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Jocelyne Olivier

ingénieur d’études, elle reçoit le Laurier d’appui à la recherche 2009

22/09/2009

Portrait de Jocelyne Olivier
© Inra, C. Slagmulder

Entrée à l’Inra "au plus petit grade" et promue il y a peu « ingénieur d’études » dans l’unité mixte de recherche Interactions plantes-microorganismes (Inra, CNRS), centre Inra de Toulouse, département Santé des plantes et environnement, Jocelyne Olivier reçoit à 60 ans le laurier d’appui à la recherche, après une carrière vouée à explorer la biologie au moyen des technologies les plus innovantes, mais aussi une carrière consacrée aux autres.

Avec une franchise naturelle qu’elle a conservée au fil de ses "quarante ans d’Inra", Jocelyne Olivier n’en finit pas de s’étonner de sa récompense. "Mon parcours est atypique, pense-t-elle sincèrement, d’autres collègues méritent autant que moi ces lauriers. L’Institut permet cette carrière. Ceux qui le veulent, avec l’aide des hiérarchies, peuvent accéder aux formations, passer les concours, s’investir dans le collectif, mais il faut beaucoup de chance et de travail ! Je suis étonnée et fière de ce laurier, enchaîne celle qui préside aujourd’hui l’Adas, l’Association pour le développement des activités sociales de l’Inra qui rassemble 10 250 adhérents. Ce laurier récompense également mes deux fils qui ont vécu au rythme de l’Inra, entre mes retours tardifs du travail et les Noël organisés pour l’Adas. Il récompense également tous ceux, administratifs et chercheurs, que j’ai rencontrés dans les centres Inra, depuis mes débuts à Jouy-en-Josas, puis à Angers, Avignon et enfin à Toulouse, où je prendrai ma retraite. Je leur suis reconnaissante : ils m’ont témoigné de la patience, laissé un grand espace de liberté, d’autonomie et de créativité dans mon travail d’exécutante, qu’il s’agisse de manipulations en laboratoire ou d’expériences au champ !"

Du laboratoire au terrain : une carrière guidée par la passion

"Quand je me suis présentée pour la première fois à l’Inra, au centre de Jouy-en-Josas, en 1970, j’étais laborantine dans un laboratoire pharmaceutique. Le directeur de l’Unité de physiologie animale recherchait un technicien. J’étais très motivée par le poste, qui reposait sur l’utilisation d’une technique alors toute nouvelle, la chromatographie en phase gazeuse." Cette technique permet la séparation des constituants d'un mélange homogène pour les analyser. "J’avais beaucoup lu de documentation mais n’avais jamais expérimenté cette technique. J’ai quand même été engagée." C’est le premier des défis d’une longue liste pour Jocelyne Olivier, qui tout au long de son parcours continuera à aller de l’avant.
"Les échantillons de stéroïdes, ou hormones sexuelles, analysés par ce moyen nous ont servi à comprendre avec précision le cycle sexuel de la brebis. Nous avons déterminé les moments précis de l’ovulation et de la fécondation, pour mieux contrôler les naissances et pouvoir les regrouper." Jocelyne Olivier mènera ensuite des études similaires sur la truite, avec la même rigueur.

Quatre ans plus tard, elle obtient sa mutation pour raisons familiales à Angers, "une ville faite de beaux souvenirs car mes deux fils y sont nés". Elle quitte de plus en plus la paillasse pour un travail de terrain, dans les vergers. Elle travaille alors sur le chancre bactérien du cerisier, maladie provoquée par une bactérie qui décime les arbres fruitiers. "Nous ne connaissions rien de cette maladie. Mon travail reposait sur des expérimentations. Je scrutais les bourgeons, les fleurs, les blessures de l’arbre pour guetter le moindre signe d’apparition ou de progression de la maladie. J’ai acquis un sens de l’observation que je n’avais pas jusque là." En étudiant le cycle de la bactérie, son équipe réussit à définir des moyens de lutte efficaces.

Elle se passionne tant et si bien pour le sujet, qu’en 1982, pour nécessité de service, elle "part en Avignon" rejoindre la station Inra. Là-bas, la même maladie atteint les abricotiers de la région.

