables d’entreprises, d’organisations professionnelles, d’associations, mesdames, messieurs, chers collègues, vous tous qui nous faites le plaisir de participer à cette remise des Lauriers de l’Inra,

Je souhaite conclure cette cérémonie en parlant avec vous de recherche.

Nous célébrons aujourd’hui des parcours, des réalisations des personnalités qui ont mis leur passion, leur inventivité, et finalement aussi une partie de leurs rêves au service de l’avancée de la science agronomique. Lorsque nous avions décidé, il y a trois ans, de créer ces distinctions, notre objectif était que l’institut puisse ainsi témoigner sa reconnaissance à ceux qui effectuent un travail exceptionnel.

Cinq personnes, cinq parcours et une illustration, celle de notre institut. En toile de fond de tous ces témoignages apparaissent indéniablement le tripode sur lequel nous avons refondé nos avancées : l’alimentation, l’agriculture et l’environnement, mais aussi la pratique scientifique, les théories, les mises à l’épreuve, les échecs, les succès. Vous avez pu entendre comment le continuum entre recherche fondamentale et recherche appliquée s’opère. Vous, les lauréats, nous avez donné à voir cette alchimie créatrice qui est à la base des découvertes, des avancées et des innovations de l’institut ; c’est une histoire de femmes et d’hommes, c’est une histoire de curiosités, d’acharnement, de quête. Votre histoire c’est un mélange d’initiatives individuelles et d’incitations collectives.

Ces images, ces paroles, qui racontent nos métiers, sont de celles qui rythmeront notre année.
En effet, l’Inra a développé des modes de production collectifs des savoirs. Conduits par des personnes d’exception, ils lui permettent de répondre aux critères d’excellence de la recherche, alors qu’elle est orientée par la finalité d’améliorer l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. La recherche agronomique veut être présente sur les fronts de sciences et intégrer les attentes sociétales. Cette démarche n’est pas innée. Elle demande de favoriser l’interaction entre les chercheurs et leur environnement. Elle suppose d’aider ceux qui proposent des projets ambitieux, de veiller aux compétences réunies, de disposer de moyens d’expérimentation compétitifs.


Car l’agriculture doit déjà relever bien des défis, celui de la compétitivité, du progrès social, et de la qualité. Car l’alimentation redevient une priorité mondiale. Et alors même que ces défis ne sont pas encore relevés, nous sommes à l’aube d’une nouvelle transition. Aujourd’hui, et le Grenelle de l’environnement le montre bien, l’objectif n’est pas seulement de nourrir le monde correctement, mais aussi de le nourrir durablement. C’est un véritable changement de philosophie tant pour les professionnels que pour la recherche agronomique. C’est une réaffirmation des divers rôles reconnus à l’agriculture, dans toutes les régions du monde.

Simultanément, nous vivons une période exceptionnelle de production scientifique qui résulte pour beaucoup d’une production à haut débit des données. En ce qui concerne les sciences du vivant, les génomes entiers, voire des systèmes de génomes peuvent être séquencés. Il devient envisageable d’identifier toutes les protéines d’un tissu, tous les métabolites d’un individu. Nous serons bientôt capables de modéliser et prédire les mécanismes physiologiques à partir des données génériques accumulées. Nous changeons le mode de production de résultats et passons d’approches déterministes et ciblées, à des investigations systémiques. Ce qui limitera nos avancées sera moins la technique que nos capacités d’y accéder, nos capacités tant financières que conceptuelles. Il faut raisonner système, et système international.
Ces avancées rendent maintenant la complexité accessible. Nous entrons dans l’ère de la biologie prédictive. Avoir des objectifs de production compétitifs, et diversifiés, mettre au point des systèmes innovants où la qualité, la sécurité alimentaire et la durabilité sont garanties peuvent être envisagés à l’échelle des exploitations ou des régions.
Pour poursuivre, il faut donc non seulement mobiliser des compétences, mais les faire produire ensemble un savoir, et un savoir impliqué dans un contexte. Accepter un regard de la société en amont et en aval des recherches permet non seulement au scientifique de revisiter ses objets d’étude, mais concourt également à construire cette vision globale si nécessaire aujourd’hui. Anticiper les évolutions ne peut être l’apanage des seuls scientifiques. La dynamique de la science doit être croisée avec les interrogations des partenaires, des utilisateurs finaux et des porteurs d’enjeux. Expertises collectives, développement de partenariat d’orientation, et exercices de prospectives sont autant de travaux, menés en partenariat, qui contribuent à produire des connaissances « socialement robustes ». Parce qu’elle est fondée sur de tels partenariats, la recherche agronomique a un rôle à jouer dans la génération de ces nouveaux savoirs et dans la génération d’une culture, où la complexité est partie intégrante de la réflexion collective sur les futurs possibles.

Mais nous devons encore faire changer notre institut pour être à la hauteur des enjeux. Nous devons renouveler nos approches en sciences du vivant comme en sciences de l’environnement, pour prendre en compte les changements d’échelle. Nous devons mieux diffuser nos résultats et favoriser les innovations. Nous devons associer, encore plus, excellence disciplinaire et approche interdisciplinaire, démarche analytique et conception innovante, publications académiques et diffusions de synthèses.

Pour les 4 prochaines années, je proposerai donc au Conseil d’administration de l’Inra une ambition, un cap, une méthode, pour devenir un acteur international, plus efficace et plus attractif.

Cela passera par des alliances renforcées en France et en Europe avec l’enseignement supérieur. Cela passera par une révision de nos modes d’organisation, une attention à la mise en œuvre de programmes pour répondre à de grandes questions comme l’adaptation au changement climatique. Cela passera par une attention soutenue à la qualité de nos productions.

Je sais que je peux compter sur nos partenaires professionnels, sur nos partenaires des pouvoirs publics, sur l’ensemble des interlocuteurs qui s’intéressent à nos travaux et nous posent des questions stimulantes.

Je sais enfin que je peux compter sur les femmes et les hommes qui composent notre institut, sur leurs talents individuels et leurs engagements collectifs. Je souhaite que ces Lauriers de l’Inra, en illustrant cette richesse, cette diversité et la passion qui anime les équipes de recherche, donnent envie de venir travailler à l’Inra ou avec l’Inra, car pour paraphraser Dusko : "Où peut-on trouver plus de liberté pour s’aventurer dans les domaines inconnus que dans la science ?".

Rédaction :  Marion Guillou, présidente directrice générale de l'Inra
Date de création : 26 Septembre 2008
Date de dernière mise à jour : 26 Septembre 2008
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