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Jean-Charles Valette
ingénieur de recherche, il a reçu le Laurier Ingénieur 2008
22/09/2008
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Inra
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En France, les causes principales des incendies sont d’origine humaine. En région méditerranéenne, des milliers d’hectares sont touchés chaque année, dont des sites prestigieux tels que la montagne Sainte Victoire célébrée par Cézanne et dévastée à 50 % en 1989, ou les fameuses calanques de Sormiou et Morgiou, près de Marseille. Jean-Charles Valette, ingénieur de recherche à l’unité de recherche "Écologie des forêts méditerranéennes", centre Inra d’Avignon, département "Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques", a contribué à développer une véritable "philosophie du feu". Pour lui, il faut apprendre à vivre avec le feu.
Apprendre à vivre avec le feu ne signifie en aucun cas l’accepter avec fatalité, comme cela a pu être le cas à la fin des années 60 et au début des années 70 où le forestier considérait que la production forestière compensait les pertes par incendies. Les catastrophes des années 1980 ont conduit à abandonner cette conception, compte tenu en particulier de la superficie limitée des forêts méditerranéennes françaises et de la grande diversité des "utilisateurs". Vivre avec le feu, explique Jean-Charles, c’est tenir compte du risque de feu dans la gestion du territoire, mais aussi en amont dans son aménagement : favoriser les hameaux groupés plutôt que les habitations dispersées, établir des retenues collinaires qui servent de réservoirs d’eau, revenir aux modes de construction adaptés à la région : utilisation de la pierre, présence de volets etc.
L’ingénierie au service du développement d’outils de prévention et de lutte contre les incendies
Jean-Charles Valette travaille depuis 35 ans à tous les aspects de prévention des incendies de forêt. Jusqu’en 2007, il a animé l’équipe qui s’y consacre à Avignon. Il a coordonné au cours des 15 dernières années plusieurs programmes européens et participe à la coordination du groupement d’intérêt scientifique (GIS) "Incendies de forêts" qui réunit des scientifiques, des gestionnaires des espaces naturels publics et privés, des services de lutte et des services déconcentrés de l’Etat chargés de la prévention des incendies de forêt et de la lutte.
Les travaux de l’équipe d’Avignon contribueront, au sein du projet européen Fire Paradox, co-coordonné par Eric Rigolot, à la publication en 2010 d’un livre blanc destiné aux décideurs politiques et économiques des régions méditerranéennes d’Europe et d’Afrique du Nord. Parmi les recommandations : éviter les travaux forestiers pendant les périodes d’été à haut risque (l’incendie de la montagne Sainte Victoire avait été provoqué par un chantier forestier un jour de mistral), éviter la circulation des promeneurs aux heures les plus chaudes, appuyer les projets d’enfouissement de lignes à haute tension, etc. Des recommandations qui touchent de nombreux aspects de la vie quotidienne et qui interpellent les politiques comme les citoyens.
Une réussite majeure : une pratique de lutte contre les incendies adaptée à la région méditerranéenne inscrite dans les lois
Plus anciennement, Jean-Charles Valette et son équipe ont contribué à revaloriser une pratique ancienne dite du "petit-feu" utilisée par les éleveurs et revisitée sous le terme de "brûlage dirigé". Au XIXe siècle, les petits feux permettaient aux éleveurs d’éliminer les broussailles non pâturées, parachevant le travail des animaux. Le brûlage dirigé a le même objectif : réduire fortement les broussailles, à la différence près qu’il se pratique de manière planifiée à l’échelle du département. Les travaux menés à l’Inra pendant près de 20 ans ont établi les procédures pour utiliser cette technique en toute sécurité et ont contribué à vaincre les réticences initiales. L’Inra participe à la formation des équipes spécialisées dans les 15 départements méditerranéens de l’Entente interdépartementale en vue de la protection de la forêt et de l’environnement contre l’incendie. Victoire pour l’équipe, la "lutte contre le feu par le feu" est inscrite dans les textes de loi depuis 2002.
La pratique du brûlage dirigé doit s’adapter à chaque région particulière et aux savoirs locaux, et se combiner aux autres pratiques de prévention telles que le débroussaillage, qui peut être réalisé manuellement, par des engins mécaniques ou par le pâturage contrôlé d’ovins, de caprins voire de bovins. Jean-Charles Valette attache beaucoup d’importance à cette adéquation aux conditions locales. Il préconise un contact étroit avec l’ensemble des acteurs : collectivités territoriales, gestionnaires forestiers, professionnels du feu.
Son travail, dit-il, consiste essentiellement à mettre les gens en harmonie, ce qui demande une énergie considérable ! Ayant reçu lui-même une formation d’ingénieur en techniques forestières, il connaît les contraintes de la profession. Les Conseils régionaux de propriétés forestières méditerranéens (CRPF) participent au GIS depuis sa mise en place en 1998. Quant aux pompiers, Jean-Charles Valette a su les mettre en lien avec l’équipe : les jeunes recrues assuraient la sécurité des brûlages expérimentaux.
Au-delà d’une vocation professionnelle, un engagement personnel pour faire progresser les recherches sur les incendies
Jean-Charles Valette désire continuer à faire vivre le site Internet du projet fédérateur Eufirelab. Ce "laboratoire sans murs" est un lieu de rencontre entre les scientifiques, les ingénieurs et les techniciens qui travaillent sur les incendies de forêt. C’est un ensemble d’instruments à mettre en commun : des bases de données, des outils d’aide à la décision, des équipements disponibles ici ou là, une bibliothèque recensant des publications et des documents de travail en rapport avec les incendies de forêt etc.
Pendant les 4 années précédant son départ à la retraite, Jean-Charles Valette souhaite aussi conforter les résultats de simulation obtenus en laboratoire en renforçant les expérimentations sur le terrain. Depuis la fin des années 1990, l’équipe d’Avignon, sous l’impulsion de Jean-Luc Dupuy, développe une approche originale en collaboration avec le Los Alamos National Laboratory. Elle élabore des modèles bi- puis tridimensionnels pour prédire la propagation du feu, en fonction de différents paramètres : type de végétation, conditions atmosphériques, etc. Ces simulations numériques permettent de tester différents traitements préventifs de la végétation. Cependant, les prédictions de ces modèles doivent être confrontées à la réalité du terrain, en particulier à cause de la complexité de la végétation et de l’instabilité du régime des vents. Jean-Charles Valette souhaite transposer sur le terrain et à plus grande échelle, les résultats obtenus sur les dispositifs expérimentaux en laboratoire, tel que le banc d’essais Desire situé au domaine des Vignères, près d’Avignon.

Jean-Charles Valette au sein de son équipe, © Inra, C. Slagmulder
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Bref CV
- 61 ans, marié, trois enfants
- Ingénieur des techniques forestières, diplômé de ENITEF (École nationale des ingénieurs des travaux des eaux et forêts)
Rédacteur :
Mission communication
Date de création : 22 Septembre 2008
Date de dernière mise à jour : 18 Mars 2009
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