Une vie à l’école de l’Inra

L’heure de la titularisation sonne pour les non-chercheurs à l’Inra. En 1991, Jocelyne Olivier passe avec succès le concours d’assistant ingénieur pour pratiquer la biologie moléculaire au Laboratoire des interactions plantes et microorganismes, le LIPM. Une reconversion totale pour un univers magique à ses oreilles : "c’était les débuts de l’ADN, la promesse de nombreuses découvertes, l’envie d’y participer." Nouvel emménagement pour cette native de Viroflay en région parisienne, à Toulouse, une des villes du réseau français de génopoles auquel l’Inra est fortement associé. Nouvel apprentissage de techniques : extraire de l’ADN, localiser un gène, l’extraire, le placer dans une autre plante pour en créer une nouvelle. Elle veut désormais les faire connaître au grand public. Elle qui s’est toujours investie dans des manifestations comme les journées portes ouvertes ou la fête de la science, organise pour les cinquante ans de l’Inra en 1995 un "laboratoire dans la ville". Ainsi, dans un lieu culturel "en vue", elle installe pendant sept semaines un vrai faux laboratoire pour que les Toulousains manipulent eux aussi l’ADN. "Il faut prendre en considération l’intelligence du public, qui aime demander des explications aux chercheurs" dit-elle. Au LIPM, elle réalise la cartographie de gènes de résistance de la tomate et de la plante modèle Arabidopsis thaliana à Ralstonia solanacearum, une bactérie du sol qui entraîne un pourrissement par les racines. Ces travaux lui valent une publication en tant que co-auteure dans la revue scientifique PNAS* alors qu’elle avait déjà été associée à seize précédentes publications.

"Jamais je ne me suis considérée comme intellectuelle. Pourtant, pour travailler à l’Inra, il m’a fallu adopter une démarche intellectuelle et comprendre ce que je faisais ! Comme j’avais arrêté l’école en première, après un BEPC, il me manquait beaucoup de connaissances, j’ai dû toujours apprendre, en formation, par moi-même et sur le tas comme on dit. Le syndicalisme a aussi été pour moi une bonne école." Car dès 1972, elle exerce des activités syndicales à l’Inra. Cet engagement et son militantisme l’ont amenée à siéger dans de nombreuses instances, mais aussi à défendre des causes plus larges : lutte pour le droit à l’avortement, contre l’apartheid en Afrique du Sud, etc. Depuis une vingtaine d’années, elle a aussi exercé sa représentation syndicale au service de l’ADAS. "J’ai commencé en choisissant des livres pour la bibliothèque d’Angers. Aujourd’hui, en tant que présidente, j’aimerais permettre à ceux qui n’ont ni les moyens ni la culture, d’accéder à des choses extraordinaires, aller à l’opéra, s’initier au golf, rencontrer des producteurs de grands vins, partager une table gastronomique, visiter des pays inédits, etc."

Dès janvier, une nouvelle vie commencera pour Jocelyne Olivier, celle de retraitée. Ses projets ? "En plus d’activités associatives, je vais m’inscrire à l’université populaire pour continuer à réfléchir et à apprendre."


* Publication de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis : Laurent Deslandes, Jocelyne Olivier, Frédéric Theulières, Judith Hirsch, Dong Xin Feng, Peter Bittner-Eddy, Jim Beynon, and Yves Marco, Resistance to Ralstonia solanacearum in Arabidopsis thaliana is conferred by the recessive RRS1-R gene, a member of a novel family of resistance genes, PNAS, 12 février 2002.

Jocelyne Olivier au sein de son équipe
Jocelyne Olivier au sein de son équipe, © Inra, C. Slagmulder



Bref CV

  • 60 ans
  • Divorcée, 2 fils
  • Titulaire du BEPC
  • Hobby : passion pour les clowns, culture d'orchidées, voyages, jeux vidéos
Rédacteur :  Mission communication
Date de création : 17 Septembre 2009
Date de dernière mise à jour : 08 Octobre 2009
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